NAIVE NEW BEATERS @ LE CAP (05.10.2012)

« C‘est en Seine Saint Denis que l’on recense un des quartiers les plus frappés par l’exclusion en Ile de France, la cité de la Rose des Vents à Aulnay sous Bois*[…] » Vu sous cet angle, ce concert à la salle du Cap (qui se situe « en plein coeur » de ce fameux quartier, dixit le site officiel) prenait tout de suite un côté plus aventureux que la moyenne. Le 9-3 frère, c’est autre chose que Paname si si. Et pourtant, comment résister à cette programmation pas piquée des vers (Bernhoft, Sallie Ford & The Sound Outside…), et à ces tarifs défiant toute concurrence? Impossible, quitte à aller vérifier soi-même si cette grande méchante banlieue était vraiment digne de la terrible réputation que lui ont taillé des années de reportages « d’investigations » plus ou moins idéologiquement orientés. Au pire, je finirai tabassé à mort par une bande de voyous incultes vivant des allocations dans des barres d’immeubles insalubres et surpeuplées (second degré inside), un petit prix à payer pour assister à un show des NAIVE NEW BEATERS, non?

*: Aulnay sous Bois, quartier de la Rose des Vents

Une fois arrivé sur place, déception: les 3000 se révèlent être une cité tout ce qu’il a de plus tranquille (quand j’y étais hein, je ne voudrais présumer de rien), et rien ne distingue le Cap de la MJC francilienne lambda. Autant pour mes velléités de vivre un peu dangereusement, il faudra mourir un autre jour. Seule concession faite à l’idéal-type de la banlieue de Seine St Denis, un service de sécurité très visible et un peu disproportionné au vu de la grosse poignée de spectateurs ayant jugé bon de se déplacer ce soir. Un peu étonnant, car sans rivaliser de notoriété avec Johnny ou Muse, les NNBS sont tout de même un des groupes contemporains les plus soutenus par les médias (il y a même eu des affiches dans le métro pour la sortie de leur dernière galette, La Onda). Je m’attendais donc à partager la salle avec davantage de mes semblables que la petite cinquantaine présente (dont un quart de collégiens chaperonnés par leur professeur – sans doute une section artistique). Mais bon, moins il y a de fous, mieux on voit la scène.

Vision du premier rang… Les Happy Few, c’est nous!

.

Débarrassé de ses sièges pour l’occasion, le Cap avait l’air cruellement vide lorsque, après avoir être introduite par le directeur du lieu en personne (j’aime), CHRISTINE & THE QUEENS fit son entrée, coiffée de son habituel serre-tête à andouillers. « Fit » et non pas « firent », car Christine et ses cinq acolytes interlopes ont l’étrange faculté de cohabiter dans un seul corps, particularité appréciable d’un point de vue logistique (on peut se rendre en concert en mini) mais frôlant dangereusement le trouble dissociatif de l’identité. Ah, ces artistes, je vous jure.

Étant tombé sous le charme trouble de Christine et Cie à la première écoute de Narcissus Is Back, coup de foudre confirmé par la suite par l’intégralité du second EP de la demoiselle, Mac Abbey, je peux maintenant avouer que c’était principalement pour la voir en live que j’ai fait le déplacement jusqu’à Aulnay sous Bois. Et je n’ai pas été déçu.
Croisement improbable entre Valérie Lemercier et Michael Jackson, Christine a su se mettre dans la poche une salle un peu interloquée en début de set, en combinant audace et sensualité, franchise et dérision, pour un résultat fantas(ti)que et captivant.

Seulement accompagnée de son Mac (rectification du point logistique précédent, on peut se rendre en concert en Velib), l’ancienne étudiante en théâtre a interprété des titres issus de ses deux premiers disques (le premier EP, Miséricorde, aujourd’hui tout aussi épuisé qu’introuvable, est sorti en 2011), révélant un univers electro pop sombre et sobre, peuplé de marginaux magnifiques, fiers de leurs fêlures et de leurs différences. Rien d’étonnant quand on sait que les Queens du groupe auraient du être d’authentiques travestis londoniens, remplacés au final par de « simples » évocations de ces derniers à divers moments du concert. Il faudra être là quand Miséricorde, Mouise, Mac Abbey, Motus et Mathusalem rejoindront leur protégée sur scène… lorsque cette dernière aura assez d’argent pour les faire venir en France. Vous savez ce qu’il vous reste à faire.

D’ici là, je vous invite vivement à faire une virée dans les nuits de Christine et de « l’immonde petit tas de botox et de salive » qu’est Mac Abbey, afin de faire plus ample connaissance avec ce(s) drôle(s) de personnage(s). Entreprise un peu salissante certes, mais très enrichissante. Kiss the crass baby.

.

Christine et ses Queens parties, le rideau tombe sur la scène le temps de l’installation du décor des Naive New Beaters. Quand il s’ouvre à nouveau, le trio infernal est déjà en place, prêt à mettre le feu au lac et au Cap, malgré un public toujours aussi famélique, mais néanmoins très en voix (mes tympans tiennent à remercier la Nazgûl à ma droite, aux ultrasons impeccables d’un bout à l’autre du show). Et comme David Boring n’est pas avare en distribution de big up, je peux vous assurer qu’à la fin du concert, une bonne partie de notre petite troupe était en train de cracher ses cordes vocales. Il faut ce qu’il faut.

Pour ceux qui ne les connaîtraient pas, les Naive New Beaters (ou NNBS) font partie des groupes à voir absolument en live. Spécialisés dans la production d’hymnes hip-pop-rock absurdes et entêtants, David Boring (chant et vannes), Eurobelix (platines) et Martin Luther B.B. King (guitare) sont des personnages hauts en couleurs et des maîtres es pétage de plombs, caractéristiques les destinant naturellement à faire de la scène leur principal terrain de jeu. Les albums, sans être inaudibles, manquent cruellement de cette joyeuse folie, et leur écoute n’est donc pas aussi indispensable que pour d’autres artistes.
En parlant d’album, les NNBS étaient ce soir à Aulnay pour présenter leur dernier né, La Onda, petit frère du Wallace qui les avait fait remarquer en 2009. « La Onda » voulant dire « la vague » en espagnol, c’est à grand renfort de chorégraphies ad hoc que le set se déroula, ponctué par les inimitables monologues d’un David Boring de gala, dont le look (T-shirt à écailles dorées, toque de fourrure) tenait autant de l’apprenti trappeur canadien que du hipster défoncé aux amphet’.

I have gift that I’ll never give… Je sais faire apparaître des palmiers!

.

Manifestement satisfait de l’accueil reçu (au point de revenir rejouer Live Good au cours d’un second rappel non prévu sur la setlist), les Naive ont fait honneur à leur réputation de bêtes de scène et prolongés la fête en venant rencontrer leurs fans au bar du Cap après la fin du concert. C’est dans la joie et la bonne humeur que nous (les spectateurs parisiens) nous sommes entassés dans la navette spécialement affrétée par la salle pour emmener qui voulait jusqu’à la gare d’Aulnay. Une très agréable surprise, qui a presque compensé le fait que la SNCF ait « oublié » de mentionner sur son site que la gare de Villepinte (le point de chute premièrement envisagé) était fermée pour travaux tous les soirs après 22h. Un grand merci donc pour le lift, on essaiera de prévoir le coup la prochaine fois.

.

Que retenir de cette soirée passée dans la cité de la Rose des Vents? Deux grandes performances d’artistes aux univers très différents, et qui ont eu l’intégrité et la gentillesse de ne pas s’économiser malgré le nombre très limité de spectateurs venus les applaudir. Merci à eux, et bonne chance pour la suite.
D’un point de vue plus global ensuite, ce premier concert au Cap m’a permis de découvrir une nouvelle petite salle quasi-parisienne, au très fort potentiel « intimiste ». Car si les Naive New Beaters n’ont réussi à drainer qu’une cinquantaine de fans jusqu’à Aulnay, malgré une notoriété déjà assez importante, des tarifs très avantageux et un accès assez facile depuis la capitale (RER B jusqu’à Villepinte, puis cinq minutes de bus: pas la mer à boire), combien seront-là pour assister au show de Bernhoft, l’excellent homme-orchestre scandinave (vainqueur de deux Spellemannpris – l’équivalent d’un Grammy en Norvège – dont « Artiste de l’année » en 2011) dans quinze jours, ou à celui de Sallie Ford et ses comparses de Portland en Novembre, artistes certes excellents, encore moins connus que les frappadingues suscités?
Bref avis aux mélomanes agoraphobes en quête de session presque privées: ceux-là feraient bien de garder le Cap dans un coin de leur tête.

À propos de Schattra

Égoïstement optimiste, çapourraitêtrebienpirologiste assumé. Selfishly optimistic, proud itcouldbemuchworsologist

Publié le octobre 9, 2012, dans Revue Concert, et tagué , , , . Bookmarquez ce permalien. 1 Commentaire.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :