W.H.A.T.T. (N.O.W.): Réquisitoire Contre Les Vinyles

La saison des festivals étant (temporairement) terminée, W.H.A.T.T. (I.F.) devient W.H.A.T.T. (N.O.W.) pour des raisons évidentes. Ou pas. Quoi qu’il en soit, le principe de la rubrique reste le même malgré ce changement de nom: parler de méta-musique lorsqu’il ne reste plus de concerts à chroniquer ou d’artistes à présenter. Pour inaugurer cette nouvelle dénomination, une petite charge contre un support que je considère avec un mélange de respect et de dédain: le vinyle.

Il paraîtrait que la mode ne serait qu’une affaire de cycles.Gainsbourg l’avait déjà compris, lui qui en 1966, fredonnait d’un air entendu Qui Est In Qui Est Out. Ce qui s’arrache aujourd’hui sera piétiné dans la boue demain, mais reviendra en force le jour d’après: la boucle étant bouclée, il ne reste plus qu’à faire un tour de plus, en espérant que ce tour de passe-passe intemporel continue à fonctionner pour les générations actuelles aussi bien que celles qui les ont engendrées.

Il existe cependant des exceptions à cette logique ouroborosienne, l’une d’entre elle étant le progrès technique. Fort heureusement pour nous, nos ancêtres ont (quasiment) tous résisté à l’appel du « tout-tartare » après qu’ils aient enfin réussi à maîtriser le feu, jugeant avec sagesse que la nostalgie pour l’entrecôte de gazelle crue ne justifiait pas qu’on renonce au phacochère rôti, ni au ragoût d’éléphant, bien plus digestes. Pareillement, les revivalistes du silex, après s’être fait copieusement maravés par leurs congénères passés au bronze, puis au fer, ont finalement laissé tomber leurs bifaces chéris pour s’équiper avec du matos plus avancé.

Aujourd’hui, la même logique « progressiste » justifie que les possesseurs d’iPhone X* s’endettent jusqu’au trognon pour remplacer leur précieux gadget  (puisqu’on ne peut plus vraiment appeler ce truc un téléphone) par une version upgradée avec une régularité presque suspecte par un fabriquant jurant ses grands dieux que le nouveau modèle est incomparablement supérieur à son aîné. Ainsi en est-il dans le monde impitoyable des technologies, la petite dernière enterrant impitoyablement ses grandes sœurs sans l’ombre d’un remord, avant de se faire à son tour déclassée en un clin d’œil quelques temps plus tard. Schumpeter (le Gainsbourg du début du XXème siècle) parlait de destruction créatrice. Il parlait aussi de cycles économiques, tenez. Il serait né cinquante plus tard, il serait le designer/styliste le plus hype de la planète, au lieu d’avoir été un économiste cavalier avec un nom rigolo. Destin cruel.

Seulement, il arrive que certains produits, pourtant irrémédiablement à la ramasse, parviennent à survivre à la concurrence des jeunes loups aux dents plus longues et aux performances plus mieux. (le Terminator modèle T-800 par exemple). Généralement, la cause cette survivance contre-naturelle tient à l’image « cool » que lesdits produits ont réussi à s’attacher, raison suffisante pour qu’une part non-négligeable et assez virulente des consommateurs/utilisateurs modifie son comportement, et s’érige en défenseur farouche des vieilleries en question. Parmi tous les reliquats d’un passé archaïque amoureusement conservés par ces aficionados du vintage, on trouve naturellement des choses en lien avec la musique, dont l’objet contre lequel sera dressé le suivant réquisitoire: le vinyle.

Car le vinyle ne s’est pas contenté de subsister dans son petit marché de niche, comme il aurait dû. Non, le vinyle s’est payé le luxe de redevenir à la mode, au point de venir concurrencer les autres supports musicaux, voire pire, de les remplacer. L’idée de cette article est d’ailleurs venue à votre serviteur après que ce dernier ce soit rendu compte avec émoi qu’Indians(artiste en première partie de Perfume Genius) n’avait apporté avec lui que des EP 7 » sur le stand de merchandising. Résultat, un Schattra à la fois perplexe et dépité, qui est reparti du Café de la Danse sans la galette qu ‘il convoitait. Pas glop.

Bref, prenant à contre-pied les nombreux et influents défenseurs de ces rondelles noires, j’ai décidé de revêtir la robe de l’avocat général dans le procès en réhabilitation du vinyle. Une plaidoirie en cinq arguments, à la fin de laquelle j’espère avoir convaincu tous mes excellents lecteurs/jurés de la droiture et de la justesse de ma cause.

*: Insérez ici le numéro adéquat. Je n’ai pas envie de revenir tous les ans actualiser cette page.

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JE N’AIME PAS LES VINYLES PARCE QUE:

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I. C’est lourd et encombrant

Ce à quoi on me répondra: « Qu’est-ce que tu en sais? Tu as fait des mesures peut-être? ». Il est vrai que de prime abord, vinyles et CDs semblent se valoir plus ou moins en terme de poids et de volume. Les premiers sont certes beaucoup plus grands que les seconds, ils ont pour eux leur taille de guêpe et un « emballage » en carton, a priori plus léger que le boîtier en plastique de leurs rivaux. C’est en tout cas la réflexion que je me suis fait au début de mon enquête, et devant cette conclusion préliminaire trop normande à mon goût (p’têt ben qu’oui, p’têt ben qu’non), j’ai décidé de pousser les investigations à un stade scientifique. Eh oui.

Bref, prenons un échantillon de vinyles et de CDs, et comparons leurs caractéristiques physiques pour déterminer quel format est le plus avantageux en matière d’encombrement.

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Le Poids:

Verdict sans appel délivré par mon fidèle pèse-bagages: les vinyles sont trois fois plus lourds que leur équivalent en CDs (1,5 kilogramme contre 500 grammes).

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Le Volume:

Ces tables de conversion de cm en cm³ avaient bien un usage pratique, finalement. Après mesure, la pile de six CDs de l’échantillon occupe un volume d’environ 1100cm³ (12,4 x 14,2 x 6,2), tandis que celle de vinyles, avec un peu moins de 3000cm³ (31,4 x 31,4 x 3), s’avère prendre presque trois fois plus d’espace.

Conclusion: le vinyle c’est bien à condition d’avoir des lombaires de déménageur et un emplacement premium chez Une Place En Plus. Étudiant(e) ou jeune actif(ve), toi qui peut compter tes mètres carrés d’espace disponible sur les doigts de la main, tu sais quel support choisir pour enrichir ta discothèque.

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II. C’est peu pratique

Pour cette nouvelle démonstration, je pars du principe que mon lectorat est majoritairement composé de gens nomades et pressés, et non pas de moines/nonnes trappistes résidant dans un prieuré vide sur les îles Lofoten. Je pose également l’hypothèse que les personnes lisant ce billet sont familières des contraintes de la vie urbaine contemporaine, faite de trajets incessants d’un point A à un point Autre, trajets pendant lesquels et le temps et l’espace disponibles à l’écoute de musique sont limités et/ou fluctuants. Enfin, je suppose qu’à la fin de sa journée, mon lecteur type, vidé après une journée à courir à droite et à gauche, succombe à un accès de flemme aussi compréhensible qu’irrésistible.

Mais bon, les irréductibles du vinyles peuvent tout de même emporter leur musique partout, la preuve.

Si ces trois conditions sont remplies, vous comprendrez que l’individu dont il est question dans le paragraphe introductif ci-dessus n’en ai pas grand chose à carrer des soi-disantes performances supérieures du vinyle en terme de qualité d’écoute, son plus chaleureux, bonification avec le temps et autres goûts de sous-bois dont on lui rabâche les oreilles. Car ce que notre homme/femme/être recherche, c’est avant tout de pouvoir évacuer les petites tracasseries du quotidien l’espace d’un instant, en déversant dans ses cages à miel une grande rasade de décibels euphorisants, et ce, le plus facilement possible. Et quand il suffit de presser un bouton pour s’injecter un shot avec un MP3 classique, prendre son pied via un vinyle nécessite au contraire tout une cérémonie, fondamentalement incompatible avec toutes les contraintes précédemment énoncées. Jusqu’à preuve du contraire, prendre le bus/métro/RER/tram avec sa platine n’est pas une idée des plus brillantes, alors que les baladeurs numériques actuels se glissent sans problème dans toutes les poches. Bien sûr, le son compressé est une triste petite chose, mais on ne demande pas un aspirine d’avoir un goût de praline, seulement de remettre un semblant d’ordre dans l’unité centrale. De toute façon, même la restitution la plus fidèle ne pèse pas lourd face au brouhahas constant du quotidien, alors pourquoi sortir le grand jeu dans cet environnement hostile?

