PERFUME GENIUS @ LE CAFÉ DE LA DANSE (13.09.2012)

Moins de 24 heures après l’avoir quitté, il est déjà temps de retourner dans un Café de la Danse confortablement rempli et habillé pour l’occasion de montagnes cartonnées dont les arêtes aigües ont été symboliquement soulignées à l’aide de chatterton noir bible. L’Eldorado Music Festival est sur le point de commencer, et comme il est de notoriété publique que la légendaire cité dorée se terre quelque part dans le nord de la Cordillère des Andes, autant commencer à grimper le plus tôt possible. Première étape d’un périple de cinq jours, au terme duquel les (rares) survivants pourront prendre le thé en compagnie de l’ex-insaisissable Graham Coxon, grand prêtre Chibcha intérimaire; la balade de ce soir du 13 Septembre promettait d’être riche en émotions et en fragrances exotiques, puisque confiée aux bons soins du petit prodige tourmenté de Seattle, PERFUME GENIUS. En route camarades.

Les régions à traverser pour arriver à bon port étant toujours aussi sauvages et imprévisibles qu’au temps de ce bon vieux Willy Raleigh, c’est avec soulagement que nous vîmes s’avancer sur la scène les guides autochtones promis par le dépliant. Double surprise cependant: INDIANS n’est pas constitué d’une demi-douzaine de solides gaillards basanés en ponchos et bonnet péruviens, soufflant dans des flûtes de pan sous le regard philosophe d’une paire de lama. Pas du tout. Indians est un danois solitaire portant chemise blanche et pantalon noir, qui arrive depuis les coulisses avec un sourire timide et une guitare sèche. Et sans lama. Incompréhension.

Sans se laisser démonter, voilà notre homme qui ouvre les hostilités depuis la console où une paire de synthétiseurs n’attendaient que le moment de signaler à notre groupe le départ  pour l’inconnu. Et nous voilà partis pour trente minutes de pérégrinations entre les ruissèlements de notes cristallines et les nappes brumeuses exsudés par les claviers sus-nommés, parfois entrecoupés de quelques bourrasques de guitare, le tout surmonté par la voix rêveuse de notre sherpa de Copenhague. À la manière d’un Loney, Dear superposant les loops jusqu’à obtention d’un morceau assez charpenté pour pouvoir s’y aventurer à poser la voix, Indians peint ses tableaux musicaux sous l’oreille du spectateur avec une maîtrise impressionnante pour un artiste dont le premier concert ne remonte qu’à février dernier. On comprend pourquoi le label 4AD, pourvoyeur de pépites atmosphériques depuis plus de trente ans (Bon Iver, Grimes, Mark Lanegan Band…), a signé le bonhomme.

Une vraie belle découverte, qui n’avait malheureusement apporté avec lui que des singles 7 ». Un parti-pris artistique qui se défend mais peut-être contre-productif pour un artiste à la notoriété encore archi-confidentielle (bien aidé en cela par un nom de scène qui semble avoir été choisi pour mettre en échec les moteurs de recherche*), et à qui je conseille amicalement de tirer quelques exemplaires CDs de son premier EP, à destination des fans n’ayant pas/plus de platine chez eux (on peut récupérer I’m Haunted gratuitement sur son site ceci dit). Espérons que tout sera rentré dans l’ordre la prochaine fois que j’irai le voir en concert. Car il y aura une prochaine fois, ça oui.

*: Allez-y, tapez « Indians+Music » sur google, iTunes et Spotify, pour voir. C’est marrant (au début). Le site en question, le voici: lien qui va bien. De rien.

