TRIGGERFINGER @ LE NOUVEAU CASINO (24.10.2012)

C‘est un Nouveau Casino plein comme un œuf qui attendait mercredi soir que les trois porte-flingues d’Anvers prennent possession des lieux, afin, comme le veut l’expression consacrée, d’y « foutre le feu ». 19h, et déjà une queue de vingt mètres sur le trottoir de la rue Oberkampf, c’est dire.
Une fois à l’intérieur, il n’est que temps de se ruer en direction de la scène pour y dénicher l’une des dernières places du premier rang. Évidemment, c’est trop tard pour le côté gauche (celui de Ruben), déjà pris d’assaut par une pleine cohorte de fan(e)s averti(e)s. Tant pis, ce soir je me rabattrai donc sur la droite, terrain de prédilection de l’imposant Mr Paul (il n’y a qu’à voir le roadie se dresser sur la pointe des pieds pour faire la balance de son micro). Et même si ce fut un choix de raison plus qu’autre chose, je dois reconnaître que ce changement dans mes habitudes triggerfingeresques – 5 concerts en 5 mois – fut pour le meilleur. Short-term memory loive report!

La première partie, car il y en a bien eu une, malgré l’absence de toute mention à ce sujet sur le site du Nouveau Casino, fut assurée par un fringant gaillard aux longs cheveux bouclés (Carles Puyol style), répondant au nom de JOHN FAIRHURST. Venu seulement accompagné de son dobro et d’une caisse à pédale pour la rythmique, notre bonhomme a offert au Nouveau Casino un petit voyage sur les terres du blues roots, parfois mâtiné d’une once de country.
Loin d’être un manche sur le manche de son instrument, John a doucement mais sûrement amené la salle à ébullition, à grand renfort de bottleneck et de finger-picking, armes de prédilection des hobbos du Mississippi dont il s’est plusieurs fois réclamé. Secondé par quelques amis démonstratifs dans le public, Mr Fairhurst s’est donc mis tout le monde dans la poche en quelques morceaux, malgré des incidents répétés avec l’accordage de sa gratte.
D’un point de vue strictement personnel, j’ai eu la nette impression que notre bluesman hippie forçait trop sa voix à imiter celles, rocailleuses à souhait, de Tom Waits et de George Thorogood, bien que la sienne soit encore un peu trop « tendre » pour ce registre. Le tout sonnait un peu forcé, mais rien de très grave. Une bouteille de scotch et trois paquets de clopes par jour pendant quelques années, et tout rentrera dans l’ordre.

Boucles d’Or ch. 3 Ours mélomanes pour faire un bœuf.

John parti avaler son sac de gravier quotidien, le staff de TRIGGERFINGER s’active sur scène, débâchant la batterie de Mario, vérifiant guitares et micros, hissant le fond de scène doré emblématique du trio… et scotchant les setlists au sol. Chic chic chic. Un rapide coup d’oeil par dessus l’enceinte retour de Mr Paul et quelques photos prises à l’arrache plus tard, j’ai la confirmation que les gars ont décidé de marquer le coup pour leur venue dans la ville lumière. Pas moins de seize noms de  morceaux sont en effet couchés sur le papier, dont cinq prévus lors d’un rappel-bouquet final au cours duquel doivent s’enchaîner I Follow Jack Rivers (détournement potache qui n’abusera personne), Is It et Man Down. Enfin! Qu’elle s’est laissée désirer, cette reprise de Rihanna! Oui, j’ai bien écrit de Rihanna, car même si je ne suis pas un grand fan de miss parapluie, la version qu’en ont donnée les gars lors de leur battle sonique face au crew des De Jeugd Van Tegenwoordig, à l’occasion du Redbull Soundclash, empruntant pour l’occasion l’intro tonitruante   du mythique Kashmir de Led Zeppelin, valait largement son pesant de roggeverdommeke. Bref, Tonight’s the night.

Les derniers réglages rapidement expédiés, Ruben, Mario et Mr Paul montent sur scène, chaudement applaudis par un public déjà survolté. Le début du set ne fera rien pour faire retomber la fièvre, le bien nommé I’m Coming For You faisant office de coup d’envoi nerveux, aussitôt suivi du On My Knees réglementaire, histoire de vérifier que la salle est prête à y mettre du sien. Aucun problème de ce côté là, on enchaîne donc avec de l’encore plus lourd, à savoir Short-Term Memory Love. Les premiers pogos éclatent dans la fosse, et les cinq premiers rangs du Nouveau Casino se transforment en piscine à vagues humaines. Avis de tempête dans le 11ème arrondissement.

Après une première et salutaire respiration, mise à profit par Ruben pour saluer le public au nom du groupe et le remercier de s’être déplacé en nombre (c’était sold out baby), le show repart sur de bonnes bases avec un Let It Ride qui fera la passerelle entre le rock stoner des débuts et la petite parenthèse bluesy judicieusement déployée au milieu du concert. Au menu, All Night LongMy Baby’s Got A Gun (certes downtempo, mais tout à fait headbang-able) et deux raretés, Camaro (rien à voir avec le rappeur homophone, Dieu merci) et Hunt You Down, toutes deux tirées du premier album du combo, et qui clôturèrent cet intermède un peu moins heavy que la normale de manière rock et classieuse.

Mr Paul, période bleue…

La fin du set fut l’occasion pour nos pistoleros belges de remettre une couche de gros son (on ne regrette jamais d’avoir pris ses bouchons d’oreilles avec Triggerfinger), comme on était en droit de le supposer. Tout le monde shaka son booty sur All This Dancin’ Around, à la suite d’un Ruben diaboliquement sexy, et dont les chorégraphies suggestives achevèrent de faire fondre le parterre de groupies bavant sur ses chaussures sarcelle. Puis vint le tour de l’incontournable solo de batterie de Monsieur Mario Goossens, pas aussi long qu’à l’accoutumée, mais toujours bluffant de maîtrise et d’inventivité. Un First Taste attendu comme le messie par la salle en fusion, qui se fracassa vaillamment le larynx et les cordes vocales sur les chorus inhumains du refrain, suivi d’un Soon conclusif, et voilà nos lascars qui saluent et sortent de scène, laissant le soin au public de les rappeler sur les planches à force de hurlements et d’applaudissements. We want more! We want more!

Le même, période blanche.

Le rappel tant attendu débuta par une chanson calme et jouée par le groupe (réduit au seul Ruben Block au moment des faits) depuis quelques shows seulement. Recueillement quasi religieux lors de ce Without A Sound, ou plutôt calme avant (le retour de) la tempête. Le Commotion qui suivit se chargea de rappeler aux spectateurs que les trois Amigos en avaient encore largement sous le pied. Magnanimes, ils accordèrent toutefois un sursis de cinq minutes au public avant la mise à feu des dernières bombes, le temps pour ce dernier de recouvrer quelques forces au son d’un I Follow Rivers récréatif. Le délai écoulé, ils remirent les gaz  pour un diptyque final Is ItMan Down, qui tint toutes ses promesses en dépit d’une sortie voix un chouilla trop faible. J’espère que les voisins ont apprécié.

Paris, 24 Octobre 2012, 22h40. Des petits groupes d’individus en sueur s’échappent du Nouveau Casino et se dispersent sur la rue Oberkampf, pas le moins du monde gênés par la fraîcheur de cette nuit d’automne. En quelques pas, ils se fondent dans la masse des noctambules parisiens, et rien ne les distingue plus de leurs congénères en goguette, mis à part les éventuels sifflotements de la mélodie d’I Follow Rivers ou quelques « rompopopom » Man Down-esques s’échappant de la bouche du métro. Les foules s’égaillent mais les souvenirs resteront, car comme disent nos cousins outre-Manche (et outre-Meuse, des fois que, comme le rédacteur de ce blog, ils se piquent de parler en anglais parce que c’est la classe) this was a night to remember. Period.

Setlist Triggerfinger:

1)I’m Coming For You 2)On My Knees 3)Short Term Memory Love 4)Let It Ride 5)All Night Long 6)My Baby’s Got A Gun 7)Camaro 8)Hunt You Down 9)All This Dancin’ Around 10)Mario Drums’ Solo 11)First Taste 12)Soon
Rappel:
13)Without A Sound 14)Commotion 15)I Follow Jack Rivers (Lykke Li Cover) 16)Is It 17)Man Down (Rihanna Cover)

À propos de Schattra

Égoïstement optimiste, çapourraitêtrebienpirologiste assumé. Selfishly optimistic, proud itcouldbemuchworsologist

Publié le octobre 26, 2012, dans Revue Concert, et tagué , , , . Bookmarquez ce permalien. Poster un commentaire.

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