W.H.A.T.T. (N.O.W.): Victoires De La Musique 2013

Cela fait quelques articles que je discute de l’importance de l’hiver dans l’année musicale, la mauvaise saison étant en effet celle pendant laquelle la profession récompense les meilleurs (terme à la définition ambigüe, et  parfois synonyme de « plus gros vendeur de disques », « meilleur ami du jury » ou, pire « trop important pour ne pas recevoir de prix même si son dernier album a déçu tout le monde à part ses fans hardcore ») artistes nationaux au cours de cérémonies insupportablement longues et pénibles à regarder. Même si cet exercice de remise de prix est régulièrement critiqué, tant sur le fond (« Toujours les mêmes qui sont nominés/récompensés! », « Les catégories ne sont pas/plus en phase avec la réalité! », « Le jury n’a pas de légitimité! »…) que sur la forme (« Arrête de remercier ta famille et chante ta p****n de chanson! », « Ce duo entre Enrico Macias et Mireille Mathieu était-il vraiment nécessaire? », « Noooon, pourquoi Laurent Ruquier? »…), il a au moins le mérite d’exister, et permet au plus grand nombre de se tenir au courant – avec un an de retard tout de même – de l’actualité de la scène musicale française, que le monde entier nous envie. Parfois.

Bref, comme l’une de mes résolutions pour cette année 2013 est de ne plus critiquer qu’en connaisseur (ce qui, pour le moment, m’empêche d’utiliser One Direction, Justin Bieber ou Booba comme repoussoirs dans mes billets, faute de n’avoir jamais pris le temps d’écouter les disques de ces artistes*), et que je reconnais volontiers avoir attaqué gratuitement les Victoires de la Musique dans un précédent article, je ne pouvais pas décemment refuser à cette auguste institution (28ème anniversaire cette année) une étude de cas un peu plus poussée. Peut-être même que je regarderai la cérémonie sur France 2 le mois prochain, mais comme ça me condamnerait de facto à me farcir également le retransmission de l’Eurovision (toujours pousser la logique jusqu’au bout, quoi qu’il en coûte), je préfère me laisser un temps de réflexion avant de m’engager dans cette galère. En attendant, la révélation avant-hier des noms des artistes nominés m’a fourni  assez de matériel pour publier un premier papier sur le sujet. L’herbe est elle vraiment plus verte chez les voisins? Eh bien, ça dépend de ce qu’on entend par vert.

*: Comme je ne pourrais pas me passer longtemps d’inclure quelques remarques cinglantes, méchantes et perfides dans les articles de ce blog, il va donc falloir que je jette une oreille sur Take Me Home, Believe, Le Futur ou encore Sans Attendre. Ce que mon penchant pour le persiflage me pousse à faire, tout de même.

Green

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Avec seulement 12 catégories, les Victoires de la Musique sont une des remises de prix les moins prolifiques de la planète, très loin derrière les 27 trophées décernés annuellement lors des SAMA (Afrique du Sud), les 43 JUNO canadiens, et bien sûr les plus de 80 (!) gramophones dorés attribués pendant les Grammies. Il faut tout de même noter que les Français ont eu la bonne idée de séparer les récompenses du jazz et de la musique classique du reste, chacun de ces deux sous-genres bénéficiant d’une cérémonie attitrée plus tard dans l’année. Cette sobriété s’explique aussi par le caractère franco-français de cette distinction: aucune Victoire ne récompense en effet d’artiste international, contrairement à d’autres remises de prix (MTV et NRJ Awards) clairement mondialisées.

Avant toute chose, j'aimerais remercier Open Office, sans lequel rien n'aurait été possible...

Avant toute chose, j’aimerais remercier Open Office, sans lequel rien n’aurait été possible…

Ceci dit, même si l’on ne peut que se féliciter d’échapper à la Victoire des meilleures notes d’album, du meilleur livre audio ou du meilleur packaging d’édition limitée (c’est à ce genre de détail que l’on réalise que les USA sont entrés en décadence), je pense que l’on gagnerait tout de même à créer quelques  catégories surnuméraires, qui permettraient à la fois d’affiner le propos (par exemple, faire le distingo entre le rap/hip-hop et le R’N’B, pour l’instant fusionnés sous l’appellation bâtarde de « Musiques Urbaines »*) et de corriger quelques absences très regrettables, comme celle de la Victoire du meilleur producteur. Je me doute bien que je ne dois être ni le premier ni le seul à faire ces remarques, et qu’il doit y avoir de très bonnes raisons expliquant la présence des douze Victoires actuelles et l’absence ou la disparition d’autres palmes. Et puisque je n’ai pas le pouvoir de changer cet état de fait (pas immédiatement tout du moins: les choses changeront lorsque je serai devenu tyran du Vieux Monde), autant couper court aux « et si… » et passer sans plus attendre à l’étude de ces fameuses catégories.

*: Par opposition aux « Musiques Rurales »? Pas de chance, on a pas beaucoup d’artistes country en France.

Nominations

 

ARTISTE INTERPRÈTE MASCULIN DE L’ANNÉE:

Benjamin Biolay - M - Dominique A - Orelsan

Benjamin Biolay – M – Dominique A – Orelsan

Je suis assez content de la sélection effectuée par le jury dans cette catégorie. Aucun de ces quatre gaillards ne m’est particulièrement cher, et j’avoue même entretenir une certaine méfiance envers Orelsan, qui me semble manquer assez nettement de l’ironie et du recul sans lesquels le rap n’est qu’un épanchement de testostérone gratuit et bas du front. Son Suicide Social aurait pu servir d’Hexagone à une génération trop jeune pour connaître le brûlot de Renaud, s’il avait pensé, comme ce dernier, à s’inclure dans son tableau au vitriol de la société française. Car écrire un morceau aussi violent, méchant parfois, sans faire preuve du moindre second degré (ou alors, il est très bien caché), revient, à mes yeux, à dire: « vous êtes tous pourris, affreux, minables, etc… mais pas moi ». Bonjour la maturité. Ajoutez à cela les paroles toutes aussi subtiles de Sale P*te, dont la violence ferait pâlir l’intégriste religieux le plus fanatique, et  vous comprendrez pourquoi j’ai du mal à cautionner Orelsan. Cependant, sa nomination est une bonne chose, puisqu’elle permet aux « musiques urbaines » de faire leur entrée dans une catégorie jusque là réservée aux chanteurs pop-rock ou de variété. L’individu ne me plaît pas, mais le symbole, lui, me réjouit.

Benjamin Biolay et M, quant à eux, me paraissent être taillés dans le bois dont on fait les légendes. Ils ont le charisme, l’intelligence et le talent nécessaire pour traverser les décennies sans démériter, et inspirer les artistes des générations suivantes, chacun dans leur genre. Biolay le dandy ténébreux marche dans les traces de Gainsbourg et de Bashung. M la rock star solaire suit la voie de Polnareff et d’Hallyday. On remet souvent des récompenses à titre posthume (ou quasiment, comme en témoigne la moisson de Victoires d’un Bashung moribond en 2009) à des artistes qui n’ont jamais, ou si peu, été récompensés lorsqu’ils étaient au top de leur créativité; ce serait intéressant d’en remettre une à des chanteurs dont on pense qu’ils peuvent encore faire mieux dans le futur. Just saying.

Reste Dominique A, qui vient donc de fêter ses vingt ans de carrière sans que je ne me souvienne avoir jamais entendu un seul de ses morceaux. Je trouve ça plutôt fâcheux (pour moi, qui suis sensé tenir un blog musical, pas pour lui). Encore un artiste trop longtemps snobbé par la profession, et dont l’éventuel couronnement récompensera davantage l’endurance que la qualité de son dernier album. Ils ont bien fait le coup au grognard Thiéfaine l’année dernière (première Victoire après 34 ans de carrière, wouhou!), alors pourquoi pas.

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ARTISTE INTERPRÈTE FÉMININE DE L’ANNÉE:

Céline Dion - Lou Doillon - Françoise Hardy - La Grande Sophie

Céline Dion – Lou Doillon – Françoise Hardy – La Grande Sophie

Pour le coup, j’aime beaucoup moins, pour plusieurs raisons. Premièrement, puisqu’elle est ressortissante canadienne, je ne vois pas pourquoi Céline Dion ferait partie des quatre nominées à une distinction sensée récompenser une artiste française. Quitte à caser une grande star sur le retour dans sa sélection, le jury aurait pu donner un ticket à Mylène Farmer, un pur produit de nos terroirs (bon, d’accord, elle est aussi née au Québec, mais elle est rapidement retournée au bercail). Aucun artiste hexagonal n’a encore été nominé à un JUNO que je sache.

Deuxièmement, faire figurer Lou Doillon parmi les lauréates potentielles d’une Victoire sensée récompenser « une artiste confirmée » alors que l’intéressée a sorti son premier album en Septembre dernier me semble un peu présomptueux. La demoiselle peut bien être la nouvelle Joni Mitchell (l’avenir nous le dira), ça ne doit pas la dispenser de passer par la case « Révélation de l’année », qui sert justement à présenter au public les artistes les plus prometteurs de l’année écoulée. Je n’irai pas jusqu’à dire qu’être la fille de Jane Birkin explique bien des choses, mais ça m’étonnerait fort que tous les commentateurs fassent preuve de la même indulgence. La pauvre Lou devrait donc prier pour ne pas gagner cette fichue Victoire, car les conséquences de ce coup d’éclat aux relents népotiques pourraient bien être dommageables à sa carrière  musicale.

Françoise Hardy? Mouais, pourquoi pas. Pas transcendante, mais élégante, et crédible aux yeux des observateurs étrangers (s’il y en a… on peut rêver), et particulièrement les anglo-saxons, surtout depuis que les néo-mods anglais se sont mis à citer Jacques Dutronc parmi leurs références (pas les premières, mais tout de même). C’est toujours bon à prendre. La Grande Sophie? Pas de problèmes pour moi. Révélation de l’année en 2005, pas trop mainstream, dernier album solide… Probablement la personne à récompenser si les Victoires de la Musique ont encore la prétention de guider le grand public vers des artistes méritants plutôt que de récompenser des stars que tout le monde connaît déjà. C’est idéologique tout ça, c’est idéologique.

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GROUPE OU ARTISTE RÉVÉLATION DU PUBLIC:

 C2C - Barbara Carlotti - Rover - Tal

C2C – Barbara Carlotti – Rover – Tal

Probablement une des palmes les plus importantes (avec sa jumelle « Révélation Public »), qui permettra à son lauréat de poursuivre sa route avec un véritable avantage par rapport à la concurrence. Les écrivains ont le Prix Goncourt, les chefs les étoiles du guide Michelin, les musicos ont la Victoire de la Révélation de l’année. Et comme à chaque fois, ça tire un peu dans tous les sens: de l’electro, de la pop, du rock indie et du R’N’B, et la France entière en juge de paix pour désigner le vainqueur. C’est gentil de faire participer le public, mais cela pose plus d’un problème.

Déjà, on peut se demander sur quels critères ont été choisi les quatre artistes/groupes nominés. La logique voudrait qu’ils aient été sélectionnés par le public, mais il n’en est rien. Nous sommes donc absolument libres de décerner une Victoire… à l’un des quatre noms obligeamment proposés par le jury. Un peu comme si les sénateurs pré-sélectionnaient les candidats à l’élection présidentielle. Tant pis donc pour Carmen Maria Vega, Claire Denamur, Barcella et Lescop, dont les noms ont été discrètement retirés du chapeau après concertation des autorités compétentes. Tiens, j’ai une idée: et si la seule condition pour pouvoir prétendre à cette Victoire était d’avoir sorti son premier album au cours de l’année écoulée? Comme à la présidentielle, on organiserait deux tours de scrutin, le premier pour sélectionner les quatre finalistes, le second pour désigner le vainqueur. Plus compliqué à mettre en place, certes, mais plus transparent et plus légitime que le système actuel.

Deuxième problème, l’inégalité des chances entre les candidats. Comme à chaque fois qu’un vote est ouvert au public, le victoire ira à celui qui a la plus grosse… fanbase. Et comme les réseaux sociaux aiment bien les chiffres, il est déjà possible de juger des chances de chacun à l’heure actuelle. Ainsi, les C2C comptent actuellement 305.222 fans sur Facebook, contre 8.293 pour Mlle Carlotti, 8.473 pour l’ami Rover, et 207.071 pour Tal. Sans vouloir paraître pessimiste, ça m’étonnerait grandement que la palme aille à Barbara ou à Timothée, à moins que leurs supporters se mobilisent de manière surhumaine. En résumé, le vote du public consacre la victoire du quantitatif sur le qualitatif, ce qui jure fortement avec l’esprit des Victoires, et qui explique sans doute pourquoi les organisateurs ont doublé cette récompense d’une autre palme estampillée « Révélation de l’année », décernée cette fois-ci par ce bon vieux jury. Non mais.

