FESTIVAL SOIRS D’ÉTÉ – MERCREDI (11.07.2012)

Le 3ème arrondissement, sa mairie, son square du Temple (tu vois lecteur, je fais des recherches poussées pour mes articles) et son festival annuel qui squatte la rue Eugène Spuller entre les deux. Soirs d’Été ça s’appelle, et pour peu que la météo joue le jeu, on pourrait presque croire que c’est vrai.

Pas de chance pour nous, festivaliers précoces, le nuage surplombant la scène décide de lâcher du lest avant de partir vers la province, et c’est donc sous une bonne averse des familles que l’attente pour le premier concert de la soirée, assuré par THE AERIAL, se déroule.
On méditera aussi sur les flyers originaux distribués aux passants: autant la pub pour le passage d’Imany à la Cigale le 20 Septembre prochain ne m’a pas surpris plus que ça, autant celui incitant à prendre des cours par correspondance pour percer les mystères de la Bible n’a pas manqué de me plonger dans des abîmes de réflexion. Mécréants, mécréants tous!

L’indélicate ondée ayant toutefois le bon goût de se terminer avant l’entrée en piste des artistes (pas que regarder un concert sous la pluie me gêne particulièrement du moment que j’ai mon fidèle K-Way avec moi, mais la rangée de parapluies déployés par les groupies du premier rang m’aurait légèrement empêché de voir la scène).

Comme deux jours auparavant, l’indéboulonnable Dom Kiris se mue en Mr Loyal pour réveiller le public, qui apprend par la même occasion que The Aerial est un collectif d’étudiants de Nancy ayant débauché leur professeur d’anglais pour leur servir de frontman. Ceci étant dit et bien dit, il est temps de laisser place à notre fine équipe, dont l’affiche de tournée et les instruments débâchés laissent à penser que nous sommes bons pour quelques minutes de pop indie  (on ne peut pas faire du rock avec ce type de batterie, restons sérieux).

Cette prédiction se révèle assez vite exacte, le quatuor lorrain enchaînant les morceaux acidulés avec application. De prime abord un peu nerveux, le chanteur d’outre Manche, aussi roux que le Leprechaun (of the dead, mouahaha) de compagnie d’Ed Sheeran, prend peu à peu confiance, sa voix s’en ressentant fortement. Arrivé à la moitié du set, moment de flottement dans le groupe.  La cause de cet émoi est rapidement éclaircie par le bassiste à casquette (gush, le seul autre musicien qui s’habille comme ça est aussi un bassiste français, ça doit venir de l’instrument): « Bon, d’habitude on descend dans le public jouer des morceaux acoustiques, mais là il y a beaucoup de monde… Tant pis, on y va quand même. » Donc acte.

Accompagné de son chanteur écarlate, qui empoigne une gratte au passage, notre homme descend de son piédestal et se positionne à peu près au milieu d’un public positivement surpris par l’initiative. Bon, ce serait mentir de prétendre que le rendu de cette expérience ait été absolument mémorable (et pourtant, j’étais relativement près du duo), mais dans l’esprit, c’était tout à fait sympathique.

Ragaillardi par ce bain de foule, le chanteur profite même d’un problème technique pour pousser un petit God Save The Queen en sole et a capella le temps que l’aléa soit solutionné (si si, ça existe comme verbe). Le set s’achève avec ce que j’ai trouvé être la composition la plus aboutie du groupe (et dont je n’ai malheureusement pas le nom, comme quoi je ne fait pas tant de recherches que ça, finalement), lorgnant avec insistance sur les régions limitrophes du son de The Fray et The Temper Trap. Dommage que les morceaux précédents n’aient pas tous été de calibre, mais je pense qu’il faut donner leur chance aux Aerial en conditions studio (donc via Spotify ou CD) pour vraiment réaliser leur potentiel. Affaire à suivre donc.


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Après que nos quatre cigognes aient pris leur envol, la scène prend peu à peu les couleurs de Mr. PAUL PERSONNE (à ne pas confondre avec le Mr Paul de Triggerfinger) et de son backing band sobrement nommé À l’Ouest. Après Nancy, direction le soleil couchant donc, en compagnie d’un des meilleurs et plus méconnus guitar hero de l’Hexagone. Car un simple coup d’oeil au public, nombreux et ça fait plaisir, réuni devant la scène suffit à se rendre compte que pour la nouvelle génération, Personne n’est personne (je préviens tout de suite que ce filon de calembours plus ou moins aboutis risque d’être exploité jusqu’au trognon d’ici à la fin du report). Les charmantes demoiselles dont les pébroques auraient pu me faire rater le show des Aerial sont en effet parties en même temps que leurs idoles, laissant la barrière aux mains tavelées des vétérans du blues rock, dont tous auraient pu être leurs parents et quelques uns leurs grands parents. À côté de moi, ça devise allègrement du dernier concert de BB King au Grand Rex et de celui à venir de Johnny Winter et Alvin Lee à l’Olympia. Ambiance retour vers le passé, nom de Zeus.

Enfin, après que le sieur Kiris ait encore une fois fait son office avec diligence, la bande à Paulot prend possession des lieux sous l’ovation d’une foule déjà acquise. Avec ses fringues casual relax et sa coupe de cheveux mi-longs, Paul a tout l’air du prêtre ouvrier venant célébrer la messe à la sortie du turbin. Pas d’orgues ni de cantiques cependant, rien que de la guitare, de la basse et de la batterie, déversées à gros bouillons par les trois sacristains de service, cheveux longs et chemises à carreaux au vent. Sur le côté gauche de la scène, la guitare à Paul discourt sans trêve ni repos sur les mystères de la foi rock, contournant la barrière de la langue pour s’adresser directement aux oreilles de l’âme (si). On monte, on monte, on monte… et on retombe doucement avec chaque solo qui s’achève.

J’ai suivi la lumière, et il (n’)y avait personne au bout (je vous avais prévenu).

Dans son micro, St Paul récite les psaumes d’une vie ordinaire avec ses soucis et ses embellies, ses haut et ses bas, bref chante le blues avec la profondeur et la retenue de l’homme qui a du vivre ses chansons (ou l’inverse) plus d’une fois. Mais plus que sa voix, ce sont ses doigts qui me fascinent, surtout ceux de la main gauche: repliés avec une nonchalance millimétrée sur le manche de sa Gibson, ils semblent se mouvoir si doucement de frette en frette qu’on se persuaderait presque qu’il est facile de jouer de la guitare. Au risque de passer pour un blasphémateur, la (lente) main de God n’est plus très loin.

La communion (la première dans mon cas) se termine en rappel par ce qui pourrait passer pour le cantique des cantiques du répertoire de Personne, le classique Barjoland et son apostrophe mi-amusée mi-désabusée à l’amour, cette vieilles connaissance qui ne traîne plus dans le coin depuis un paquet de temps. Dernière envolée vers le septième ciel nocturne et parisien, l’archange achève le dragon d’une ultime estocade sonique, salue le public des deux pouces et part évangéliser d’autres contrées, suivis par ses trois apôtres.

On ressort de ce concert avec une béatitude mêlée d’un fort sentiment d’injustice. Dans le meilleur des mondes, Paul Nobody remplirait des stades entiers en tant que lead guitar des Rolling Stones tandis que Chris’ Richard ferait la tournée de petites salles de province pour gagner sa croûte (une existence infiniment moins dangereuse, les cocotiers étant encore assez rares sur le littoral français). Mais les voies du Seigneur sont décidément impénétrables, et le pauvre pêcheur que je suis ne peut que se montre reconnaissant pour l’apparition dont il fut témoin ce soir du 11 Juillet 2012. Ite, missa est.

À propos de Schattra

Égoïstement optimiste, çapourraitêtrebienpirologiste assumé. Selfishly optimistic, proud itcouldbemuchworsologist

Publié le juillet 25, 2012, dans Revue Festival, et tagué , , , . Bookmarquez ce permalien. 4 Commentaires.

  1. Catherine THOMAS

    Paul Personne je l’ai vu 4 fois en concert cette annee, et ce n’est pas fini ! Ses concerts sont toujours pleins et l’on voit quelques jeunes ca fait plaisir ! il est vrai que son Double-CD est parfait et sur scene quel plaisir de le voir jouer…et de le regarder, si proche de son public et toujours son charme qui opere !!!(devant la barriere bien sur et juste devant lui )
    Esperons encore d’autres Tournees.

  2. Oui, j’ai vraiment été emballé par sa générosité avec le public et la connivence avec ses (excellents) musiciens, sans parler de son jeu de guitare. Je dois reconnaître qu’avant le concert, je connaissais plus le nom que le répertoire de Paul Personne (un des seuls artistes dont mon père est ouvertement fan, ça intrigue forcément), la faute au best of familial que je trouve un peu trop « slow blues » à mon goût. Mais sur scène, quelle claque!
    Ah, et je dois dire que les fans de Paul Personne sont les plus gentils du monde: première fois que quelqu’un placé devant moi se recule pour mieux me laisser voir la scène sans que je ne lui ai rien demandé!🙂
    Et merci pour la vidéo de la version de Barjoland à Guyancourt. J’aurais su, je serais venu.

  3. Je n’étais présente que pour The Aerial, et encore, je suis arrivée très en retard. Je les avais découverts au Disquaire Day complètement par hasard, et j’ai bien aimé leur attitude sur scène et le côté un peu barré du chanteur. Aussi ils distribuent leur musique gratuitement, je trouve ça cool comme procédé pour se faire connaître. Comme toi je pense qu’ils ont du potentiel, mais qu’à part « Kick it up » (le morceau de la fin), que je considère comme un tube en puissance, leurs morceaux sont un peu faibles.

    • Merci pour la précision sur « Kick It Up »!🙂 On est d’accord sur le côté spontané et un peu décalé du groupe, c’est plutôt sympathique. C’est du Naive New Beaters en plus soft (rapport aussi à l’accent du chanteur) et en plus mélodique, mais à ménager la chèvre et le chou, ils se retrouvent dans le ventre mou de la pop actuelle. Faudra choisir votre camp les gars!

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