FESTIVAL SOIRS D’ÉTÉ – LUNDI (09.07.2012)

Idée reçue: Il n’y a pas de festivals de musique « actuelle » sur Paris entre le début Juillet et la fin Août. Pour tous ceux qui considèrent Solidays et Rock en Seine comme l’alpha et l’oméga de la saison de la musique en plein air, avec pas grand chose à se mettre sous la dent entre Longchamp et St Cloud si on s’en tient à la capitale, mon devoir est de les mettre au parfum. Oui, il y a bien moyen de se faire plaisir intra-muros pendant les grandes vacances, et le mieux c’est que c’est totalement gratuit.Le mois de Juillet en particulier est spécialement bien achalandé en la matière, puisque OÜI FM et LA FNAC organisent chacun un évènement pour Parisiens mélomanes. Le festival proposé par l’enseigne au carré noir tombant en même temps que les Vieilles Charrues, il fallait bien que je fasse honneur à la grand messe organisée par la Radio Rock, histoire de voir si le spectacle proposé valait son pesant de tickets de Transilien. M’en fout, j’ai la carte Navigo 5 zones.Direction donc la mairie du 3ème arrondissement, où devait nous attendre avec veaux, vaches, cochons et pots de lait ROVER et BEN HOWARD, deux grognards de la scène pop rock, du moins si on se base sur « le baromètre Dionysos » (qui mesure le nombre de festivals auxquels participe un artiste donné pendant l’été – je vous laisse deviner pourquoi ce nom divin -). Tiens, vous n’auriez pas déjà fait Solidays il y a deux semaines mes gaillards? Heureusement pour moi, qui était aussi présent à l’hippodrome (3 Days At The Races, tout de même mon petit Freddie) le week end du 22 au 24 Juin (rapports détaillés faisant foi), j’avais deux excellentes raisons de venir m’acoquiner une nouvelle fois avec les deux individus susnommés.
Pour le premier de nos lascars, il s’agissait de vérifier, après un concert solidaire qui m’avait beaucoup déçu, que notre colosse, quitte à patauger plus qu’à son tour dans l’argile des tranchées de Verdun en rêvant qu’il touche lentement les nuages (soit, voir le clip d’Aqualast), ne les avait justement pas en argile, ses chevilles.
Rover, poilu d’intérieur ou voltigeur tout terrain? On allait être fixé une fois pour toutes.
Dans le cas de Ben, je comptais bien voir ce que l’enfant prodige du folk avait dans le coffre de près et avec une guitare valide entre les paluches, deux problèmes auxquels j’avais été confronté à Solidays.

Coup de pot, nous arrivons assez tôt sur le spot , coincé entre la mairie en question et un square (me demandez pas lequel, je suis nul en géographie parisienne), pour décrocher the best of the top of the cherry sur le cake: la barrière centrale. Jackpot.
Un bonheur n’arrivant jamais seul, je retrouve également deux têtes connues de Solidays sur place, dont sans doute la plus grande fan de notre ténébreux expulsé (du Liban, si vous vous posez la question et n’avez lu aucune des 10³² interviews qu’il a donné depuis un an), à l’agenda rempli de dates de concerts pour cette vie et la prochaine. That’s the spirit.
Le brin de causette sur nos addictions musicales respectives (certaines partagées) m’éamène à réaliser que PAUL PERSONNE sera à l’affiche du festival deux jours plus tard. OMG (Odélie Managée Grièvement), je l’avais même pas calculé. Va falloir revenir pour une projection en plein air de « My Name Is Nobody » du coup! Pas de problème, on sera là.
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Deuxième réalisation de la soirée, Rover ne sera pas la « première partie » du show, car avant lui s’élancera/ont le/s mystérieux HERR STYLER.
Qui est ce monsieur (ou bien s’agit-il d’un groupe?), est/sont-il/s allemand/s et sa/leur musique est elle vraiment stylée? Autant de questions qui resteront en suspens le temps que Dom Kiris ne monte sur scène chauffer le public encore clairsemé à cette heure précoce, nous annonçant qu’il s’agit d’une soirée « spéciale coup de coeur », et de citer Roro et Bennie dans son laïus introductif. Pas un mot sur Herr Styler par contre, ou plutôt si: « electronica ». Et pouf, il nous plante là, nous laissant méditer pendant les quelques secondes que mettent les deux Mrs Stylistes (première énigme résolue) à se mettre en place devant leur instrument (claviers pour le premier, batterie pour le second, Ray Ban pour les deux) le slogan de sa boîte: « OÜI FM, la radio rock ». C’est bizarre, j’aurais pas tendance à ranger l’electronica sur l’étagère rock, qui déborde pourtant de pleins de trucs plus ou moins appareillés…

Mais pas le temps de ressasser plus longtemps cette incongruité, le batteur a lancé son Mac (ah, indispensable Mac… bientôt on pourra faire des sessions unplugged avec, sous réserve que la batterie soit gonflée à bloc au début du set…) et trouvé la pédale de sa grosse caisse, et là, comment dire, c’est très, très fort. Pendant ce temps, son acolyte pianote une petite mélodie sur son synthé, et nous voilà embarqué pour l’unique morceau des frères pétards, qui durera une bonne vingtaine de minutes (impossible de vérifier l’heure au premier rang, ça va à l’encontre de mes principes).
Hum, voilà qui est surprenant. Ceci est un festival de musique « rock » et pas une rave party, personne ne vous a prévenu? Cette réflexion personnelle a du traverser plus d’un esprit à en juger la froideur avec laquelle le public, une fois les deux premiers chocs amortis (choc #1: ce n’est pas du rock, choc #2: ok, ils ne joueront qu’un seul – très long – morceau), a accueilli cette plongée en electronica. La première fois, c’est pas toujours une partie de plaisir, c’est vrai.

Peu convaincu lui non plus, mais considérant que c’est le rôle du premier rang de répondre avec

Tu vas sauter Paris, oui? Non? Ah, bon…

enthousiasme à la musique jouée, qu’importe sa qualité, votre serviteur essaya donc tant bien que mal de « feel the beat » de manière outrageusement explicite, histoire de ne pas envoyer le frontman Styler en dépression en plein milieu du concert.
Car malgré l’indéniable énergie qu’il y mit, notre gaillard n’arriva pas à embarquer la foule dans son délire, d’où une certaine et compréhensible déception de sa part (même avec des lunettes noires, le premier rang voit ces choses là). Il aurait peut-être fallu le prévenir que le micro mis à disposition par la régie ne servait pas uniquement à balancer des « PARIS! » à nous autres sceptiques, mais également à chanter dedans. Car oui. Herr Styler c’est de l’electronica purement instrumentale. Faut le savoir.

Quand à son pote derrière les fûts, il avait l’air plus absorbé par l’écran de son laptop que par la réaction du public, alors peut-être que cette dernière lui est passée au dessus de la tête. Outre le problème du son mentionné ci-dessus, notre brave homme m’a semblé techniquement limité, ce qui n’est pas en soi un problème (qui n’aime pas Meg White?), mais le devient quand on se cache derrière un Mac et des verres fumés: quitte à ne pouvoir que marquer la cadence, autant ne pas s’afficher en cador de la technique et tombeur de minettes, parce qu’il n’y a pas de quoi pavoiser mon gars. C’est vrai quoi, si ma propre boîte à rythmes jouait mieux que moi, j’aurais tendance à faire profil bas. Ceci dit, il faut reconnaître que notre mai a su hausser le niveau sur la fin et livrer un groove plus à même de se faire pogotter la foule. Même si pogo il n’y a pas eu.

Quand le morceau de bravoure des Herr Stylers se termine enfin, une fraîche ovation pousse gentiment mais fermement les deux italiens (si on peut croire ce qu’à dit Dom) vers le backstage. Paris à 8h du soir n’est pas la même chose qu’Ibiza à 3h du mat’ messieurs, désolé pour l’erreur de casting.


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L’electronica étant morte et enterrée, il est temps de passer au plat de résistance, du Rover sauce grand veneur.
Plutôt que de vous refaire une description complète de la set liste, copie conforme de celle servie à Solidays (si ça vous intéresse,  jetez un oeil sur le report du samedi), je passerai directement à mon impression de spectateur ayant quitté notre vagabond mélancolique sur une déception quelques jours plus tôt. Verdict: c’est beaucoup mieux.
Visiblement plus à l’aise que sous le Domino, Rover livre un set corrigé de tous les défauts relevés précédemment: plus loquace (« Je suis Rover… et je vais boire de l’eau. » – moi je trouve ça très drôle -), plus souriant, plus décontracté et moins accroc au « no more » qu’à Solidays, le géant mèchu et sa fine équipe enchaînent les morceaux avec une intensité et une conviction que je n’avais pas retrouvées à Longchamp.

Cerise sur le gâteau, il part même en roue libre sur la fin du dernier morceau, commencé comme un simple Full of Grace et terminé sur toute autre chose, suivi par par tout le peuple du 3ème arrondissement (et surtout par le premier rang, je vous prie de croire qu’on a fait le taf comme il faut). Malheureusement, c’est le moment que choisis Flipotar, le roadie qui ne veut pas finir en retard, pour lui signifier qu’il doit quitter la scène d’un très explicite tapotement du cadran de sa montre effectué au vu et su de tout le public. La grande classe mec.
Bien trop gentleman pour balancer un coup de boule à l’importun (ça, ça serait rock), Rover s’exécute et s’éclipse rapidement, laissant derrière lui un trip mort-né et une très bonne impression. I stand corrected, l’animal s’en sort très bien en plein air, quand il s’en donne la peine.


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À 21h25, et sous les cris hystériques d’une partie (féminine) du public, Ben Howard et son groupe rentrent en scène pour finir la soirée en beauté. Quand on le voit arriver, voûté derrière sa guitare comme si elle était en fonte, les yeux fuyants et la voix limite chevrotante, difficile de ne pas douter de la capacité du frêle Ben de marcher dans les gigantesques traces laissées par son prédécesseur.
À en juger par la réaction de la foule, il y est cependant arrivé, bien épaulé en cela par le charisme et le doux sourire de sa bassiste/violoncelliste, qui l’aidera à se mettre dans la poche la moitié masculine de l’auditoire.

D’un point de vue personnel, ceci dit, j’ai eu du mal à m’immerger dans l’univers de Mr Howard, auquel je reproche trois choses:

1) une voix assez banale, et, ce qui est pire, utilisée assez banalement (aka: « si tu ne peux pas chanter comme Ian Gillan, essaie au moins de chanter comme Mark Knopfler » -alias l’homme qui a vendu des millions d’albums malgré une tessiture d’un quart d’octave-);

2) une présence scénique effacée

3) des compositions qui se ressemblent toutes, au point que j’étais persuadé que Only Love et Keep Your Head Up étaient une seule et même chanson jusqu’à qu’on me prouve le contraire.

Par contre, il me faut reconnaître que Ben touche sa bille en matière de guitare, même si son refus de toute esbrouffe le dessert plus qu’autre chose à mon avis. Au final, c’est lui que je classerai dans la catégorie « stocker dans une salle de concert plutôt qu’à l’extérieur », bien plus que Rover.


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En conclusion, une soirée agréable commencée étrangement et finie doucettement, mais dont la seconde partie a été mémorable… Un peu comme toutes les soirées, non?

À propos de Schattra

Égoïstement optimiste, çapourraitêtrebienpirologiste assumé. Selfishly optimistic, proud itcouldbemuchworsologist

Publié le juillet 24, 2012, dans Revue Festival, et tagué , , , , . Bookmarquez ce permalien. 1 Commentaire.

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