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GROUPE OU ARTISTE RÉVÉLATION SCÈNE:

Boulevard Des Airs- C2C - Barbara Carlotti - Irma

Boulevard Des Airs- C2C – Barbara Carlotti – Irma

On ne s’attardera pas sur l’intitulé assez bizarre de cette Victoire, qui semble suggérer que le public se contente d’acheter des disques et que seuls les professionnels vont voir des concerts (mais bon, je suppose que c’est plus acceptable que « Groupe Ou Artiste Choisi Par Le Jury Parce Que Faut Pas Déconner Quand Même, Le Public A Des Goûts De Chiotte »). On remarquera par contre que la moitié des nominés le sont aussi dans la catégorie concurrente de « Révélation du Public ». On en pensera ce qu’on voudra*…

Pour être franc, j’ai vaguement entendu parler de C2C et d’Irma, et pas du tout de Boulevard Des Airs et de Barbara Carlotti. Je serais donc bien incapable de me prononcer sur la question de qui mérite le plus de gagner, surtout que tout ce beau monde ne semble pas boxer dans la même catégorie. Je n’envie pas les membres du jury qui devront trouver un moyen de comparer le breakbeat des DJs nantais avec le folk de l’égérie de  My Major Company. Pour moi, ça revient à déterminer si le bleu est  une plus belle couleur que le rouge. Mais bon, c’était ça ou faire une catégorie révélation pour chaque style musical, sur le modèle des Grammys américains, une alternative beaucoup plus fastidieuse et au final à peine plus représentative. Je suppose que nous sommes donc en présence de la moins mauvaise solution.

*: Cette similitude est loin d’être exceptionnelle: depuis le dédoublement de la Victoire « Révélation » en 2001, seule l’édition 2010 a vu huit artistes différents concourir pour l’une ou l’autre des distinctions. À deux reprises (2003 et 2005), les trois mêmes artistes se sont retrouvés nominés dans les deux catégories. Cependant, seul Kyo a réussi le doublé (2004), ce qui n’a visiblement pas porté chance au groupe.

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ALBUM DE CHANSONS:

Vengeance (B. Biolay) - L'Amour Fou (F. Hardy) - La Place Du Fantôme (La Grande Sophie) - Îl (M)

Vengeance (B. Biolay) – L’Amour Fou (F. Hardy) – La Place Du Fantôme (La Grande Sophie) – Îl (M)

Cette Victoire est particulière en cela qu’elle couronne une exception hexagonale, la fameuse « chanson francaise ». Personnellement, je ne sais pas, je ne sais plus, ce qu’est la chanson française. Si on regarde les nominés de l’édition 2013, on se rend compte que leur seul point commun est de chanter en français. Les BB Brunes aussi chantent en français, et c’est du rock. Oxmo Puccino aussi chante en français, et c’est de la musique urbaine (décidément, j’adore ce terme). Bref, ce terme de « chanson française » me semble incroyablement vague, et je crains qu’il ne faille pas trop s’en approcher, tant le sujet est glissant, et même casse-gueule. Je laisserai donc au jury le sale boulot de décider qui peut prétendre à cette appellation controversée pour me concentrer sur les quatre heureux nominés.

Les nominations de Biolay et de M n’ont rien de vraiment surprenant, les deux compères étant des habitués de la catégorie. On peut y voir une sorte de consécration pour ces deux artistes, qui s’installent une fois pour toute dans la cour des grands, une quinzaine d’années après leurs débuts. Tous les deux jeunes quadragénaires, ils grillent la politesse à leurs aînés (Patrick Bruel et Johnny Hallyday faisaient partie des huit pré-nominés) et c’est très bien. Place aux moins vieux. Même logique pour la Grande Sophie, qui pourrait faire figure de doyenne de la promo si Françoise Hardy n’occupait pas déjà ce créneau. Il serait en effet impensable qu’un artiste de la « vieille garde » (comprendre, d’au moins soixante ans) ne fasse pas partie du plateau final. Car la chanson française, c’est d’abord une tradition, et donc une chose du passé, même si la relève est là et bien là.

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ALBUM ROCK:

Long Courrier (BB Brunes) - Places (Lou Doillon) - Super Welter (Raphaël) - Can Be Late (Skip The Use)

Long Courrier (BB Brunes) – Places (Lou Doillon) – Super Welter (Raphaël) – Can Be Late (Skip The Use)

Ah, le rock… Tout le monde sait ce que c’est, mais personne n’a jamais été capable d’en proposer une définition satisfaisante. Est-ce que les BB Brunes font du rock? Certainement. Est-ce que Lou Doillon fait du rock? Par élimination, sûrement. Est-ce que Lou Doillon est plus rock que les Stuck In The Sound, qui n’ont même pas été pré-sélectionnés par le jury, malgré un Pursuit unanimement salué par la critique? Probablement pas. On pourrait continuer ce petit jeu du « plus ou moins rock que » pendant longtemps, et se retrouver au final avec un résultat aussi contestable qu’au début de l’opération.

À mon avis, la vraie question à se poser est: quels sont les artistes rock dont la France peut être la plus fière, capables de rivaliser avec la concurrence internationale? Si un ami étranger me demandait de lui faire découvrir le rock français contemporain, quel serait mon premier choix? Il ne faut pas oublier que décerner à un disque la Victoire d’album rock de l’année, c’est de facto reconnaître que c’est que la France a fait de mieux en la matière au cours de l’année. Tout ça pour dire que je tirerais la gueule si Long Courrier ou Places décrochaient la timbale, car  je sais qu’on a fait mieux que ça en 2012. Depuis qu’un mec plus célèbre que le Christ a dit que le rock français était moisi, ce dernier se traîne une réputation peu enviable à l’étranger, et la réhabilitation passe obligatoirement par l’excellence, anglophone de préférence. À bon entendeur…

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ALBUM DE MUSIQUES URBAINES:

Extra-lucide (Disiz) - Roi Sans Carrosse (Oxmo Puccino) - L'Apogée (Sexion d'Assaut) - Le Droit De Rêver (Tal)

Extra-lucide (Disiz) – Roi Sans Carrosse (Oxmo Puccino) – L’Apogée (Sexion d’Assaut) – Le Droit De Rêver (Tal)

Et dire qu’il a fallu attendre 1999 et le sacre de Manau dans la catégorie « Album de Rap ou de Groove » pour que les musiques urbaines aient enfin droit de cité aux Victoires de la Musique! Rien que pour ça, on peut dire merci à La Tribu De Dana et à J’Entends Le Loup Le Renard Et La Belette (non, là je blague). Et par musiques urbaines, il faut comprendre: rap, ragga, hip-hop et R’N’B, dernier intitulé de la catégorie avant « l’urbanisation » de 2007.

Bien que n’écoutant que très rarement ce genre de musique, je me tiens suffisamment au courant de son évolution pour me rendre compte que le jury des Victoires pratique une politique de discrimination que j’approuve pleinement. Les albums et les artistes nominés dans cette catégorie sont en effet les dépositaires d’une certaine vision de la musique urbaine, une vision ouverte, tolérante et intelligente, très loin des postures de thug et des discours aberrants qui servent de fond de commerce à un certain nombre d’artistes appartenant également à ce milieu. J’espère que le jury continuera dans cette direction le plus longtemps possible, même si la digue apparaît de plus en plus perméable aux assauts du gangsta. Orelsan « Je vais te mettre en cloque (sale pute) et t’avorter à l’opinel » a remporté la palme l’année dernière (ok, Sale P*te ne figure pas sur Le Chant Des Sirènes, mais ce genre de morceau de bravoure ne s’oublie pas facilement). En 2013, ce sera peut-être au tour de la Sexion « Je crois qu’il est grand temps que les pédés périssent » d’Assaut de repartir avec le trophée. On verra bien.

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ALBUM DE MUSIQUES DU MONDE:

Folila (Amadou & Mariam) - Al (Bumcello) - Talé (Salif Keita) - C'est La Vie (Khaled)

Folila (Amadou & Mariam) – Al (Bumcello) – Talé (Salif Keita) – C’est La Vie (Khaled)

Aka « Victoire de l’artiste/groupe (africain la plupart du temps) francophone de l’année ». Parce que la France est un grand pays qui a un soft power important, la preuve. Comment ça, une persistance du temps des colonies et de la Françafrique? Allons, restons sérieux! C’est juste que les Victoires de la Musique sont une institution française, et il est donc logique que les artistes n’ayant pas la nationalité française aient leur propre catégorie… Ah, mais Céline Dion, ce n’est pas pareil voyons!

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ALBUM DE MUSIQUES ÉLECTRONIQUES OU DANCE:

By Your Side (Breakbot) - Tetra (C2C) - Franky Knight (Émilie Simon) - Dusty Rainbow From The Dark (Wax Tailor)

By Your Side (Breakbot) – Tetra (C2C) – Franky Knight (Émilie Simon) – Dusty Rainbow From The Dark (Wax Tailor)

S‘il y a un courant musical dans lequel les Frenchies ont réussi à s’imposer sur la scène internationale, c’est sans doute l’electro. Ce que j’écrivais au sujet de la Victoire de l’album rock et du souci d’excellence quelques lignes plus haut est encore plus valable ici, pour une raison un peu différente: il ne s’agit plus cette fois de prouver au monde que nous pouvons être bons, il s’agit de lui prouver que nous sommes toujours (parmi) les meilleurs, ce qui ne devrait pas poser de problème cette année encore. Il suffit de jeter un regard sur les pré-nominés malheureux (Sébastien Tellier, Air ou encore Bob Sinclar, pour ne citer que les plus connus) pour jauger de la qualité des finalistes. Sans doute une des Victoires les plus prestigieuses, et la seule qui vaille quelque chose à l’étranger.

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CHANSON ORIGINALE:

Allez Allez Allez (Camille) - Avant Qu'Elle Parte (Sexion D'Assaut) - Je Descends Du Singe (Marc Lavoine) - La Forêt (Lescop)

Allez Allez Allez (Camille) – Avant Qu’Elle Parte (Sexion D’Assaut) – Je Descends Du Singe (Marc Lavoine) – La Forêt (Lescop)

Encore un trophée décerné par le public, et qui plus est, par SMS. Je ne vois pas comment la Sexion (plus de quatre millions de fans sur Facebook) pourrait ne pas remporter cette Victoire, mais puisque Laurent Voulzy a coiffé Mika sur le poteau l’année dernière, tout reste envisageable. Ceci dit, suis-je le seul à trouver le concept ridicule?

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SPECTACLE MUSICAL/TOURNÉE/CONCERT:

Ilo Veyou (Camille) - Silence On Tourne, On Tourne En Rond (Thomas Dutronc) - La Place Du Fantôme (La Grande Sophie) - The Geeks Tour (Shaka Ponk)

Ilo Veyou (Camille) – Silence On Tourne, On Tourne En Rond (Thomas Dutronc) – La Place Du Fantôme (La Grande Sophie) – The Geeks Tour (Shaka Ponk)

Une spécificité française que cette Victoire du Spectacle Musical/Tournée/Concert de l’année. Même les Américains n’ont pas franchi le pas, et il n’est pas difficile de comprendre pourquoi. Après avoir déterminé si le bleu est plus beau que le rouge, le jury devra donc décider s’il est préférable de regarder une tomate déguisée en Batman rouler en monocycle ou un éléphant unijambiste faire de la plongée en bouteille aux Philippines. Yes they can.

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VIDÉO-CLIP:

Fuya (C2C) - Mojo (M) - My Lomo & Me (Olivia Ruiz) - Let's Bang (Shaka Ponk)

Fuya (C2C) – Mojo (M) – My Lomo & Me (Olivia Ruiz) – Let’s Bang (Shaka Ponk)

Comment juger d’un clip sans se laisser influencer par la chanson qu’il illustre? Il suffit de couper le son. Et à ce petit jeu, c’est encore la folie mi-numérique, mi-live de Let’s Bang des Shaka Ponk qui passe le mieux, talonné par le flashmob déjanté du Mojo de M. Comme le jury semble avoir un faible pour les vidéos décalées, eut égard au palmarès des années précédentes, c’est sur les deux clips sus-nommés que je placerais mes billes.

Victoires 2012

Les Victoires de la Musique sont une cérémonie que tout le monde adore critiquer. Les spectateurs s’ennuient, les journalistes musicaux refont le palmarès en poussant des hauts cris parce qu’Y n’a même pas été nominé alors que son dernier album est une tuerie, pendant que Z raflait la mise en dépit de son manque évident de talent, les artistes dénoncent le pouvoir des majors (quand ils ne sont pas nominés), l’étroitesse d’esprit du jury (quand ils ne sont pas sacrés) ou l’inanité du prix (quand ils reçoivent quelque chose). Et pourtant, année après année, on se surprend à jeter un œil curieux sur les résultats au lendemain de la remise des prix. On est souvent déçu, certes, mais il y a toujours quelques attributions que nous jugeons amplement méritées, et qui nous réconcilient presque avec l’institution sclérosée, retardée et illogique que l’on vilipendait la veille au soir. Et on finit par se rendre compte que la disparition, si un tel évènement devait un jour se produire, des Victoires nous attristerait un peu. Pas par amour, ni même par attachement, mais par habitude. Et mine de rien, c’est déjà pas mal.

À propos de Schattra

Égoïstement optimiste, çapourraitêtrebienpirologiste assumé. Selfishly optimistic, proud itcouldbemuchworsologist

Publié le janvier 10, 2013, dans W.H.A.T.T. (N.O.W.), et tagué , . Bookmarquez ce permalien. Poster un commentaire.

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