VOX POP PARTY @ LE CAFÉ DE LA DANSE (12.09.2012)

Il paraîtrait que le rock français est aussi bon que le vin anglais. N’ayant que très peu (voire pas du tout) pratiqué ce type de breuvage, je serais bien incapable de dire si la formule de Jaune Les Nonnes se voulait vaguement insultante envers nos cépages hexagonaux, ou si au contraire il en était particulièrement friand. Avec John, c’est dur de savoir. Toujours est-il qu’en cette soirée du 12 Septembre 2012, on fêtait l’ouverture des vendanges au Café de la Danse, avec dégustation de jeunes crus des terroirs parisiens, niçois et rennais gracieusement offert par le magasine Vox Pop. Cheers!

19h33. Oublier des choses fait rater des trains, et rater des trains fait arriver en retard. Heureusement, les FI/SHE/S sont des garçons polis, qui ont attendu que je m’installe dans les gradins du fameux Café pour baisser les lumières et commencer à jouer.
Ayant tout de même trouvé le temps de faire autre chose de ma journée qu’enchaîner les aller-retours en catastrophe entre chez moi et la gare, je me prépare donc à recevoir un shot d’Arcade Fire mâtiné de Grizzly Bear, comme le paragraphe introductif à la musique du groupe l’avait annoncé. Présenté comme ça, moi je veux bien assister à toutes les premières parties du monde. Bon, le fait que la personne responsable de ce petit laïus ait employé des termes aussi intraçables qu’incandescence et effervescence (personnellement, quand on me dit effervescent, tout ce que je vois c’est un aspirine se dissoudre dans un verre d’eau) pour décrire la musique du groupe aurait du me mettre la puce à l’oreille, mais dans le feu de l’action, j’ai pas fait gaffe.

Bon bah si Kele Okereke se sent patraque le 20 Février, on saura qui appeler pour le remplacer.

Bon bah si Kele Okereke se sent patraque le 20 Février, on saura qui appeler pour le remplacer.

Remarque, je le comprends le gars (ou la fille) qui a pondu ces deux lignes et demie de présentation. Définir la musique jouée par ces petits poissons n’est pas chose aisée*. En fait, ils sonnent exactement comme un groupe français d’indie-pop: atmosphère rêveuse à la François & The Atlas Mountains, guitares légères (cette génération est tout bonnement distorsionphobique ma bonne dame) également présentes chez les Concrete Knives, envolées contrôlées de batteries/claviers à la sauce Yeti Lane… Je ne sais pas si ce style permettra à ses pratiquants de vendre des millions de disques, mais les musicologues du XXIIème siècle, s’il y en a, pourront se faire plaisir en dissertant des pages entières sur la naissance, l’apogée et le déclin de cette école française.

On n’aura donc pas beaucoup entendu Arcade Fire au Café de la Danse cette soirée, et à peine plus de Grizzly Bear. Dommage. Par contre, on a eu droit à une reprise sympathique du Nightcall de Stavinsky, à qui les quelques riffs de guitare et les harmonies vocales savamment greffés au thème principal par des FI/SHE/S très à l’aise dans cet exercice de relookage a offert une seconde jeunesse.
Un résultat somme toute assez concluant, qui aurait sans doute pu grimper quelques marches plus haut dans l’escalier de l’émotion si la salle n’avait pas été aussi bruyante (problème insoluble à cause de la disposition du bar) et si la suite du programme était resté en phase avec les velléités dream and soar de la quintette parisienne.
Manque de pot, le public était plus d’humeur festive que contemplative, et s’il a réservé aux valeureux FI/SHE/S un accueil digne de la bonne tenue générale de leur prestation, je pense que ces derniers n’auraient pas pu tenir la salle beaucoup plus longtemps que la petite demi-heure qu’a duré leur set. 10 minutes de plus et l’eau de l’aquarium se transformait court-bouillon, ce qui aurait été dommage. En attendant les conditions qui permettront de réaliser une plongée digne de ce nom dans l’univers du groupe, on peut toujours aller à la pêche sur leur page Facebook pour tâter la marchandise. Ils sont frais, ils sont frais mes poissons.

*: Le premier réflexe de notre malheureux scribe, rapidement refoulé pour cause d’incompatibilité musicale prononcée, aura sans doute été de faire un parallèle entre FI.SHE.S et Block Party. J’avoue que c’est la première chose qui m’est venue à l’esprit, mais c’était avant qu’ils ne commencent à jouer. Et puis, voir débarquer la HALD et SOS Racisme à ta soirée à cause d’une comparaison malheureuse, ça aurait tout de même refroidi l’ambiance.

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La suite s’annonçait beaucoup plus musclée, sans que l’on sache trop s’il fallait regarder vers l’Ouest ou vers le Sud pour voir arriver la déferlante rock. Suspens de courte durée, et qui prit fin lorsque les braves de la tribu HYPHEN HYPHEN, toutes peintures de guerre dehors, prirent d’assaut la scène pour une installation/balance rapidement pliée. Juste le temps d’échanger quelques checks secrets avec  l’ingénieur son que les quatre niçois débutaient leur pow-wow electro avec leur énergie habituelle.

Il y a des groupes dont on sait, à la première écoute, qu’ils doivent méchamment envoyer le bois en live. Hyphen Hyphen fait incontestablement partie de cette catégorie à part, bien aidé en celà par le chant totalement débridé de la blonde Santa, pas vraiment adepte des interprétations toute en retenue et de la demi-mesure. Le public du Café de la Danse, parmi lequel se pressaient de nombreux fans tout aussi peinturlurés que leurs modèles,  attendait une confirmation de ce potentiel scénique, plus qu’apparent sur les deux EP (Chewbacca I’m Your Mother et Wild Union) sortis par le quatuor, et entraperçu par certains lors des deux précédentes montées des sudistes sur la capitale, à l’occasion de Solidays et de Rock en Seine:  il eut droit à une démonstration.

Rock ‘n Roll!

Car si avoir dans son carquois toute une palanquée de morceaux taillés pour faire se déhancher les foules constitue un bon point départ pour qui espère secouer une foule jusque là placidement assise, encore faut-il disposer du détonateur adéquat pour faire voler en éclats la gène assez compréhensible que tout un chacun peut éprouver à se trémousser devant un parterre de parfaits inconnus.
Coup de bol, Hyphen Hyphen a la chance de compter parmi ses membres une individualité suffisamment charismatique pour forcer même le plus blasé des hipsters à hocher la tête au rythme des beats compulsifs des Wild Patterns, Mvt 2 et autres compositions redoutablement efficaces (pour un hipster, je vous assure que c’est énorme). Et cet oiseau rare, je vous le donne en mille, c’est encore Santa, qui a le plus naturellement du monde obtenu que la salle s’accroupisse avec elle avant de retrouver la station verticale par le biais d’un saut carpé général que n’auraient pas renié les FI.SHE.S en personne (qui s’étaient d’ailleurs positionnés aux premières loges pour l’occasion). Avec ses moustaches de maquillage noir qui lui traversaient le visage de part en part et ses immenses sourires, la frontwoman des Hyphen² avait tout l’air d’une Alice possédée par l’esprit du chat de Cheshire, le guide idéal pour une excursion réussie au pays des merveilles. Faisez tous comme elle.

Et alors le prince s'approcha du cercueil de Blanche Neige, et...

Et alors le prince s’approcha du cercueil de Blanche Neige, et…

Après avoir pas mal bourlingué de droite à gauche (un Paris – Los Angeles aller-retour en moins de dix minutes, un claquage de bises au Major Tom toujours en train de tournicoter autour de la Terre dans sa boîte de conserve, un trekk dans les montagnes de l’Atlas…), il est temps de ré-enterrer la hache de guerre, pas trop profondément on espère. Pause « calumet de la paix » salutaire pour tous les accros à la nicotine, le temps de laisser les derniers protagonistes de cette pièce en trois actes prendre leurs marques sur une scène où les clous récalcitrant venaient d’en prendre salement pour leur grade (surtout ceux situés dans un rayon d’un mètre autour du synthé de Santa). Qu’on apporte l’apothéose.