Après la demi-heure de battement réglementaire, un public visiblement impatient d’entrer le vif du sujet finit par invoquer le génie des parfums sur scène à force d’applaudissements. Et d’arriver sur scène, précédé par ses deux musiciens, ce drôle d’oiseau à la grâce maladroite et nerveuse. Talons, collants et un long et étroit T-shirt descendant bien en dessous de la taille en une espèce de jupe de coton noir. Antony Hegarty, lors de son passage à la Salle Pleyel en Juillet 2009, avait lui opté pour une ample robe de soirée crème et un vison (qui s’était révélé être un chat): si la filiation entre les deux artistes peut sembler évidente, il manque encore à Perfume Genius l’assurance et la décontraction du leader des Johnsons. Là où ce dernier avait mis le public de l’auguste temple du classique à Paris en confiance d’un sourire malicieux et d’une anecdote racontée avec une honnêteté désarmante, le premier n’a cessé de nous lancer des regards anxieux, sans que l’on sache trop si cette angoisse était causée par le risque d’une incompréhension de notre part envers  sa musique ou sa tenue. Sans doute un peu des deux. Il nous avouera à la fin du concert entretenir une relation particulière avec la caféine, et ne pas s’être attendu à ce que tant de monde se déplace pour le voir jouer, ce qui explique sans doute bien des choses.

Le plus petit batteur du monde!

« Cathartique » est sans doute le qualificatif qui correspond mieux à la musique de Perfume Genius. Entre ses addictions diverses, son hyper-sensibilité et son homosexualité flamboyante, on se doute que la vie n’a pas du être rose tous les jours pour le kid de la banlieue de Seattle. Enregistrées directement depuis sa chambre, les chansons de son premier album, Learning, sont une série de courts poèmes sobrement mis en musique, un cadre minimaliste sur lequel flotte une voix hésitant entre fragilité et assurance, que le timbre et les vibratos pleins de larmes refoulées situent à mi-chemin entre l’Antony Hegarty déjà cité et le Dave Gahan de la fin des années 80. Les instrumentations plus riches de Put Your Back N 2 It, sur lequel guitare, batterie et synthétiseur accompagnent (parfois) le piano dans ses évocations douloureuses, constituent donc plus une évolution permise par le succès du premier opus qu’une révolution de la musique de Perfume Genius. Adeptes de la franche rigolade, passez votre chemin.

Assister à un concert de Perfume Genius, c’est aussi, outre le fait de se confronter à des morceaux aussi pathétiques que magnifiques, et qui le deviennent encore plus de par la magie du live, être témoin de la relation symbiotique entre l’artiste et son compagnon de vie et de scène,  Alan Wyffels. Le calme olympien du second contraste en effet fortement avec la tension nerveuse du premier, dont les nombreux coups d’œil furtifs en direction du côté droit où Wyffels assurait les parties de synthé et les chœurs n’ont cessé qu’au moment où ce dernier est venu rejoindre son « protégé » le temps d’un quatre mains (Your Drum) touché par la grâce.

Malgré cette complémentarité quasi-fusionnelle, il y eut également des morceaux pour lesquels Perfume Genius fit le choix de la performance solitaire, dépouillement qui ne fit souligner son incroyable voix et lui permit de s’approprier sans difficulté les deux reprises que comptaient son set: un Helpless (Neil Young) parcourus d’oiseaux noirs et un Oh Father (Madonna) qui ouvrit le rappel réclamé à corps et à cris par un public conquis. Autre moment particulièrement fort, l’envol progressif de Hood, chef-d’œuvre de songwritting à classer avec Girlfriend In A Coma, Ballade de Melody Nelson et Mercedes Benz au rayon des merveilles miniatures de la musique contemporaine (deux minutes tout pile pour la capuche qui nous intéresse).

C’est donc avec le sentiment d’avoir assisté au concert très spécial d’un personnage ne l’étant pas moins que j’ai pris congé d’un Café de la Danse où les montagnes brunes de l’arrière scène se dressaient toujours au lointain, exactement aussi distantes qu’au moment de l’ouverture des portes. Sauf que, sauf erreur de ma part, nous étions maintenant de l’autre côté.

À propos de Schattra

Égoïstement optimiste, çapourraitêtrebienpirologiste assumé. Selfishly optimistic, proud itcouldbemuchworsologist

Publié le septembre 18, 2012, dans Revue Concert, et tagué , , , , , . Bookmarquez ce permalien. Poster un commentaire.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :