FIRST AID KIT @ LE TRABENDO (28.11.2012)

Trabendo 14Souvenez-vous, c’était il y a un gros mois. Le 25 octobre 2012, le Trabendo devenait (pour quelques heures) le centre du monde. En cause, la venue des quatre cailloux les plus révérés du panthéon rock (cailloux – rock… il est beau mon jeu de mots, il est beau) pour un petit tour de chauffe dans ce « club » parisien, en prévision de la micro tournée anglo-américaine organisée à l’occasion du cinquantenaire du groupe. La question était alors de savoir si l’on pouvait pardonner à ces vieilles crapules leurs divers dévoiements artistiques et financiers (paye ta place à 400£*!) sur la seule base de cette « bonne action », qui a permis à 350 fans émerveillés d’assister au showcase de leur vie pour un prix tout à fait correct. Certains ont dit oui, d’autres ont dit non, les Stones sont venus, ont joué, ont convaincu (ou pas) et sont repartis. L’affaire s’est dégonflée et le Trabendo est redevenu une salle de concert parisienne parmi d’autres. Fin de l’histoire? Pas du tout. Le 28 novembre, en effet, l’endroit redevenait le centre du monde pour les quelques cinq cents amateurs de folk nordique venus braver le froid et l’humidité pour assister au retour dans la capitale des sœurs Söderberg, neuf mois après leur passage au Point Éphémère. Suèdeheads, welcome in.

*: Et la mienne aussi, puisque tu as les moyens.

Après deux fois trente minutes d’attente à l’extérieur de la salle (il faut bien rentabiliser la buvette), les portes s’ouvrent enfin sur l’enceinte qui a accueilli le dernier concert abordable des Stones. Vu la configuration des lieux, et la proximité entre la scène et la fosse, ça a du être quelque chose. Mais assez avec le passé, on est venu pour vérifier si les frangines suédoises ont toujours la pêche après une année passée sur les routes d’Europe et d’Amérique pour défendre leur excellent dernier album, The Lion’s Roar. Sur l’estrade, rien ne semble avoir changé depuis février dernier. On retrouve du côté droit les guitares de Klara, tandis que le clavier et l’auto-harpe de Johanna occupent le gauche, le kit de leur batteur refermant le triangle à l’arrière plan. Au centre du dispositif, un piano électrique a été installé pour qu’Amanda Bergman, alias IDIOT WIND, puisse accomplir son travail de chauffeuse de salle. En attendant que la salle se remplisse, les hauts-parleurs diffusent une playliste multipliant les références (tiens, le Return Of The Grievous Angel de Gram Parson et Emmylou Harris… Oh, le Bye Bye Love des Everly Brothers – groupe préféré d’un certain Paul Simon…) et les clins d’œil (ça alors, un morceau de Samantha Crain!*). Les filles ont pensé aux revenants, ça fait toujours plaisir.

La soirée commence pour de bon lorsque Miss Bergman, chapeau mou posé sur une épaisse toison bouclée – Huckleberry Finn like – , sort comme une balle des coulisses pour s’installer devant son piano. À peine le temps d’envoyer un « Good evening » introductif à la salle, et Idiot Wind débute son set par Try To Bend A River, ballade douce amère convoquant autant la Tori Amos de Winter que la Sia de My Love, les instrumentations luxuriantes en moins. Suivront une poignée de morceaux dans la même veine mélancolique, avant qu’Amanda ne délaisse son clavier pour se saisir d’une guitare, dont elle usera pour jouer les deux seules compos qu’elle maîtrise (d’après elle) sur cet instrument. Au menu, une – moins une – reprise, mais pas de Bob Dylan (avec un nom de scène pareil, ça ne m’aurait pas surpris plus que ça): c’est le Boss qui prêtera son I’m On Fire le temps d’une interprétation tout à fait convaincante.

Idiot Wind 6

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Retour au piano pour la fin du set, sensiblement semblable au début de ce dernier, tant sur la forme que sur le fond. Pour impeccable qu’il soit, le répertoire d’Idiot Wind verse en effet dans le principal écueil du folk: une uniformité de ton qui peut finir par lasser l’auditeur (surtout s’il n’est pas familier avec l’artiste en face de lui, ce qui est le lot de la plupart des premières parties). Fort heureusement, Amanda quittera la scène avant que le public du Trabendo ne s’impatiente, et sera raccompagnée en coulisses par des applaudissements nourris et mérités. En attendant que le premier album sorte, peut-être l’année prochaine, allez jeter une oreille (et un oeil aussi, il y a des photos et des paroles) sur le site de la native de Dalarna, et laissez les mélodies d’Idiot Wind vous entourer like a circle around your skull. C’est tout à fait indolore.

