EFTERKLANG @ LE CAFÉ DE LA DANSE (13.12.2012)

Vaincre le mal par le mal. À la mi-Décembre, les charmes de Paris se comptent décidément sur les doigts d’une patte d’un de ses nombreux pigeons invalides. Froide, humide, grise et sale, la ville lumière (ou plutôt, la ville néon) ne fait, à cette époque de l’année, plus rêver grand monde. En cette misérable fin d’automne, qui s’accroche comme une vieille crève aux artères encrassées de la capitale, on prierait presque que l’hiver arrive plus vite, histoire de tout pouvoir mettre à plat et (tenter de) recommencer du bon pied. Et tant pis si les tablettes des Mayas (tactiles ou non) prédisent un solstice 2012 assez gratiné: rien de tel qu’une bonne petite apocalypse pour oublier la morosité ambiante. Coup de chance, en cette soirée du 13 Décembre, cette prière tacite fut exaucée par la venue intramuros d’une petite troupe d’émissaires de la longue nuit arctique, fraîchement (haha) retournée d’un périple sonore dans les rues désertes de Pyramiden, cité ziggourat perdue quelque part au Nord de tout, sous les latitudes terriblement lovecraftiennes de l’archipel du Spitzberg. Tout ça ne fera pas tomber la neige sur les Champs Elysées, mais c’est toujours ça de gagné en attendant. Winter is coming comme on dit. Aperçu.

Film 2²Il ne fallait pas arriver en retard ce soir là au Café de la Danse si on ne voulait rien rater. À 19h30 précise, les lumières de la salle s’éteignirent et la projection de An Island (« making-off » de Piramida) commença pour un parterre de spectateurs encore assez dégarni. Mélangeant extraits de la collecte de sons des EFTERKLANG dans la ville minière fantôme, évocations des débuts du groupe et performances live, la grosse demi-heure de film qui servit de mise en bouche à la soirée n’était pas d’un intérêt indiscutable pour qui connaissait la genèse du dernier album de la bande de Copenhague. Cette introduction eut toutefois le mérite de plonger précocement le public dans l’univers mélodico-expérimental propre au combo danois, préparant le terrain pour ce dernier de manière très efficace. On en regretterait presque l’interlude représenté par la première partie proprement dite, coincée entre l’arbre et l’écorce comme un cheveu dans la souche. Presque.

I Was Playing Xylophone (for Efterklang)

I Was Playing Xylophone (for Efterklang)

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Car NEESKENSsongwriter gueldrois (mais francophone) n’était pas venu au Café pour se faire voler la vedette par les échos numériques d’Efterklang. Tu rêves Herbert. Sitôt l’écran de projection évacué, laissant apparaître les moellons emblématiques de la salle, notre homme surgit des coulisses, guitare en main, prêt à donner le change à un public pas encore tout à fait remis de sa récente expérience cinématographique. On en aurait presque oublié qu’il ne faut pas forcément sampler le bruit de la pluie qui dégoutte d’une main tendue (véridique) ou avoir à sa disposition cinquante marmots secouant des feuilles de journaux (véridique bis) pour faire de la musique. Back to basics.
Folkeux assumé, Neeskens dépeint ses villes (Amersfoort, Apeldoorn, Groenlo) sur fond de finger-picking tranquille qui n’est pas sans rappeler le Cabrel du début des années 80, l’aqueux-cent d’Astrafort en moins. Et la moustache aussi.

Neeskens 8²

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Neeskens 1²Pour avoir déjà assisté à une prestation du gaillard plus tôt dans l’année (en première partie des Waterboys de Mike Scott), j’ai été agréablement surpris par l’adjonction de quelques fantaisies dans la prise voix, principalement un chouilla de delay de temps en temps, utilisé à bon escient pour étoffer (le folk c’est bon mais c’est souvent un peu sec à la longue) le propos en milieu et fin de set.
Pour le reste, j’ai retrouvé le Neeskens de mes souvenirs, c’est à dire un jeune type livrant ses compos au public avec un mélange d’intensité et de gêne. Un peu plus serein (ou détaché) qu’en Mai dernier au Bataclan, un peu plus loquace également, le Gueldrois n’a pas pour autant réussi à briser la glace avec la salle, pourtant loin d’être hostile, ni même à n’ébaucher l’ombre d’un sourire durant son tour de chant. Un peu comme l’enfant prodige que ses parents forcent à jouer devant tout le monde pendant les réunions de famille, et qui finit par s’exécuter de mauvaise grâce, Neeskens n’avait pas l’air franchement ravi d’ouvrir pour Efterklang. Il avouera même que son rêve serait (plutôt) de faire la première partie d’Elbow. Qu’on n’y voie surtout aucune critique adressée en sous-main au trio danois, mais plutôt une tentative, un peu maladroite, de faire la conversation entre deux morceaux. Même embarras à la fin du set, au moment de remercier les membres de l’équipe technique… dont il a oublié les prénoms. L’intention était belle, mais la réalisation brouillonne. À travailler.

Pour le reste, il ne vous reste plus que quelques jours pour écouter Groenlo, premier EP bien foutu du gars Neeskens. Il y a même une chanson, Falling Down, qui parle de la fin du monde, dixit son auteur (U+21D3.svget peut-être une autre du suicide, mais c’est à confirmerU+21D3.svg). Tout à fait à propos.

Pendant que les Efterklang investissaient la scène pour procéder aux ultimes réglages d’avant-show, la « fosse » du Café de la Danse se remplissait rapidement, provoquant un massif retour à la station debout des premiers rangs, jusque là bien gentiment assis. L’estrade n’avait plus l’air si proche tout d’un coup. Tant pis, on voyait quand même à peu près la tête de Casper Clausen… la plupart du temps. Ça aurait pu être pire.

À tout seigneur, tout honneur, le groupe débuta donc par le premier single du dernier album, Hollow Mountain et son entêtant mantra introductif. Bienvenue à, bienvenue en Piramida. Parfaitement restituée dans toute sa grâce évanescente, l’ambiance rêveuse et feutrée du concept album emplit rapidement la bâtisse, suscitant une chaleureuse première ovation de la part d’un public visiblement expert es Efterklang. J’en veux pour preuve sa réaction immédiate sur les premières mesures de I Was Playing Drums, morceau suivant du set, et sans doute plus gros « tube » des Danois à ce jour. Encore un peu timide mais diablement affûté, le public parisien s’affirmera progressivement, jusqu’à parvenir jusqu’à un niveau de frénésie festive qui poussera le groupe à se fendre d’un deuxième rappel. Pas mal du tout.

Efterklang en tête à tête...

Efterklang en tête à tête…

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Efterklang XIIMais ne sautons pas d’étapes. Après cette première incartade du côté de Magic Chairs, ce fut au tour de Tripper de fournir une munition au show, sous la forme de Step Aside. Puis retour au présent avec un Sedna de toute beauté. Piramida est décidément un bien bel album, peut-être le plus accessible de la discographie du groupe, dont le goût pour l’expérimentation avait précédemment engendré des galettes un chouilla trop complexes pour que leur succès critique se double d’un succès commercial. Porté par les nappes de claviers de Mads Brauer, la basse veloutée de Rasmus Stolberg et les entrelacs vocaux de Casper Clausen et de la Broderick Family (Thomas au violon et Heather aux claviers), les morceaux issus de la dernière livraison du trio (sept au total, soit la moitié de la setlist), impeccablement exécutés malgré l’absence de cuivres, permirent au concert de vraiment décoller. On espère qu’ils auront le même effet sur la popularité internationale du groupe, encore limitée.

Efterklang 3²Mais si Efterklang peut compter sur sa musique pour séduire, envoûter même, son public, le groupe a d’autres atouts dans sa manche pour emporter la décision. Et en premier lieu, l’irrésistible sentiment de bonne humeur et de complicité partagé par les compères, à commencer par un Casper Clausen rayonnant d’un bout à l’autre du show. Facteur bénévole, il alla jusqu’à lire au public le message d’anniversaire laissé par un fan de Strasbourg (le concert précédent s’étant tenu à la Laiterie) pour une de ses connaissances parisiennes, avant d’inviter l’assistance à lui remettre quelques souvenirs à faire passer aux spectateurs de Francfort, le lendemain. Si vous tombez sur un ticket de métro de la RATP en marchant sur la Bachmannstraße, vous saurez comment il est arrivé là.

Après une longue et belle incursion « Piramidienne » (Black Summer, Between The Walls, Dreams Today, Monument), la dernière ligne droite du set vit le groupe revenir vers Magic Chairs pour un final enlevé (Raincoats + Modern Drift). Martelés par des dizaines de semelles enthousiastes, les gradins du Café de la Danse se métamorphosèrent en caisse de résonance géante, dont les roulements eurent tôt fait de rappeler le groupe sur scène. Le rappel, en deux actes, vit s’enchaîner un The Ghost encore à peu près sérieux, un Cutting The Ice To Snow franchement rigolard (et tant pis pour son intro un peu grandiloquente) et pour finir un Alike quasiment aussi unplugged que celui filmé dans An Island. Une bien belle manière de terminer un concert mémorable pour tous ses participants, et de prendre congé d’un groupe attachant et généreux, qui reviendra à Paris le 26 Avril prochain pour une date au Trabendo.

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Au sortir du Café de la Danse, ni le temps ni la température ne se s’étaient améliorés, mais était-ce vraiment important? La tête pleine des persistantes et mélodieuses réverbérations d’Efterklang, nous voilà formidablement armés pour affronter la morosité parisienne pour un petit bout de temps.

Setlist Efterklang:

1)Hollow Mountain 2)I Was Playing Drum 3)Step Aside 4)Sedna 5)Frida Found A Friend 6)Black Summer 7)Between The Walls 8)Dreams Today 9)Monument 10)Raincoats 11)Modern Drift
Rappel:
12)The Ghost 13)Cutting The Ice To Snow
Rappel 2:
14)Alike

À propos de Schattra

Égoïstement optimiste, çapourraitêtrebienpirologiste assumé. Selfishly optimistic, proud itcouldbemuchworsologist

Publié le décembre 18, 2012, dans Revue Concert, et tagué , , , . Bookmarquez ce permalien. Poster un commentaire.

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