CONCRETE KNIVES @ LA MAROQUINERIE (14.11.2012)

Le mercredi 14 Novembre 2012 était un jour de sortie. Pendant que des hordes de jeunes filles en fleurs et leurs accompagnants (plus ou moins enthousiastes) célébraient en grande pompe la sortie du dernier film de la franchise Twilight en prenant d’assaut tous les cinémas de France et de Navarre, une petite troupe d’aficionados, compensant son écrasante infériorité numérique par une ferveur au moins égale à celle des furies sus-nommées, faisait patiemment le pied de grue devant l’entrée du 23 rue Boyer. Pas de soirée toile en compagnie de vampires emo et de lycanthropes swaggy en perspective pour cette cohorte parisienne, mais une release party attendue de longue date. La Bella que l’on évoque aux abords de la Maroquinerie n’est pas une belle américaine mais un label anglais, et s’il est également question de Révélation avec un -R majuscule, cette dernière relève du quatrième plutôt que du septième art. Entre le last hurrah cinématographique de Mr et Mme Cullen et le kick off de la tournée française de la quintette concrète que les anglais nous envient, il fallait trancher… au (et en faveur des) couteau(x).

Une fois dûment contrôlés (un peu) et tamponnés (beaucoup), nous, individus au goût musical des plus sûrs, nous engouffrâmes dans l’antre de la bête. Toujours aussi exigüe (et c’est comme ça et pour ça qu’on l’aime), la scène de la Maroquinerie accueille déjà les instruments du groupe invité pour faire la première partie, CORNFLAKES HEROES. Avec un nom pareil, il y avait fort à parier que ce combo, dont j’ignorais à peu près tout avant de venir, versait dans l’indie (pop ou rock, cela restait à définir) intégrale et plus qu’un peu désabusée*. Il faut dire que leur morceau le plus connu (et dont la rapide et distraite écoute sur Spotify dans les cinq minutes ayant précédé mon départ pour le concert constitue le seul élément justifiant le « à peu près » de la phrase précédente), Let Me Be Your Tamagotchi, m’avais laissé songeur quand à l’état d’esprit d’un type souhaitant se réincarner dans cet gadget électronique, se condamnant ainsi selon toute vraisemblance à l’agonie interminable qui fut le lot de tant de ces petites bestioles virtuelles, une fois que leurs propriétaires les eurent délaissé pour se consacrer à de plus saines occupations. Ce à quoi nous pousse l’amour, tout de même.

Le set débute par un Ecstatic Peace à la fois tranquille et touffu, assez proche dans l’esprit des chevauchées improbables d’un groupe avec lequel les Cornflakes partagent leurs initiales: Crazy Horse. On aime ou pas, ce fut en tout cas courageux de leur part de débuter par un morceau aussi « anti-pop » dans la forme. La suite, Road Sign, bien que dotée d’un pont pêchu que n’aurait pas renié Billy Corgan pendant les sessions de Mellon Collie, retomba lentement mais sûrement dans les affres du downtempo, pour s’achever en arpèges proto-folk. Hum (c’est le nom de l’album).

Itchy Cheeks, dédié par la bassiste à tous les mal-rasés du public, sembla amorcer un virage plus nerveux. Avec sa rythmique empruntée au Howlin For You des Black Keys, ce titre permit au groupe de faire un peu de blues-rock bien charpenté, même si les paroles évoquaient plus les passions interlopes du Velvet Underground (« I want you O master ») que les romances droites dans leur santiags du power duo de l’Ohio. De son côté, Sex On Channel 4 aurait facilement pu passer pour punk avec son chorus hurlé et son allure échevelée, n’eut été le manque de saturation des guitares et l’élégant détachement qui transparaissait ouvertement dans le chant de Thomas, co-frontman dandy. Preuve ayant été fournie que les Cornflakes Heroes pouvaient produire du gros son s’il leur en prenait la fantaisie, la question était maintenant de savoir sur quelles bases ils avaient envie de terminer leur partie.

Fidèles à l’éclectisme qui avait jusque là caractérisé leur set, les Avengers du petit-dej’ continuèrent à varier les plaisirs et les ambiances au fil de leur quatre derniers morceaux. Dans l’ordre, nous eûmes donc droit à un Trigger Dear qui confirma que toutes les ressemblances notables avec le groupe à la banane warholienne ne devaient rien au hasard, suivi d’un Lifeline rock-ska qui nous fut dédié par défaut, le fan hardcore des Cornflakes à qui le titre était habituellement adressé n’ayant pas pu se libérer cette fois-ci. In My Rags avait le riff, l’énergie et niaiserie nécessaire pour être catalogué pop, mais, comme pour Sex On Channel 4, l’ensemble sonnait plus comme un exercice de style réussi et un brin goguenard que comme une véritable profession de foi. Enfin, Let Me Be Your Tamagotchi, supplication romantico-geek aussi new wave (clavier mono-neuronal à la Da Da Da de Trio inclus dans le pack) qu’un morceau incluant de la trompette puisse l’être, vint terminer cette première partie de manière aussi surprenante que cette dernière avait commencé. Il s’agissait de creuser cette singulière affaire de Cornflakes une fois de retour de la Maroquinerie**, mais pour l’heure, il est temps de passer aux choses concrete.

*: Je crois bien que tous les cadeaux collectés dans les paquets de cornflakes que je me suis enfilé durant mon enfance ont fini à la poubelle dans des délais affreusement brefs. Enfin, c’est la première image qui m’est venue à l’esprit après avoir lu du groupe, d’où cet a priori légèrement neurasthénique.
**: Et avec six ans de carrière et déjà trois LP au compteur (Off With Your Heads en 2006, Dear Mr Painkillers en 2008 et Hum en 2011), il y a largement de quoi faire.

Setlist Cornflakes Heroes:

1)Ecstatic Peace 2)Road Sign 3)Itchy Cheeks 4)Sex On Channel 4 5)Trigger Dear 6)Lifeline 7)In My Rags 8)Let Me Be Your Tamagotchi 9)Devil (non jouée)

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Très concentrés sur leur concert à venir, les quatre mecs du groupe investissent la scène en compagnie du staff, installant et réglant leurs instruments en à peine plus de temps qu’il a fallu à Simon Raymonde pour se décider à les signer sur son label. Nicolas a manifestement résolu de ressusciter le bon goût légendaire des 80’s à lui tout seul et Adrien perdu ses chaussures en chemin: autant de signes prometteurs pour la suite du programme, où je ne m’y connais pas. De l’autre côté de la scène aussi, on s’agite : une poignée de fans plus enthousiastes que la moyenne se fraie un chemin jusqu’au premier rang, rollers en carton en main. Un coup d’œil à la setlist plus tard, les voilà rassurés: ils auront bien droit à leur morceau. Enfin, les derniers techniciens quittent l’estrade, les lumières s’éteignent, et un cri de guerre retentit depuis les coulisses, aussitôt repris et amplifié par une Maroquinerie des grands soirs, prête à lancer la tournée hexagonale des Normands (et assimilés) sur de bons rails. Qu’ils y viennent.

Et ils sont venus, et bienvenus. Comme sur Be Your Own King, tout commence avec le morceau-manifeste Bornholmer, qui caractérise si bien l’approche des CONCRETE KNIVES: une cavalcade pop exutoire et catchy, de l’euphorie pure en format 200 secondes. À peine plus sage que son prédécesseur, Happy Mondays possède ce je ne sais quoi mélancolique qui vient rappeler au public que la quintette a plus d’une corde à son arc, ou plutôt, plus d’une lame à son manche. Mais pour l’heure, il est temps de faire chauffer les cordes vocales de l’assistance, à grands renforts des chorus idéalement simples et génialement addictifs dont les CCKS ont le secret. L’enchaînement Greyhound Racing (« Nananananana ») – Wild Gun Man (« Wohoho-Woho-Wohoho ») appartient déjà à la légende, period.

Après ce début sur les chapeaux de roue, on temporise un peu. Wallpaper est là pour démontrer que même en midtempo, les Knives ne manquent pas de tranchant. Aha. Dans la même veine, Truth et ses quatre minutes chaloupées (une éternité pour un morceau du groupe) peuplés de chorus zarbis achève de libérer l’excès de pression accumulé au cours du quart d’heure précédent. Place au deuxième acte.
Interlude, premier instrumental de la soirée, effectue la jonction avec un Africanize chaudement accueilli par le public, visiblement content de récupérer un peu du soleil contenu dans ce riff de griot, avant que le très opportun Brand New Start ne vienne définitivement relancer la machine. Ralentir pour mieux accélérer, voilà une affaire qui marche, et qui roule même: Roller Boogie (enfin!) fera office de tour de chauffe avant que le collégial Youth Compass ne fasse trembler les murs. Ne reste plus qu’à soigner la sortie de piste, et comme les patins des CCKS n’ont pas de freins, la phase de décélération fut négociée tout en douceur via un Blessed lancinant à souhait. Mouchoirs. Rideau.

Mais bien évidemment, la soirée ne pouvait pas se terminer de manière aussi lacrymale. Le premier rappel fut l’occasion d’un hommage festif adressé à l’un des inspirateurs du son du groupe, en particulier au niveau des chorus neuneu: Ini Kamoze. Mais si, vous connaissez, même si vous n’avez jamais lu ce nom avant. Difficile en tout cas de ne pas faire de rapprochement entre le « Na na na na nah » du Here Comes The Hotstepperdu Jamaïcain et le refrain sensiblement identique du Greyhound Racing des Normands. Now you know.  Le Little Box qui suit voit Morgane partir à l’assaut de l’enceinte gauche de la scène, pendant que les garçons ferraillent ce rock pêchu sur le plancher des vaches. Puis tout le monde repart en coulisses, pas pour très longtemps heureusement. Comme aux Francofolies de la Rochelle en 2011, comme aux Solidays de cette année, tout se terminera par un deuxième et survolté Greyhound Racing, joué entièrement depuis la fosse par Morgane et Nicolas; Martin, Augustin, Guillaume et Alain (invité mystère de la soirée) couvrant les arrières de leurs chanteurs depuis la scène. Apothéose, nous t’attendions.

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Et c’est sur cet ultime tour de cynodrome que prit fin la soirée, laissant les deux partis présence ravis de cette heure et demie passée ensemble. Rendez-vous est déjà pris pour une nouvelle date parisienne l’année prochaine, au Trianon, rien de moins. Espérons que cette auguste salle réserve un accueil aussi chaleureux aux Concrete Knives que celui reçu au sous-sol de la rue Boyer. D’ici là, c’est une tournée hexagonale qui débute, et qui fera résonner les hymnes pop de la quintette caennaise aux quatre coins du pays. Ce Be Your Own King Tour, il faudra en être, ou regretter à jamais. No more kidding lads, no more…

Setlist Concrete Knives:

1)Bornholmer 2)Happy Mondays 3)Greyhound Racing 4)Wild Gun Man 5)Wallpaper 6)Truth 7)Interlude 8)Africanize 9)Brand New Start 10)Roller Boogie 11)Youth Compass 12)Blessed
Rappel 1:
13)Here Comes The Hotstepper (Ini Kamoze Cover) 14)Little Box
Rappel 2:
15)Greyhound Racing

À propos de Schattra

Égoïstement optimiste, çapourraitêtrebienpirologiste assumé. Selfishly optimistic, proud itcouldbemuchworsologist

Publié le novembre 17, 2012, dans Revue Concert, et tagué , , , . Bookmarquez ce permalien. Poster un commentaire.

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