K.W.A.S.S.A. : SUSANNE SUNDFØR

À l’occasion de l’annonce de sa venue en France (10 Novembre prochain au Point Éphémère) pour un concert unique, et dans l’espoir de l’aider à élargir sa fanbase française, j’inaugure un nouveau type de rubrique dans ce blog, dédiée non pas à la revue d’un festival ou d’un concert, mais à la présentation d’un ou une artiste et de son œuvre.
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Par souci d’utilité et d’originalité, les noms couverts dans cette série que nous (moi c’est sûr, vous peut-être moins) espérons tous être longue et variée ne seront pas les plus connus de l’auditorat hexagonal. Pas que je me considère comme un détecteur de talents particulièrement intuitif – même si j’essaie comme tout un chacun de précéder la tendance au lieu de la suivre bêtement – mais quitte à exposer (une partie de) ma vie au vu et su de tous les êtres humains disposant d’une connexion internet, autant favoriser la biodiversité de cette grande jungle qu’est le web en essaimant des avis sur de jeunes pousses prometteuses et encore méconnues du plus grand nombre plutôt que de favoriser les monocultures pop-rock. Point de K.W.A.S.S.A.* consacrés aux Stones (je ne suis pas géologue), aux Beatles (je ne suis pas entomologiste), à Led Zep (je ne suis pas ingénieur aéronautique) ou encore aux Doors (je ne suis même pas ébéniste, hé!) donc.
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Commençons alors notre saga avec une des artistes les plus enthousiasmantes que j’ai eu la chance de découvrir ces dernières années. Et en tant que jeune vieil aigri musical, souffrant d’un penchant prononcé à la glorification du passé et au dénigrement du présent, laissez-moi vous dire que ce n’était pas gagné d’avance. Comme vous l’aurez deviné si vous avez au moins lu le titre de l’article, cette personne miraculeuse a pour nom Susanne Sundfør (et je me fais un devoir d’orthographier son patronyme correctement, même si je n’ai toujours pas trouvé le raccourci pour taper la lettre ø). Artiste, et non pas chanteuse ai-je écrit, car la démarche de la native de Haugesund, Norvège (mais vous l’aviez déjà deviné, malins que vous êtes… il y a des signes qui ne trømpent pas) s’inscrit dans un cadre beaucoup plus large que la simple performance vocale. Interprète, mais également auteur, compositeur et designer d’univers musicaux, Susanne Sundfør couvre un spectre étendu de disciplines artistiques. En plus de cela, le terme « artiste », parce qu’il ne fait pas la différence entre les deux sexes, lui convient merveilleusement bien, comme nous le verrons plus tard.
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*: ce qui veut dire (je sais que tu te le demandes en ton fort intérieur, sans oser demander) Kind Words And Something Substantial About… Les maîtres mots de ce genre d’exercice seront donc le prosélytisme et l’abondance, tout un programme. En plus, ça évoque une chanson de Vampire Weekend, donc je suis assez content de moi.
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Son premier album, éponyme, sort en Norvège en 2007, où il reçoit un accueil critique et commercial très favorable. Porté en haut des charts par deux singles, Walls et I Resign, démontrant pleinement le talent de songwriter de Miss Sundfør, il sera consacré au cours de la cérémonie du Spellemannprisen 2007 (l’équivalent de nos Victoires de la Musique, généralement en beaucoup mieux) et permettra à Susanne de repartir avec le prix d’artiste féminin de l’année, non sans avoir indiqué lors de la remise du prix qu’elle se considérait d’abord comme une artiste, et non comme une femme (déclaration qui contribuera à la faire étiqueter comme artiste féministe engagée par les médias norvégiens).Ce premier opus est marqué par l’emploi d’instruments acoustiques, en particulier le piano, que Susanne met à contribution avec une efficacité redoutable. Forte d’une formation à la fois classique et jazz, elle se montre aussi bien capable de composer des titres à la dynamique indéniablement pop, comme l’introductif I Resign, que de s’aventurer dans des sphères plus dépouillées et contemplatives, tel le mélancolique Torn To Pieces. Deuxième instrument mis particulièrement en avant: la guitare sèche, que l’on retrouve aux commandes de trois morceaux: Gravity, The Dance et Morocco. Enfin, on remarque l’utilisation d’un ensemble de cordes sur plusieurs titres (Dear John, The Dance, Morocco), penchant classique qui se confirmera sur les deux albums studio suivants.Mais le principal atout de Susanne Sundfør reste sa voix. Encore un peu « brute » par certains aspects sur ce premier opus, elle cependant déjà la force (I Resign), l’expressivité (le diptyque Torn To Pieces/Day Of The Titan, attaqué avec une mélancolie tourmentée et conclut par une imprécation vengeresse et exutoire) et l’aisance déconcertante (The Dance) qui constituent encore aujourd’hui les marques de fabrique de la Norvégienne. Mais comme il l’a été annoncé plus haut, ce serait faire une grossière erreur de jugement que de considérer Susanne Sundfør comme une simple chanteuse à voix.

Les paroles qui accompagnent chaque morceau révèlent ainsi à l’auditeur attentif (et anglophone) des capacités littéraires certaines et une aspiration forte à traiter son sujet d’une manière novatrice. Certes, ce premier album ne parle pas de grand chose d’autre que d’amour et de ses conséquences, souvent malheureuses dans les chansons de Sundfør (qui confirmera par la suite ce penchant pessimiste avec The Brothel) et en cela ne peut guère s’élever en parangon de l’originalité. Douleur de l’absence, renoncement, regrets, déchirement, désenchantement…  Susanne Sundfør semble avoir fait sienne la formule d’Aragon: il n’y a pas d’amour heureux, et ne trouver un peu de joie de vivre qu’après s’être résignée à ne plus croire au mythe de l’idylle éternelle (I Resign, morceau OVNI de la discographie de Susanne tant par le fond, avec ses paroles  ouvertement prosélytiques, que par la forme, résolument pensée à destination des radios grand public).

On peut également regretter les formules ampoulées et éculées que l’on retrouve sur certains titres, en particulier Dear John, (« The universe is just waiting for another transformation » ou encore « I’ve seen blood on hands of an innocent nation »… c’est niet pour moi), à mettre sur le compte de la jeunesse de l’auteur au moment de la rédaction des lignes incriminées. Tout le monde n’a pas la plume de Bob Dylan quand il s’agit de jongler avec des concepts abstraits et des références métaphysiques sans se les reprendre sur la figure (écoutez le maître donner un masterclass sur cet art délicat et hautement casse-gueule pour les  songwriters en herbe: Jokerman*).

Cependant, l’interprétation magistrale de Susanne rattrape à elle seule les quelques platitudes incriminées et emporte l’adhésion du même coup. C’est tout l’art des grands interprètes de faire oublier au public la banalité ou la maladresse d’un texte par la manière qu’ils ont de le chanter (voilà sans doute pourquoi Élie Semoun ne s’est pas hasardé à reprendre Que Je T’Aime de Johnny sur sa galette perso – ce dont je lui suis infiniment reconnaissant – ). Mais on trouve aussi quelques lignes ciselées avec soin sur l’album, le genre de formules que l’on prend plaisir à reprendre en chœur à chaque fois que l’on écoute le morceau qui les contient. Que dîtes vous par exemple de l’assassin:

..I wanna be your enemy/I wanna be everything you fear/I wanna love you, I wanna lynch you, I’ll leave you there/I wanna silence you, so you can’t say you little prayer.

qui orne le pont de Day Of The Titan? Bien envoyé n’est-ce pas? Qui s’y frotte s’y pique.

S’il comporte beaucoup d’éléments que l’on retrouvera dans les disques suivants de Susanne (voix et piano mis très en évidence, emploi récurent d’une section de cordes, prédilection pour les sujets sombres, continuité entre certains morceaux qui semblent ne former qu’un seul ensemble à l’écoute, présence d’un titre instrumental), ce premier album se démarque cependant franchement de ses successeurs sur d’autres points.

Son atmosphère pop-folk, assez légère malgré les thèmes explorés, ne se retrouvera ainsi ni sur The Brothel ni sur The Silicone Veil, tous deux marqués de l’empreinte d’une electro à la beauté glaciale et crépusculaire. Cette évolution musicale se reflètera également au niveau des paroles, les textes directement basés sur des expériences personnelles laissant place à des tableaux plus imagés, voire poétiquement sibyllins. Autre transition marquée, les arrangement seront désormais pris en main par Susanne elle-même, épaulée par le producteur et multi-instrumentiste Lars Horntveth (Jaga Jazzist, The National Bank), qui deviendra ainsi pleinement maîtresse de la direction artistique et esthétique de ses productions. Exit donc les guitares omniprésentes sur certains titres du premier album, et qui se contenteront de discrètes et ponctuelles interventions par la suite. Exit aussi les chœurs « gospel » de I Resign, remplacés par un gros travail d’overdubs que Susanne assurera seule, comme on peut déjà l’entendre sur le résolument « pré-bordélique » Day Of The Titan. Cette mainmise absolue sur les parties vocales aura pour autre conséquence de faire de Morocco le seul duo (chanté avec Odd Martin Skålnes) figurant sur un album solo de Sundfør.  Exit enfin les hidden tracks (même si dans le cas présent, on peut plus parler de hidden bonus, le cadeau en question étant une version instrumentale de The Dance, démarrant sept minutes après la fin de After You Left), devenues franchement has been depuis l’avènement du MP3.

*: Paroles et traduction ici

Face au succès rencontré par ce premier effort en Norvège, Susanne Sundfør enregistre une version que l’on pourrait qualifier de live dans sa forme, si tant est qu’on puisse qualifier de tel une prestation réalisée sans public. Comme son nom l’indique, Take One (Première Prise) a donc été capté en une seule fois, Susanne livrant pour l’occasion des versions dépouillées (piano/guitare-voix) des titres de son premier opus. S’il ne réédite pas la performance commerciale de ce dernier, ce nouvel album apporte confirmation du talent de compositrice et d’interprète de la jeune Norvégienne, capable d’embarquer l’auditeur dans son monde même sans recourir aux arrangements sophistiqués de la version studio.

La setlist diffère quelque peu de celle de la première galette, et Morocco a logiquement disparu (tant mieux d’ailleurs, je trouve que c’était la chanson la plus faible du lot), mais le reste est une retranscription fidèle du contenu de cette dernière, ainsi qu’une chance pour les fans « tardifs » (comprendre qui n’ont découvert Susanne Sundfør qu’au début des années 2010) d’entendre en live, ou presque, des titres que Susanne ne joue plus guère en concert aujourd’hui.

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3 ans. C’est le temps qu’il aura fallu pour que le deuxième album voie enfin le jour. Enfin, le jour, façon de parler! Un seul regard à la pochette suffit à se convaincre que Susanne a changé de catégorie, et que l’époque (presque) guillerette de I Resign et autres Walls appartient au passé. Le pimpant rouge-gorge crayonné des débuts a laissé place à un vol de corbeaux, et la verte prairie au turquoise gothique d’un intérieur élégant mais anxiogène. Bienvenue dans The Brothel.

À l’origine de ce nouveau projet qui a du faire tomber de sa chaise plus d’un chroniqueur musical, persuadé que le deuxième disque de Sundfør exploiterait le même filon que son prédécesseur (pourquoi changer une recette qui marche?), une collaboration artistique et pas mal de galères. Les secondes étant d’ordre personnel, je passerai rapidement dessus (voilà, c’est fait) pour me concentrer sur la première. Entre 2007 et 2009, Susanne a en effet travaillé avec la plasticienne Kristin Austreid sur plusieurs projets fusionnant les installations de la seconde (la photo de la pochette a d’ailleurs été prise au cours d’une exposition) avec la musique de la première. On peut donc voir dans The Brothel la continuation de ce dialogue entre les deux artistes, en même temps qu’un acte de catharsis.

Car si on devait résumer l’esprit de l’album en un seul mot, « ténébreux » remplirait parfaitement la mission. Pas besoin d’aller bien loin dans l’écoute pour se retrouver plongé dans un univers onirique aussi raffiné que glacial, aussi sensuel que dangereux… un peu comme les maisons closes d’après lesquelles le disque a été nommé:

Purple pavement/Crooked fingers knocking on windows without souls/Bodies are swinging from rooftops and poles

The Brothel s’ouvre avec le morceau éponyme, déambulation de plus de six minutes à travers un paysage à la glauque splendeur, où les ombres des puissants au sourire doré croisent celles de parias n’ayant même plus la force de se désespérer sur leur sort. Évocation terrible et poignante d’un monde parallèle duquel il est vain de tenter de s’échapper, où la survie passe par un renoncement, un détachement envers sa double condition d’animal et de dieu/déesse. Gladiateurs et prostituées errent, vivent et meurent dans un microcosme crépusculaire régi par des règles iniques mais inviolables, et dans lequel Dieu n’a pas sa place (parallèle intéressant avec I Resign, morceau d’ouverture du précédent album, qui célébrait au contraire la libération « de la pauvreté et de l’enfer »). Il y a toutefois une leçon à tirer de ce premier tableau d’une noirceur consommée: la beauté peut s’épanouir même depuis le terreau le plus fangeux et ne resplendit que plus dans les ténèbres. The Brothel est en effet un morceau d’une splendeur sublime, dans lequel Susanne dévoile toute l’étendue de son talent d’interprète, appuyée par les arrangements magistraux de Lars Horntveth.

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Les neuf autres morceaux que comptent l’album sont autant de passerelles vers d’autres paysages, d’autres scènes de cet univers nocturne et impitoyable, et pourtant terriblement attirant, issu de l’union baudelairienne entre le beau et le mal. Voyez donc la poétesse déchue Lilith allumer et éteindre la lumière rouge à sa fenêtre chaque nuit, contemplez ses consœurs d’infortune, Black Widow et Selena, qui avaler le cœur de son malheureux amant, qui réduire à l’esclavage le dernier honnête homme de la ville jusqu’à ce qu’il devienne son âme damnée, son Knight Of Noir. Partagez un Turkish Delight  avec Susanne et succombez à l’ivresse sacrée provoquée par les interminables nuits de l’hiver polaire, ou bien aventurez vous hors de la cité et errez quelque temps dans les sous bois enneigés (As I Walked Out One Evening). Vous pouvez même tomber amoureux si cela vous chante (It’s All Gone Tomorrow), mais n’espérez pas vous échapper de la cage sans barreaux qui est à présent la vôtre. Le maître (O Master) veille, et mieux ne vaut pas penser au destin de ceux et celles qui ont tenté de le défier… Quand vous aurez réalisé que votre prison n’a absolument aucun échappatoire, il sera bien temps de regretter l’insouciance de l’enfance (Lullaby) et les proches que vous avez laissé derrière vous (Father Father) pour vous rendre dans la ville… dont vous ne repartirez jamais.

S’il est si facile de laisser son imagination ré-assembler les morceaux de The Brothel pour composer sa propre tragédie musicale, c’est que l’album est d’une remarquable unité. Là où Susanne Sundfør s’était dispersé dans plusieurs directions différentes et explorait plusieurs ambiances  (résultat du en grande partie à l’aspect « best of » de l’album et au fait que Susanne n’a pas eu la mainmise sur les arrangements et la production de ce dernier), son successeur est un monochrome parfaitement décliné, dans lequel aucun titre ne vient contraster violemment avec les autres. Même les chansons les plus pop de l’ensemble, tel que It’s All Gone Tomorrow ou Turkish Delight (qui ont d’ailleurs été utilisées comme singles) conservent en effet cette teinte douce-amère que l’on retrouve dans le reste des compositions. Une absence de dissonance qui résulte de  l’utilisation d’une palette limitée d’instruments, au premier rang desquels on retrouve bien sûr les claviers fétiches de Sundfør. Celui du piano qui l’avait accompagné sur son premier effort bien sûr, mais d’abord et avant tout celui du Fender-Rhodes, dont les vibratos vaporeux s’accordent merveilleusement à la voix de Susanne et contribuent fortement à l’atmosphère onirique qui se dégage de l’album. Enfin, les synthétiseurs font un retour fracassant après s’être invités sur la conclusion de Day Of The Titans, et entraînent l’auditeur dans l’autre galaxie promise dans Lullaby.

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Au chapitre des  collaborations reconduites, l’ensemble à cordes qui avait habillé quelques titres de Susanne Sundfør revient lui aussi en force, apportant une majesté tragique ici (It’s All Gone Tomorrow, débuté et conclus dans la stridence anxieuse et magnifique d’une escadrille de violons et violoncelles), une profondeur lyrique là (guettez son intervention, capitale mais « souterraine », lors de la construction du climax de The Brothel), et si les guitares ne peuvent plus prétendre jouer un rôle de premier plan, elles font également quelques interventions remarquées sur certains morceaux: rythmique apaisante à la conclusion de Lilith, overdubs discrets mais judicieux sur Knight Of Noir, on aurait tort de réduire leur participation au son de The Brothel à portion congrue. Ce dernier bénéficie également de la contribution d’instruments plus exotiques, tel que le clavecin, les timbales (timpani), la sansula ou encore le marimba. Mais c’est d’abord la tessiture chaude et profonde de la clarinette basse (instrument de prédilection de Lars Horntveth) qui se remarque dès la première écoute, puisque c’est elle qui tient la vedette sur  As I Walked Out One Evening. Comment ne pas tomber aussitôt amoureux de la douceur de ce bois injustement méconnu, et dont Berlioz disait tant de bien? Enfin, impossible de clore cette revue instrumentale sans évoquer le rôle absolument central qu’occupe la réverbération dans The Brothel: chaque note continue à hanter l’oreille et l’inconscient de l’auditeur longtemps après qu’elle ait été jouée. Ces échos lointains font plus que simplement enrichir et embellir le son de l’album, ils renforcent l’impression d’intemporalité que véhiculent les paroles de Sundfør: on ne sait plus très bien si le drame raconté par les différents morceaux appartient à un passé révolu ou se déroule sous nos yeux.

Les paroles justement, parlons-en (si je puis me permettre). Comme on pouvait s’y attendre, elles n’ont pas grand chose à voir avec celles du premier disque. Le propos est évidemment différent (concept album oblige), mais le style a également évolué, en mieux. Susanne Sundfør a répété a plusieurs reprises que la littérature constituait une de ses sources d’inspiration principales et en effet, références et clins d’œil plus ou moins évidents parsèment ses textes. Étant un fan fini de Bashung (et de ses paroliers Bergman et Fauque), j’apprécie particulièrement les artistes qui prennent le risque de coucher sur le papier leurs sentiments sans les rendre expressément intelligibles au non-initiés (c’est à dire le reste du monde): on ne comprend certes pas tout du premier coup, mais quelle satisfaction de « décoder » petit à petit leur propos, chaque écoute apportant un élément nouveau! Si vous éprouvez aussi un plaisir coupable à vous triturer les méninges sur le moindre vers un peu abscons, The Brothel constitue un bon terrain de jeu. Il y a même des chances que vous appreniez deux ou trois choses pour votre culture personnelle, si vous allez jusqu’au bout de vos tendances compulsives.

Et même si vous ne goûtez pas à ce genre de défi, vous pouvez toujours vous contenter de savourer la voix de Susanne Sundfør, sans chercher à comprendre l’entièreté de son propos. Enfin, sa voix… Je devrais plutôt parler de ses voix, tant les overdubs vocaux sont nombreux sur l’album. Plus question pour Susanne de laisser à d’autres le soin de réaliser les chœurs sur ses compositions, comme ce fut le cas sur I Resign, et si on devine que ce parti pris a du entraîner d’interminables prises  pour parvenir à un résultat final aussi complexe, abouti et magnifique, le jeu en valait très largement la chandelle. Fermez les yeux, et essayez de suivre tous les contrechants de Father Father, ou d’isoler les harmoniques de Black Widow. Si vous y arrivez, frottez vous ensuite au deuxième refrain de The Brothel, dans lequel on peut entendre un vers mystérieux. Impossible d’en saisir le sens (bienvenue au club)? L’important est ailleurs: vous avez pu vous rendre compte que l’extrême sophistication des parties chantées de morceaux de Susanne Sundfør répond à la fois à des critères esthétiques et symboliques. Lucky you.

Si The Brothel désorienta le public norvégien, qui avait laissé Susanne en 2007 sur quelques chansons remplies de fleurs et de peines de cœur, il sut également reconnaître ce nouveau disque pour ce qu’il était, c’est à dire un chef d’œuvre d’une noirceur indéniable, mais un chef d’œuvre tout de même. L’album se classera immédiatement en première position des charts nationaux au moment de sa sortie, une place qu’il conservera quatre semaines consécutives, pour trente semaines de présence d’affilée. Deuxième album le plus vendu en Norvège en 2010, The Brothel  consacre Susanne Sundfør comme l’une des artistes majeures de sa génération. L’accueil critique, également excellent, se doubla cependant d’une polémique lorsque Sundfør refusera sa nomination au Spellemannprisen 2010 dans la catégorie « artiste féminine de l’année », une décision cohérente par rapport à sa déclaration lors de la remise du même prix trois ans plus tôt, et qui ré-enclenchera le débat sur l’égalité entre les genres au sein du pays (que l’on ne peut pourtant pas qualifier de bastion du machisme). Elle ne repartira cependant pas bredouille de la cérémonie, le jury lui attribuant le prix de « compositeur de musique populaire » de l’année.

Les corbeaux étaient là. Moi aussi.

Face à une telle réception, il était somme toute assez logique que Sundfør tente enfin sa chance à l’international, une étape qu’elle avait toujours voulu franchir depuis le début de sa carrière. Une tournée européenne (qui passa par La Cigale le 28 Mai 2011) en tant que première partie de Thomas Dybdhal lui permit de partir à la rencontre de ses fans étrangers. Distribué en France à partir de Mai 2011, The Brothel ne connut pas le même succès qu’en Norvège, à cause d’une couverture médiatique inexistante, mais réussit tout de même à passer en radio, notamment dans l’émission Pop-rock Station de Francis Zegut sur RTL2, qui diffusa O Master assez de fois pour que je prenne la peine de me pencher sur le cas de cette Susanne au un nom imprononçable, mais qui faisait tout de même de la bien belle musique. Merci Tonton. La relation privilégiée entre la radio française et l’artiste norvégienne se concrétisa à deux reprises au cours de l’année, d’abord par une session acoustique enregistrée en Avril, puis en Novembre par un concert exclusif, joué dans l’immeuble de la radio et diffusé en direct pendant la seconde heure de Pop-rock Station. Ce passage sur Paris fut également l’occasion pour Susanne de donner sa première (et pour l’instant unique) représentation française en tant que tête d’affiche, le 23 Novembre à la Flèche d’Or, pendant laquelle le public eut droit à quelques extraits de son prochain album, comme le futur single White Foxes et l’hispanisant Can You Hear The Thunder (qui s’appelait encore King à l’époque). Un show très court, mais suffisant pour succomber définitivement à l’univers si particulier de miss Sundfør.

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Ce quatrième album (cinquième si l’on inclut au compte A Night At Salle Pleyel – Paris, toujours Paris! – œuvre expérimentale écrite par Sundfør uniquement pour des synthétiseurs, et qui, contrairement à ce que son titre le laisse à supposer, a été enregistré au Sentrum Scene d’Oslo), ne fut, fort heureusement pour nous, pas aussi long à enfanter que son aîné, certains de ses morceaux ayant déjà été présentés au public dès 2010. Restait toutefois à enregistrer et arranger toutes ces nouvelles compositions, afin d’obtenir un résultat aussi impressionnant que The Brothel. L’état avancé du processus de réalisation laissait certes présager une sortie en 2012, mais à quel moment exactement? Mystère.

Ce fut donc avec une excitation certaine et croissante que les  fans virent les choses se préciser, jusqu’à ce que la date du 26 mars soit enfin dévoilée comme  celle du D-Day (ou D-Dagen, pour rester en VO). Au fil d’une campagne de promotion savamment orchestrée, dévoilant d’abord le cover-art de l’album, d’une abstraction fractale assez proche du Unknown Pleasures de Joy Division, un premier single (White Foxes), puis quelques secondes de certains titres finalisés, les semaines passèrent jusqu’à ce qu’enfin le grand jour arrive.

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« Apocalypse, death, love and snow. » Voilà la description que fit l’artiste de son dernier disque auprès des médias. The Silicone Veil s’inscrivait donc logiquement dans la veine de The Brothel plus que dans celle  de Susanne Sundfør ou de Take One, mais jusqu’à quel point? Certains fans s’étaient inquiétés après que White Foxes ait été dévoilé en février,  jugeant que ce nouvel opus marchait trop dans les traces de son illustre aîné. Même propos assez sombre, même univers de beauté glacée, même mise en avant des pianos et claviers, même amour inconditionnel pour la réverbération… Les renards blancs poursuivis par Susanne Sundfør n’étaient-ils pas en train de la ramener droit dans la maison close qu’elle avait laissé derrière elle?

Après un mois d’attente, le temps que le jour tant attendu du 26 Mars arrive, la réponse tomba, sans appel: The Silicone Veil, sans constituer une progression aussi révolutionnaire  de l’approche musicale que celle qui s’était faite jour entre les deux premiers albums studios de Sundfør, était bel et bien une œuvre à part, et pas une redite d’un travail précédent. Nous voilà rassurés.

Tout commence par un (presque) silence. Et puis, la voix de Susanne retentit, a capella, pour quelques mots d’ introduction quant à ce qui va suivre:

We are in capsules/Slip away/Disloyal/To the doctors The sea is hungry/All the waves/The sea is hungry/Slip away

Ces « capsules » qui nous séparent les uns des autres, constituent un des thèmes les plus affirmés de l’album. Le « voile de silicone » du titre est d’ailleurs une métaphore de cette frontière, tantôt invisible, tantôt obsédante, qui délimite notre univers, à la fois dans notre relation avec les autres, mais également dans notre rapport avec l’environnement, l’histoire et, ultimement, notre propre mortalité. Par dessein ou par accident, on retrouve également ces concepts de frontière et de capsules dans la production de l’album, sur lequel les pistes s’enchaînent avec une certaine brutalité, donnant l’impression à l’auditeur de « tomber » d’un morceau à l’autre. Après le souci de continuité et d’unité très présent sur The Brothel, ce parti pris ne manque pas de marquer les esprits.

Autre idée-force de l’album, qui fait un retour remarqué après près de cinq années d’absence, l’amour réapparait enfin dans les textes de Susanne. Un amour toujours un peu contrarié et subtilement désespéré, proche des évocations amères qui parsemaient le premier album, mais de l’amour tout de même. Entre le très direct « I love you » de Diamonds, et le non moins explicite « You are loved » de When, on retrouve ainsi de nombreuses allusions au tendre sentiment, parfois introduites de manière assez « saignante », comme la macabre conclusion de Among Us:

He peeled off every vein I had/Till there was nothing left/But a bloodless heart/Still beating for him

Sur le plan musical, The Silicone Veil peut évoquer l’univers sombrement onirique de The Brothel à la première écoute, mais si les différences entre ces deux albums ne sont pas aussi marquées que celles, évidentes, entre Susanne Sundfør et son successeur, elles n’en existent pas moins. Première évolution, particulièrement audible sur des titres comme Diamonds ou Among Us, la prédominance des sonorités électroniques, quand The Brothel avait usé de ces dernières avec plus de retenue. Influencé par le dubstep et l’electronica , The Silicone Veil offre un son moins organique que celui de son prédécesseur, sans pour autant se départir de la grâce douloureuse qui imprégnait ce dernier. Un tour de force qui doit sans doute beaucoup à la collaboration entre l’artiste et l’ensemble des Trondheimsolistene. Signe éloquent de l’importance des cordes, l’instrumental de l’album, Meditations In AnEmergency, a été composé exclusivement à leur attention par Sundfør, qui a également fait appel à une harpiste pour l’ouverture du morceau-titre et pour la conclusion de Diamonds.

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Cet entremêlement d’influences et de sonorités modernes et classiques, électroniques et acoustiques, froides et chaudes, donne une couleur particulière à The Silicone Veil, dont l’hybridité peut confondre et étourdir de prime abord, d’autant que la tracklist de l’album semble avoir été pensée pour « choquer » l’auditeur, comme lorsque le  le lyrisme tragique de Meditations In An Emergency laisse place à l’introduction dub de Among Us (et l’expérience se répète entre When et Stop (Don’t Push The Button), vous voilà prévenus). Si vous cherchiez un album pour servir de bande son à votre assoupissement progressif, The Silicone Veil risque de vous jouer quelques tours pendables. En revanche, si vous étiez à la recherche d’un disque à la beauté à la fois évidente et complexe, vous avez soulevé le bon voile.

Cette complexité, on la retrouve également dans les paroles et dans l’interprétation de Sundfør. Pas besoin d’être un adepte convaincu de la théorie du complot pour se rendre compte que Susanne s’est amusée à relier entre eux certains morceaux, pas forcément très proches au niveau musical, pour le plus grand plaisir (coupable) de ses fans les plus imaginatifs/tordus. Un exemple? Rome se termine sur un mystérieux « Don’t let anyone enter » (d’autant plus mystérieux que cet ultime vers ne figure pas sur les paroles du livret), formule répétée quelques minutes plus tard sur le pénultième Stop (Don’t Push The Button). Simple coïncidence? Allons allons, restons sérieux. Ce ressenti de jeu de piste musical est fortement renforcé par le recours intensif de Sundfør aux hidden lyrics (à défaut de trouver une expression plus élégante), qu’elle avait déjà expérimenté sur The Brothel. Vous souvenez-vous de la phrase mystérieuse qui figurait dans le morceau-titre de ce dernier? Et bien, ce procédé proprement subliminal est de retour sur The Silicone Veil, et pas qu’un peu. Rome, décidément très riche en énigmes, bénéficie ainsi largement de ce traitement sibyllin, pratiquement indécelable à moins de consulter le livret. Si vous le faîtes, vous vous rendrez compte que l’hiver approche et que Jésus était un menteur, détails que vous aviez sans doute négligé à la première écoute. Quand au « feu ami » qui se fera également jour après un examen soigneux du morceau précité, se pourrait-il qu’il ait quelque chose à voir avec le collectionneur de cœurs de Among Us, que Susanne décrit comme « jouant avec le feu », bien évidemment à mots cachés? Libre à vous de tirer les conclusions qui s’imposent, ou non. Vous avez tout un album à votre disposition pour forger votre intime conviction.

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Les auditeurs au tempérament moins joueur pourront quant à eux se pencher sur les paroles immédiatement audibles, généreusement fournies en évocations nébuleuses et références peu évidentes. Qu’il s’agisse de faire la tournée des dômes (parfois cachés comme dans White Foxes, parfois inondés comme dans Rome), de fouler le sable du spoliarum de Pampelune (Can You Hear The Thunder), de localiser la mer morte évoquée dans Diamonds ou de découvrir l’identité de celle qui nous garde dans ses tiroirs sales, parmi les feuilles et les aiguilles de pins (Your Prelude), les sujets ouverts à interprétation ne manquent pas. Et c’est tant mieux.

Comment faire revenir les gens dans les églises? Une piste...

Comment faire revenir les gens dans les églises? Une piste…

La release party de l’album, donnée dans le cadre du prestigieux Parkteatret d’Oslo le lendemain de la sortie officielle du nouvel opus, fut l’occasion pour Susanne et ses musiciens de démarquer encore un peu plus cette nouvelle oeuvre de son prédécesseur. Adieu donc les corbeaux de bois et les toiles blanches qui constituaient le coeur de la scénographie à l’époque de The Brothel, et bienvenue dans le monde embrumé et lumineux de The Silicone Veil. Avec l’aide de l’artiste Kyrre Heldal Karlsen, le spectacle offert aux quelques centaines de chanceux présents ce soir là fut donc un authentique son et lumière, qui contribua à transformer le concert attendu en véritable expérience sensorielle, ainsi qu’à conférer aux compositions, nouvelles et anciennes, de Sundfør une aura féérique comme elles n’en avaient pas connu de telles jusqu’alors.  Fort heureusement pour les cohortes de fans n’ayant pas pu faire le déplacement, la plupart des morceaux joués ont été gracieusement mis en ligne par le journal Dagbladet. Contemplez donc ce qui risque de vous attendre dans peu de temps, et réjouissez-vous par avance (ou désespérez si vous êtes épileptiques). Bien que les Trondheimsolistene ne devraient pas accompagner Susanne dans l’Hexagone (il faut bien que les Norvégiens conservent ce privilège), je peux personnellement attester, pour avoir eu la chance d’assister à une prestation comparable lors du Steinkjerfestivalen de Juin dernier, que le résultat est tout simplement époustouflant (tant que le détecteur de fumée ne se décide pas à faire du zèle, tout du moins).

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Voilà qui termine ce premier K.W.A.S.S.A., dont j’espère qu’il vous a donné l’envie de suivre de plus près la carrière de cette fantastique artiste (mission première de cet article). Je vous donne donc rendez-vous le 10 Novembre prochain au Point Éphémère pour un concert haut en couleurs et en émotion, comme seule Susanne et ses acolytes sont capables d’en donner. D’ici là, ha det bra, comme on dit dans le grand nord norvégien.

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ANNEXES

 

En parallèle de sa carrière solo, Susanne Sundfør a collaboré avec de nombreux autres artistes, en grande majorité norvégiens. Ces rencontres ont donné naissance à des morceaux, voire à un album en bonne et due forme dans le cas d’Hypertext. Tous sont l’occasion de (re)découvrir la créatrice de The Brothel et The Silicone Veil sous un nouveau jour, parfois très éloigné de son univers musical habituel. Just enjoy!

J’en ai également profité pour joindre à la liste quelques reprises réalisées au fil des sessions d’enregistrement, interviews et plateaux-télé auxquels elle a participé ces dernières années, une poignée de remix ainsi que des liens vers les quatre mini (ou pas) concerts filmés réalisés pour le compte de ABC Studio, Kontorkonsert, le Parkteatret d’Oslo et la radio suédoise IP3. Les deux premiers, parce qu’ils incluent des versions de titres de The Silicone Veil très différentes du rendu final, sont particulièrement intéressants. Enfin, j’ai compilé toutes les paroles (traduites) de l’artiste sur un PDF, pour ceux que ça intéresse (c’est pas pour me vanter, mais vous ne trouverez nulle part ailleurs les paroles de The Dance et de Torn To Pieces sur le net😉 ).

Collaborations:

– En 2008, Susanne participa à l’album Sorgen og Gleden (Peines et Joies), pour lequel la princesse Mette-Marit réunit une douzaine d’artistes norvégiens qui revisitèrent un répertoire très classique de manière plutôt classique également (famille royale oblige). Enregistré dans la Kulturkirken Jakob, le concert fut l’occasion pour l’auteur de l’assez religieux, au moins dans les paroles, I Resign de se frotter au plutôt pesant Ingen Vinner Frem Til Den Evige Ro (Nul ne prévaut jusqu’au repos éternel… tout un programme) dans une version ultra-dépouillée. Déconseillé aux dépressifs (mais disponible sur iTunes pour les plus courageux).

– Avec la sortie de The Brothel, peu s’attendaient à retrouver Susanne Sundfør derrière une musique aussi légère (« jamspace, polyrhymtic, electronic pop mod », d’après le groupe lui-même) que celle proposée par le collectif Hypertext dans son deuxième album, le festif Astronaut Kraut!, lancé en Novembre 2010. Clavier et chanteuse de luxe pour ses camarades de jeu, qui bénéficièrent de sa notoriété déjà bien établie pour se faire (un peu plus) connaître du grand public, Sundfør accompagna la joyeuse troupe dans le cadre de sa tournée norvégienne, avant de repartir assurer la promotion de son propre album. Rafraîchissant et original. Écoutez Astronaut Kraut! gratuitement.

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– 2011 fut l’occasion d’une belle rencontre avec le rappeur suédois (car oui, il y en a) Timbuktu sur le titre Kapitulera. Pour l’anecdote, il chante en suédois et elle en norvégien. On passera en revanche sur le look assez ostentatoire de Miss Sundfør et de ses choristes au cours de l’émission d’où est tirée la vidéo suivante:

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– La Norvège étant un petit pays (5 millions d’habitants, trolls non inclus) et la scène musicale norvégienne plus petite encore, il n’est pas étonnant de retrouver certains noms bien connus sur de nombreux projets différents. L’album I Like You de Martin Hagfors, produit par l’incontournable Lars Horntveth, compte ainsi deux morceaux (Floating From A Dream et Hanging On To Innocence) sur lesquels un auditeur attentif pourra déceler la présence de Susanne Sundfør, backing vocalist de standing. Le deuxième titre est téléchargeable gratuitement sous réserve de s’inscrire à la newsletter de Hagfors.

– Toujours en 2011, on retrouve Susanne aux côtés des Real Ones, dont le sixième album First Night On Earth, bénéficie des attentions bienveillantes de la native de Haugesund sur le titre Sister To All.

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– Plus récemment (2012), Susanne a participé au premier album de Morten Myklebust. Le duo issu de cette collaboration, Away, est plutôt gentillet (une sorte de Morocco inversé, si vous voyez ce que je veux dire), mais je vous laisse seuls juges.

– En pleine préparation de The Silicone Veil, Susanne Sundfør collabore avec le trio BOA dans le cadre de son premier album, mOOn Over tOwns. Le morceau composé pour l’occasion, Last Thoughts At The Stake, s’avère être une version expérimentale de The Silicone Veil, les austères arrangements voix/clarinette/violoncelle du groupe accouchant d’un titre pour le moins dépaysant.

– Le fruit de la collaboration entre la native d’Haugesund et les deux prodiges electro de Röyksopp a été présenté en avant première sur le plateau de l’émission de télévision norvégienne Lydverket. En plus d’une reprise du Ice Machine de Depeche Mode, le trio a joué un inédit, Running To The Sea, qui devrait sortir sous forme de single sous peu. Un troisième morceau, Save Me, figure également sur l’album The Inevitable End du duo.

