THE TEMPER TRAP @ LA MAROQUINERIE (12.07.2012)

On a tous une salle de concert préférée.Chacune a ses bons côtés et ses inconvénients, sa propre histoire et des caractéristiques techniques et acoustiques particulières. La légende de l’Olympia se mesure au prestige de la salle Pleyel ou à l’extraordinaire atmosphère qui règne à la Cigale, tandis que le Point Éphémère joue la carte de la proximité entre les artistes et le public et la Flèche d’Or invite au voyage par son décor hall de gare. Mieux vaut se positionner près de la sortie au moment du rappel et ne rien laisser au vestiaire du Bataclan en cas de timing post-concert serré (le dernier train pour la banlieue -00h05- dans mon cas), et s’armer de patience pour sortir du parking du Palais Omnisport de Paris Bercy au volant de son véhicule…

Yes, you can be THIS close…

Mais pour ma part, la reine des salles parisiennes (je peux aussi parler de la Batterie de Guyancourt, du Zénith de Strasbourg, de la Caserne Fonck de Liège ou de l’église de Steinkjer, mais restons à Lutèce pour le moment) est sans conteste la Maroquinerie. Il faut pourtant parcourir un bon bout de chemin pour se rendre sur place depuis la gare Montparnasse (mon point de chute habituel), et le confort une fois sur place est des plus rudimentaires (pas de sièges, pas de vestiaire), sans parler de la déco des plus dépouillées.

Mais qu’importe toutes ces menues tracasseries, car la Maroquinerie est  la salle où l’on peut littéralement toucher la musique du bout des doigts, pour peu que l’on s’y prenne assez tôt. Pour qui a déjà regretté de ne pas avoir pris ses jumelles pour distinguer les fourmis s’agitant sur une scène située à des dizaines, voire des centaines de mètres, se retrouver assez près de l’artiste qu’on est venu applaudir pour lui allumer sa clope ou lui décapsuler sa bière en tendant à peine les bras a quelque chose de grisant. De particule insignifiante formant avec des dizaines de milliers d’autres un organisme collectif avide et plus ou moins stupide appelé « public », le spectateur devient un démiurge tout puissant, puisqu’ayant le pouvoir de stopper le concert auquel il assiste d’un simple geste de la main (débrancher ce câble jack au sol, désaccorder la guitare du frontman ou lui arracher son micro -se pose évidemment la question du pourquoi agir de la sorte, mais force est de reconnaître que rien ne vous empêche de perpétrer un tel forfait si tel est votre intention). Si vous faites partie de cette catégorie de personnes qui montent le son lorsque leur chanson préférée passe à la radio pour s’y plonger au plus profond, alors vous serez d’accord avec moi pour reconnaître qu’en matière de musique live, proximité rime avec félicité.

De plus, contrairement aux scènes de festival de plein air, où le premier rang se paie souvent cash par la perte de quelques points d’audition (souvenir douloureux du passage de SKUNK ANANSIE lors du Rock en Seine 2010, où il nous a carrément fallu battre en retraite pour ne pas risquer de se faire enfoncer la cage thoracique par la grosse caisse sur-sonorisée…), la régie son de la Maroquinerie n’est pas adepte du louder is better à un niveau disproportionné. Certes, ça joue fort, mais cela reste supportable même à deux mètres en face de l’ampli, avec ou sans bouchons d’oreilles (évidemment, avec c’est mieux, mais comme j’ai la fâcheuse tendance de les oublier…).

Cerise sur le gâteau, le 23 rue Boyer accueille la crème des groupes indie rock actuels, y compris des formations habituées à jouer devant un public bien plus nombreux que les quelques centaines de chanceux qui suffisent à remplir la Maroquinerie. Derniers exemples en date, les fantastiques Anglais de THE BOXER REBELLION, et bien sûr, les Australiens de THE TEMPER TRAP, dont l’unique autre date française sera au Rock en Seine de cette année. J’ai lu une autre revue du concert livré jeudi soir par la bande de Melbourne, regrettant le caractère exigu de la Maroquinerie, peu adaptée aux hymnes de stade offerts au public par Dougy Mandagi et ses camarades. Errr, allow me to disagree with this statement, m’am. Il n’y a rien de mieux qu’une petite salle pour un concert si on se place du côté du public, nuff said. Déjà que j’ai tendance à trouver l’Olympia un peu grand maintenant que je fréquente le Point Éphémère et la Flèche d’Or, ne comptez pas sur moi pour aller au Parc des Princes applaudir un groupe, aussi connu soit il.

Arrivé sur place sur les coups de 18h15 (ce qui est certes tôt, la première partie ne devant commencer qu’à 19h30, mais est une garantie de bon placement), je passe le temps en regardant Dougy se faire prendre en photo avec les quelques autres fans présents à cette heure précoce. Comme il avait oublié le code permettant d’ouvrir la porte menant à la salle, pas d’autres choix pour lui que de s’exécuter, avec le sourire.

La fameuse porte s’ouvre enfin pour les porteurs de billets une heure plus tard, et je fonce me positionner à l’endroit idéal (deux pas à droite du centre de la scène, histoire de ne pas avoir de micro dans le champ au moment de prendre des photos). Le matériel du quatuor devenu quintette avec l’arrivée de Joseph Greer en 2008 remplit déjà les deux tiers de l’espace disponible, et l’on se demande où diable l’artiste mystère (impossible de trouver son nom avant de venir) censé assuré la première partie va pouvoir s’installer pour chauffer la salle. Un quart d’heure plus tard, CHET FAKER (merci à La Discordance pour avoir mis un nom sur la tête barbue qui m’a fait face pendant 20 minutes sans que je puisse l’identifier, malgré une tenace impression de déjà vu*) et ses musiciens investissent les lieux et commencent à se mettre en place à la hâte. Les bruits de couloirs parlant de panne sur le périf étaient peut-être fondés.

*: J’étais tombé par hasard sur sa page d’artiste il y a quelques mois, où l’on peut entre autres trouver son remix du North de PHOENIX

Après une balance rapidement expédiée, Chet s’attelle à son clavier et commence son set seul en scène par un morceau piano voix de très bonne facture. Après quelques mesures, les derniers bavards se taisent enfin pour écouter ce lointain cousin de Bon Iver (c’est la barbe) distiller sa pop-jazz envoûtante. Rejoints pour la suite du concert par un guitariste au look Tahiti Bob hyper travaillé, un bassiste et un batteur, Faker ne triche pas (c’était facile) et livre une première partie doucement groovy et plutôt très agréable à l’oreille, même si elle réchauffe plus qu’elle ne chauffe la Maroquinerie. Le gang des Australiens devra donc partir de zéro pour faire monter l’ambiance, mais jouant dans une salle sold out depuis plusieurs semaines, on ne s’inquiète pas trop pour eux.

La mise en place et la balance sont l’occasion d’admirer les impressionnants jeux de pédale que chacun des guitaristes a à sa disposition (et dont les divers effets passeront assez largement inaperçus, il faut le reconnaître) et d’étudier en détail la set liste scotchée au sol par les roadies. Pas de surprises, toutes les chansons attendues sont bien là, mais on se sent tout de même privilégié de  savoir avant le reste de la salle que Need Your Love sera joué en deuxième alors qu’il faudra attendre la fin du rappel pour entendre Sweet Disposition. Avantage d’être au premier rang de la Maroquinerie #1.

21h, les lumières s’éteignent et le public démarre au quart de tour. C’est le London’s Burning composé par

Un zoom? Pour quoi faire?

Dougy pendant qu’il était coincé dans son appartement londonien au moment des émeutes de 2011 qui ouvre le bal, suivi donc par le premier single issu de l’album éponyme défendu ce soir (morceau que je trouve un peu too much, et dont le clip déborde tellement de bons sentiments qu’il en est carrément risible, mais tout passe mieux en live). Le lancement s’étant très bien passé, Dougy profite de la jonction entre ce morceau et l’excellent Love Lost pour parfaire un peu son français (« How do you say it’s hot in French? Yeah, c’est chaud! »). Et paf, il claque un high five à deux spectateurs chanceux… dont moi. Avantage d’être au premier rang de la Maroquinerie #2.

De chaude, l’ambiance passe à brûlante au fur et à mesure que le set se déroule, les titres de The Temper Trap (The Sea Is Calling, Rabbit Hole, This Isn’t Happiness, Trembling Hands et Miracle) s’enchaînant sans temps mort, avant un final griffé Conditions (Science of Fear, Resurrection et l’iconique Drum Song, pendant laquelle Dougy rafraichira les spectateurs les plus proches en vidant une bouteille d’eau sur la peau de son tambour avant de commencer à le marteler. Avantage d’être au premier rang de la Maroquinerie #3).

Les TTT saluent et sortent de scène, mais pas pour très longtemps. Impossible en effet pour eux de s’eclipser avant d’avoir joué leur plus gros tube, le déjà classique Sweet Disposition, repris en chœur par un public qui n’attendait que ça. Sur cette ultime offrande, le concert se termine sur une promesse, celle d’être là à 19h le 25 août prochain devant la scène Cascade pour une version revue et augmentée du passage de nos Australiens préférés à Rock en Seine en 2010.

Setliste:

– London’s Burning
– Need Your Love
– Love Lost
– The Sea Is Calling
– Rabbit Hole
– Fader
– This Isn’t Happiness
– Trembling Hands
– Miracle
– Science of Fear
– Resurrection
– Drum Song
—————–
– Soldier On
I’m Gonna Wait (non joué)
– Sweet Disposition

À propos de Schattra

Égoïstement optimiste, çapourraitêtrebienpirologiste assumé. Selfishly optimistic, proud itcouldbemuchworsologist

Publié le juillet 14, 2012, dans Revue Concert, et tagué , , , . Bookmarquez ce permalien. 3 Commentaires.

  1. Je n’ai pas l’habitude de dire que j’aime mieux voir des groupes dans des stades (c’est peut-être sans doute la 1ère fois qu’un groupe me fait cet effet !) mais je persiste et signe : The Temper Trap, pour l’avoir déjà vécu à Rock en Seine, me fait vibrer davantage dans un environnement bien plus grande. Un peu comme si leur set se trouvait sublimé en communion avec une foule. Leur son lui-même est calibré pour cela. A la Maro les reverb m’ont un peu gênées parfois ; à Rock en seine je ne les avais pas entendues.
    Pour ce qui est de leur premier single (et le clip !!!), je suis tellement d’accord avec toi. D’après ce que je sais ils se sont un peu grillés en France avec ça. C’est bien dommage car à part celle-ci justement, cet album est vraiment excellent.
    Je t’invite à revenir nous lire chez Discordance dès demain : l’interview devrait être mise en ligne dans la journée.
    Bravo pour ton report détaillé !

    • Je les ai vu aussi à Rock en Seine il y a deux ans, et (peut-être parce que je découvrais à la fois ce festival et ce groupe) j’ai trouvé leur concert bon mais pas transcendant non plus. Mais bon, j’aime tellement voir des artistes dans des petites salles que mon point de vue est certainement faussé.🙂 On verra si je change d’avis le 25 août!
      Merci pour le retour en tout cas, et je me tiens prêt à lire votre interview.

  1. Pingback: ROCK EN SEINE – JOUR 2 (SAMEDI) « S.A.U.S.O.R.O

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