SOLIDAYS 2012 – JOUR 2 (Samedi)

SAMEDI
De retour sur place après une courte nuit et une mâtinée de récupération (les petits avantages de ne pas dormir dans un camping au confort tout relatif et à l’animation perpétuelle…). Miracle, le beau temps semble faire de la résistance, et ne nous fera pas défaut aujourd’hui. Tout ça se paiera chèrement lors de la journée de dimanche, mais sur le moment, on se contente de savourer ce petit bout d’été et se félicitant de ne pas avoir oublié ses lunettes de soleil.Côte programmation, c’est le feu d’artifices, à la fois en terme de qualité et de styles de musique représentés. Il va falloir faire des choix, impossible de tout voir à moins d’avoir son permis d’ubiquité (malheureusement pas mon cas). En théorie, il est possible d’assister à 6 concerts, même pour les gens qui ne peuvent pas rester jusqu’au bout de la nuit, mais l’éloignement des scènes les unes par rapport aux autres et la volonté de « sécuriser » une bonne place pour certains concerts stratégiques amèneront à revoir cette estimation à la baisse. D’autre part, malgré un premier show des PARIS JEUNES TALENTS débutant à 15h, la grille de programmation ne se remplissant vraiment qu’en deuxième partie d’après-midi n’incite pas vraiment à arriver très tôt à l’hippodrome.

La session du samedi commence donc à 18h sous le Domino, pour des retrouvailles avec un de mes coups de cœur français du moment, l’iconoclaste et globe-trotter ROVER, qui prouve avec brio que l’on peut conjuguer physique de rugbyman (deuxième ligne) et voix atmosphérique.
Encore une découverte des Francofolies de l’année dernière, au cours desquelles il avait joué deux morceaux seul avec sa guitare sur la grande scène pendant la balance entre Yodelice et The Dø, puis enflammé la petite salle de la Coursive en compagnie des June & Lula. Mais Rover en concert, c’est surtout la Maroquinerie qu’il avait entièrement rempli de fans convaincus lors du lancement de sa première tournée solo, et auxquels il avait livré un show d’exception à la confluence du rock et de la pop, servi par des arrangements léchés et une osmose totale avec ses musiciens. Ah, il y avait sa voix aussi (d’ailleurs au lieu de vous bassiner avec, je vous conseille d’aller écouter Aqualast).
Bref, malgré tout le battage médiatique (mérité je dois dire) qui a entouré l’ex New Government depuis le lancement de son album éponyme en février dernier (même 20 minutes lui a consacré un article, c’est dire), effervescence hype qui a tendance à provoquer des réactions épidermiques chez votre serviteur, assez complètement allergique à la philosophie du buzz, c’est en confiance que je me glisse sous le chapiteau étoilé du Domino, prêt pour des retrouvailles bienvenues avec « une bande de vieux potes » (5ème fois que je vois Rover –et ses excellents musiciens- en concert en l’espace d’un an).

J’ai eu beau m’y prendre bien à l’avance, le buzz se venge de mon dédain envers lui en ne me laissant qu’une place au second rang (qui reculera davantage lorsque, dans une magnifique illustration du caractère purement moutonnier de la psychologie d’une foule, les gens sagement assis en attendant le début du show s’agglutineront au plus près de la scène sans aucune raison 10 bonnes minutes avant l’heure dite). Pour ne rien arranger, je commets la grave erreur de me positionner pile dans l’axe de l’estrade, et donc droit sur le caillebotis de plastique qui protège les câbles courant de la scène à la régie. PLUS JAMAIS (le pourquoi du comment plus bas).

Comme à l’accoutumée, le set débute par mon morceau préféré, le lancinant  Late Night Love (ou pourquoi il ne faut jamais faire du voilier seul avec sa future-ex), que le groupe maîtrise à merveille : Rover commence seul à la guitare, et la rythmique le rejoint au fil des couplets pour un crescendo émotionnel garanti.
Pourtant, j’ai du mal à me laisser embarquer, un je ne sais trop quoi néfaste m’empêchant de m’immerger totalement dans la musique du dandy armoire à glace. Passent Queen of the Fools et Aqualast (setlist que j’ai trouvé assez surprenante, puisque « sacrifiant » tous les « tubes » dans le premier quart d’heure), et je mets enfin le doigt, ou plutôt la jambe, sur mon mal : décalé sur la gauche par la houle humaine, je me retrouve avec un pied sur le caillebotis et l’autre sur le sol, position des plus inconfortables au bout de quelques minutes. La différence de niveau n’a beau être que de quelques centimètres, impossible de répartir le poids du corps sur les deux jambes en même temps, et du coup, mouvements de balanciers de l’une à l’autre pendant près d’une heure. Éprouvant.

Pour ne rien arranger, Rover, d’habitude si communicatif avec le public (option humour pince sans rire avec mention très drôle) se contente d’enquiller chansons après chansons comme s’il était à l’usine, et décide à la moitié du set d’alterner nouveaux morceaux (glop glop) et versions longues de ses anciennes compositions (pas glop). J’ai beau bien aimer Tonight, étiré sur plus de 8 minutes, la lassitude gagne.
Cerise sur le gâteau, Rover enclenche le mode « no more » (une ligne de paroles, un « no more ») dans le dernier quart d’heure, ce qui achève de me soûler. Le mot est fort mais la Maroquinerie était tellement mieux que je ne peux que sortir déçu (et courbaturé) du Domino, avec une question en tête : Rover en a-t-il assez sous le capot pour rouler en extérieur, ou devrait-il se contenter de tourner en salle? Il faudra attendre le Festival des Soirs d’Été de OÜI FM en juillet pour avoir la réponse.

Un peu désappointé par cette prestation en demi-teinte, sur laquelle je comptais pour bien lancer la journée/soirée, j’échoue sous le chapiteau du Circus investi par les TWIN TWIN, à la recherche d’un euphorisant surpuissant (parce que Rover, même quand c’est bien, c’est assez mélancolique, ne nous voilons pas la face) pour remettre ce samedi sur les bons rails.
Connaissance très limitée de ma part sur ce collectif à géométrie variable (« ok, ils s’appellent comme ça parce que c’est un duo de jumeaux… sauf qu’ils ont aussi un guitariste/beatboxer et un DJ qui ne fait pas vraiment partie du groupe. Hum. ») dont seule la chanson By My Side m’est familière. On ne peut pas dire que j’ai vraiment accroché jusque-là, mais ayant été conquis par le show et l’énergie de leur lointain cousins les Naive New Beaters à Rock en Seine, et la concurrence n’étant pas trop dure à cette heure de la journée, je leur laisse assez volontiers leur chance.

À faire le pied de grue jusqu’à pas d’heure devant Rover, il ne faut pas s’étonner d’être relégué bien loin de la scène, ce qui, au vu des loustics survoltés qui tenaient les barrières et de mon humeur plutôt grincheuse à ce moment précis, ne fut pas une déception trop dure à surmonter.
Nos 4 gaillards envoient le bois comme on dit, leur enthousiasme débridé et leur générosité indéniable compensant le caractère très basique des compositions délivrées. C’est de la musique qui se saute mieux qu’elle ne s’écoute, et si on est dans le mood, je dis why not (il paraît que le franglais, c’est in).
Manque de pot pour moi, je n’y suis pas vraiment, et même si je ne regrette pas le moment passé en compagnie des Jumeaux ++, un coup de coude (involontaire) décoché par mon voisin de devant, déjà bien imbibé (on a tous déjà eu ce genre de mec, plus tellement maître de ses mouvements mais terriblement décidé à prouver au monde qu’il sent cette p….n de vibe à grands renforts de moulinets des bras, à côté de nous dans un concert, et vous serez d’accord avec moi pour dire que l’attente de l’inévitable choc suffit à elle seule à détourner totalement son attention de la scène), me pousse à quitter la party pour… Domino tiens. Encore.

« Expulsé » bien avant la fin du set des Twin Twin, j’ai tout le temps de me dégotter mon premier premier rang de la journée, pour le concert de FRANCOIS AND THE ATLAS MOUNTAINS.
Encore un groupe que je connais plus ou moins (et plutôt moins que plus), mais jouissant d’une grosse réputation dans les milieux autorisés. Pour ma part, j’en suis resté à  Be Water et à 15 minutes grappillées d’une oreille distraite au Rock en Seine 2011.
Pendant que François (avec un accent chelou sur le « a » que j’ai la flemme d’aller chercher) déplace ses montagnes sur la scène du Domino, je tente de me remémorer mon impression sur la prestation du groupe en août dernier, mais peine perdue. Balles neuves et clean slate pour les petits Frenchies du coup. C’est moche de vieillir.

Après un début gentiment pop, avec un Be Water rapidement évacué pendant les hors d’œuvres, l’ambiance glisse graduellement vers les rivages colorées et vaporeux de la world-prog’ (oui, toi aussi tu peux créer des tags musicaux improbables quand tu ne sais pas à quoi rattacher la musique que tu écoutes), où les djembés, claves et autres percussions tribales dialoguent joyeusement avec les nappes de synthé et les envolées de violon. Putain, je ne savais pas que l’Atlas montait si haut. Cloué sur place par la surprise ou par le manque d’oxygène, on ne peut que regarder François sautiller comme un dahut du Bolshoï sur les contreforts escarpés de ses montagnes natales. Même les caches-câbles d’étoffes colorées finissent par ressembler furieusement à une cordée de drapeaux de prières népalais. Bref, un trip total, et une forte envie de partir faire du trek dans les régions fantasmagoriques survolées pendant une heure. La vraie belle découverte du weekend, la voilà.

C’est rouge, c’est bleu, c’est vert, C’EST BROADWAY!!!

Après un atterrissage en douceur (plus facile à dire qu’à faire, c’est pas bien large un domino), je décide de récupérer un peu du jet-lag en restant sagement adossé à la barrière de la scène. Mouais, bon, ça c’est l’explication fleur bleue, que je ne tarde pas à allègrement piétiner lorsque mon voisin, qui a eu la même idée que moi, me demande d’un air innocent si TRIGGERFINGER, c’est bien. Oh, un novice.
Deux minutes et un rapide topo explicatif de ce qu’il est endroit d’espérer du prochain show, il se dépêche de réajuster ses bouchons d’oreille, juste à temps pour éviter le pire pendant les balances que le triumvirat du plat pays effectue en personne. Il faut dire qu’ils n’ont pas encore percé en France, alors qu’outre Meuse, ce sont de véritables stars.

Donc, si je suis resté sur place au lieu de rendre visite à SKIP THE USE ou à YOUSSOUPHA, c’est d’abord et avant tout pour être aux premières loges à l’heure du waterzoei. Ne faîtes pas ça sans protection auditive les enfants, mais ça vaut franchement la peine.
Car Triggerfinger, c’est le groupe de rock qui console tous les fans de stoner trop jeunes pour avoir connus Led Zep autrement que sur le best of familial, et trop pauvres pour aller sacrifier leur audition sur l’autel de Queens Of The Stone Age ou de Them Crooked Vultures. À cette époque où les guitares tissent sagement des arpèges folk ou meublent les compos indies, il fallait qu’un guitar hero des temps jadis surgisse du fin fond des enfers (ou des faubourgs d’Anvers, c’est pareil) pour remettre les pendules du rock à l’heure. Avant de se faire reclasser en outil de labour musical, la gratte électrique a été une arme de guerre, à la croisée de la rapière espagnole, de la masse d’armes teutonne et des orgues de Staline, on a tendance à l’oublier. Pour qui souhaite un cours d’histoire musicale accéléré, Ruben Block est l’homme idéal. Excellent gratteux jonglant avec maestria entre riffs salaces, rythmiques bétonnées et soli ravageurs, chanteur plus qu’honorable capable de monter décrocher what next to the moon au besoin (First Taste et son AAAAHAAA stratosphérique en tête) et frontman sexy en diable, Mr Block fracasse tous les clichés sur la belgitude sur le manche de sa méphistophélique Gretsch écarlate. Un must.

Pour autant, ce serait faire une grave erreur que de résumer Triggerfinger à son porte-parole et principal compositeur, car la section rythmique de notre power trio flamand mérite largement le détour.
À ma gauche, Mr Paul et son quasi double-mètre de groove, chaînon manquant entre Oswald Chesterfield Cobblepot et l’agent 47, apporte la profondeur et les contrepoints mélodiques nécessaires aux hurlements de la 6 cordes de Ruben.
À ma droite, rien de moins que le meilleur musicien des Music Industry Awards 2011 (ok, c’est en Belgique, mais rigolez pas, il y a de la concurrence), Mario Goossens himself, costard à rayures et solo de batterie intégrés dans le package. À voir le sourire béat qui lui barre le visage d’un bout à l’autre du show, on jurerait que la régie a branché une pompe à endorphine sous la semelle de sa pédale de grosse caisse.

À 22h, les rangs des spectateurs du Domino sont encore clairsemés, mais ça n’empêche pas nos trois gladiateurs de débuter pied au plancher un set qui mélangera morceaux du dernier album All This Dancin’ Around et chansons plus anciennes tirées du séminal What Grabs Ya?
Plus convaincu par le second que par le premier (qui quitte les sentiers du stoner pour s’aventurer dans le blues dépouillé, sur des titres comme My Baby’s Got A Gun, et contient moins de hits immédiats du calibre de First Taste, Short Term Memory Love ou Is It), j’ai toutefois l’agréable surprise de découvrir que les nouvelles compos, pas évidentes sur le CD, passent l’épreuve du live avec brio.
Sûrs de leur force et de leur fait, les sujets de son altesse Albert II prennent un malin plaisir à chauffer le public parisien, de plus en plus nombreux et enthousiaste, jusqu’au point d’ébullition, ne faisant retomber la pression (sur My Baby’s Got A Gun, justement) que pour ré-attaquer encore plus fort derrière.
Plongé dans une séance prolongée et jubilatoire de headbanging, votre humble serviteur s’excuse platement pour ne pas avoir trouvé le temps de capturer une ou deux images correctes de ce live démentiel. Minuscule déception, ils repartiront de Paris sans jouer « leur » plus gros succès, le I Follow Rivers emprunté à Lykke Li (7 semaines en tête des charts belges et néerlandais tout de même).

Le samedi s’achève donc (pour moi) sur cette grosse claque rock après un début de journée en demi-teinte, et c’est en Européen convaincu (mais avec les oreilles qui sifflent un peu) que je retourne au camp de base, prêt pour un final grandiose.

À propos de Schattra

Égoïstement optimiste, çapourraitêtrebienpirologiste assumé. Selfishly optimistic, proud itcouldbemuchworsologist

Publié le juillet 11, 2012, dans Revue Festival, et tagué , , , , , , . Bookmarquez ce permalien. 1 Commentaire.

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