ROCK EN SEINE – JOUR 1 (VENDREDI)

110 000. C’est le nombre de festivaliers qui ont déferlé sur le domaine national de St Cloud le week-end dernier, tel un troupeau de criquets sur le chemin de la migration ou un nuage de lemmings dans un champ de maïs. Record d’affluence battu pour le dixième anniversaire de la manifestation, je dis bravo. En compagnie des 109 999 autres individus susnommés, j’ai eu la chance, la joie et l’honneur de fouler de mes semelles la terre martyrisée de cet immense pré carré dans lequel les Parisiens non mélomanes parquent leur congénères pendant trois jours pour pleurer en paix sur l’été qui s’achève. Et bien vous savez quoi? Ils auraient mieux fait de venir au lieu de se morfondre intra-muros. La preuve:

Arrivés sur le champ de bataille aux alentours de 16h30 (autant pour mon magnifique programme soigneusement mis sur pied avec une rigueur absolue, amputé de ses deux premiers artistes à cause d’un virage à droite effectué un carrefour trop tôt… menfin, c’est la vie), nous ne vîmes donc point ni les petits frères Canadiens de Green Day (BILLY TALENT, qui s’il est talentueux, doit également être légèrement schizophrène pour porter un tel nom) cracher leur punk rock juvénile épico-communiste, ni l’énigmatique OWLLE chanter ses non moins énigmatiques compositions (comprendre ici que le chroniqueur a eu bien du mal à se rencarder sur la musique proposée par la rouquine à frange, et pourtant, il – donc je – est/suis dur au mal).

À peine le temps de verser et sécher quelques larme sur la cruauté du monde, nous voilà partis en direction de la scène de l’Industrie, sur laquelle l’abominable duo des neiges devait faire une apparition fugitive avant de repartir dans sa tanière. Bref, nous sommes allés voir YETI LANE (à ne pas confondre avec Herman Dune, autre duo français très porté sur les bipèdes misanthropes à poils longs). Et moi, j’ai plutôt aimé, à la différence de mes deux comparses, quelque peu désemparés par les longues envolées planantes et monochromatiques distillés par Ben (guitare, claviers, cheveux) et Charlie (batterie, amplis, lunettes de soleil). Car contrairement à ce qu’on pourrait penser de prime abord, le yéti est un être sensible et contemplatif, qui préfère laisser le vent mauvais lui souffler dans la toison pendant qu’il contemple une mer de nuages du haut d’une falaise solitaire (pourquoi croyez vous qu’il habite en montagne?) plutôt que de l’agiter en tout sens dans d’ineptes séances de headbanging. En plus, ça fait des nœuds dans les poils.

Cette condition ayant été posée, rien n’empêche le spectateur de survoler les contreforts de l’Himalaya en compagnie du tandem parisien, pas franchement causant mais parfaitement maître de son son. Mention spéciale à Charlie, au toucher d’une précision et d’une netteté digne d’Echo (et de ses Bunnymen). Et ça tombe plutôt bien, puisqu’une bonne partie des morceaux joués lors de ce (court) set provenaient du deuxième opus du groupe, The Echo Show (#HabileTransition). Peu familier de cette partie de leur répertoire, je suis content qu’ils choisissent de compléter leur prestation par quelques titres extraits de leur première galette éponyme. La demi-heure réglementaire écoulée, les deux yétis repartent piller le Monoprix le plus proche sur un ultime Strange Call. J’aurais bien rempilé pour un quart d’heure supplémentaire, mais le programme de la journée est chargé, et il est temps de se tourner vers la scène de la Cascade où le concert « création » de cette dixième édition de Rock en Seine est en passe de débuter.

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Sur l’estrade, l’ONDIF craquète, frémit, trompette et glapit dans l’attente des GET WELL SOON. L’ONDIF? Non, ce n’est pas un Pokémon de type eau, ni un magasin spécialisé dans la vente de jets d’eau d’agrément par correspondance. Bien essayé. L’ONDIF est la forme ramassée du nom de l’Orchestre National D’Ile de France, formation créée en 1974 avec la noble tâche de – je cite – : « diffuser l’art symphonique sur l’ensemble du territoire régional et tout particulièrement auprès de nouveaux publics. » Bref, toi le jeune de banlieue en jogging et casquette Ünkut, toi pour qui la controverse musicale la plus importante de l’époque est l’opposition entre l’East Coast de Biggie et la West Coast de 2Pac, toi pour qui le basson est une race de chien (« l’espèce de saucisse de Télé Z, sisi! ») et qui croit que Mozart a composé l’Assasymphonie pour clasher les haters, rapproche-toi et ouvre grand les oreilles. L’ONDIF, emmené par son chef Enrique Mazzola, va s’employer à te faire découvrir la grande musique, comme les missionnaires européens sont partis évangéliser les autochtones au cours des derniers siècles.

La tâche promettant d’être rude, l’ONDIF s’est adjugé l’aide d’interprètes afin de s’adresser au public dans une langue connue de ce dernier: le rock. Ce sont donc les Allemands de Get Well Soon qui se chargeront d’appâter les spectateurs, pas forcément enclins à assister de plein gré à un concert purement symphonique. Ça a bien marché avec le concert d’Archive l’année dernière, alors…

Pas de chance, l’arrivée de Konstantin Gropper, aussi livide qu’un jeune allemand féru de philosophie et de musique classique puisse l’être, et de ses troupes se fait sous la pluie, et ce sera sous l’ondée que l’ONDIF se produira cette année. Excentrés sur le côté gauche, relativement à l’abri sous les arbres qui délimitent la scène de la Cascade, nous assistons à la performance de l’ensemble germano-francilien avec un détachement de plus en plus affirmé. En cause, la distance, la pluie, le va et vient incessant des curieux et des déçus, sans oublier le moment où, à cause d’un spectaculaire « ombrella happening », la scène disparut carrément de notre champ de vision derrière une forêt de baleines (et oui, j’ose).

Umbrella, brella, brella (air connu)

Umbrella, brella, brella (air connu)

Ajoutez au tableau la voix « diesel » de Konstantin, qui mit vingt bonnes minutes à se chauffer, et le manque de tranchant et d’impériosité des interventions de l’ONDIF (personnellement, je considère comme anormal le fait qu’une simple guitare électrique puisse faire plus de bruit que toute une section de cordes, ou qu’un clavier puisse tenir la dragée haute à une demi-douzaine de cuivres), et vous comprendrez que notre impression finale ait été un tiède « sympa mais sans plus ». Dommage, car les quelques morceaux de Get Well Soon que j’avais écouté la semaine précédent Rock en Seine m’avaient plutôt plu. Dans le sous-genre de la pop lyrique et mélancolique, romantique en un mot, Herr Gropper promène sa douloureuse élégance avec une facilité scandaleuse, comme le prouve suffisamment son dernier album, The Scarlet Beast O’Seven Heads (disponible en France depuis le début de la semaine). Comme une envie de retenter ma chance lorsqu’il repassera à Paris à la fin du mois d’Octobre (31 Octobre, à la Gaité Lyrique)…

18h45 (car il faut bien un quart d’heure pour se faire servir une bière aux buvettes de Rock en Seine), nous voilà devant la grande scène pour le concert de DIONYSOS (à mon grand regret). J’avais prévu d’utiliser ce créneau horaire pour bien se placer pour THE SHINS, mais la démocratie (ou plutôt, la tyrannie de la majorité) en a décidé autrement. Nous arrivons juste au moment ou l’ineffable Mathias Malzieu invite les spectateurs du premier rang à braver les gorilles de la sécurité pour venir rejoindre le groupe sur scène danser le Bird’n’Roll. Intention louable et généreuse de communier avec son public et d’offrir à une poignée de chanceux un souvenir impérissable de leur 24 Août 2012, mais rien à faire, je ne perçois que le côté démagogique de la manœuvre. Et je m’interroge: qu’est-ce que les pauvres Dionysos ont bien pu me faire pour que je les déteste autant?

Mathias attend la vague (ça m'aurait dit de pas venir)

Mathias attend la vague (ça m’aurait dit de pas venir)

À vrai dire, je ne le sais pas très bien. D’accord, les paroles de leurs chansons rivalisent souvent avec celles d’Indochine dans le non-sens pseudo-poétique (« une fille en forme de fée »? WTF?) et la voix du sieur Malzieu me tape assez vite sur les nerfs, mais bon, ça n’explique pas tout. Il y a aussi la déception que m’a causée La Mécanique du Coeur, que j’espérais être un concept album digne de cette appellation, surtout que mon icône absolue, l’insurpassable Bashung, y faisait l’une de ses dernières apparitions (et je dois dire que le morceau dans lequel il apparaît, La Panique Mécanique, est la meilleure du CD), mais qui s’est révélé être une suite de chansons bancales plus ou moins bien intégrées à la trame narrative (un hamster qui s’appelle Cunnilingus… quel rapport avec le reste de l’intrigue?), dans laquelle ne surnageait guère que Tais-toi mon cœur et le duo précédemment cité. Pour finir, tout le monde semble trouver ce groupe génial, ce qui me chagrine au plus au point. Généreux oui, génial non.

Bref, j’ai supporté avec stoïcisme la fin du concert des Valençois, dont une grande partie fut dévolue à l’aller retour en slam de Mathias jusqu’à la tour régie, performance qui force le respect et montre à quel point le bonhomme est familier de l’exercice du bain de foule (ou du surf digital, c’est selon). Nous eûmes également droit à un solo de perceuse effectué dans les règles de l’art, qui m’aurait presque arraché un sourire pour tout autre groupe, mais là, décidément, je n’y arrive pas. Reste qu’on ne peut pas enlever à Dionysos l’énergie dépensée au cours de leur prestation, qui fut très favorablement accueillie par le reste du groupe. Personnellement, j’étais plutôt que le concert se termine pour retourner à la cascade écouter les Shins.

Un petit côté Kevin Spacey, ikke sant?

Les Shins justement, parlons en. Voilà un groupe qui sait gérer sa communication en direction des gens qui, comme moi, ne les connaissaient pas du tout (ou si peu) avant Rock en Seine.  À l’occasion de la sortie de leur dernier opus, Port of Morrow, en mars dernier, toute la presse spécialisée s’était empressée de relayer l’information en termes onctueusement laudatifs. Je suis donc bien forcé d’apprendre que le groupe d’Albuquerque (comme la chanson de Neil Young) est une force qui compte sur la scène du rock indie yankee, avec un statut de groupe « d’initiés » (comprendre qu’il faut creuser un peu pour entendre parler de ces gonzes) à la carrière parfaite à filer les boules à tous les U2, Coldplay et Depeche Mode de la terre. Aux commandes de la machine, un certain James Russell Mercer, véritable maître du bord n’hésitant pas à renouveler complètement l’équipage d’album en album pour mieux poursuivre sa muse. La dernière livraison de la quintette, Wincing The Night Away, datant de 2007 et ayant été unanimement saluée par la critique, Port of Morrow est donc attendu de pied ferme par tout ce que le 21ème siècle compte de chroniqueurs rock, rétribués ou pas. À l’écoute, le single Simple Song se révèle effectivement plaisant, pas révolutionnaire dans son approche, mais soigneusement construit et totalement maîtrisé. Ce sera en grande partie ce titre qui me poussera à coucher le nom des Shins sur ma road-map clodoaldienne (si si, c’est le vrai gentilé).

Au final, nous nous retrouvons devant la scène de la cascade, décorée pour l’occasion d’un fond de scène astral (lune et étoile), et devant lequel Jason et ses zicos sont déjà à pied d’œuvre. Ces derniers auront la gentillesse de jouer la Simple Songattendue pas trop longtemps après notre arrivée, histoire de nous fournir un mètre-étalon de leur musique à utiliser pour juger de la qualité de leurs autres compositions. Et, rien à dire, le set se révèle être très homogène dans sa composition, un peu trop même, puisqu’il ne convaincra pas mes camarades de rester jusqu’au bout (il faut dire qu’ils étaient venus pour PLACEBO, et qu’il fallait donc sécuriser une place pour ce show). Il est vrai que les chansons de The Shins, du moins celles que j’ai eu le temps d’écouter, se ressemblaient beaucoup. Pas au point qu’on les confonde, mais assez pour rebuter le novice, qui estimera avoir fait le tour de la question en un quart d’heure et partira vers d’autres cieux et scènes voir si le rock est plus vert (et en verve) ailleurs. Sentiment mitigé donc, avec un vague arrière-goût de rendez-vous manqué avec un groupe dont je n’ai pu qu’apercevoir le côté novateur et génial sans pouvoir (ni vouloir, c’est vrai, je l’avoue) trop m’attarder sur la question.

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BLOC PARTY. Encore un groupe que je n’avais pas prévu de voir à Rock en Seine, mais il faut savoir s’adapter aux circonstances. Et, pour l’occasion, ces dernières étaient plutôt en faveur des quatre petits gars d’Essex, que je n’avais pas trouvé très à leur avantage lors de leur passage à Carhaix plus tôt dans la saison. Doit-on mettre ce regain de forme et d’inspiration sur des facteurs endogènes ou exogènes (je peux maintenant l’avouer: j’ai lancé ce blog uniquement pour pouvoir utiliser ces deux termes dans un contexte non académique) au groupe, mystère et boules de gomme, toujours est-il que le show proposé par Kele et ses trois compères s’est révélé être de haute volée, et tout à fait digne de ce que le public était en droit d’attendre d’une des têtes d’affiche du festival.

Rock en Seine, le festival qui pense aux chroniqueurs qui ont des appareils bas de gamme...

Rock en Seine, le festival qui pense aux chroniqueurs qui ont des appareils bas de gamme…

Pour ma part, je serai prêt à hasarder une pièce sur la disposition particulière de la grande scène de Rock en Seine, bien plus artist friendly que la scène Kerouac des Vieilles Charrues. Contrairement à cette dernière, en effet, la perspective étroite et délimitée par une rangée d’arbres d’un côté et des paravents de l’autre donne vraiment l’impression au groupe sur scène d’être seul au monde, alors que le vis-à-vis avec la scène Glenmor aurait plutôt tendance à rappeler aux artistes se produisant sur Kerouac qu’ils ne sont qu’une ligne d’un programme en comptant des dizaines. À cet égard, St Cloud est royal pour l’ego. Et quand le public se masse sur le pré, l’étroitesse de ce dernier permet de jouer devant une foule très profonde, ce qui est évidemment plus flatteur que la disposition vaguement circulaire et assez relâchée qu’adopte naturellement l’assistance d’un concert de plein air.

Bref, tout était en place pour que les créateurs du fameux Banquet remettent le couvert de belle manière à Rock en Seine, trois ans après leur dernier passage. Et dans leur rôle de première Party de luxe, les Bloc ont assuré. Qu’ils puisent dans la partie rock ou electro de leur repertoire, Kele et consorts ont su adapter leurs morceaux choisis au cadre monumental et à l’humeur festive du public, pour un résultat toujours pêchu et entraînant. Même les premiers rangs, que l’on devine être venus pour Placebo, ne boudent pas leur plaisir et se acceptent volontiers de se piquer au jeu de la foule conquise et sautillante*. Sur scène, Mr Okereke et sa grande bouche ne ménagent pas leurs efforts (craquage de chemise littéral à la clé), tandis que Russell Lissack distille ses riffs imparables avec un métier qui me surprendra toujours au vu du look de lycéen shoegazer que le gratteux en chef de la bande se plaît à cultiver depuis les débuts du groupe. Cerise confite sur le pudding, le soir tombe juste à temps pour permettre au public d’apprécier les jeux de laser qui agrémentent les derniers morceaux du set. À la fin de ce dernier, Bloc Party repart avec le sentiment du devoir accompli. Difficile de ne pas leur donner raison.

*: et à y repenser, un tel engouement n’est pas si étonnant que cela, puisque le premier – et meilleur – album de Bloc Party, Silent Alarm, est sorti en 2005, c’est à dire juste entre l’énorme Sleeping With Ghosts (2003, 2004 pour la version avec les Covers) et le décadent Meds (2006) du trio londonien: pas vraiment la même musique, mais la même époque, et comme les fans de Placebo ont la nostalgie facile…

 

This awkward moment when… tu réalises que tu ne verras pas SIGUR ROS cette année à Rock en Seine. D’après les retours de la plupart des gens qui ont eu cette chance, j’ai vraiment raté quelque chose, ce que je peux très bien comprendre: Jonsi, en solo et sans ses instruments « électroniques » (oubliés quelque part entre Lisbonne et Paris au moment du concert) avait déjà réussi à faire planer tout le parc de St Cloud il y a deux ans, alors avec le renfort de Goggi, Kjarri et Orri (les trois nains islandais recalés au casting de Bilbo le Hobbit), je ne peux qu’imaginer le feu d’artifice que ça a du être. Laisser moi pleurer dans un coin en écoutant Inni (il va falloir que je prenne le temps de pencher une oreille sur cette galette achetée à vil prix dans une FNAC il y a quelques semaines), ça vaudra mieux.

On va dire que c’est une vision d’artiste de la musique du groupe…

Le bon côté de la chose a été que j’ai pu assisté au concert de PLACEBO pas trop trop loin de la scène. Évidemment, il suffit d’un spectateur un peu plus grand que soi-même pour réduire cet avantage à néant, et évidemment, ça n’a pas manqué, mais bon, l’ambiance « au cœur du public », ça compte aussi, et pour le coup on a été servi. Car malgré la désaffection d’une partie des fans de la première heure depuis la sortie de Battle for the Sun, album marquant le début d’une certaine décadence, ou du moins, d’une remise en question profonde, de la part du groupe (départ du batteur Steve Hewitt, paternité de Brian Molko, ajout de cordes et de cuivres sur certains morceaux…), Placebo conserve une côte de popularité indéniable auprès du public, qui s’est déplacé en masse pour entendre les hymnes glam-goth qui ont servi de bande-son à la fin du deuxième millénaire et le début du troisième.

Certes, le trio remanié n’a plus rien proposé de nouveau depuis trois ans, et se contente de vivre sur sa propre légende en replissant un stade ou servant de tête d’affiche à un festival de temps à autre. Certes, le concert s’annonce sous des auspices menaçantes (Brian est en délicatesse avec sa voix – une « grenouille dans la gorge » dixit lui-même – ) et sent le réchauffé avant même d’avoir commencé, au vu du pilote automatique enclenché par le groupe depuis quelques mois. Certes, le gars Molko ressemble maintenant plus à Greg Dulli qu’à l’icône androgyne qu’il incarnait au début des années 2000. Mais tout de même, Placebo a écrit suffisamment de bonnes chansons en ses années fastes pour qu’on prenne le temps de se pencher sur son cas sans prononcer la sentence avant la tenue de l’audience.

Et au final, Placebo fait toujours son petit effet (jeu de mot facile et foireux). Brian, sans livrer une prestation dévastatrice, a assuré toutes ses parties vocales avec facilité, ne refusant l’obstacle que sur les hauteurs du I Know (16 ans depuis la sortie du premier album tout de même… il a du en fumer des clopes depuis). Torse nu au fond de la scène,  Steve Forrest martèle ses fûts sans états d’âme, son look de barbare howardien ne contrastant plus tant que ça avec l’esthétique du reste du groupe. Il faut dire que le temps du power-trio emo-goth est révolu depuis longtemps, au profit d’une efficacité scénique incontestable mais quelque peu dénaturée. Les nostalgiques peuvent toutefois se consoler avec Stefan Olsdal, qui n’a pas bougé, ou si peu, depuis la période de Nancy Boy, et enchaîne grands écarts et fentes avant sur scène comme quand Placebo était l’étoile montante de la nébuleuse de l’indie rock.

