SOLIDAYS 2012 – JOUR 1 (Vendredi)

C’était l’année ou jamais. Pour un amateur de rock comme moi, les Solidays avaient toujours représenté un festival trop hype et frenchouillard dans sa programmation pour valoir le détour (BENABAR s’y est produit à 5 reprises au fil des années, ça veut tout dire).
Mais l’édition 2012, avec sa grille bien renforcée en vrais bon groupes/artistes dont je me savais déjà être fan avant de venir, s’est révélée trop tentante pour que je résiste à l’appel des sirènes (même si je me suis débrouillé pour acheter un billet par jour au lieu du pass weekend, pour un résultat très salé au niveau financier). En plus, l’hippodrome de Longchamp se situe à un jet de pierre des locaux de l’ONG où j’avais fait un stage en début d’année (si c’est pas un signe ça). C’est donc en novice intrigué mais relativement confiant que je prenais le chemin du bois de Boulogne, pour trois jours de festivités et de musique placées sous le signe de la lutte contre le SIDA. Sortez ouverts (d’esprit).

VENDREDI

La première fois, on a beau se dire qu’on s’est préparé pour, il y a toujours des trucs que l’on découvre dans le feu de l’action. Solidays ne fait pas exception, la première surprise (désagréable) se présentant avant même le départ pour l’hippodrome.
Impossible en effet de mettre la main sur la programmation détaillée, avec scènes et horaires de passage, avant de se mettre en route. Ce n’est qu’une fois sur place que je découvre la première spécificité propre à ce festival, c’est à dire le programme à « acheter » sur place auprès de l’organisation, sous couvert de collecter des fonds pour les victimes du VIH.

Alors autant en soit, je trouve l’idée excellente (le festivalier n’est rien sans son guide, tout le monde sait ça, et comme le montant est fixé par l’acheteur, le livret se rentabilise rapidement pour l’organisation – même s’il est théoriquement possible de donner un centime pour le précieux sésame -), autant je trouve les répercussions de ce choix assez terribles pour les gens qui viennent d’assez loin (et « assez loin » commence à Paris intra-muros, car les derniers concerts commencent à 1h du mat’, donc plus trop de métro pour rentrer si on veut y assister) et ne sont pas en camping.
Dans mon cas (banlieusard de grande couronne), ça veut dire partir au plus tard à 22h30 pour espérer attraper le dernier train, et donc faire une croix sur des groupes comme THE KILLS ou SHAKA PONK. Je n’étais pas venu spécialement pour eux, donc passe encore, mais j’imagine sans peine la frustration des mes camarades ayant fait le déplacement exprès.
Pas de solution miracle à ce problème épineux (si on balance le programme avant, qui accepterait de payer pour?), à part peut-être diffuser la liste des artistes passant après 23h les vendredi et samedi (sans plus de précisions) pour permettre à tout le monde de s’organiser. [/râleur:off]

Mais après cette première petite déconvenue, tout se déroule admirablement. Attente raisonnable à l’entrée du festival, bénévoles souriants et météo au beau fixe (ce qui tenait de l’intervention divine après le mois de juin hmm… tempéré  que nous avions du subir jusqu’ici).
Les premiers concerts ne commençant qu’une heure et demie après mon entrée dans l’arène – il faut bien laisser le temps aux campeurs le temps de s’installer – on en profite pour déambuler dans le village qui s’anime doucement, caresser l’idée de se payer un frisson gratuit en faisant du saut à l’élastique (caresser seulement, car la queue était déjà importante, et pas vraiment envie de rater des concerts pour 15 secondes d’extase) et distinguer les scènes chapiteaux les unes des autres. C’est Domino qui est au fond ou bien c’est Dôme?

Mais c’est sur la petite dernière de la fratrie, Circus, que les choses sérieuses  commencent, avec une présentation des gagnants d’un concours organisé par la Métisse (comme la moitié masculine du duo de présentateurs, une sorte de Joey Starr de Monoprix assez risible, nous le répétera à de nombreuses reprises, entre deux tentatives avortées de chauffer le public clairsemé et assis de ce premier show). Au programme, 3 artistes/groupes au style assez divers.