De retour au bercail, l’homo transitus dispose certes de conditions plus favorables au recours au bon vieux vinyle, mais encore faut-il qu’il accepte de se plier au rituel du changement-de-face-au-milieu-de-l’album, étape qui n’a rien d’une partie de plaisir quand on souhaiterait simplement profiter de la musique jouée sans bouger le petit doigt. Le vinyle est un virtuose un peu simplet, qui a besoin qu’on se penche sur son cas toutes les vingt minutes, au lieu d’enquiller les morceaux comme toute playlist se respectant.

Enfin, même en supposant que cette distinction entre écoutes « publiques » et « privées » ait été intégrée par notre individu, qui a choisi d’utiliser le MP3 pour la première et le vinyle pour la seconde, reste le problème épineux de la numérisation des morceaux. Si cette opération tient de la formalité pour la musique gravée sur CD, elle relève du parcours du combattant pour celle piégée dans les sillons d’un vinyle. Des solutions existent, certes. Toutes horriblement galères à mettre en place, et sans garantie de résultat. Mais elles existent. Joie.

Présenté comme ça, ça a l’air presque raisonnablement simple. Presque. (© http://www.jean-christian-michel.com)

Au final, le vinyle est un support bien trop contraignant pour répondre aux attentes des auditeurs du troisième millénaire, qui veulent être accompagnés par leur musique où qu’ils aillent et quoi qu’ils fassent. Prisonnier de sa platine et marginalement compatible avec les technologies de partage et de duplication de fichiers actuelles, papi vinyle n’est plus du tout en phase avec son époque. Aux orties, le vioque.

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III. C’est cher

D‘accord, le vinyle a un cachet et une classe auquel le banal CD ne peut pas prétendre. Il faudrait être de sacrée mauvaise foi pour ne pas admettre que cette fameuse galette noire est un bel objet, dont la simple manipulation met déjà en joie le mélomane. Rien d’aussi sexy avec le CD, que l’on trimballe sans beaucoup de considération de son boîtier jusqu’à la chaîne hi-fi ou l’ordinateur. À en juger par l’état déplorable de certains spécimens bazardés à vil prix en brocante, certains utilisateurs peu scrupuleux n’hésitent pas à détourner ces innocentes rondelles de leur usage premier, en les utilisant comme shurikens, planche à découper ou ustensile à tartiner. C’est moche.

Pour déplorables que soient ces pratiques, elles peuvent en partie s’expliquer par le fait que le CD coûte beaucoup moins cher que le vinyle, la « crise » actuellement traversée par l’industrie musicale ne faisant que renforcer cet état de fait, au point qu’il n’est plus rare de trouver des albums plus chers en version MP3 (donc totalement dématérialisés) qu’en version CD. Cherchez l’erreur.

À l’inverse, le vinyle, catalogué « produit de luxe » depuis son récent retour en grâce, affiche des tarifs bien plus élevés, ce qui convainc généralement ses acquéreurs à le traiter avec un soin particulier. À titre d’exemple, l’album le plus vendu au cours de l’année écoulée (21 d’Adele) coûte 22 euros en version vinyle, 14 euros en version CD, et 10 euros en version MP3. Autrement dit, privilégier la version téléchargeable permet d’obtenir en sus l’album précédent de la James Bond girl et son live à l’iTunes festival, pour le prix du 21 vinyle. Jeu, set et match.

Et comme si cela ne suffisait pas, le vinyle est non seulement plus cher à l’achat, mais il nécessite également un investissement bien plus conséquent que ses rivaux pour délivrer sa musique. Ainsi, selon le dossier Idée Reçue :Le Vinyle Est Meilleur Que Le MP3, là où une bonne platine CD se négocie à environ 500 euros, une installation vinyle digne de ce nom (cellule de lecture + platine + préampli) se chiffre plutôt entre 1.250 et 1.750 euros. Gloups.

Verdict: le vinyle fera certes les beaux jours de vos oreilles, mais pas avant que vous ne vous soyez délestés de tous vos organes redondants (ainsi que de ceux de vos proches). Le comble du mélomane: casquer autant.

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IV. C’est un business qui nous prend pour des vaches à lait

J‘ai pu lire à de multiples reprises que le vinyle était considéré comme les disquaires indépendants comme une de leurs rares voies de salut, de part sa profitabilité plus importante et la concurrence encore assez limitée des grandes chaînes de distribution sur ce secteur. Soit.

Je n’ai rien contre ces disquaires, que je considère au contraire comme des individus héroïques, livrant une bataille franchement mal barrée contre des géants financiers qui voudraient faire de la musique un simple générateur de profits. Ces Don Quichottes contemporains ont donc toute ma sympathie et ma considération, même si je dois avouer que les tarifs pratiqués dans leurs échoppes me laissent souvent rêveurs. Mais il est vrai que quitte à payer un album plus cher, parce que distribué par un indépendant, autant prendre la version la plus haut de gamme, histoire de ne pas faire les choses à moitié.

Seulement, l’équation n’est pas aussi simple que ça, car s’il est certain que le vinyle est plus cher, est-on vraiment sûr que le son qu’il produit est de meilleure facture que ces concurrents? Cette question, qui fera hurler les puristes de la cire, mérite toutefois d’être posée, car si la fréquence d’échantillonnage plus limité des CDs et la compression des fichiers MP3 ont en effet conduit à un son de qualité inférieure, les technologies actuelles permettent (ou plutôt, permettraient) de passer outre ces limitations. Jamais à court de bonnes idées, l’infatigable Neil Young est d’ailleurs en train de finaliser son projet PONO, aka le toblerone qui te permettra d’avoir la même qualité d’écoute que les artistes en studio. Pas de quoi effrayer iTunes, mais espérons que cette initiative donne à la marque à la pomme des idées dans le futur (Neil s’est d’ailleurs lancé dans le projet après qu’Apple l’ait envoyé balader sur le sujet). Quant aux supports tangibles, on sait déjà faire aussi bien, voire mieux que le vinyle en douze centimètres de diamètre: Super Audio CD et DVD Audio se tirent la bourre pour déterminer qui sera la galette du futur, qui aura l’honneur de remplacer le vénérable CD le temps venu. Bref, l’argument du « vinyle = son de meilleure qualité » ne tient pas.

Seulement, et c’est là que ça devient problématique, ce raccourci un peu facile constitue aujourd’hui l’argument de vente principal du vinyle, et justifie du même coup des campagnes de réédition d’albums plus ou moins innocentes de la part des maisons de disques, persuadées de pouvoir faire du neuf (et donc du fric) avec du vieux. Le vinyle se fait collector, ce qui ne contribue pas vraiment à faire baisser son prix. Le message (implicite) envoyé aux fans – qui sont des êtres à la rationalité profondément altérée, comme chacun sait – est donc le suivant: « si tu aimes tellement cet artiste, alors tu dois écouter sa musique dans les meilleures conditions possibles, donc tu dois acheter ce magnifique vinyle au tirage soigneusement limité. Il n’y en aura pas pour tout le monde, alors dépêche-toi de passer commande de ton exemplaire ». Le génie de la manœuvre consiste à faire un distingo informel, mais bien présent, entre le/a « groupie », animal décérébré qui achète tout et n’importe quoi (dont les coffrets méga deluxe avec posters, autocollants et porte-clés) et l’authentique fan, qui lui/elle se concentre uniquement, et à juste titre, sur la musique. Pris au piège de son hubris, le consommateur accepte donc de claquer son pognon chèrement gagné dans du vinyle, rien que pour prouver au monde que lui/elle, c’est un(e) vrai(e), un(e) pur(e), un(e) authentique. Machiavélique.

Et le fan de hurler cette phrase bien connue: « ILMELEFOOOOOOO!!!! »

Bref, messieurs et mesdames les distributeurs de musique, il ne faudrait pas nous prendre pour des jambons non plus. Exploiter le filon de la nostalgie pour faire votre beurre (et nous le vendre), d’accord, mais essayer de nous convaincre que le vinyle est le support des « vrais » mélomanes, avec tous les sous-entendus que cela implique pour nous autres fans pas forcément assez cyniques pour détecter les fils blancs qui cousent la manœuvre, franchement, ça craint.

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V. Ce n’est pas aussi durable que ce qu’on voudrait nous faire croire:

Finissons ce brûlot avec un argument des pro-vinyles que je trouve assez spécieux, la soi-disante plus grande résistante aux outrages du temps et de l’usage répété de leurs précieuses galettes noires. J’ai ainsi pu lire qu’un heureux possesseur d’une très vieilles pièce se vantait que sa précieuse relique sonnait comme au premier jour, malgré ses soixante ans bien tassés (sous-entendu: « ce n’est pas un CD qui tiendrait aussi bien la route, ha! »). Mouais. Bof.

Notez le design soigneusement étudié pour faciliter la transition du vinyle au CD.

Premièrement, précisons qu’à l’heure actuelle, des CDs de soixante ans, ça n’existe pas encore, les plus vieux spécimens de ces rondelles irisées (soit Une Symphonie Alpestre de Richard Strauss et The Visitors de ABBA) venant tout juste de fêter leurs trente ans. Rendez-vous en 2042 pour voir si une comparaison peut être établie entre les deux supports. D’ici là, vous attendrez avant de tirer des conclusions définitives.

Deuxièmement, s’il est tout à fait vrai que les CDs s’usent à force d’être lus par des machineries beaucoup plus traumatisantes que ce que l’on voudrait nous le faire croire (mention spéciale au lecteur DVD de mon portable, dont les numérisations atteignent parfois la barre des 90 décibels… séances d’interrogatoires musclées qui laissent des traces), et laissent les disques avec des séquelles assez pénibles, les vinyles sont également concernés par les ravages de la senescence. Seulement, si les défaillances du CD sont vertement critiquées, celles du vinyle sont au contraire excusées, voire revendiquées, en un bel exemple de discrimination pas tellement positive. Et les aficionados des 33 tours de vanter le son riche de leurs poulains, considérant que les « clicks » et les « crackles » qui parsèment la lecture de l’œuvre apportent une réelle plus-value à cette dernière… Ça, c’est un album qui a vécu, môssieur, et qui porte fièrement les marques de toutes ses années de service! Curieusement, on est bien moins conciliant et compréhensif envers un CD qui déraille, et c’est bien dommage.

En plus de cela, le mode de lecture des vinyles, « organique » pour les uns, « archaïque » pour les autres, vient mettre à mal le statut d’invulnérabilité de ces derniers. Doublement même, puisque à chaque écoute, on abîme à la fois le disque (qui perd peu à peu ses fréquences aiguës, mais comme l’oreille humaine suit le même chemin vers la surdité, ça ne gêne pas les vieux de la vieille) et le diamant de la platine. Le CD est (théoriquement) à l’abri de ces sévices, même si les occasions ne manquent pas d’endommager ses micro-sillons dans la vie quotidienne.

À quand les crèmes anti-rides pour vinyles?

Troisièmement, le vinyle souffre (ou peut souffrir) de problèmes contre lesquels le CD est partiellement ou totalement immunisé. A-t-on jamais entendu parler d’un CD voilé à cause de la chaleur? Moi non. Ah, et cette fâcheuse tendance qu’à le vinyle à attirer à lui toutes les particules de poussière de la pièce… Saleté d’électricité statique.

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.Au final, le mythe de la meilleure durabilité du vinyle se révèle être bâti sur des observations franchement biaisées plutôt que sur des mesures purement scientifiques, qui auraient au contraire toutes les raisons de tourner au désavantage du grand ancien. Ce n’est pas pour rien que le CD s’est imposé comme le support de référence en l’espace de quelques années, tout de même.

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CONCLUSION

 

Le revival actuel du vinyle me semble plus tenir de l’effet de mode que d’un véritable engouement retrouvé pour un support qui a fait son temps et clairement affiché ses limites. On est certes tout à fait en droit de préférer recourir aux services de ces galettes grand format, auxquelles sont attachés les meilleurs souvenirs de l’épopée de la musique « populaire ». À l’époque, on en vendait des millions, chaque semaine ou presque voyait la sortie d’un nouveau chef d’œuvre, et on pensait encore qu’un bon solo ou quelques lignes bien senties pouvaient changer le monde… Mais ça, c’était avant. D’ailleurs, l’idylle-vinyle ne serait-elle pas autre chose que l’expression instinctive et indistincte d’une nostalgie certaine pour un passé glorieux et glorifié? Ça se débat.

Lors, pour tout mal barré qu’il apparaisse, gageons que le futur nous réserve encore quelques bons moments auditifs, et cessons de nous lamenter sur la médiocrité (supposée) des temps qui courent. Il ne tient qu’à nous de nous botter le cul pour essayer de les rattraper. Adieu donc vinyle, reliquat d’un âge d’or qui n’a plus besoin de toi pour se prolonger. Je ne t’ai jamais vraiment connu (tant mieux, tant pis), et je n’ai pas envie de commencer maintenant. You were good in your time.

Illustration © Bénédicte

À propos de Schattra

Égoïstement optimiste, çapourraitêtrebienpirologiste assumé. Selfishly optimistic, proud itcouldbemuchworsologist

Publié le octobre 13, 2012, dans W.H.A.T.T. (N.O.W.), et tagué , , , , . Bookmarquez ce permalien. 2 Commentaires.

  1. Aie les calculs sur les volumes….

    • J’ai dit que c’était utile, pas que je m’en souvenais.😉 Je suis preneur de résultats scientifiquement établis, même si je pense que la conclusion restera la même: un vinyle prend plus de place qu’un CD.

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