HUSKY @ LE NOUVEAU CASINO (26.09.2012)

Tapie au fond d’une minuscule alcôve coincée entre un café à la façade défraîchie et les empilements de bobines de fil pastel de la vitrine d’un Mecatechnic, la porte noire qui mène au Nouveau Casino ne paie vraiment pas de mine. D’ailleurs, sans le présentoir à flyers signalant l’endroit comme l’un des nombreux repaires de musique live que compte la capitale, je crois bien que j’aurais remonté la rue Oberkampf jusqu’à Ménilmontant sans me rendre compte que j’avais laissé mon point de chute du soir loin derrière moi. Bref, il faut connaître. Une fois à l’intérieur du lieu, un couloir vous amène jusqu’au guichet, où après contrôle des billets, on vous laisse entrer dans le saint des saints. Lumière tamisée, projections sur les murs d’un teaser savamment vintage, bar imposant aux flancs translucides, lustres rococo pendant au plafond: l’endroit évoque davantage un club lounge qu’une salle de concert. Impossible cependant de manquer la scène surélevée qui trône en arrière plan, et sur laquelle attendent patiemment claviers, guitares, batterie et même, ô joie, un violoncelle.

Pendant que la salle se remplit doucement, RENÉE et ses musiciens entrent en scène, encore légèrement humides de leur balade parisienne effectuée sous la froide pluie de Septembre. En sus de cette petite déconvenue météorologique (vraiment pas de taille à priver de leur bonne humeur ce trio de joyeux flamands, passablement habitués, on s’en doute, à prendre la drache), Renée nous apprendra qu’elle et ses amis cherchent encore un endroit où passer la nuit. Rock’n roll spirit.

Première partie tout en douceur et en retenue, le pop-folk proposé par la petite troupe belge a su capitaliser sur ses points forts (jolie voix épurée, piano jazzy et violoncelle chaleureux), faisant ainsi passer sa grande conformité au second plan. La musique de Renée respecte en effet scrupuleusement le cahier des charges imposé, au point que mêmes les petites touches de fantaisie, comme la « guitare de Barbarie » convoquée sur le premier morceau, The Fear, ou les oiseaux (simulés par un public coopératif) de l’ouverture de The Choir peinent à surprendre (mais était-ce vraiment leur but?). Si l’album (Extending Playground) défendu par cette jeune songwriter gantoise ne redéfinira pas un genre par ailleurs fondamentalement averse à toute évolution, il saura en revanche merveilleusement accompagner les soirées d’hiver passées à contempler les bûches se consumer lentement dans l’âtre. Vous n’avez pas de cheminée? Je pense à vous.

Setlist Renée:

1)The Fear 2)Tendry 3)Tik A Tak 4)Little Soldier 5)Belly 6)The Choir 7)Hand On My Head 8)Like A Balloon 9)Dum Dum Dum

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De loin, on pourrait prendre HUSKY pour un supergroupe monté par des pointures du folk et du rock, histoire de s’amuser un peu. Parmi ces Traveling Wilburys du troisième millénaire, on retrouverait ainsi Dan Auerbach des Black Keys (Husky* Gawenda), Ben Bridwell des Band of Horses (Gideon Preiss, cousin du premier) et Justin Vernon de Bon Iver (Luke Collins). Ajoutez Ewan Tweedie à la basse, et vous obtenez Husky. Pas mal comme line up, pas mal du tout.

Verdict? (© Husky)

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Auteurs d’un album (Forever So) leur ayant permis d’atteindre une confortable notoriété dans leur Oz natale, les Husky sillonnent en ce moment le reste du monde afin de convertir les pays du Up Over (ça m’étonnerait que l’expression fasse école, mais puisqu’on parle bien du land down under pour désigner l’Australie, permettez que je tente ma chance) à leur folk solaire. Ayant écouté cette première galette en boucle le jour du concert afin d’arriver sur place aussi préparé que possible, je peux certifier de l’excellente tenue de cette dernière, alternant entre calvacades dans le bush (History’s Door) et promenades nocturnes sur les plages de la côte sud (Animals And Freaks), le tout lié par l’impeccable production de Noah Georgeson pour un résultat remarquable de cohérence. Chassant aussi bien sur les terres de Mumford & Suns que sur celles d’Ewert & The Two Dragons, Forever So est une synthèse réussie et addictive de tout de ce qui nous fait aimer le nu folk. Restait à voir si la délicate alchimie obtenue après mixage se retrouverait sur scène.

Face à un Nouveau Casino pas totalement plein, Husky (le chanteur) s’excuse de s’exprimer en anglais – sa mère est professeur de français – et se dit très content de jouer à Paris, « the city of love (and cheese) », même sous la pluie. Le set se déroule tranquillement, et donne l’occasion de découvrir de nouvelles facettes du talent du groupe. Conditions live obligent, la guitare de Husky, très « nette » sur le disque, se retrouve un peu noyée par les autres instruments, surtout lors des passages en picking, pendant lesquelles la paire Tweedie-Collins a tout loisir de lui voler la vedette.

Autre révélation, la virtuosité impressionnante de Gideon aux claviers, particulièrement mise en valeur au cours d’un long solo en ouverture de Woods. Le gars a une excellente formation classique, c’est indéniable, et si cette maîtrise n’a pas vraiment été mise à contribution sur l’album (retenue qui se justifie entièrement à l’écoute de ce dernier: les morceaux se suffisent parfaitement à eux-mêmes dans leur forme actuelle), la démonstration offerte par le claviériste du quatuor est arrivée à point nommé pour amorcer un final étincelant.

Car, deuxième magnifique surprise, c’est à la suite de ce morceau de bravoure que les Husky choisirent de dégainer leur arme fatale. Pendant que Luke s’extrait de derrière ses fûts pour venir reprendre la guitare abandonnée par son frontman, ce dernier annonce que le prochain morceau sera une reprise. Et quelle reprise! Lover Lover Lover (Leonard Cohen) était déjà une chanson sublime dans sa version originale, mais les harmonies vocales dignes des grandes heures de CSN dont l’ont rehaussée Husky, Gideon et Ewan l’ont tout simplement amené à un niveau supérieur d’émotion, assisté sur la fin par un Nouveau Casino définitivement conquis. Puis vint le tour d’un History’s Door conclusif, suivi peu de temps après d’un majestueux Don’t Tell Your Mother de plus de sept minutes en rappel.

*: Si vous vous demandiez l’origine du nom du groupe, voilà la réponse. Ils sont fous ces Australiens.

Coast of Freedom found. It’s Australia.

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Visiblement peu pressés de quitter la salle, les Husky se sont ensuite volontiers plié au jeu du merchandising, dédicaçant tout ce qu’on leur tendait et discutant longuement avec qui voulait. Toujours sympathique, même si il a fallu s’armer de patience pour acquérir sa copie du précieux CD. La rançon de la proximité, on ne va pas se plaindre non plus. Comme un clin d’œil du destin, et pour rappeler que le monde des artistes indie est décidément tout petit, j’aperçois dans la foule des curieux le duo germano-suisse BOY, en grande discussion avec Husky. Ça tombe bien, elles joueront le lendemain à la Maroquinerie. À plus tard les filles.

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On quitte donc le Nouveau Casino tout(e) imprégné(e) de la délicieuse mélancolie rêveuse distillée avec un art consommé par le combo australo-belge. Pour un peu, on en oublierait à quel point Paris peut-être déprimant sous la pluie. Husky n’est peut-être pas un supergroupe, mais c’est certainement un super groupe. CQFD.

Setlist Husky:

1)Tidal Wave 2)Dark Sea 3)Hundred Dollar Suit 4)How Do You Feel 5)Animals & Freaks 6)Fake Moustache 7)New Song 8)Hunter 9)Woods 10)Lover Lover Lover (Leonard Cohen’s Cover) 11)History’s Door 12)Don’t Tell Your Mother (Rappel)

À propos de Schattra

Égoïstement optimiste, çapourraitêtrebienpirologiste assumé. Selfishly optimistic, proud itcouldbemuchworsologist

Publié le octobre 1, 2012, dans Revue Concert, et tagué , , , , . Bookmarquez ce permalien. Poster un commentaire.

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