W.H.A.T.T. (I.F.): Waiting for Saturday night

2ème article de la série, rédigé sur un coin de parpaing en attendant l’ouverture des grilles pendant la matinée du samedi. Ceux qui n’ont pas saisi la (subtile) référence du titre sont invités à se présenter ici.

3ème parpaing en partant de la gauche…

11h06. Après une aube morne et frisquette, le soleil a réussi à balayer les traînées grises qui lui masquaient la vue, et chauffe à présent avec vigueur la prairie Carahaisienne. Pour l’heure, nous sommes trois à nous être déclarés officiellement candidats à la barrière, et je suis le seul à porter un bracelet (étrange comme une simple bande de tissu nouée autour du poignet  favorise le relâchement des mœurs. Better stay sharp guys). Rien que de logique à cette affluence tempérée, les grilles ne s’ouvriront que dans 3h30, le premier concert débutera à 15h et les têtes d’affiche ne sont attendues que plus tard encore.

Thiéfaine et Sting méritent pourtant qu’on les attende pendant quelques tours de cadran de plus que la rationalité pure ne l’imposerait, car les Charrues pâtissent de leur gigantisme: une fois engloutie ses 60.000+ festivaliers quotidiens, le transit d’une scène à l’autre deviendra une épreuve olympique, une épuisante session de steeple chase, où les les obstacles devront être négociés avec soin. Impossible de renverser un festivalier sur son passage comme on pourrait le faire avec une haie sur un 110 mètres, ça ne se fait pas, voilà tout.

J’ai bien pu rire d’eux hier alors que je me dirigeais en marchant du pas du juste vers les autres vies de Kerouac, mais les Cureurs de demi-fond ont eu en définitive bien raison de ne pas rater le départ du 400m de leur été. Cette fois-ci, je m’alignerai parmi les impatients et les anxieux, confiant en ma capacité d’en laisser suffisamment derrière moi pour pouvoir toucher au but avant épuisement des places.

Un coup d’œil à ma gauche achève de me rassurer: mes deux compagnons de (future) échappée sont:
– un couple* (handicap #1: ils devront passer par des files différentes pour être fouillées -> ralentissement),
– de quarantenaires (handicap #2: articulations plus aussi souples que pendant leur jeunesse + probable carcan psychologique quant à l’idée de courir vite en direction de la scène pour sécuriser des places – ils suivront la ruée mais ne l’initieront pas -> ralentissement),
– bedonnants (handicap #3: ça va être l’apoplexie aux 200 mètres, en supposant qu’ils tiennent le rythme jusque là -> ralentissement),
– avec un sac à dos ventru chacun (handicap #4: temps de fouille x2, d’autant plus que les gars de la sécurité sont toujours plus zélés durant leurs premiers contrôles – le boss regarde après tout -> ralentissement).

*: « Il savait que dans la vie il faut faire la part des frottements, et comme les frottements retardent, il ne se frottait à personne ». (Le Tour du Monde en 80 Jours, ch. 2) Ou pourquoi Phileas Fogg arrive toujours à être au premier rang quand il fait un festival.

L’homme a beau scruter tous les côtés d’un oeil que l’on devine inquiet derrière ses lunettes noires, à la recherche de potentiels rivaux à même de venir lui contester sa place (le fan est un être paranoïaque, c’est connu), il a commis une ultime erreur: celle de venir en sandales dans l’arène. Demande-t-on à Christophe Lemaître de courir ses meetings en tongs?
Regarde-moi autant que tu veux mon pote, il faudra me casser les deux jambes pour m’empêcher de me tailler la part du lion.

Quant à moi, assis sur mon bloc d’arrimage, le dos calé à la barrière tordue qui condamne l’entrée du site, je regarde le camping dégorger ses cohortes de fourmis qui deviendront cigales avec la tombée de la nuit. 11h32. La batterie d’un groupe inconnu tonne dans le lointain, et de trois, nous sommes passés à cinq, puis sept, puis neuf. Comment naissent les mouvements de foule?

Congratulations! You won.

ADDENDUM: Pour les âmes sensibles se demandant quel fut le destin de notre couple de quarantenaires, je confirme qu’ils ont réussi à s’en sortir. L’homme est arrivé à Glenmor deux bonnes minutes après moi, soufflant comme un bœuf et rouge comme une vache qui rit, mais indemne à part ça. Ça lui a fait du bien de courir un peu je pense. Sa tendre de moitié a suivi peu après et les tourtereaux (à rapprocher de la tourte plutôt que de la tourterelle if I may say, mais on va dire que je suis mauvais) ont pu assisté aux concerts accoudés à la barrière, les yeux dans les yeux avec (Flash) Gordon Sumner. Il y a une justice.

À propos de Schattra

Égoïstement optimiste, çapourraitêtrebienpirologiste assumé. Selfishly optimistic, proud itcouldbemuchworsologist

Publié le juillet 27, 2012, dans Revue Festival, W.H.A.T.T. (I.F.), et tagué , , . Bookmarquez ce permalien. Poster un commentaire.

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