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Mais ce qu’on ne savait pas au moment où THE POPOPOPOPS ont commencé à jouer, c’est que cette apothéose avait déjà eu lieu, et que pour tous sympathiques, talentueux et plein de bonne volonté que soient nos quatre bretons, ils ne pouvaient tout simplement pas rivaliser en intensité avec le show précédent. Un enchaînement somme toute logique par rapport à l’ancienneté et à la notoriété plus importantes des rennais (ils ont leur article sur Wikipédia, eux), mais qui, au final,  leur a fait plus de mal que de bien. Pas facile de marcher sur les traces (encore fumantes) des Hyphen Hyphen pour qui n’a pas une énergie scénique au moins équivalente.

Sans être des radicaux du downtempo, les Popopopops proposaient en effet une musique beaucoup plus posée et atmosphérique que leurs turbulents prédécesseurs, basée sur une solide combinaison de synthé à tendance électro, batterie économe et précise (avec gros travail sur le charley – Hannah Blilie style -) et guitare pourvoyeuse de riffs catchy en diable. Un cocktail tout à fait intéressant et très anglo-saxon aussi bien dans la forme que dans le fond, mais qui après le triple pastis tonique des niçois a semblé bien fade à une grande partie du public,  qui s’est contenté de suivre mollement le concert malgré les efforts persistants et peu concluants du claviériste/chanteur Victor Solf de remotiver ses troupes. Mais n’est pas Santa qui veut.

Et pourtant, entre les élégants entrelacs des voix sur My Mind Is Old, les accents indie-rock de Color,  les incursions hip hop et la remise à jour très bien négociée du pas évident Break On Through (To The Other Side), et en dépit d’un nom très difficile à prononcer correctement jusqu’à ce que Victor nous permette de chopper le truc*, The Popopopops a de très nombreux atouts dans sa manche pour s’imposer comme le groupe français capable de rivaliser avec les rosbeefs sur leur propre terrain. Affaire à suivre de très près donc, en attendant la sortie du premier album (prévu pour la fin de l’année), et à ta santé Lennon.

*: Truc perso: prendre le générique de Star Wars (le plus connu, celui qui retentit à chaque fois que ces anarchistes de Rebelles dynamitent une Étoile de la Mort) et remplacer le premier « tatatata » par « popopopop ». Astuce approuvée par Dark Vador, Jar Jar Binks et Jean Paul II.

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Au final, je ne sais toujours pas quel goût à le vin anglais, mais en ce qui concerne le rock français, laissez-moi vous dire que si les britons préfèrent tourner sur leur réserve propre plutôt que de donner sa chance aux jeunes pousses hexagonales, tant pis pour eux (et tant mieux pour nous, on aura pas à partager).

 

À propos de Schattra

Égoïstement optimiste, çapourraitêtrebienpirologiste assumé. Selfishly optimistic, proud itcouldbemuchworsologist

Publié le septembre 15, 2012, dans Revue Concert, et tagué , , , , , . Bookmarquez ce permalien. 2 Commentaires.

  1. Tu as succombé à la tornade Hyphen Hyphen, fais gaffe, on en devient vite accro, et après on se retrouve à aller à tous leurs concerts parisiens ^^ Dommage pour les problèmes de micro cependant, ça a légèrement entaché leur prestation.
    Ah la présentation des groupes dans les dossiers de presse ou les programmes, y a toujours de quoi se pisser dessus.
    Pour la comparaison avec Kele, je me suis fait la même.
    Une petite correction pour The Pop’s (ça va plus vite et il paraît que c’est comme ça qu’on les surnomme), c’est « Break on through » qu’ils ont repris. Je fais genre que je maîtrise les Doors mais en fait non, c’est Chacaloute qui a trouvé.

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