W.H.A.T.T.(N.O.W.): Comment Faire Un P****n De Disque (Part 2)

Suite et fin de ce W.H.A.T.T.(N.O.W.) consacré au vaste sujet suivant: « Comment diable faire un p****n de disque? ». Si vous avez aimé la mauvaise fois apparente et les justifications capillo-tractées de la première partie, vous risquez d’apprécier ce qui suit.

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COMMENT FAIRE UN P****N D’ALBUM (suite):

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VI. Éviter l’effet comète

« Seen a shooting star tonight… and I thought of Bob Dylan »

Qu’est-ce que l’effet comète? Pour un album, cela signifie que le disque en question ne compte qu’une seule vraie bonne chanson (la tête de la comète), le reste de la tracklist étant composé de fillers de plus ou moins bonnes qualités (la queue de la comète). Les fans du tube en puissance se retrouvent donc à acheter un album de qualité très inégale, et dont ils oublieront rapidement l’existence dès que le précieux sésame ayant justifié l’acquisition aura été numérisé et inclus à leur playlist favorite. On peut aussi parler d’arbre cachant la forêt, si tant est qu’on puisse qualifier quelques buissons rabougris de forêt.

Fort heureusement pour nous, mélomanes du XXIème siècle, ce genre de déconvenues se fait de plus en plus rare, d’abord parce que les majors n’exigent plus des artistes qu’ils sortent un nouveau disque tous les six-dix mois. Oui, ça laisse rêveur aujourd’hui, où il n’est plus rare pour les fans de devoir prendre leur mal en patience pendant plusieurs années avant de pouvoir découvrir le nouvel album de leurs groupes préférés, mais dans la jungle sans foi ni loi de la music industry des années 70, ces délais scandaleusement courts entre chaque sortie étaient la norme. Et si ça n’a pas empêché les plus doués, résistants et inspirés de sortir des chefs-d’œuvre à intervalles réguliers (Elton John, Stevie Wonder, entre autres), une des principales conséquences de ce deal insensé a été de mener à la création d’un très grand nombre de disques bâclés.

Aujourd’hui, les choses ont fort heureusement évolué dans le sens des artistes, mais certains d’entre eux, par habitude ou par nostalgie, continuent néanmoins à s’astreindre à ce rythme de création sur-humain, et donc à produire plus de scories que de pépites. Deux monstres sacrés vont ici nous servir d’exemples.

À ma droite, Bob Dylan, 35 albums studio en 50 ans de carrière, certains excellents (Highway 61 Revisited, Blood On The Tracks, Desire…), d’autres très moyens (Empire Burlesque, Down In The Groove, Under The Red Sky…). Ces trois derniers (sortis entre 1985 et 1990) sont tout à fait représentatifs de l’effet comète, puisque ne contenant chacun qu’une ou deux chansons vraiment dignes de l’immense parolier et musicien qu’est Dylan. Plus près de nous, Dylan aurait (je n’ai rien écouté) sorti un très bon disque, Together Through Life (2010), une bouffonnerie (Christmas At Heart) et, très récemment, un Tempest qui n’a pas l’air parti pour marquer son époque.

On ne peut pas être à 100% tout le temps.

À ma gauche, Neil Young, immarcescible Loner canadien, 36 albums studios depuis 1968, et également bien connu des mélomanes astronomes. À sa décharge, Old Neil a été capable de sortir de très grands disques avec régularité sur une période de plus de quarante ans (Everybody Knows This Is Nowhere en 1968, Harvest en 1972, Freedom en 1989, Harvest Moon en 1992… et peut-être Psychedelic Pills en 2012). Cependant, l’animal peut également se montrer très complaisant envers sa musique, et sortir des albums bourrés jusqu’à la gueule de chansons lo-fi passablement ennuyeuses, parfois sauvés par un morceau miraculeux, mais pas toujours. Les comètes se sont donc succédées avec régularité dans le ciel de l’ex Buffalo Springfield, particulièrement dans les années 1970. Tonight’s The Night en 1975 (chanson à sauver: World On A String), Zuma la même année (c.à.s. : Cortez The Killer), American Stars ‘n Bars* (c.à.s. : Like A Hurricane)… Pas étonnant que beaucoup de fans historiques de Neil ne le suivent plus que d’un œil discret, après avoir acheté des brouettes d’albums pas vraiment aboutis.

En France aussi, nous avons nos Stakhanovistes de la galette, qui continuent inlassablement de sortir des disques tous les 18 mois ou peu s’en faut, comme à la grande époque. Sacré Johnny.

Évidemment, il n’est pas humainement possible de sortir continuellement des albums où toutes les chansons sont géniales. Les fillers ont toujours existé, et existeront toujours. En offrant aux auditeurs un élément de comparaison avec les meilleurs morceaux du disque, ils permettent à ce dernier de trouver son équilibre. Même les plus grands albums comptent dans leur tracklist des titres de qualité légèrement inférieures, sans que cela leur nuise d’une quelconque façon. Leur présence devient cependant rédhibitoire lorsqu’ils constituent la majorité des pistes, et surtout lorsque l’auditeur les reconnaît à la première écoute comme étant ce qu’ils sont, c’est à dire des morceaux présents uniquement pour permettre au disque de durer la quarantaine de minutes réglementaires. Traiter toutes les chansons d’un album sur un pied d’égalité, sans privilégier outrageusement la ou les meilleurs d’entre-elles, voilà donc la clef pour éviter l’effet comète.

*: Penser à brûler la pochette dans le cadre du point X.

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VII. Soigner la production

On dit que les grandes chansons sont intemporelles. On oublie souvent de préciser que cette résistance aux affres du temps est en grande partie due à la qualité du travail de production réalisé sur ces pépites. La musique étant, comme beaucoup de choses, soumise aux phénomènes de mode, et les modes ayant pour caractéristique première de passer, le risque est toujours présent pour les artistes d’ancrer leur production trop profondément dans l’air du temps, avec des résultats dévastateurs sur le long terme.

Ainsi, beaucoup d’albums apparaissent aujourd’hui comme fortement datés, la faute à des choix artistiques malheureux. On peut par exemple citer les fameux « synthés des années 1980 », dont la présence intempestive sur nombre de disques sortis au cours de cette décennie, est à présent plus un sujet de honte que de fierté pour les musiciens concernés… ce qui n’a pas empêché cette décade d’engendrer son lot de chefs d’œuvre, dont certains contenant des synthétiseurs (Brothers In Arms, Songs From The Big Chair, Clutching At Straws…). Tout est donc une question de mesure.

Aaaah, cette intro! 80’s powaaaaaaa!

Bien sûr, il est probablement impossible de se détacher complétement du contexte et de l’époque, et heureusement d’ailleurs, sans quoi aucun des courants musicaux majeurs du XXème siècle n’aurait pu émerger: pas de rock’n roll, de punk, de reggae, de disco, de new wave, d’electro… Ça aurait été dommage tout de même. Même les œuvres musicales les plus innovantes et les plus inclassables ont des attaches temporelles, culturelles, ou simplement techniques. Pet Sounds et Sgt. Pepper sonnent ainsi comme des albums de la fin des années 1960, ne serait-ce que parce qu’ils ont été enregistré en mono, comme tous les disques de l’époque. Malgré cette connotation technologique, ces deux galettes légendaires sont toujours plébiscitées par la critique et le public, pour leur « modernité », alors que la plupart des disques sortis à cette période ne sont plus guère écoutés que par les nostalgiques des sixties.

Éviter cet écueil, qui tient parfois de la faute de goût impardonnable a posteriori, n’est pas chose facile. La méthode la plus efficace semble être de privilégier la sobriété aux expérimentations les plus avant-gardistes. Guitare, basse, batterie et piano: voilà des instruments qui ne peuvent pas vieillir, et qui ne se retourneront pas contre les artistes leur ayant fait confiance au bout de quelques années (encore que… certains effets de gratte ont pris un sérieux coup de vieux avec le passage des années).
Comme il l’a été dit plus haut, l’usage de la technologie est plus dangereux, même si certain(e)s arrivent très bien à plier cette capricieuse servante à leur volonté. À l’inverse, certains albums, même s’ils n’ont eu recours qu’à des instruments classiques, vieillissent mal, pour X ou Y raisons: le Bat Out Of Hell de Meatloaf et Jim Steinman reste ainsi pour moi un des plus grands mystères de l’histoire de la musique contemporaine. 43 millions (!) d’exemplaires écoulés depuis sa sortie en 1977, et pourtant je trouve ce disque très moyen, et surtout, très daté. De la même manière, je considère le Gang de Johnny Hallyday (qui contient tout de même L’Envie, J’oublierai Ton Nom, Je Te Promets, Laura…) comme une demi-réussite, à cause de sa production absolument « fin des années 80 ».

Bref, un grand album doit pouvoir, selon moi, se détacher de son époque sans pour autant renier cette dernière. Un équilibre bien difficile à obtenir, mais condition sine qua none à l’obtention du label chef-d’œuvre.

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VIII. Éviter le racolage

Corollaire logique du point précédent, ce conseil s’adresse à tous les artistes croyant (à tort!) que copier bêtement ce qui marche au moment M de l’instant I maximisera leurs chances de faire un carton plein chez les disquaires. Graaaaaave erreur.

Pas tant que ça, apparemment.

Je crois nécessaire de préciser une nouvelle à ce point de l’exposé (le début est déjà bien loin… merci à ceux et celles qui ont eu le courage de tout lire) que mon but est de définir les critères à remplir pour produire un p****n d’album, et pas un album rentable. Si ça avait été le cas, il y aurait fort à parier que j’enjoigne au contraire les groupes voulant s’en mettre plein les fouilles à copier, piller, sampler, coucher avec tout ce qui cartonne dans les charts. Mais, s’il est vrai (et ce n’est que justice) que beaucoup de chefs-d’œuvre ont rapporté de coquettes sommes à leurs auteurs grâce à des ventes très confortables, certaines pépites ont malheureusement été plus ou moins ignorées par le public, sans que cela ne porte la moindre atteinte à leur qualité intrinsèque. Demandez à Lou Reed s’il a vendu beaucoup d’exemplaires de Transformer et de de Berlin, pour voir.

Bien essayé Billy, mais c’est pas ton meilleur.

Capter l’air du temps, le fameux Zeitgeist hegelien, a toujours été un des grands objectifs de l’art. Art mineur selon certains, mais art tout de même, la musique populaire s’est jetée à corps perdu dans cette quête sans cesse renouvelée de description précise de son époque. Depuis le Summer Of Love de 1967, à qui de nombreux artistes (The Beatles, The Doors, Jefferson Airplane, The Mamas & The Papas…) ont fourni une BO digne de ce nom, jusqu’à la pop-electro très en vogue en ce moment, en passant par la fièvre du disco, la rage du punk ou le nihilisme glacé de la new wave, chaque génération a plébiscité les groupes et les individus qui ont su donner corps à ce qu’elle ressentait au plus profond d’elle-même. Cette reconnaissance ayant des retombées économiques très concrètes pour ces heureux porte-paroles de la jeunesse, l’industrie musicale, pas plus bête qu’une autre, s’est donc mise au diapason de ce phénomène générateur de profits, en essayant de surfer le plus longtemps et le plus lucrativement possible sur chacune de ces vagues de Zeitgeist. Un artiste squatte le haut des charts? Dépêchons-nous de mettre sur le devant de la scène notre propre version de ce phénomène, en espérant siphonner une partie des dollars dépensés par des fans en folie. Simple et efficace, mais pas vraiment sympathique pour les individus agités comme des chiffons rouges devant les yeux du grand public, catapultés au statut de demi-dieux en un claquement de doigt, et expédiés à la poubelle dès qu’ils ont fait leur temps.

J’en vois parmi vous qui pensent (car oui, je vois penser les gens): « c’est le moment où il nous sort Justin Bieber/One Direction/Ke$ha/Nicky Minaj/… comme exemple ». J’aurais pu, car il est vrai que tous ces artistes ont connu une ascension tellement rapide qu’elle ne trompe même pas les membres les plus hardcore de leurs fanbases respectives: les majors ont dépensé une coquette somme pour s’assurer que leurs poulains frappent la cible en plein dans le mille. Attention, je ne dis pas que toutes ces personnes n’ont pas de talent: quitte à miser ses billes sur des petits jeunes (opération toujours plus risquée que de travailler avec des stars bien établies), autant en choisir qui soient un minimum doués.
J’aurais pu donc, mais ne connaissant absolument rien de la musique de ces néo méga-stars, je les épargnerai… pour cette fois. À la place, je vous entretiendrai d’un autre de ces cas d’école, bien moins connu mais tout aussi révélateur de cette logique commercialement viable mais artistiquement désastreuse, ou en tout cas, insipide. Merci à ma sœur, qui m’a fait découvrir celui qu’elle considère encore comme « un misérable suiveur sans aucune originalité » (en gros).

Si vous vous tenez régulièrement informés de l’actualité musicale depuis 2006, vous avez sans doute entendu parler de Paolo Nutini, dont le premier album, These Streets, est sorti en juillet de cette année (mais si vous connaissez: Jenny Don’t Be Hasty et New Shoes repris pour une pub PUMA – sont sur cette galette). Avec sa belle gueule de playboy italien, son accent écossais à couper au couteau (car le gaillard est écossais, oui) et sa voix de vieux chanteur de soul, le bougre avait tous les atouts pour faire un carton, et c’est précisément ce qui s’est passé. S’en est suivi un deuxième album en 2009, Sunny Side Up, agréablement varié dans sa forme, et témoignant d’un artiste peu enclin à se laisser catégoriser comme « chanteur à minettes ».
Ma sœur adore ce type, et fut donc outrée d’apprendre l’existence de Bobby Bazini, aka la copie conforme de Paolo (même voix, même style, même look), dénichée par Warner au plus profond du Québec afin d’émuler le succès rencontré par le highlander d’Atlantic. Je vous laisse comparer le I Wonder du canadien avec le These Streets de l’écossais, afin que vous puissiez vous faire votre idée. Pour info, le Better In Time du bellâtre #2 est sorti en 2010.

À gauche, Nutini. À droite, Bazini. Ou l’inverse.

Malheureusement pour Bobby, Paolo ne lui a laissé que des miettes, et la carrière du ‘ti-cul (j’adore les expressions québécoises) de Mont-Laurier semble piétiner méchamment, malgré un lancement très médiatisé. Dommage mon gars.

On me dira que ce n’est pas sa faute si son label l’a sorti de son tiroir pour ratisser derrière Nutini. Certes, il aurait été injuste de lui demander de chanter comme un frère Gibb s’étant coincé les parties en remontant trop vite la braguette de son jean patte d’eph, juste parce que Paolo tenait déjà le créneau crooner au moment de son éclosion médiatique. Mais tout de même, il aurait pu essayer de se démarquer un minimum de son comparse (Atlantic appartenant à Warner), afin d’exister musicalement pour lui-même, et ne pas être une simple doublure. On verra bien ce que donnera le deuxième album, s’il sort un jour.

S‘il est salaud de tirer sur l’ambulance/corbillard de Bobby Bazini, certains artistes sont en revanche bien plus critiquables, puisqu’ayant l’influence et le métier nécessaires pour ne pas obéir bêtement aux moindres injonctions de leur label. Non, ces gens là cherchent également à capturer le Zeitgeist, pour les mêmes raisons que leurs majors: faire du fric. Shame on you, moneysuckers! Madonna est coutumière du fait, soit, mais la défection (il est vrai prévisible) de Gossip a été un rude coup pour tous ceux qui avaient vu dans le succès de la bande à Dito un doigt d’honneur bien senti envoyé par le rock underground et sans concessions à la music industry. Qu’ils profitent bien de l’instant présent, car le futur s’annonce bien mal engagé pour eux (je parle de leur futur legs à l’histoire de la musique, hein). Lou Reed, par contre, n’a pas trop de soucis à se faire de ce côté.

Pour conclure cette longue digression, je résumerai mon propos de la manière suivante: le Zeitgeist, si on a besoin de le chercher, c’est qu’on ne l’a pas ou plus. Rien de très grave en somme (on peut sortir de très très bons albums totalement en contradiction avec le reste de la production musicale de l’époque), le vrai vice consiste à vouloir absolument inclure le Zeitgeist à son disque. Non seulement c’est ridicule, mais en plus, ça ne marche jamais.

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IX. Ne pas s’éterniser

Conseil gonflé de la part d’un type qui vient d’écrire un annuaire sur le sujet, mais je le pense vraiment. Et pour vous montrer ma bonne foi, ce neuvième point sera traité de manière très rapide (mais complète, pas de blague).

Il a été prouvé de nombreuses fois que le cerveau humain n’était capable de rester concentré que pendant un laps de temps oscillant entre l’assez décevant et le franchement ridicule. Or, écouter un album nécessite d’être concentré sur, ou tout du moins, réceptif à la musique jouée, qui sans ça devient un simple bruit de fond. Si l’œuvre est trop longue, l’esprit finit toujours par partir regarder ailleurs si l’herbe est plus bleue et la mer plus verte (il est bizarre l’esprit). Bien sûr, il finira par revenir à ce qu’il faisait, par exemple quand le chanteur lancera une trille supersonique, ou que le batteur entamera un solo de cymbales avec les dents, mais le risque et la fréquence et la durée de ces déconnexions impromptues ne feront qu’augmenter, jusqu’à ce que notre auditeur décide que ce disque est décidément bien ennuyeux.

Après concertation avec mon esprit, j’estime que la durée optimale d’un album est comprise entre une demi-heure et trois quarts d’heure. Plus court, la temporalité (je recase mes propres concepts, excuse-moi) risque de souffrir et plus long, la déconcentration et la lassitude guettent.

Est-ce à dire que les doubles (triples, quadruples, etc…) albums ne peuvent pas être considérés comme des très bons disques? Et bien, très honnêtement… oui. Enfin, pour préciser ma pensée avant que les acharnés de Blonde On Blonde, The White Album, Exile On Main Streets, The Lamb Lies Down On Broadway et autres merveilles interminables, ne me tombent dessus, je considère qu’ils auraient été encore meilleurs s’ils avaient été plus courts. À la liste ci-dessus, je préfère largement Blood On The Tracks (51 minutes pourtant… t’étais limite sur le coup, Bob), Sgt. Pepper (40 minutes), Let It Bleed (42 minutes) ou encore Nursery Cryme (40 minutes). Je ne suis pas équipé pour des écoutes plus longues, désolé.

Chez Pink Floyd, même quand on se lamente de la fuite du temps, ça prend des plombes…

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X. Choisir avec soin le cover-art

Ultime recommandation, qui sent franchement comme la dernière cartouche d’un type qui n’avait que neuf idées (à peu près) potables, mais qui voulait absolument faire un top 10. Vous êtes très perspicaces.

Raisonnons par l’absurde: est-ce qu’un très bon album avec un cover-art immonde perd de sa qualité? Non, évidemment. Et à l’inverse, est-ce qu’une bonne grosse bouse avec une jaquette somptueuse (et trompeuse) peut prétendre à l’excellence musicale? Non plus, of course. Alors, qu’est-ce que cette histoire purement graphique vient faire dans un sujet consacré à la musique? Et bien, elle vient apporter à ce dernier la conclusion qui lui manquait (en premier lieu), tout en essayant d’apporter un éclairage sur un point certes très secondaire, mais qui pourrait faire la différence entre succès et échec.

Supposons que nous vivions dans un monde doté de moyens de communication dignes de la Calédonie pendant le haut Moyen-Age. Impossible dès lors de se rancarder sur la qualité de tel ou tel album avant de l’acheter ou pas, ce qui condamne notre acquéreur potentiel à baser sa décision sur d’autres critères. Et l’un d’entre eux, le premier d’entre eux oserais-je même, n’est autre que le look de l’objet qu’il tripote nerveusement dans ses petites mains potelées, sous l’œil inquisiteur du vendeur. Dans la plus pure tradition philosophique des Anciens, il y a de très fortes choses qu’il associe inconsciemment le beau et le bon, et finisse par choisir la galette qui lui semblera la plus attractive, visuellement parlant. Si on reprend le chef d’œuvre mal sapé et la purge resplendissante du paragraphe précédent, on se rend compte que le premier a toutes les chances d’être délaissé au profit de la seconde, choix malheureux mais somme toute assez logique.

Mauvais goût, minimalisme criard, incrustations cheap ou simple laideur, petit florilège de ratages divers.

Et c’est à ce moment que je sens que vous vous dîtes: « bien tenté Freud, mais aujourd’hui il suffit de sortir son smartphone pour savoir ce que le monde pense de chaque disque ». Exact… en théorie.

Non pas que cette information ne soit effectivement pas à la disposition de qui veut bien la lire, mais plutôt que nous sommes en général bien trop paresseux et égocentriques pour: 1) nous donner la peine de faire une enquête approfondie sur chaque album nous intéressant avant de l’acquérir ou pas, et 2) faire confiance aux hordes d’anonymes qui ont exprimé leur point de vue sur le sujet de notre dilemme… Après tout, comment être sûr que cette bande de pouilleux ait bon goût? Bref, tel le viking ne sachant pas trop s’il doit plutôt claquer le fruit de ses pillages dans un disque de chants grégoriens ou un album de traditionnels païens, nous nous retrouvons souvent comme deux ronds de flan devant les bacs à CD de notre dealer de musique habituel. Et comme ce musculeux berserk, comme l’indécis aux mains potelées, nous nous résignons finalement à faire du contrôle au faciès.

On voit donc que les artistes ont tout intérêt à se fendre d’un cover-art à même d’éveiller l’attention et la curiosité du badaud lambda. Sur un malentendu (ou un coup de foudre), il pourrait bien acheter l’album qui l’intrigue (ce qui est déjà une victoire), l’aimer, l’offrir à ses amis, faire sa promotion sur internet et se déplacer aux concerts. Au pire, il le détestera et le descendra en place publique, mais comme tous les communicants le savent, mieux vaut une mauvaise pub que pas de pub du tout.

Un bon cover-art n’a pas à être nécessairement « beau » (même si un minimum esthétique est nécessaire). Il peut très bien se contenter d’être drôle (mais pas trash) ou intrigant.

Les plus malins demanderont quel est le rapport entre tout ceci et la réalisation de très grands disques. Il n’est pas évident, mais il existe. Notre relation avec ces perles rares est en effet fortement affective et émotionnelle. Ces disques, on les aime, ils nous fascinent autant qu’ils nous enchantent. Mais si l’image qui leur est attachée (et cette image est dans l’immense majorité des cas celle de la pochette) n’est pas à la hauteur de leur qualité, notre inconscient les mettra en retrait, par rapport aux albums étant à la fois bons et beaux. Les candidats déclarés à l’excellence ultime devraient donc y réfléchir à deux fois avant d’apposer une photo immonde/floue/de mauvais goût sur le boîtier de leur bébé. Le diable (celui qui a échangé l’âme de Robert Johnson contre deux-trois conseils de gratte) se cache dans les détails.

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.CONCLUSION

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Le chemin vers la réalisation du chef d’œuvre musical absolu est long et semé d’embûches. Il est d’ailleurs douteux que cet album incomparable soit un jour disponible, car comme dit le proverbe, on ne peut pas plaire à tout le monde. Reste que le cahier des charges, sommairement décrit ci-dessus par un auditeur anonyme parmi les plus de sept milliards que compte notre planète, devra fatalement être respecté par cet hypothétique disque miraculeux et insurpassable. En attendant cette merveille, nous avons tout loisir d’établir nous-mêmes notre liste des travaux les plus aboutis produits par l’humanité depuis qu’elle s’est découverte un penchant pour la musique. Au travail.

À propos de Schattra

Égoïstement optimiste, çapourraitêtrebienpirologiste assumé. Selfishly optimistic, proud itcouldbemuchworsologist

Publié le octobre 27, 2012, dans W.H.A.T.T. (N.O.W.), et tagué , , , , , , . Bookmarquez ce permalien. Poster un commentaire.

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