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– Le morceau White Foxes a été composé pour la bande-originale du prochain film de la réalisatrice suédoise Mariken Halle, Verden Venter (Le Monde Attend), dans lequel Susanne fera une courte apparition (lors d’un mariage, apparemment). Sortie prévue en 2013 et teaser ici.

– L’année 2014 a vu la sortie du premier album (The Urge Drums) produit par Susanne Sundfør, sollicitée par le duo Bow To Each Other à cette fin comme révélé dans l’interview donnée par le groupe à l’occasion de leur participation au festival by:Larm (voir Sources). Gunhild Kristoffersen, moitié de Bow To Each Other, fait partie du backing band  de Sundfør (chœurs et claviers), et le duo a ouvert pour cette dernière sur de nombreuses dates de sa tournée norvégienne de 2012. Les singles Darling et Darkness peuvent être écoutés ici et , et l’album est à découvrir ici.

– Plus proche de nous, la sortie du film Oblivion de Joseph Kosinski en Avril 2013 permettra aux fans de M83 et de Susanne Sundfør de découvrir de nouveaux morceaux de leurs idoles respectives*. On retrouvera en effet Anthony Gonzalez aux commandes de la bande originale de cette grosse production, épaulé par le compositeur Joseph Trapanese et par la native de Haugesund, qui devrait plus précisément apporter sa contribution sur le morceau de fin du film. Restez pour le générique!

*: Collaboration qui découle sans doute des trois concerts de l’été 2012 durant lesquels Sundfør a ouvert pour le groupe d’Antibes.

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– Le doom and gloom serait elle une spécialité norvégienne? Même si l’intéressée s’en défend dans l’interview qu’elle a accordée à Noisey Vice en Octobre 2012, ce n’est pas avec Death Hanging qu’elle convaincra son monde. Fruit d’une collaboration avec Susanna Wallumrød (Susanna and the Magical Orchestra) et Siri Nilsen, ce morceau 100% nordique réussit l’union parfaite entre gravité et poésie. Éloge de l’élégie.

– Le clip du troisième single extrait de The Silicone Veil, Among Us, a fait l’objet d’un concours sur le site Genero.tv en septembre 2013. En attendant le début de la campagne de promotion officielle de cette vidéo et son téléchargement sur YouTube, il est possible de visionner le travail de couchfort (le gagnant) ainsi que celui des autres participants à ce projet sur la page Among Us de Genero.

– Septembre 2014. Dans l’attente de la sortie du successeur de The Silicone Veil, et avant de retrouver son public pour une (mini)tournée norvégienne en Novembre, Susanne Sundfør révèle sa collaboration avec Kleerup pour le compte du second (mini) album de ce dernier, As If We Have Never Won. Le titre s’appelle Let Me In (let me out!), s’inscrit dans la droite ligne de l’electro-disco remise au goût du jour par Arcade Fire sur Reflektor et ouvre officieusement l’acte IV de la saga Sundfør. Winter is coming…

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– Troisième acte de la collaboration entre M83 et Susanne Sundfør, le morceau For the Kids, figurant sur la tracklist du 7ème album du groupe d’Antibes (Junk). Après les épiques Oblivion et Memorial, cette balade d’amour ne paie pas de mine à première vue, mais pourquoi ne pas essayer d’y voir le 11ème morceau de Ten Love Songs et s’amuser à lui trouver une place dans la fresque passionnée peinte par ce concept album? Après tout, il y a un -s à la fin de Darlings

– Il semblerait que nous soyons en droit d’espérer un single de Röyksfør (pas besoin d’expliquer, non?) tous les deux ans, et c’est loin d’être une mauvaise nouvelle. Après Running to the Sea (2012) et Save Me (2014), le millésime 2016, Never Ever, a été rendu public en Septembre 2016. 

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Reprises et Inédits:

– Quelques mois après la sortie de son premier album, Sundfør interpréta le Masters Of War de Bob Dylan lors de sa venue dans le Store Studio de Bodø.

– Suite aux dramatiques évènements du 22 Juillet 2011, Susanne Sundfør, comme de nombreux autres artistes norvégiens, s’est produite au cours de cérémonies dédiées à la mémoire des victimes d’Anders Behring Breivik. On peut la voir ci-dessous reprendre Mitt Lille Land (Mon Petit Pays), composition d’Ole Paus.

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– Pour le compte de la chaîne de télévision NRKp3TV (et le bénéfice de ses spectateurs), une reprise du Try Sleeping With A Broken Heart d’Alicia Keys en compagnie du groupe Puma.

– De passage dans les studios de la radio P3 pour la promotion de The Silicone Veil, Susanne se fend d’une reprise piano-voix du We Found Love de Rihanna et Calvin Harris. Quand la chanson est bonne…

– Après une interview pour Gimmie Indie, même cadeau pour les auditeurs, cette fois avec After The Gold Rush de Neil Young, qui se termine par une petit discours militant écologiste qui fait toujours plaisir à entendre.

– J’ai souvent lu que Fleetwood Mac était une source d’inspiration pour Sundfør, sans vraiment comprendre pourquoi (ni de quel Fleetwood Mac on parlait). Merci donc à la Nett-TV NRK d’avoir levé toute ambiguïté en rendant public cette version du Wild Heart de Stevie Nicks.

– Audrey Hepburn actrice, vous devez connaître. Audrey Hepburn chanteuse, peut-être pas (bravo si oui). Quand à savoir ce qu’elle chantait… Contentez-vous de ce Moon River (Mancini/Mercer), repris par qui vous savez.

– Au chapitre des inédits, on retrouve tout d’abord ce Memorial, qui a fait hurler plus d’un fan norvégien quand la tracklist de The Silicone Veil est tombée (et qu’ils se sont aperçus que la chanson, qui apparaissait pourtant comme bien avancée, n’y figurait pas). Et puis il y a cet autre morceau, tellement mystérieux qu’il n’a même pas de nom, enregistré à la sauvette à la fin d’un concert (et donc baptisé Goodbye en attendant d’en savoir plus):

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– Tout récemment, les spectateurs de la tournée d’automne de Sundfør ont pu également découvrir une nouvelle composition de cette dernière, baptisée Trust Me.

– La cérémonie de remise des Spellemanpris 2015 a permis à Sundfør, outre de faire main basse sur 3 des précieuses statuettes (artiste pop de l’année, productrice de l’année et album de l’année pour Ten Love Songs), de présenter un nouveau morceau, The Sound of War. C’est ce qu’on appelle ajouter l’offrande au triomphe.

– En attendant la sortie d’un nouvel album studio dans les mois à venir, il est possible de ronger son frein en musique avec l’inédit Reincarnation, ballade (steel) guitare voix annonçant peut-être un changement de style sur le prochain disque de l’artiste.

Remix:

Une chanteuse avec une superbe voix avec des compositions entêtantes : pour la communauté des remixers, les  albums de Susanne Sundfør constituent un matériel de base de tout premier choix. L’occasion de redécouvrir des titres déjà accrocheurs, travaillés pour le devenir encore plus. It’s never enough

– On commence avec la version de Uphill Racer de The Brothel, qui entremêle encore un peu plus les pistes pour un résultat addictif. Heureusement, on peut télécharger cette petite merveille gratuitement ici.

– Issu du même album, Turkish Delight a apparemment fait le régal de nombreux bidouilleurs de platines. Souldrop, LidoLido et Tommy Tee s’y sont essayés, avec plus ou moins de succès.

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– Enfin, c’est MAPS qui s’y est collé pour le plus récent White Foxes. Montée (un autre groupe norvégien très sympa) avait annoncé plancher sur le même morceau il y a quelques mois, mais c’était avant que leur bassiste s’en aille en solo….

– Une fois n’est pas coutume, c’est Susanne Sundfør qui s’est penchée sur le travail d’un autre artiste (en l’occurrence MAPS – le même que ci-dessus -) et a livré sa propre version de A.M.A.

Concerts:

Avec seulement trois dates  en France à son actif jusqu’à maintenant et une notoriété internationale encore faible, il est assez probable que vous n’ayez jamais eu la chance de voir Susanne Sundfør en live. Heureusement, le net permet de rattraper cette lacune intolérable pour tout mélomane se respectant un minimum, et plusieurs shows, concerts et autres sessions sont assez facilement accessibles via YouTube. Quelque bonnes adresses:

– Le Kontorkonsert, c’est une idée tellement géniale que si elle ne s’exporte pas par chez nous dans un futur proche, je pars bosser en Norvège. Au menu de cette session jouée pour une poignée d’employés très chanceux (et une agrafeuse et un rouleau de scotch qui le sont encore plus), trois titres de The Silicone Veil, encore en projet à l’époque: Among Us (avec un dernier couplet qui sera fortement remanié dans la version finale), When et Stop (Don’t Push The Button) (lui aussi avec des paroles en WIP). On retrouve également Turkish Delight (The Brothel) et l’incunable Memorial. Un très bon cru.

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– Autre session, plus ancienne (ça se voit à la longueur des cheveux – en plus c’est vrai), réalisée pour le compte des studios ABC. Quatre morceaux cette fois, deux tiré de The Brothel (la chanson-titre et my personal favorite, O Master) et deux de ce qui allait se révéler être The Silicone Veil (la session a été enregistrée à la fin de 2010, plus de quinze mois avant la sortie de cet album). Là encore, ce sera la chanson-titre, complétée par un Among Us à l’intérêt au moins aussi grand que celui du dessus.

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Le concert donné au Parkteatret d’Oslo à l’occasion de la sortie de The Silicone Veil permet non seulement de se rendre compte à quel point le futur proche va être intéressant pour nous petits Français, mais également de retrouver quelques classiques des albums précédents agréablement « siliconés ». N’ayez crainte, le résultat est bien plus concluant que le lifting de la mère de Sylvester Stallone.

– On enchaîne avec un vrai beau et long concert joué par Susanne et toute sa bande pour le compte de la radio suédoise IP3. Bon, à moins d’être un fan de Lukas Graham, on peut tout de suite se rendre à la 34ème minute pour entrer dans le vif du sujet. Et si on ne parle pas norvégien ou suédois, l’interview donnée entre la 50ème et la 62ème minute est d’un intérêt assez relatif. Ça nous laisse tout de même près de trois quart d’heure de show, ce qui n’est pas suffisant mais déjà tout à fait correct.

– Malgré ses participations récurentes aux festivals estivaux de Scandinavie, je m’imaginais jusqu’à peu que Susanne Sundfør était une bien meilleure artiste indoor qu’outdoor. À tort (ça rime). La preuve en est cette captation de la performance de la demoiselle lors de son passage à Øya en Août 2015. Ni réservée ni intimidée, mais toujours aussi inspirée (quelle version de Trust Me!) et habitée qu’à l’accoutumée, Sundfør démontre avec ce tour de chant et de force qu’elle est autant capable de remplir des stades (ce qui est bien) que de les faire vibrer (ce qui est encore mieux).

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Paroles (et traduction):

Susanne Sundfør – Paroles et Traduction

Sources:

C’est aussi important. Voici:

– Live-chat sur la plateforme de VG Nett (norvégien) – 25/03/2010: lien
Interview pour le blog musical Drowned In Sound (anglais) – 19/10/2010: lien
– Interview du groupe Hypertext au moment de la sortie de Astronaut Kraut! pour le blog Musikknyheter.no (norvégien) – 22/11/2010: lien
– Interview pour le blog musical Inside The Pain (français) – 24/05/2011: lien
– Interview pour le blog musical IndiePopRock (français) – 12/11/2011: lien
– Interview pour le journal Dagbladet (norvégien) – 23/02/2012: lien
– Interview pour le magasine Gaffa (norvégien) – 24/02/2012: lien
– Interview pour le magasine Smug (norvégien) – 26/03/2012: lien
– Interview pour le journal H-Avis (norvégien) – 28/03/2012: lien
Interview pour Gimmie Indie (anglais) – 28/05/2012 : lien
– Interview pour Planet Notion (anglais) – 08/01/2013: lien
– Interview de Bow To Each Other pour le journal Dagbladet (norvégien) – 12/02/2013: lien
– Interview croisée Susanne Sundfør et Morgan Kibby (White Sea) pour Interview Magazine (anglais) – 07/06/2013: lien
– Interview pour Complete Music Update (anglais) – 26/03/2013: lien
– Explication au sujet du clip de The Silicone Veil de Luke Gilford (anglais) – 16/08/2012: lien
– Articles wikipedia (français, anglais et norvégien): lien, lien et lien
– Site de Kristin Austreid: lien

À propos de Schattra

Égoïstement optimiste, çapourraitêtrebienpirologiste assumé. Selfishly optimistic, proud itcouldbemuchworsologist

Publié le octobre 10, 2012, dans K.W.A.S.S.A., et tagué , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , . Bookmarquez ce permalien. Poster un commentaire.

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