*: La première partie du duo plus tôt dans l’année, et notamment lors de leur passage au Point Éphémère.

Idiot Wind 13²

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Lorsqu’elles ont investi le Point Éphémère le 22 février dernier, les FIRST AID KIT n’étaient alors que la tête d’affiche « par défaut » du Festival Fireworks!, un duo de frangines suédoises gravitant dans la nébuleuse Jack White, et dont les médias semblaient bien aimer le dernier album. Pas de quoi se ruer à leur concert en somme, surtout si peu de temps après la sortie de The Lion’s Roar (il est de notoriété publique que les Français ont généralement un train de retard sur le reste de l’Europe en matière de nouveautés musicales). Neuf mois (et deux passages à l’Olympia, en première partie dudit Jack) plus tard, le tableau n’est plus tout à fait le même pour la sororité Söderberg. Après trois saisons de touring intensif, avec tout ce que l’exercice peut apporter en terme de publicité (sessions privées, articles, billets, reports…), FAK s’affirme dorénavant comme un incontournable de la scène indie européenne, même en France (c’est dire).

Pourtant, si on fait abstraction du cadre, rien ne semblait avoir changé depuis l’hiver dernier. Comme le laissait présager la disposition des instruments, la scénographie est restée la même, tout comme « l’uniforme » hippie des filles, silhouettes longilignes entourées du halo vaporeux de leurs robes légères. Et à regarder la setlist avant que la lumière ne s’éteigne, ce ne sera pas non plus le grand chambardement à ce niveau là. Bon, le changement pour le changement n’est que rarement productif, c’est vrai, et la soirée s’annonçait tout de même sous de très bon auspices, à en juger par le menu aux allures de best of proposé par Klara et Johanna au Trabendo. Mais, tout de même, pour un groupe qui dénonce l’effet tue l’amour de la routine (This Old Routine*), conserver la même structure pour ses shows plus de neuf mois, c’est un peu contre-intuitif. Menfin, ce que j’en dis…

*: Jouée en ouverture du concert au Point Éphémère, mais absente des setlists depuis quelques mois… Un signe?

First Aid Kit 21²

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Tout débuta donc avec In The Morning, premier morceau du premier album, qui mit tout le monde d’accord en l’espace de dix secondes: la complémentarité entre les voix des filles Söderberg (ne pas oublier que papa était guitariste dans le groupe Lolita Pop durant les années 80) est tout simplement exceptionnelle et l’alchimie qui en résulte aussi magnifique que bluffante. Comme sur l’album? Mieux même, beaucoup mieux. La magie du live… Blue permet au batteur de se mettre au travail, à grand renfort de xylophone Leader Price (ou l’équivalent suédois: vous savez, c’est celui qui a des lames de toutes les couleurs).
Le set lancé et bien lancé, il est temps de faire les présentations. Tiens, j’avais oublié que Johanna parlait couramment le français: c’est toujours sympa d’entendre un « Bonsoir Paris » de la part d’un artiste étranger, quitte à ce que le reste des interventions se fasse en anglais (ce qui ne fut pas exclusivement le cas). On enchaîne avec un Hard Believer pour passer la seconde, autre pépite tirée de The Big Black And The Blue et preuve irréfutable que les First Aid Kit peuvent relever le tempo sans que leurs harmonies vocales en pâtissent. Et quitte à accélérer la cadence, autant faire ça bien: le Our Own Pretty Ways qui suivit fut dégoupillé en l’honneur de la liberté d’expression et des Pussy Riots. Punk!

First Aid Kit 3²

« Oh why do you look so bluuuuuue? »

S‘ensuivit un épisode étrange et assez drôle, sans qu’on sache bien si l’humour en question était au premier ou au second degré. Pour la faire courte, Johanna se mit à vendre l’édition collector de The Lion’s Roar à sa grande sœur (qui elle incarnait le fan lambda, et donc, près de ses sous et pas facilement convaincu de les dépenser sur cet item à l’utilité douteuse), détaillant avec un enthousiasme exagéré les nombreux bonus dont bénéficieraient les heureux acquéreurs de ce merveilleux artefact: un documentaire exclusif de la tournée! (whaaaa…) un poster! (oooooh!) un mediator aux armes du groupe! (naaaaaaan?) et, last but not least, trois nouveaux morceaux! (sauf que Wolf était déjà fourni avec la version numérique de l’album, mais bon, deux nouvelles chansons c’est toujours ça de pris). Même si le public a ri de bon cœur devant ce petit sketch, je n’ai pas vraiment compris l’intérêt de la manœuvre. S’agissait-il pour les frangines de faire de la pub pour un produit résolument commercial tout en prenant un peu de distance avec le côté bassement mercantile de la chose? Ou bien simplement d’introduire un des inédits en question, Marianne’s Son? Quoi qu’il en soit, voir des hippies jouer les VRP fut une expérience assez bizarre.