Après une heure de show maîtrisé de bout en bout (et pour cause, la setlist n’a pas bougé depuis un mois), première sortie de scène pour le groupe, qui revient bien vite livrer un rappel un poil plus surprenant que la rétrospective offerte par la bande à Molko auparavant (rétrospective bien trop centrée sur Battle for the Sun à mon goût, avec pas moins de cinq morceaux – dont l’horrible chanson titre – sur quatorze tirés de cet album), avec en ouverture le toujours appréciable Running Up That Hill (A Deal With God) emprunté à Kate Bush. Suivront un inédit, B3 (ça fait plaisir d’apprendre qu’ils ont composé au moins un titre durant les trois dernières années), jamais joué en France auparavant d’après Brian, dont le français impeccable explique peut-être pourquoi le public de l’Hexagone lui reste encore si fidèle; et un Infra-Red sur lequel les lasers utilisés par Bloc Party feront un retour remarqué. À 23h30, l’histoire est pliée et Placebo quitte Rock en Seine pour de bon. Ils étaient les derniers programmés sur la grande scène le vendredi soir, mais il n’y a eu que les fans les plus fleurs bleues pour espérer une troisième mi-temps impromptue, en hommage à l’époque où le groupe tournait ses live à Paris et invitait Franck Black à le rejoindre pour un Where Is My Mind d’adieu. Un autre temps…

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En fin de compte, une première journée mitigée, avec quelques bonnes surprises (Yeti Lane, Bloc Party), des prestations honnêtes mais pas transcendantes (Placebo, Get Well Soon), des trucs que j’aurais pu aimer (The Shins) ou détester (Dionysos) plus que je ne l’ai fait, en d’autres circonstances, et quelques rendez-vous manqués (Billy Talent, Grimes, Sigur Ros). Un début en demi-teinte, mais comme aurait pu le dire Thoreau au Rock en Seine de 1854 (si Rock en Seine il y avait eu): « qu’importe si le début semble petit ».

PS: Le lecteur souhaitant en savoir plus sur cette première journée serait bien inspiré de faire un tour sur myonderwall.fr, dont les rédacteurs sont des gens sérieux, cultivés et pleins d’humour, comme leurs compte-rendus le laissent bien paraître.

À propos de Schattra

Égoïstement optimiste, çapourraitêtrebienpirologiste assumé. Selfishly optimistic, proud itcouldbemuchworsologist

Publié le septembre 3, 2012, dans Revue Festival, et tagué , , , , , , , , , . Bookmarquez ce permalien. 5 Commentaires.

  1. Alors comme ça on n’a pas voulu faire cavalier seul et on s’est retrouvé à aller voir de la merde, sous la pression du groupe ? Ah bah je ne vous félicite pas jeune homme ! Et quoi, j’apprends que tu as bu une bière ?Tu n’as pas poussé le vice jusqu’à manger quelque chose quand même ? Où sont passés toutes les belles théories développées dans l’article sur les 10 commandements du festivalier ?? Trêves de plaisanteries, je constate que je ne suis pas la seule à avoir eu une impression mitigée de ce 1er jour, et ça me rassure, car à force de lire des live-reports tous élogieux pour la plupart, je commençais à m’inquiéter. Vu tes placements scéniques, pas étonnant qu’on ne se soit pas croisé en tout cas, on devait être à peu près à l’exact opposé à chaque fois ^^
    La suite, la suite😀
    Oooooh et merci pour le PS, c’est trop gentil :))

    • J’avoue que j’ai passé la journée à enfreindre toutes mes belles règles (ou peu s’en faut: je n’ai mis de coup de boule à personne et pour la bière, je n’en ai pas pris – et c’était pendant le show de Dionysos en plus, donc pas de regret -).😦 J’aurai bine fait cavalier seul, et d’ailleurs, c’est ce que j’ai fait les 2 autres jours, mais là, je n’ai pas pu.
      La suite as fast as I can (mais je pense que tu auras quand même le temps de poster le report du dimanche avant).🙂

  2. Eh oui parfois on est obligé d’être un peu sociable😉
    Pour le report du dimanche, je ne sais pas quand il sera publié car ce n’est pas moi qui l’écrirai cette fois-ci (je délègue ^^)

  3. Je vois qu’on a à peu près la même opinion sur Dionysos (sauf que moi, je ne les ai jamais croisés en festival pour confirmer mon jugement;)) et sur l’évolution de Placebo que j’aimerais malgré tout vraiment bien revoir sur scène.

    • Malheureusement pour nous, il est beaucoup plus facile de croiser Dionysos que Placebo en festival en ce moment (à moins d’être prêt(e) à partir en Russie). Ils ont au moins une chanson inédite ceci dit, donc peut-être que le prochain album (et une tournée) n’est pas si loin… Merci du com’ en tout cas!😉

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