On commence avec la charmante ANDREA, tellement inspirée par Ayo qu’elle a carrément repris son look. Secondée par un batteur percussionniste et un bassiste dont les dreads et l’air béat font immédiatement songer à Jar Jar Binks, la belle égrène ses compositions pop-folks mâtinées caraïbes sous l’œil et la caméra attentifs de son agent (je suppose).
Elle s’en sort plutôt bien, malgré des chansons qui ont tendance à durer trop longtemps pour leur propre efficacité. Cerise sur le gâteau, elle chante en français des choses plutôt intéressantes, ce qui n’est jamais facile. À suivre.

On enchaîne avec le quator des CHEYENNE DOLL, que mon ami le MC annonce comme revenant des States avec un son très différent de celui des origines du groupe. Vu que c’est la découverte totale, je serai bien en peine de le contredire. Ça donne de la pop jazzy lorgnant tantôt sur Cocoon, tantôt sur Feist. Rien de bien marquant, à part le look travaillé des musiciens (un guitariste taillé death metal avec haut de forme slashien, et un contrebassiste en robe-tablier avec un vague air de ressemblance avec le Jigsaw de la série Saw).

On termine avec les gagnants du concours, après que notre duo de présentateurs ait noyé de cadeaux le public (qui menaçait il faut dire de partir voir BLITZ THE AMBASSADOR) et failli par la même occasion envoyer une pauvre festivalière aux urgences (les CD ne sont pas des shurikens enfin!), les très nombreux et très soul WINE.
8 sur scène, avec DJ et choristes à choré, dans le plus pur style R’N’B, ça envoie je dois dire. Le guitariste se révèle en plus être capable de cracher deux-trois petits soli assez sympathiques, bonne surprise pour les gens comme moi qui n’iraient pas d’eux même vers ce genre de musique. Cette dernière, rythmée et sucrée, a pour effet secondaire de remplir les jauges de bonne humeur en moins de temps qu’il en faut pour l’écrire. Vraiment pas mal, et de bonne augure pour la suite du programme, qui se trouvera être DIDIER WAMPAS, sous chapiteau lui aussi.

Aiguillé dans mon choix par le retour positif d’un ami l’ayant vu dans un pub au début de l’année, j’arrive assez tôt pour pouvoir me positionner au deuxième rang. Un choix lourd de conséquences, certaines positives, d’autres négatives, pour le concert qui s’en vient, mais une décision prise en connaissance de cause.
Précédé de ses musiciens en costard, Didier arrive sur scène et livre une prestation énergique mais pas survoltée non plus, même s’il descendra deux fois dans la « fosse », la deuxième fois sans poser le pied au sol, grâce à la magie du crowdsurfing, et finira le set perché sur deux amplis empilés l’un sur l’autre. Déception pour moi qui connaît assez mal son répertoire (à part Par Dessus La Troisième Corde, chanson sur le noble art du catch, comme le lecteur sagace l’aura deviné), il ne jouera pas ses succès Wampas, se contentant de piocher dans le répertoire de son album Taisez-Moi.
Encore sobre à cette heure précoce de la journée, j’endure l’inévitable pogo avec philosophie (j’étais prévenu), mais supporte en revanche beaucoup moins bien que mon voisin de derrière, visiblement plus imbibé que la moyenne des spectateurs, m’arrache un bouchon d’oreille du conduit auditif pour m’aider à profiter du spectacle plus à fond. Non mec, ce n’était pas un écouteur de MP3, et oui j’entendais très bien la musique avant que tu n’interviennes. De toute façon, on ne va pas à un concert de Didier Wampas pour faire une étude de texte des paroles, si?
Au final, un artiste que je ne regrette pas d’avoir vu, mais que je ne suis pas prêt à payer pour revoir.


Il fait toujours beau, il fait toujours chaud, et la scène Domino sous laquelle se produit le folkeux BEN HOWARD est pleine comme un œuf. Mal placé pour le coup, je tire ma révérence après deux morceaux, pas vraiment convaincu par la qualité scénique du petit génie de la sèche du moment, malgré tout le bien qu’on m’en a dit. En plus il semblait avoir un problème avec sa guitare, d’où de longs moments pendant lesquels ses musiciens ont tenu la baraque (et étiiiiiiiiiiiré la chanson) le temps que les techniciens règlent le problème.
Comme il le sera confirmé plus tard au cours du week end, certains artistes et certaines musiques ne passent pas vraiment bien sur une scène extérieure, même (re)couverte.

On traverse donc le champ d’un bout à l’autre (10 minutes de marche) pour aller voir MILES KANE, qui écume les festivals pour défendre son Colour of the Trap depuis une grosse année (il était déjà présent au Rock en Seine de l’année dernière). La scène Bagatelle, deuxième en terme de taille, est déjà entourée d’une nuée de fans impatients à mon arrivée, et il faudra donc recevoir l’offrande du leader des Rascals à une bonne centaine de mètres de distance.
Miles et son groupe sont en forme, c’est indéniable, et Kane le survivant a de bons morceaux dans son répertoire (Come Closer, clôture intelligente du show, Rearrange, qui ouvre ce dernier de manière tout aussi opportune, entre autres), c’est indiscutable.
Énergique comme à son habitude, l’homme en  bleu offre même au public une reprise de Jacques Dutronc, Le Responsable, attention louable sans doute un peu faussée par le fait qu’il ne s’agit pas vraiment de la chanson la plus connue de Jacky. Essaie Les Cactus ou Crac Boum Hue la prochaine fois, Miles!

22h, et le premier dilemme existentiel du festival se pose. Aller voir SELAH SUE, son accent belge et son Raggamuffin sur la grande scène, ou filer applaudir LA GRANDE SOPHIE, que j’ai récemment appris à ne pas résumer à son Du Courage à Domino? De toute façon, il s’agirait dans les deux cas que d’un pis aller, le véritable objectif étant bien entendu les terribles CONCRETE KNIVES sous le chapiteau Circus à 23h.
Finalement, la France sort vainqueur de ce duel musical (il faut bien gagner de temps en temps), et ce furent donc 20 minutes en presque tête à tête avec une des artistes vétérans de l’évènement, 4ème participation, qui se passent très agréablement et se concluent par le morceau qui m’avait amené à reconsidérer Sophie, le magnifique Suzanne de son dernier album.
Je m’éclipse aux premières mesures de Du Courage, comme un signe du destin, en direction du Circus, juste à temps pour chopper l’une des dernières places au premier rang. Car même engagés en concurrence directe avec le phénomène METRONOMY et la valeur sûre AYO, les Concrete Knives n’ont rien de seconds couteaux, et cela commence à se savoir.
Petit bonus bienvenu pour un fétichiste des paroles comme moi (sauf pour Didier Wampas, vous l’aurez compris), les balances micros se font sur my personnal favourite, l’ébouriffant Greyhound Racing (et pas Greyhound Racine, comme j’ai pu le voir sur Youtube).

Les freaky coeds se mettent en place des deux côtés de la barrière et bientôt les hymnes exutoires (composition béton -mouahaha- , énergie sans faille) des CCKS remplissent le chapiteau de déçus de Metronomy et de simples passants curieux de voir de plus près le phénomène.
Pour moi qui savait à quoi m’attendre (découverte au Diane’s lors des Francofolies 2011, confirmation au Rock en Seine de la même année), la claque est tout de même monumentale, et salutaire. Ambiance de folie sous la toile cirée, les tubes en devenir se succédant sans temps morts: Greyhound Racing bien sûr (qui sera repris en rappel pour une version survoltée, remplie de « Nananana »  repris en chœur par des centaines de voix), mais aussi Brand New Start (« Vous connaissez cette chanson? »), Youth Compass ou encore Happy Mondays, tous tirés de l’EP You Can’t Blame the Youth.
Pour nous rappeler que l’album approche à grands pas (Be Your Own King, octobre prochain), la quintette de Caen joue également une poignée de morceaux inédits, aussi enthousiasmants que les valeurs sûres citées ci-dessus. Le meilleur concert du vendredi, c’était ici.

Au final, un démarrage de festival en douceur, avec un seul « gros » concert qui permet de repartir dans ses pénates avec des étoiles plein la tête et de grosses attentes pour la suite des évènements.

À propos de Schattra

Égoïstement optimiste, çapourraitêtrebienpirologiste assumé. Selfishly optimistic, proud itcouldbemuchworsologist

Publié le juillet 10, 2012, dans Revue Festival, et tagué , , , , , , , , , . Bookmarquez ce permalien. 1 Commentaire.

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