CHARLIE WINSTON @ LE CASINO DE PARIS (19.09.2012)

Pour être tout à fait honnête, ce concert de CHARLIE WINSTON, j’y suis un peu allé en traînant des pieds. Non pas que je nourrissais une antipathie particulière envers ce sympathique chanteur, bien au contraire: entre son excellent premier (enfin, presque) album, Hobo, son personnage de showman généreux et bohème, et surtout, son succès exclusivement cantonné à l’Europe francophone (ce n’est pas tous les jours que nous autres froggies pouvons – légitimement – nous targuer d’avoir eu le nez plus creux que les cousins rosbeefs en matière de musique), comment ne pas aimer Mr Winston?

Il y a des signes qui ne trompent pas…

Seulement, de là à aller le voir se produire dans une salle aussi grande que le Casino de Paris (ok, ce n’est pas Bercy ou le Zénith, mais je suis un ayatollah du small is beautiful en terme de salles de concerts), pour défendre un deuxième opus, Running Still, qui ne m’avait pas spécialement emballé… Oh, je ne doutais pas de la capacité de Charlie de faire passer aux quelques 2.000 spectateurs qui avaient pris d’assaut l’endroit un bon moment, mais j’étais loin, très loin, d’éprouver la même impatience que celle qui se lisait sur le visage d’une très grande majorité des présents. Il allait pourtant falloir donner de sa personne, car tout indiquait que le show de ce soir serait filmé, probablement en vue de la sortie d’un DVD live dans un futur proche. Qu’à cela ne tienne, on saurait se tenir, tout de même.

Tout commence par une petite mise au point effectuée par Charlie himself, qui entre en scène avant l’heure dite le temps de présenter l’artiste de la première partie. Le croirez-vous, mais le zigue en question n’était autre que son propre frère (décidément, c’est de famille), TOM BAXTER*. Une fois ce petit point de détail explicité (en français et en anglais, on n’est jamais trop prudent), il allait sans dire que le frérot, encore plus méconnu par chez nous que son lille bro’ en la perfide Albion, ne pouvait plus que triompher dans une salle absolument acquise à Winston et, par extension, à tout ce qui était de près ou de loin affilié à sa personne. Pas très rock’n roll comme approche, mais quand on enregistre un DVD live, je suppose qu’il vaut mieux éviter d’avoir sa première partie lapidée par un public trop impatient sur un malentendu (souvenir ému d’une des dernières représentations d’Alain Bashung à l’Olympia, pendant laquelle la foule avait copieusement huée la grosse blonde qui s’était éternisée sur scène avec sa gratte acoustique… et qui s’était révélée être Chloé Mons, la dernière compagne du regretté Alain).

Bref, les 30 minutes imparties à Mr Baxter se passèrent sans que le Casino de Paris ne fasse mine de s’impatienter, ce qui aurait été dommage compte tenu de la prestation efficace et plaisante livrée par l’aîné de la fratrie Gleave. Accompagné par un violon convenablement compassé, tout juste ce qu’il fallait pour rehausser ses guitares folk, Tom s’est révélé être un interprète tout à fait convaincant, disposant de la même voix chaude que son frère, mais malheureusement pas de sa capacité à écrire des chansons mémorables. Pour réussi qu’il fut, l’exercice resta donc bien académique, et même si le bonhomme prit la peine de nous expliquer le thème de chacune de ses morceaux avant de les jouer, aucun de ces derniers ne passa la barre du « sympatoche sans plus ».

*: C’est le moment où les lecteurs les plus observateurs feront remarquer que pour deux frères, ils n’ont pas vraiment le même nom de famille. Clever lot. La solution à cette énigme des plus passionnantes est pourtant assez simple: Charlie Winston et Tom Baxter sont les deux fils de Mr et Mme Gleave, les deux ayant eu la même et riche idée d’utiliser leur middle names comme noms de scène. Un peu comme si Bush se lançait dans la country sous le nom de George Walker (Texas No Brainer?).

Mais vous êtes flous! Oh oui! (air connu)

.

.Ce prélude mené à bien et l’incontournable entracte (il faut bien rentabiliser le bar) écartée, il était plus que temps d’entrer dans le vif du sujet. Voici donc Charlie et quatre de ses musiciens qui entrent en scène, affublés d’effets noirs à mi-chemin entre la chasuble de Nazgul et le peignoir de boxeur (nain, apparemment), pour un Speak To Me effectué a cappella, à grands renforts de loupes géantes déjà mises à contribution lors de la très humide prestation de Solidays. Bien au sec au Casino de Paris, à distance raisonnable de la scène et avec un son tout à fait correct, le rendu n’est pas vraiment le même, évidemment. Ça commence plutôt bien.

Salut, c'est Charlie de chez Carglass...

Salut, c’est Charlie de chez Carglass…

.

Les musiciens disparaissent derrière le rideau toujours en place, laissant le soin à leur boss d’achever ce premier morceau tout seul. Ceci fait, Charlie fait tomber la robe (de bure), révélant un élégant costume gris clair, coiffe un haut de forme et embraye sur les premières mesures de Like A Hobo (qu’il ne finira évidemment pas tout de suite) afin de permettre au public de se chauffer la voix tôt dans le set. La version complète du tube n’étant jouée que près de deux heures après cette mise en bouche, un round d’échauffement était sans doute une bonne idée pour ne pas finir aphone au moment du rappel. Le rideau tombe enfin, dévoilant une scène généreusement garnie en spots et des musiciens prêts à en découdre. Le show peut vraiment commencer, et c’est avec un cocktail plutôt uptempo (Kick The Bucket, Where Can I Buy Happiness? entre autres) que Charlie et Cie se lancent pour de bon dans le grand bain.

.

Crossover anatomique audacieux de Charlie qui mélange « In Your Hands » avec « On My Shoulders » le temps d’un retour triomphal jusqu’à la scène. D’øh!

Alternant entre guitare et piano, Winston se démène comme un beau diable et fait très souvent participer le public à ses morceaux, qu’il s’agisse de marquer la rythmique en battant des mains ou en claquant des doigts, ou de donner de la voix (2.000 + choristes, c’est sûr que ça en jette) comme lors de Unlike Me, sur le final duquel la salle fut prestement séparée en trois parties par un Charlie peut-être un peu trop ambitieux, et dont les velléités d’obtenir un canon digne des chœurs de l’armée rouge se heurtèrent à l’indiscipline et au manque d’entraînement des spectateurs présents. Mais l’envie y était, et c’est bien l’essentiel. Plus tard, ce sera grâce à sa guitare retournée que le facétieux anglais s’amusera à réfléchir la lumière d’un spot dans la foule, avant de descendre dans la fosse pour un In Your Hands très festif effectué sous une pluie de paillettes obligeamment déversée par un balcon appliqué. Well done lads.

En showman expérimenté, Charlie prit également le soin de faire retomber la fièvre festive durant le dernier tiers du concert, en jouant quelques unes de ses chansons les plus chargées en émotions uniquement accompagné de son piano, pour un résultat impressionnant de maîtrise et de sincérité. Cet interlude acoustique s’ouvrit par un Boxes de très bonne facture et se conclut par un She Went Quietly déchirant, et qui aurait pu plomber l’ambiance pour de bon si le rusé renard n’en avait pas fait décidé autrement et déclenché un grand final monstrueux, une apothéose grandiose à laquelle furent conviés non seulement le frangin Baxter et son violoniste, mais également le rappeur Saul Williams, qui servit de MC de luxe pour un Rockin’ In The Suburbs en totale roue libre, et sur lequel le public fut une nouvelle fois mis à contribution. Comme le veut l’époque, le show se termina par un dernier morceau pendant lequel quatre malheureux toms furent impitoyablement tabassés à coups de baguettes sous les rugissements enthousiastes d’une salle debout de la fosse (normal) au balcon (inespéré). C’est dans des moments comme ceux-là que l’on se dit que les « grandes » salles ont également du bon, pour peu qu’elles soient convenablement utilisées. Inutile de dire que ce fut le cas ce soir.

.

Petite déception de banlieusards un peu blasés (comprendre, qui pensaient que le concert ne dépasserait pas les 75 minutes réglementaires, et qui s’attendaient donc à être sortis au plus tard à 22h30), nous fûmes forcés de sacrifier un rappel qui s’annonçait pourtant sous les meilleurs auspices, étant donné l’ambiance de folie qui régnait dans la place et le fait que ni Like A Hobo ni Generation Spent n’avaient été encore joués, pour être certains d’avoir le dernier train. Dommage. On rattrapera ce petit impair à la sortie du DVD.

Pour le reste, je n’ai absolument rien à redire au sujet de la prestation du sieur Winston, qui a amplement confirmé qu’il était un artiste de très grande classe, à la fois capable d’écrire de grandes chansons et de livrer des shows impeccables et généreux (combinaison hélas pas aussi fréquente qu’on le souhaiterait) . Charlie, je te tire mon chapeau.

À propos de Schattra

Égoïstement optimiste, çapourraitêtrebienpirologiste assumé. Selfishly optimistic, proud itcouldbemuchworsologist

Publié le septembre 21, 2012, dans Revue Concert, et tagué , , , , . Bookmarquez ce permalien. Poster un commentaire.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :