EUGENE MCGUINNESS @ LE POINT ÉPHÉMÈRE (25.09.2012)

Pas de doutes, l’été avait définitivement quitté nos latitudes en cette fin d’après-midi du 25 Septembre. Ciel gris béton, luminosité morne et vent frisquet se combinaient aux abords du canal Saint Martin pour rendre l’attente devant le Point Éphémère totalement spleenesque. Qu’elles semblent loin les heures torrides des Vieilles Charrues et de Rock en Seine, lorsque l’automne est de sortie avec la volonté avouée de nous préparer (très précocement) à la venue de l’hiver. Avant de faire une poussée aigüe de mélancolite, maladie chronique non mortelle (la plupart du temps) mais diablement contagieuse, il était plus que temps de s’administrer une dose carabinée d’énergie pop afin de maintenir le mauvais karma et les humeurs atrabilaires à distance. Tournée générale.

Dans l’attente de l’ouverture des portes (opération compliquée par le véritable chantier qui s’était établi devant le Point Éphémère, et qui a donné bien du mal au vigile chargé d’installer les sacro-saintes barrières volantes délimitant le sens de la queue), je m’étonne du caractère absolument rachitique de la foule des futurs spectateurs du show de ce soir, que l’on aurait pu dénombrer sur la patte d’un pigeon parisien (ceux qui n’ont pas encore perdus tous leurs doigts) jusqu’à trois minutes avant l’heure dite. EUGENE MCGUINNESS a beau ne pas jouir (encore) de la même notoriété que ses comparses rockeurs britanniques, Arctic Monkeys en tête, il n’en est pas non plus à son coup d’essai, et la sortie de son dernier opus, l’excellent The Invitation To The Voyage, a en outre été largement relayée par les médias spécialisés (Disque du Mois pour Rock & Folk en Août dernier, excusez du peu). Heureusement pour Eugene, la sonnerie de la cloche rameute une petite horde de fans, calfeutrée jusqu’alors dans les profondeurs plus hospitalières de la bâtisse. Il n’aura pas à jouer devant un public clairsemé – ce qui, compte tenu des dimensions réduites du Point Éphémère, aurait constitué un sévère camouflet – et ce n’est que justice.

La première partie, assurée par les (pourtant Bretons) MANCEAU fut l’occasion de se replonger dans un passé pas si lointain, à l’époque où les artisans de la pop rivalisaient d’ingéniosité, de mélodies imparables et de voix de tête proprement Bee Geehesques pour accoucher de singles tellement lumineux que l’on devait écouter leurs morceaux avec des lunettes de soleil. Souvenez-vous, c’était il y a cinq ans plus tôt, à l’époque du cartoonesque Grace Kelly de Mika, du néo-disco I Don’t Feel Like Dancin’ des Scissor Sisters et du sautillant Goodbye Mr A des Hoosiers. Période d’insouciance relative entre deux crises économiques plus graves que la moyenne de la morosité qui afflige les pays développés depuis bientôt quarante ans, ce mini âge solaire de la pop music fut donc ressuscité en bonne et due forme par le quatuor français pendant la demi-heure que dura leur set.

Pour être honnête, l’élégance (parfois un peu maniérée) perceptible d’un bout à l’autre de leur premier LP, Life Traffic Jam, a eu un peu de mal à s’acclimater aux conditions un peu roots du Point Éphémère, pour un résultat hybride (totalement pop dans le fond, souvent garage dans la forme) mais pas déplaisant. Même le single Full Time Job, sans doute le plus représentatif du son développé par le groupe (et assez proche dans la réalisation du Long Distant Call de Phoenix) s’est découvert une urgence et une tension rock inexistantes sur la version studio. On conseillera tout de même aux curieux de se pencher en premier lieu sur cette dernière, ainsi que sur le reste de l’album, afin de s’imprégner au mieux de l’univers musical du groupe, dont les influences remontent beaucoup plus loin (et c’est heureux) qu’à la deuxième moitié des années 2000: un peu d’Ambrosia sur About It, un clin d’œil appuyé aux Beach Boys et aux Beatles sur l’ouverture de Good Morning… Life Traffic Jam est une œuvre soigneusement conçue et arrangée, facilement accessible mais plus profonde que ce que la première écoute le laisserait à penser. Bref, un vrai bon disque pop.

Setlist Manceau:
1) Tricia 2)The Way It Is 3)Lady Killer 4)Take Back 5)Little By Little 6)Good Morning 7)Full Time Job 8)About It

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Eugene "la classe" McGuinness. Aldo peut aller se rhabiller.

Eugene « la classe » McGuinness. Aldo peut aller se rhabiller.

Dernière révélation en date en provenance de l’inextinguible pouponnière pop-rock sise de l’autre côté du Channel, Eugene McGuinness se présente à son tour sur la scène, précédé de quatre musiciens tous aussi élégamment sapés que leur frontman. Une élégance toute mod que l’on pouvait déjà entrapercevoir sur la pochette de The Invitation To The Voyage, figurant un Eugene de trois-quart profil, rasé de près et impeccablement gominé, en flagrant contraste avec le cover art de son précédent opus, qui exploitait quant à lui une autre spécificité anglaise, l’humour un peu absurde et tout à fait pince-sans-rire tant prisé par les sujets de sa Gracieuse Majesté.

Première surprise pour le novice en matière de McGuinnesserie que j’étais au moment du concert: Eugene n’a joué que très ponctuellement de la guitare, un choix assez étonnant de la part de celui qui s’est fait (en partie) connaître comme étant « le guitariste de Miles Kane ». Peut-être était-ce justement pour briser une fois pour toute cette image de backing guy que notre homme a préféré s’attacher à son tour les services d’un gratteux suppléant, afin de donner corps à son nouveau personnage de crooner rock (qui, comme chacun le sait, préfère laisser courir ses mains sur son pied de micro plutôt que le long du manche d’une guitare).

Ceci étant dit, cette impasse sur la six-cordes (mise à contribution uniquement sur Those Black And White Movies Were True, Joshua et Invitation To The Voyage, de mémoire) n’a pas empêché Eugene de livrer une prestation pleine et entière, interprétant avec maestria une grande partie de la tracklist de son dernier album, une paire de morceaux du précédent (Black And White Movies… et l’incisif Fonz) ainsi qu’une reprise de Ian Brown, Dolphins Were Monkeys. S’il n’a pas été possible de juger des qualités de guitariste du bonhomme au cours de ce show parisien, McGuinness a toutefois amplement démontré au spectateurs du Point Éphémère qu’il était un chanteur de premier ordre, capable d’égaler sur scène les prises du studio (performance remarquable à l’écoute de titres aussi exigeants que Joshua ou Videogame), et prêt à mouiller la chemise pour satisfaire son public. Un gentleman au sens du devoir chevillé au corps, voilà ce qu’est Eugene McGuinness. Dommage que sa communication avec la salle, totalement enthousiaste, soit restée assez formelle d’un bout à l’autre du set, car ce n’était visiblement pas l’envie qui manquait à la foule de participer aux chorus ou aux rythmiques des morceaux, en particulier pendant l’explosive conclusion du concert (Lion suivi de Shotgun en rappel, du très lourd donc). Mettons cette retenue sur le compte de la légendaire réserve britannique et concentrons nous plutôt sur les véritables points litigieux de la soirée.

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Eugene McGuinness, possédé par un White Spirit, se change temporairement en Alain Bashung (sérieux, la ressemblance est frappante, non?)

En premier lieu, un set vraiment très court (douze titres, rappel compris) et qui aurait donc pu être prolongé sans problème par l’ajout de quelques pépites issues des premiers albums, comme par exemple Monsters Under The Bed, Moscow State Circus ou encore Wendy Wonders. Deuxième petite déception, l’absence de stand de merchandising, toujours bien pratique (et économique) pour les fans souhaitant enrichir leur discothèque et/ou leur garde-robe à la fin d’un concert les ayant particulièrement emballés, sans compter que c’est souvent l’occasion d’échanger avec les artistes une fois que ces derniers sont redescendus de scène, expérience toujours agréable pour le fan émerveillé qui sommeille en chacun de nous. Mais cette fois, il n’y eut rien à acheter ni personne à féliciter, et c’est donc sans l’exemplaire dédicacé de The Invitation To The Voyage que j’avais secrètement espéré emporter avec moi comme trophée du passage d’Eugene et de ses troupes dans la bonne ville de Paris que je suis reparti du Point Éphémère. Ouate eux pythie.

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Toutefois, ces menus désagréments ne doivent pas venir occulter le fait qu’Eugene McGuinness est un excellent performer disposant d’un tout aussi excellent répertoire, et qu’il serait extrêmement dommage de le rater quand il reviendra sous nos climats. D’ici là, il ne tient qu’à vous de répondre favorablement à l’invitation au voyage qui vous a été adressée. Là, tout n’est qu’ordre et beauté…

Setlist Eugene McGuinness:

1)Harlequinade 2)Japanese Cars 3)Fonz 4)Those Old And Black Movies Were True 5)Joshua
6)Dolphins Were Monkeys (Ian Brown’s Cover) 7)Thunderbolt 8)Sugarplum 9)Invitation To The Voyage 10)Videogame 11)Lion 12)Shotgun (rappel)

À propos de Schattra

Égoïstement optimiste, çapourraitêtrebienpirologiste assumé. Selfishly optimistic, proud itcouldbemuchworsologist

Publié le septembre 30, 2012, dans Revue Concert, et tagué , , , . Bookmarquez ce permalien. 2 Commentaires.

  1. En fait, dès la fin du concert, Eugene McGuinness et ses musiciens étaient à la sortie du Point Ephémère en train de, justement, signer des autographes et discuter avec tout le monde. Ils étaient tous très dispo et très ouverts à la conversation. Même les plus timides n’y ont pas échappé !😉

    • Et j’ai raté ça… Boulette! J’ai tellement l’habitude des artistes venant squatter la table sur le côté droit de la salle que je n’ai pas pensé à regarder ailleurs. Merci de la précision!😉

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