KID CANAVERAL & COSINES @ L’INTERNATIONAL (16.02.2013)

Résumons: douchés dès le début du tournoi par des Italiens qui pourraient bien sous peu faire concurrence à l’Argentine dans la catégorie des « bêtes noires latines du XV de France »,  puis fracassés à domicile par quinze dragons-poireaux (vachement rare comme espèce, et pas commode) qui n’avaient plus rien gagné depuis leur sacre européen de 2012, voilà nos « petits » Bleus qui pointent en queue de peloton des VI Nations, situation aussi inconfortable qu’inhabituelle pour la cinquième nation du classement IRB.
Certes, il reste encore trois matchs pour (tenter de) laver l’honneur bafoué et éviter de terminer l’exercice 2013 avec la cuillère de bois, mais avec deux déplacements périlleux à négocier à Twickenham et à l’Aviva Stadium, le futur s’annonce bien incertain pour les hommes du goret. C’est dans ce contexte européen tourmenté que prit place la 14ème Another Sunny Night , qui, par hasard ou par dessein, collait parfaitement à l’actualité rugby de cette mi-février*, avec la réception de deux groupes venus tout droit de la perfide Albion, venus défendre respectivement les couleurs de l’Angleterre et de l’Écosse face un public français déterminé à recevoir ces visiteurs comme ils le méritaient. Pas de quartier. No mercy.

*: Ami lecteur, si tu croyais honnêtement que je m’étais tapé tout cette digression introductive par simple amour de l’ovalie, ta confiance en l’humanité me sidère..

Cosines 10²Cosines 15²En cette époque troublée, il est bon d’avoir des traditions auxquelles se raccrocher. En l’occurrence, ce fut celle voulant que les Anglais aient le privilège de faire feu avant tout le monde qui fut scrupuleusement respectée, les COSINES* prenant d’assaut la (toute petite) scène de l’International à 21h précises. Bâti sur les cendres fumantes de feu The Loves et sur un évier bouché (d’après la légende), le combo britton était venu défendre ses premières compositions en terre étrangère avec ce mélange de retenue et d’excentricité que l’on ne retrouve qu’outre Manche. Jugez plutôt: pendant qu’au premier rang ces demoiselles, en robes de velours verte et rouge rehaussées de dentelles pianotaient studieusement leurs claviers avec un flegme admirable, leurs homologues masculins, tapis à l’arrière plan, se montraient volontiers plus démonstratifs, tant sur le plan vestimentaire (le bassiste était visiblement un padawan du capitaine Haddock) que chorégraphique (si tant est que l’on considère le headbanging comme une chorégraphie). Mais qu’importent les oppositions de style, les Cosines s’accordant parfaitement les uns aux autres et délivrant leur « pop mathématique » avec la fraîcheur et la rigueur nécessaires pour honorer leurs deux valeurs cardinales.

Cosines 23²

Ami lecteur, trois ninjas figurent sur cette image. Sauras-tu les trouver? (PS: Si tu trouves le ninja batteur, respect)

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De la pop donc, mais pas n’importe quelle pop. Comme peut le laisser envisager le qualificatif de mathématique, la musique des Cosines est porteuse d’une certaine exigence, tant au niveau des mélodies (l’étonnant Commuter Love et sa structure rythmique syncopée semblable au Howlin’ For You des Black Keys) que des paroles. Même si la disposition des lieux et les aléas du live m’empêchèrent de comprendre l’intégralité des textes du groupe, on ne me fera pas croire que l’on écrit des chansons intitulées Lookout Mountain Drive ou Disclosed Stories pour raconter les mêmes platitudes que Mr ‘Baby³²’ Bieber. Quant à Hey Sailor Boy, récit des amours contrariées d’une pirate possessive (il en faut), il flottait sur ce morceau un petit air de 10.000 Maniacs des plus appréciables (ou bien fut-ce seulement le timbre d’Alice Hubley qui m’évoqua celui de Nathalie Merchant, allez savoir), que je fus peut-être le seul à percevoir mais qui suffit amplement à faire mon bonheur.

35 minutes après avoir ouvert les hostilités et sur une dernière nappe de Korg, les Cosines prirent congé du public parisien avec la tranquille assurance du devoir accompli**. Mi-temps.

*: Cosinus dans la langue de Molière. Un nom tout à fait approprié pour un groupe venant d’Angleterre. Relisez lentement les deux phrases précédentes si vous n’avez pas compris où je voulais en venir.
**: À propos de devoir, je ne peux vous laisser partir sans vous donner l’adresse du bandcamp de Cosines, où l’on peut télécharger gratuitement un titre du groupe. De rien.

Setlist Cosines:

1)Out Of The Fire 2)Lookout Mountain Drive 3)Commuter Love 4)Runaway 5)Walking Away 6)Disclosed Stories 7)Hey Sailor Boy 8)Misguide Me 9)The Answer

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Kid Canaveral 1²À la sortie des vestiaires/au retour du bar après le quart d’heure de pause réglementaire, ce fut au tour de KID CANAVERAL, quatuor écossais originaire de St Andrews, de dégoupiller. En venant présenter en avant-première leur second album, Now That You Are A Dancer, successeur très attendu du célébré Shouting At Wildlife, les kids firent au public de l’International un cadeau dont ce dernier ne réalisa peut-être pas la valeur, mise à part la petite bande de fans convaincus du premier rang. On en reparlera dans deux ans, quand il faudra payer trente euros pour venir les voir à la Cigale ou au Trianon.

Mais ne précipitons pas l’histoire. En ce samedi soir de Février, ce fut donc dans le sous-sol d’un bar du XIème arrondissement, sur une scène de quatre m² sonorisée à l’apache et dangereusement colonisée par les manteaux des spectateurs que les jeunes vassaux de King Creosote se produisirent, des conditions pas vraiment idéales pour qui n’a pas prévu de donner dans le punk ou le pub-rock. Cet environnement particulier donna au set de Kid Canaveral une coloration garage et lo-fi que l’on était en droit de trouver ou rafraîchissante ou horripilante, au choix. Les avis convergeront cependant sur le fait qu’il y avait un monde, voire deux, entre le rendu live des titres joués à l’International et leurs versions studio. Et si la basse de Rose McConnachie (imperturbable malgré le recouvrement progressif de son ampli retour par les effets personnels du public) et la batterie de Scott McMaster réussirent sans mal à tirer leur épingle d’une sonorisation brute de décoffrage, les guitares et samples de David McGregor et Kate Lazda ne purent pas en dire autant. Quand au micro de cette dernière, son réglage malheureux fit tout simplement passer Left And Right et Without A Backing Track pour des plages instrumentales, à quelques pré-chorus près.

Kid Canaveral 9²

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Ces quelques désagréments mis à part, le rock indie délivré par Kid Canaveral confirma amplement tout ce qui avait été écrit de bien sur eux depuis leurs débuts. Mélodies accrocheuses, jeu à deux guitares ultra efficace, section rythmique bondissante, chant maîtrisé (mais chœurs bousillés par les problèmes de micro évoqués au dessus)… ce groupe a vraiment tout pour lui, à commencer par un répertoire solide  comme le mur d’Hadrien (Good MorningYou Only Went Out To Get Drunk Last Night, And Another Thing!!, Smash HitsLow Winter Sun, Without A Backing Track, The Wrench…) et un nouvel album surpassant de loin son pourtant fort honorable prédécesseur*. Ajoutez à cela un line-up sexy en diable (My Bloody Valentine-like, le côté emo dépressif en moins) et si vous n’obtenez pas une rapide reconnaissance internationale, au moins dans les milieux initiés, vous pourrez légitimement crier à l’injustice. Bref, le futur de ces kids semble s’annoncer sous des auspices très favorables, et on ne peut que remercier l’équipe d’Another Sunny Night de les avoir fait venir à Paris à ce moment clé de leur carrière. Les absents souhaitant s’amender pour leur faute se réjouiront d’apprendre qu’ils prévoient de revenir par chez nous à l’automne, possiblement en Septembre. Soyez là.

*: Et je parle en connaissance de cause, puisqu’il était possible d’acheter Now That You Are A Dancer après le concert, soit plus de deux semaines avant sa sortie officielle le 4 Mars prochain. J’aime ma vie.

Setlist Kid Canaveral:

1)Breaking Up Is The New Getting Married 2)Who Would Want To Be Loved? 3)Good Morning 4)Left And Right 5)Who’s Looking At You, Anyway? 6)Her Hair Hangs Down (non joué) 7)Without A Backing Track 8)Couldn’t Dance 9)The Wrench (rayé de la setlist) 10)You Only Went Out To Get Drunk Last Night 11)What We Don’t Talk About (rayé de la setlist) 12)And Another Thing!! 13)Low Winter Sun 14)A Compromise (non joué)

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À la fin du temps réglementaire, le constat était sans appel: la fin de la domination anglo-saxonne sur le pop-rock n’est pas encore pour tout de suite. Oh, nous autres petits français avons bien quelques atouts à abattre, quelques artistes prometteurs à faire valoir, mais la concurrence est simplement trop rude et trop nombreuse pour espérer équilibrer le rapport des forces. Nous continuerons donc, année après année à être envahis par des hordes de bons groupes venus d’outre Manche, et, au fond, on ne va pas s’en plaindre.

À propos de Schattra

Égoïstement optimiste, çapourraitêtrebienpirologiste assumé. Selfishly optimistic, proud itcouldbemuchworsologist

Publié le février 19, 2013, dans Revue Concert, et tagué , , , , . Bookmarquez ce permalien. 4 Commentaires.

  1. Merci beaucoup pour la review et les très chouettes vidéos!

  2. … et peut-être à ce vendredi au même endroit pour la prochaine avec un nouveau plateau Edinburgh / London! http://www.facebook.com/events/489327977807737

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