Puis vint le moment où le présent et le passé s’amalgamèrent en une seule et même setlist. Johanna saisit son auto-harpe pour accompagner Klara sur New Year’s Eve, avant que le duo n’annonce son intention de « renoncer (pour un temps) à la technologie moderne ». Comprendre que, comme il y a neuf mois, et comme à chaque concert depuis le début de l’année (festivals mis à part, à mon avis), les First Aid Kit jouèrent Ghost Town  sans amplification ni micros, invitant le public à chanter avec elles s’il le souhaitait. Pour avoir raté le coche une première fois en février et m’en être mordu les doigts, je m’étais cette fois préparé avec soin et ait donc pu accompagner (à mon petit niveau) les sœurs Söderberg durant leur morceau de bravoure unplugged, partagé entre joie (elles l’ont refait!) et déception (elles l’ont refait…). Voilà, s’il y a des spectateurs du Trabendo qui me lisent, sachez que ce moment de communion faisait partie du pack standard, désolé si je casse le mythe.

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Ce mini grief évacué, il m’a bien fallu reconnaître que cette deuxième partie de set était tout de même très bien pensée. Alternant habilement entre morceaux enlevés (Wolf, I Met Up With The King) et compositions plus calmes (To A Poet, When I Grow Up, Emmylou), Klara et Johanna surent mener leur barque avec une maîtrise consommée jusqu’à l’explosion finale que constitua The Lion’s Roar, où l’on headbanga sans retenue des deux côtés de la scène. Fin du deuxième acte, place à l’épilogue.

Et ce dernier s’ouvrit avec un hommage appuyé au « meilleur songwriter sur Terre » (dixit Klara, catégorique), aka Paul Simon, pour qui les frangines eurent l’honneur de reprendre America lors de la remise de son Polar Music Prize en mai 2012. Pour être tout à fait honnête, j’ai eu un peu de mal à reconnaître le morceau jusqu’au premier refrain, mais n’est-ce pas la marque des meilleures reprises que de transformer en profondeur des titres que l’on croyait bien connaître? Le Sailor Song qui suivit me convainquis définitivement de dépenser mes billes sur The Big Black And The Blue plutôt que sur la version deluxe de son successeur, quant à l’ultime King Of The World…
Et bien, je dois avouer que c’est la chanson qui m’a le plus ému de tout le concert. Pas parce qu’Idiot Wind est venue prêter renfort aux frangines pour cette dernière chanson (Conor Oberst étant coincé dans un état proche de l’Ohio au moment de son chorus), mais parce qu’il s’agit sans doute du titre le plus personnel des First Aid Kit, dans lequel elles décrivent leurs vies itinérantes avec un mélange de satisfaction et de mélancolie. À la fois queens of nothing et kings of the world, les sœurs Söderberg ne faisaient que passer à Paris, et malgré toutes les critiques que j’ai pu formuler à l’encontre de leur show, je suis bien content d’avoir pu y assister. Vi ses.

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Et voilà comment se termina ma première soirée au Trabendo, salle pourvoyeuse de concerts mémorables avec ou sans les Stones. Et pendant que les vieux cailloux amassent des masses de mousse à coup de concerts pour hommes d’affaires, je connais deux jolies pierres suédoises qui continuent à rouler d’un coin à l’autre du globe. Avec un peu de chance, elles (re)passeront près de chez vous dans un futur pas trop lointain…

First Aid Kit 27³

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Setlist First Aid Kit:

1)In The Morning  2)Blue 3)Hard Believer 4)Our Own Pretty Ways  5)Marianne’s Son 6)New Year’s Eve 7)Ghost Town  8)To A Poet 9)Wolf 10)When I Grow Up (Fever Ray’s Cover) 11)Emmylou 12)I Met Up With The King 13)The Lion’s Roar
Rappel:
14)America (Simon & Garfunkel’s Cover) 15)Sailor Song 16)King Of The World (avec Idiot Wind)

À propos de Schattra

Égoïstement optimiste, çapourraitêtrebienpirologiste assumé. Selfishly optimistic, proud itcouldbemuchworsologist

Publié le décembre 3, 2012, dans Revue Concert, et tagué , , , . Bookmarquez ce permalien. Poster un commentaire.

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