CHRISTINE AND THE QUEENS @ LE NOUVEAU CASINO (22.04.2013)
La vie d’un bloggeur musical connaît son lot de hauts et de bas. Il est parfois des moments où la flamme vacille, l’envie périclite et la remise en question guette. Qui suis-je après tout pour donner mon avis sur ce que j’écoute (ou pas), et pourquoi consacrer des heures à écrire des articles que seule une infime minorité d’internautes prendra la peine de parcourir en diagonale? Dans ce genre de situation de flottement métaphysique (qui suis-je? où vais-je? dans quel état erre-je?*), il est toujours bon de posséder en réserve un contre-exemple fracassant à ce constat amer, démontrant avec autorité que, oui madame, les blogs musicaux servent bien à quelque chose. Dans mon cas, cette preuve inattaquable d’utilité publique remonte au 13 août 2012, lorsqu’au détour d’un lien, j’ai fait la rencontre d’une drôle de coterie electro, une bande interlope et haute en couleurs incarnée par un seul corps et une seule voix. J’ai accroché. J’ai acheté le seul EP disponible. J’ai fait un premier concert où cet improbable sextuor fantasmé à 80% officiait en première partie. Et finalement, je me suis rendu au Nouveau Casino le lundi 22 Avril, pour assister à l’adoubement en bonne et due forme de cet épiphénomène qui s’imposera bientôt (en tout cas je l’espère) comme une des références de la scène musicale française de ce début de siècle. Tout ça grâce à un blog musical (Rocknfool pour ne pas le nommer). Alors franchement, honni soit qui mal pense de ce noble média.
*: Se poser des questions en respectant la règle de l’inversion sujet-verbe est une source inépuisable de fous rires, preuve que la langue française n’est pas aussi rébarbative que ce que tes profs de collège t’en ont laissé croire.
.
Le concert affichant complet depuis plusieurs jours, sages furent ceux qui décidèrent de se rendre sur place avec une bonne marge pour s’assurer d’une place correcte. Une demi-heure avant l’ouverture des portes, nous étions ainsi une bonne cinquantaine à encombrer le trottoir de la rue Oberkampf, suscitant quelques regards interrogatifs de la part des passants. Qu’importe, nous avions rendez-vous avec l’histoire, précédée (l’histoire… tu suis un peu?) pour l’occasion d’un DJ set. Sérieux? Un DJ set en première partie? Bien que n’étant absolument pas familier de ce genre de gaudriole, que j’évite comme la peste, le choléra et la variole réunis, je m’étais toujours imaginé que les DJ sets avaient plutôt pour vocation de terminer une soirée, à l’heure où le public, en grande majorité saoul comme un cochon, n’aspire qu’à disposer d’un fond sonore pas trop dégueulasse afin de pouvoir hurler dans les oreilles de ses voisins, voire esquisser quelques patauds pas de danse pour les plus désinhibés des imbibés, sans passer pour le relou de service. Vision assez péjorative du noble métier de DJ, j’en ai bien conscience, mais j’assume totalement mon côté vieux réac’ musical, surtout lorsque je paie pour écouter de la musique live.
Bref, ayant réussi à sécuriser un demi mètre carré en bord de scène, c’est avec une certaine angoisse que j’ai vu s’installer ARTHUR KING aux platines (on est toujours nerveux la première fois). Mon premier DJ set! Inutile de dire que je comptais vraiment sur le reste de l’assistance pour me guider dans mes réactions, et éviter le faux pas qui guette toujours le noob au cours de son initiation. En l’occurrence, le reste de l’assistance joua parfaitement son rôle, et c’est donc avec une certaine satisfaction perverse que j’eus la confirmation de ce que j’avais toujours pensé de la réaction du public pendant un DJ set, c’est à dire qu’il est tout à fait admis d’ignorer totalement le DJ d’un bout à l’autre de sa prestation. Le mieux est tout de même d’avoir quelqu’un avec qui parler, car autrement on s’ennuie rapidement à voir le jockey tourner des boutons. Le fondu d’un morceau à l’autre dispense d’applaudir la performance, sauf peut-être à la fin, et le DJ est généralement trop concentré pour dire quoi que ce soit au public (quand bien même il aurait un micro). Ah, et le tout dure généralement très longtemps (c’est toujours le cas lorsqu’on s’ennuie), ce qui donne tout loisir de repenser à sa journée, voire à sa vie dans les cas les plus extrêmes, ce qui constitue l’exact opposé de l’idée que je me fais d’un concert, qui devrait au contraire permettre de se vider la tête pendant quelques heures. Un quart d’heure de plus en j’entrais en dépression.
Heureusement pour moi, j’étais suffisamment proche de la scène pour pouvoir m’accouder (légèrement d’abord, puis sans aucune retenue durant la dernière demi-heure) à un ampli retour, et regarder frémir le confetti Lancelot – restons dans le thème de la table ronde – au rythme des lignes de basse crachées par les enceintes du Nouveau Casino. Oui, j’ai passé quarante-cinq minutes à fixer un bout de papier vibrer sur la scène, c’est dire à quel point j’ai adoré ce moment du concert. Le pire est que je n’ai pas été fichu de reconnaître un seul des morceaux samplés par le roi Arthur pendant son set, mis à part un bout d’Eyes Without A Face de Billy Idol, qui ne fut malheureusement utilisé que pour faire la jonction entre deux titres "electrip-hop", genre star de cette première partie psychotrope. Quand tout fut fini, je me sentais aussi énergique qu’un koala sous ecstasy, et doutais donc sérieusement de ma capacité d’apprécier et d’accueillir comme il se devait le plat de résistance de la soirée. Heureusement, j’avais tort.
.
Acclamée dès sa sortie des coulisses, CHRISTINE se présenta comme à son habitude en smoking, complété d’une paire de sandales à semelles compensées blanche (c’est le genre de détail que l’on remarque lorsqu’on est au premier rang d’une scène qui vous arrive à mi-torse). Pas de serre-tête à andouillers cette fois-ci, ce regalia animal ayant été perdu corps et bien au cours d’une précédente tournée*. En revanche, Christine irradiait toujours cette confiance tranquille qui m’avait frappé lors de notre première "rencontre". Elle assurait alors la première partie des Naive New Beaters au Cap d’Aulnay sous Bois devant une poignée de spectateurs plutôt circonspect de prime abord (il faut dire que l’univers déjanté du trio de Wallace s’éloignait franchement de l’élégance provocatrice et théâtrale distillé dans les EPs Misericorde et Mac Abbey), mission peu engageante et d’autant plus intimidante pour une artiste uniquement secondée par les pistes de son Mac. J’appris ce soir là qu’il en fallait bien plus déstabiliser les Queens et leur protégée, qui brisèrent la glace avec le farouche public du 93 en un claquement de doigts. C’est beau la chaleur humaine, tout de même.
Dans une ambiance nettement plus chaude et devant un Nouveau Casino rôdé aux frasques du personnage et tout acquis à sa cause, Christine donna donc le coup d’envoi de son set avec un titre inédit (Starshipper) reprenant la plupart des thèmes explorés dans ses EPs: la recherche de l’identité, l’affirmation de sa différence, le va et vient entre le français et l’anglais, l’alliance magistrale entre la retenue des loops electro et la chaleur du R’N'B. Envolée la lassitude débilitante qui était venue plomber le début de la soirée! Alors que le voile de tulle noir qui servait de corolle à Christine glissait lentement vers le sol, le groove termina de s’installer dans la salle, pour ne plus repartir avant la fin du concert. Tout ce qu’on aime quoi.
Conçu comme un show à l’américaine, le set des Queens se révéla être "plein de surprises" (sic), le budget supplémentaire mis à disposition pour cette date parisienne ayant été investi en tournage de clips permettant pour la première fois à la troupe de se produire sur scène au grand complet, ainsi que dans le recrutement de deux athlétiques danseurs et d’un guitariste/claviériste, qui vinrent rejoindre la maîtresse de cérémonie sur scène pour quelques morceaux. La setlist révéla elle aussi son lot de fantaisie et de découvertes, une bonne partie des titres du troisième EP, Nuit 17 à 52 (sortie prévue le 3 Juin prochain), figurant au programme des festivités.
Une reprise très inspirée du Photos Souvenirs de William Sheller (un des rares artistes rattachés à la "chanson française" que j’admire sans retenue, à égalité avec Alain Bashung, dont l’emblématique – et donc absolument casse gueule – Osez Joséphine avait également été revisité par Christine il y a quelques mois) constitua le clou personnel d’un concert à la fois maîtrisé (les chansons) et spontané (entre les chansons**), qui fut évidemment rythmé par les "tubes" de Misericorde (Be Freaky, Kiss My Crass et ses paillettes de non-propreté dorées), Mac Abbey (Cripple, Narcissus Is Back) ainsi que d’autres crowd favorites encore non disponibles sur CD (Chaleur Humaine, Loving Cup).
.
Avec son nouveau statut de tête d’affiche, Christine ne pouvait refuser au Nouveau Casino le rappel qui lui fut chaudement demandé dès sa sortie de scène. Le concert se conclut ainsi avec la douceur acoustique de Nuit 17 à 52, chanson titre d’un EP attendu de pied ferme par tous les éclopés fiers de leurs fêlures, les narcisses catoptrophobes et tous leurs échos, les intranquilles contemplatifs et les malpropres assumés. En Mai, fait ce qu’il te plaît, mais n’oublie pas d’être freaky. Si si, c’est important, j’insiste.
.
De retour sur le trottoir de la rue Oberkampf, on ne sait toujours pas bien qui sont Christine et ses anges-gardien(ne)s, ni ce qu’elles veulent être aux yeux du monde, mais qu’importe. Le mouvement abolit le sexe et le nombre lutte contre l’oubli, ce qui n’est pas évident à comprendre (d’ailleurs, je ne suis pas sûr d’avoir compris) mais se ressent en revanche très clairement. Accepter la différence et tolérer l’excentricité, en voilà un beau message, qu’il convient de transmettre autour de soi en cette période où ni l’une ni l’autre ne semblent aller de soi pour une partie, que l’on espère limitée mais que l’on sait maintenant virulente, de la population. Long live the queens!
*: On me souffle dans l’oreillette que le duo suédois Krog aurait été vu arborant l’accessoire en question au cours de leurs derniers concerts… Interpol est sur l’affaire.
**: Bam, la bouteille de flotte qui se renverse sur scène. Paf, le fil du micro qui "assomme" une spectatrice au premier rang. Pour un concert de fin de carrière (ou pas), ce fut franchement rock’n'roll.

J’espère que tu tolères aussi mon boîtier bas de gamme et les photos freaky qu’il prend parfois, du coup
Setlist Christine & the Queens:
1)Starshipper 2)Ugly Pretty 3)Medley Drifter/Be Freaky 4)Cripple 5)Here 6)Photos Souvenirs (William Sheller Cover) 7)Narcissus Is Back 8)Intranquillité 9)Jonathan 10)Chaleur Humaine 11)Wandering Lovers 12)Loving Cup 13)Kiss My Crass
Rappel:
14)Nuit 17 À 52
EVENING HYMNS @ LES 3 BAUDETS (10.04.2013)
"Cette salle a un nom d’auberge de MMORPG". C’est ce que je me suis dit lorsque j’ai entendu parler des Trois Baudets pour la première fois. Bien qu’ayant laissé tomber les mondes virtuels massivement multijoueurs depuis quelques années (sans doute mon côté misanthrope: je voulais monter des guildes avec seulement des PNJ), j’ai suffisamment usé les semelles de feu mes avatars dans tous les mondes héroïco-fantastiques développés par Blizzard et compagnie pour me souvenir que les tavernes de ces contrées fabuleuses avaient toujours des noms subtilement non-sensiques, mettant généralement en scène un ou plusieurs animaux dans des situation hautement incongrues. "Le Chat qui Fume", "La Vache qui Danse", "La Pieuvre Volante", "La Poule Philosophe"… Toi aussi, ami lecteur, créée un nom funky pour ton futur établissement louche (au fond d’une rue borgne, mouahaha), en suivant cette recette certifiée! Mais pour le moment, retour donc aux Trois Baudets, estaminet au blaze certes moins ronflant que la moyenne de ceux d’Azeroth (j’ai des beaux restes, pas vrai?), mais présentant l’immense avantage d’inviter de vrais artistes à jouer dans ses vrais murs. Les plaisirs simples du IIème millénaire…
.
Arrivés sur place un poil après le début de la soirée, nous ne pûmes assister qu’à la fin de la prestation d’I.S.L.A. Seule en scène avec sa guitare, la jeune nantaise nous offrit quelques chansons dans la langue de Molière (un baille que je n’avais pas assisté à un concert en français… le dernier en date devait être Thiéfaine aux Vieilles Charrues). Sans vraiment accrocher à l’univers proposé*, cette première partie rapidement conclue n’avait rien de désagréable, et nous permis de nous immerger dans l’ambiance des Trois Baudets, salle conçue davantage comme un théâtre que comme un club de musique live.
.
Après la balance réglementaire, ce fut au tour d’EVENING HYMNS de prendre le relai, pour quarante-cinq minutes de folk rock de haute volée (si un doute subsistait encore, je précise à mes bien aimés lecteurs que c’était bien pour applaudir Jonas Bonnetta et ses camarades de jeu que nous avions fait le déplacement). Ayant visiblement décidé de ne pas laisser à Angus Stone et Ray Lamontagne le titre de folkeux le plus roots de la planète sans combattre, le Jonas en question se présenta sur scène avec une barbe (et un chapeau) digne d’un fermier amish. Empoignant sa guitare sèche, notre homme décocha la première flèche du set (en l’occurrence, Arrows – hin hin hin – ) dans un silence respectueux, religieux même.
Venus re-présenter (une première tournée était passée par la France en Septembre 2012) leur dernier album, Spectral Dusk, les Evening Hymns consacrèrent une grande partie de leur concert aux chansons de ce second opus, toutes empruntes d’une magnifique mélancolie s’expliquant par les conditions particulières de la genèse du disque. Comme Jonas prit en effet le temps de l’expliquer, il s’agissait pour lui de décrire en mots et en notes les sentiments causés par la disparition de son père, décédé des suites d’une maladie rare en 2009. Ayant eu la "chance" de l’accompagner au cours de ses derniers mois de convalescence, Jonas a semble-t-il utilisé Spectral Dusk comme un moyen de se reconstruire et de continuer à avancer après cette expérience douce-amère, selon ses termes. Quoi qu’il en soit, qu’il s’agisse de Family Tree, You And Jake (dédié par Jonas à sa mère, venu spécialement depuis l’Ontario pour le voir jouer à Paris) ou Cabin In The Burn, tous les morceaux du "crépuscule spectral" présentés aux Trois Baudets possédaient cette grâce douloureuse faisant la magie du folk. Dans une salle aussi petite et confortable que celle-ci, l’expérience d’auditeur frôla plus d’une fois le sublime, bien loin des shows "punk" délivrés par le groupe dans des clubs allemands plus tôt au cours de sa tournée. C’est ce qu’ils nous ont dit, en tout cas.
N‘allez cependant pas croire qu’une ambiance délétère plana sur la prestation du trio d’un bout à l’autre du set. Bien au contraire, Jonas s’employa à détendre l’atmosphère entre les morceaux, d’abord en interprétant les deux chansons qu’il connaissait en français (ses souvenirs des œuvres en question étant assez fragmentaires, et ces dernières rivalisant sans problème avec London Bridge Is Falling Down ou Hallo Aus Berlin en ce qui concerne l’intérêt des paroles, l’épisode fut aussi court que rigolo), puis en mettant au défi les inévitables cameramen amateurs de trouver le titre exact de l’un des deux inédits joués pendant le concert** (le premier s’intitulant avec certitude Evil Forces). Si le futur fut donc mis à l’honneur au cours du set, le passé ne resta pas en reste, le groupe flattant les oreilles de ses vieux fans avec Dead Deer et une version de Mtn. Song admirablement fusionnée avec les premières mesures du Be My Baby des Ronettes.
.
Au bout des trois quart d’heure réglementaires, les Evening Hymns replièrent les gaules en même temps qu’à l’extérieur, la soirée laissait place à la nuit. Je ne peux que conseiller aux autres résidents du vieux continent de s’enquérir des prochaines salle visitées par le trio au cours de son Spring Tour européen, et de sauter sur l’occasion de passer quelques minutes en leur compagnie. C’est que c’est loin, tout de même, l’Ontario.
Setlist Evening Hymns:
1)Arrows 2)Family Tree 3)Dead Deer 4)Evil Forces 5)Be My Baby/Mtn. Song 6)You And Jake 7)‘Smells Like Teen Spirit’ (probablement ‘I Wish I Were A Portal’) 8)Cabin In The Burn
*: Autant je suis susceptible d’adhérer à du "baby baby I love you so" pour autant que l’ensemble soit délivré avec une intensité compensant l’affreuse banalité des textes, autant j’exige des artistes chantant en français un niveau d’excellence littéraire sans commune mesure avec celui attendu de la part de leurs collègues anglophones .
**: Le jeu consistait à donner un titre différent à chaque date de la tournée afin de retrouver une soixantaine de versions différentes du même morceau une fois de retour au Canada. Les Trois Baudets eurent donc l’honneur de se voir dédicacer un "Smells Like Teen Spirit" radicalement différent de celui de la bande à Cobain.
.
Le dernier acte de la soirée revint à ANOUK AIATA, appellation regroupant à la fois un projet musical et le nom de la chanteuse de ce dernier. Placardée sur tous les murs du métro parisien (un privilège rare pour un artiste débutant), l’affiche promouvant la série de concert donnée par l’ensemble aux Trois Baudets entre le 3 et le 23 Avril évoquait un premier album, La Femme Mangeuse Des Nuages Du Ciel, titre improbable que n’aurait pas renié un Alain Souchon qui aurait un peu trop tiré sur le calumet de la paix. D’ailleurs, la photo de l’artwork était très clairement d’inspiration amérindienne, avec plume d’aigle, bijoux en perle de roche et pendentifs rehaussés de dents d’ours. À l’arrivée, le trip apache passa complétement à la trappe, Anouk et ses trois hommes préférant nous la jouer plus à la cow-boy qu’à l’indienne. J’en veux pour preuve le feutre noir qui passa de tête en tête au cours du concert, et sur lequel n’aurait pas craché John Wayne. Ouep.
Pour être tout à fait honnête, je n’attendais pas grand chose de cet ultime concert, étant venu exclusivement pour la deuxième partie de la soirée. Assister à un récital de variété, comme l’indiquait le programme, ne m’enchantait guère, tant les artistes pratiquant ce genre avaient pu m’en dégoûter au fil du temps. Pour moi, la variété c’est Gérard Lenorman entonnant Le Gentil Dauphin, une chanson que, comme le malheureux cétacé qu’elle met en scène, je n’ai jamais comprise. Inutile de préciser que j’étais moyennement chaud à l’idée de passer une heure et quart avec la petite cousine de l’illustre Bénouvillais, mais comme il pleuvait à moitié dehors, que rester ne nous coûterait pas plus cher et que nous sommes des gens bien élevés, nous ne profitâmes (si si) pas de la pause pour filer à l’anglaise. Et nous fîmes bien.
Car, pour commencer, les textes d’Anouk Aiata se révélèrent, heureuse surprise, de grande qualité. Assez en tout cas pour que je ne maugrée pas dans ma barbe à chaque rime (je tire à vue sur les artistes faisant rimer aime avec poème ou amour avec toujours), ce qui a tendance à arriver assez souvent. Même sur des sujets aussi minés par le conformisme que la lune, les étoiles, les larmes ou les arbres à plumes (j’insiste, c’est très commun les arbres à plumes), le duo Aiata-Mâh réussit à éviter de tomber dans la banalité la plus crasse, performance qui mérite d’être soulignée et applaudie.
Puisqu’on parle de Mr Mâh (Amos de son prénom), je me dois de dire un mot sur la qualité des musiciens accompagnant le tour de chant d’Anouk Aiata. Tous trois virtuoses de leur instrument (violoncelle pour Amos Mâh, guitare acoustique pour Jean-Louis Solans et batterie pour Patrick – désolé, j’ai oublié le nom de famille – ), les joyeux compères justifiaient à eux seuls le prix de la place. Leur chanteuse n’était pas en reste, posant parfaitement sa voix sur les notes de son trio d’anges gardiens avec une légère gouaille évoquant le bon souvenir de la Môme Piaf.
Tout à fait à l’aise dans l’exercice, parfois mal négocié, du meublage d’entre morceaux, elle emporta avec elle un public de toute façon acquis (il n’y a pas de mal à distribuer quelques invitations pour lancer sa carrière) entre l’Espagne, la Californie, la Lune et l’Allemagne (achhh, drei Baudets!). J’ai été tellement plaisamment surpris par ce cocktail détonnant que j’en ai ressorti mon appareil photo pour faire quelques photos floues. C’est peut-être un détail pour vous, mais pour moi (qui sait combien de temps et d’efforts il faut pour allumer la bête) ça veut dire beaucoup.
Avec une confirmation et une belle découverte au menu de la soirée, le tout pour moins de 12 euros et dans une salle intimiste et confortable, cette première sortie aux Trois Baudets a amplement satisfait à nos attentes. Certes, il pleuvait un peu à la sortie (scandaleux!), mais comme 15 centimètre de neige était prévu à Toronto d’après notre source barbue très bien informée, nous eûmes (je persiste et je signe) tôt fait de relativiser ces quelques gouttes. Auf Wiedersehen tout le monde, et sans doute à bientôt. Si le tenancier venait à trouver ma pierre de foyer en passant le balais, dîtes lui de ne pas chercher à me la renvoyer. C’est fait exprès…
BJØRN BERGE @ LA FLÈCHE D’OR (08.04.2013)
Au siècle dernier, la Flèche d’Or était une gare. Une gare dont les trains se dirigeaient vers le Nord, vers Calais, vers Londres, avant de revenir à leur point de départ. Charonne (le nom de la gare en question) a ainsi constitué le point de départ du chemin du Nord pour les Parisiens pendant des années, jusqu’à ce qu’elle ferme ses portes en 1934. Ce lundi 8 Avril, ce même chemin fut à nouveau ouvert, le temps d’un concert, puisque la Flèche d’Or accueillait un artiste de Haugesund, Norvège (littéralement "le chemin du Nord"). Moi, j’aurais tendance à y voir un présage, et un bon.
L‘ouverture de la soirée revint au groupe franco-belge (et non pas norvégien, comme le laissait entendre le site de la Flèche d’Or, sans doute trop heureux de pouvoir ainsi accoler à l’évènement une étiquette thématique) THE RED RUM ORCHESTRA. Contrairement à ce que ce nom Shining-ien pouvait laisser croire, la quintette qui monta sur scène ne le fit pas en brandissant des haches d’incendie et en hurlant "Here’s Johnny!" (dommage, très dommage), mais se contenta de brancher ses instruments pendant que son frontman introduisait l’ensemble auprès d’un public encore assez peu nombreux. Presque au complet (seul Baltazar, le violoniste du groupe manquait à l’appel, absence supplée par le recrutement temporaire d’Anouk, qui pour son premier concert avec le groupe, s’en sortit magnifiquement), les Red Rum livrèrent une bonne demi-heure de pop folk léchée et sympathique, à l’instar du Cold Reading que je vous invite à découvrir un peu plus bas.
.
.
Sympathique, mais pas vraiment mémorable, sauf lors des quelques soli de guitare de Dieter Claus, d’une élégante sobriété. Sans parler d’erreur de casting de la part des programmateurs, on était en droit de questionner leur choix de faire jouer The Red Rum Orchestra en première partie de Bjørn Berge, tant les styles défendus par les premiers et le second différaient. Imaginez Absynthe Minded ouvrir pour Rodrigo y Gabriela, et vous aurez une petite idée de l’ambiance dans la Flèche d’Or pendant les trente-cinq minutes que durèrent le set des Red Rum. Poli comme à son habitude (on a les qualités de ses défauts), le public parisien permit au combo franco-belge de dérouler l’intégralité de sa setlist sans le bombarder de bouteilles de bière (Blues Brothers spirit), et acheta même quelques EP après la fin concert. Restait qu’après cette entrée en matière un peu gentillette, il était grand temps de passer au plat principal, aussi roots qu’une plâtrée de lutefisk servie sur un tranchoir taillé à la tronçonneuse. À table.
Setlist The Red Rum Orchestra:
1)Tender 2)They Don’t Know It Yet 3)Für Nina 4)Book Of Mirrors 5)German Reunification Methods 6)Beg To Differ 7)Cold Reading 8)I’m Deranged
.
BJØRN BERGE est un de ces artistes qui peuvent provoquer une vocation ou l’éteindre à tout jamais. Dans son cas, on parle évidemment de guitare, et alors le monde se divise en deux: ceux qui, à la sortie du concert, se rueront sur leur instrument pour essayer (ha ha) de sonner comme lui, et ceux qui n’oseront plus toucher un manche avant que le souvenir du masterclass délivré par le maître ne se soit pas un peu estompé*. Venu en France présenter son nouvel album, Mad Fingers Ball (qui veut bien dire ce que ça veut dire, dixit l’artiste), avec rien d’autre qu’une chaise, un pédalier et deux grattes, Bjørn Berge est l’un des derniers guitar heroes de notre époque, perpétuant la mémoire et l’héritage des grands techniciens de jadis sans autre accompagnement que le claquement du talon sur la planche de son foot stomp. Un parti pris audacieux, téméraire même, à l’âge du dupstep et de Gangnam Style, et qui a de facto condamné "l’Antipop" à ne tourner que dans des petites salles jamais totalement remplies (et ce fut encore le cas ce soir là à la Flèche d’Or) surtout hors de sa Norvège natale, malgré un talent hors du commun. Si l’industrie musicale était une méritocratie, Bjørn Berge ne jouerait que dans des stades, et comme je n’aurais alors pas les moyens de venir à ses concerts, je ne peux que très égoïstement remercier la majorité de mes contemporains pour leur désintérêt prononcé pour le blues**.
Après s’être décrassé les doigts sur un instrumental en guise d’introduction, Berge entreprit de défendre sa dernière galette en interprétant la moitié de la tracklist de l’album. Alternant entre douze et six cordes selon les morceaux, l’Illustrated Man (en référence à ses nombreux tatouages) régala ainsi son public avec ses nouveaux morceaux, qu’il s’agisse d’originaux (Guts, Meanest Blues In Town) ou de reprises, ou plutôt d’adaptations, tant les versions proposées par Berge dénotent une appropriation pleine et entière des titres "empruntés" par ce dernier. Il faut une certaine audace pour se frotter à Ritchie Blackmore (Hush) et à Jimmy Page (I Can’t Quit You Baby), sans backing band ni électrification. Il faut une bonne dose de talent pour que le résultat tienne sans rougir la comparaison avec les versions originales. Il faut être Bjørn Berge pour dépasser ces dernières, et avec le sourire s’il vous plaît. Pas convaincu? Jugez-en par vous-même:
*: Ah, ce sentiment de nullité qui te submerge quand tu n’arrives pas à enchaîner proprement The House Of The Rising Sun en arpèges quand Bjørn Berge déroule Trains en baillant à moitié…
**: Vous pouvez remettre Fun Radio les gars, j’en ai fini avec vous pour cet article.
.
La présentation de Mad Fingers Ball se doubla d’une petite rétrospective de la conséquente discographie de Berge (13 albums en 19 ans), mélangeant là encore compositions originales et reprises inspirées. Pour les premières, nous eûmes droit à Once Again, Trains et l’incontournable Stringmachine, écrite selon la légende par Bjørn à l’âge de sept ans (right in the childhood, sucker!). Les secondes s’étalèrent du Whipping Boy de Ben Harper au Give It Away des Red Hot Chili Peppers, en passant par le Death Letter de Son House, réintroduit dans le répertoire live de Berge (il l’avait un temps abandonné, trouvant que c’était trop facile à jouer…) après que les White Stripes aient popularisé une version scandaleusement dépouillée de ce classique. Et avec tout le respect que je dois aux mannes de Son House et au talent de Jack White, je dois reconnaître que Berge ne s’est pas vanté quand il a déclaré en introduction qu’il allait jouer la meilleure version au monde de ce morceau, il n’a fait qu’exposer une vérité. Cold fact.
Rappelé des coulisses pour un rappel expéditif (il y avait un autre groupe programmé après lui), Berge conclut son concert par un dantesque Black Jesus, titre du rappeur Everlast parfaitement et totalement bluesillé par notre hôte***. Une guitare dans chaque main, un franc sourire sur les lèvres, l’homme de Haugesund a salué une dernière fois un public conquis avant de quitter pour de bon la scène de la Flèche d’Or. Vivement qu’il revienne.
.
Et c’est ainsi que se termina la soirée, pour nous autres banlieusards en tout cas (Montparnasse-La Flèche d’Or, c’est un peu le Moscou-Vladivostok de Paris, le confort du transsibérien en moins) car les Hi Cowboys étaient en plein préparatifs lorsque nous avons quitté l’ancienne gare de Charonne. Ce n’est que partie remise les gars. Un jour peut-être, je reprendrai ma vieille guitare Lidl (et oui, ils ont fait des guitares chez Lidl) pour voir si je suis encore capable de jouer une version vaguement reconnaissable de A Horse With No Name. En théorie, c’est un des morceaux les plus simples du monde, au moins la rythmique (deux accords de deux cases alternés, et c’est tout). Un jour peut-être, mais pas tout de suite. Vous aurez compris pourquoi...
***: D’ailleurs, je n’ai découvert qu’il s’agissait à l’origine d’un morceau de rap qu’en écrivant ce compte rendu.
Setlist Bjørn Berge:
1)Intro 2)Guts 3)Once Again 4)Honey White (Morphine Cover) 5)Meanest Blues In Town 6)Trains 7)Hush (Deep Purple Cover) 8)Whipping Boy (Ben Harper Cover) 9)Death Letter (Son House Cover) 10)I Can’t Quit You Baby (Led Zeppelin Cover) 11)Stringmachine/Give It Away (The Red Hot Chili Peppers Cover)
Rappel:
12)Black Jesus (Everlast Cover)
W.H.A.T.T. (N.O.W.): SO FAR AWAY FROM ME
Nouveau volet consacré à l’errance de l’auteur de ce blog dans les profondeurs des mondes virtuels, à la recherche des musiques les plus rares et les plus exquises. Chapitre où le lecteur sera dûment chapitré sur l’éventuelle frustration engendrée par cette perpétuelle prospection, et apprendra à évaluer les chances avant de s’engager.
Internet a rendu la chasse aux nouveaux talents musicaux tellement simple et facile qu’il n’est pas rare de se retrouver entiché d’artistes vivant à des milliers de kilomètres de chez soi. L’effervescence perpétuelle de la blogosphère, la mise en place de plateformes d’écoute et de téléchargement à l’offre aussi variée que complète (Deezer, Spotify, Gogoyoko, Lastfm…), le volontarisme des groupes dans la promotion de leur musique (via MSN, Soundclound ou encore Bandcamp, sans oublier les classiques Facebook et Twitter), ainsi que les coups de chance et autres errances heureuses qui sont le lot de tout un chacun sur la toile*, tous ces facteurs concourent à la découverte de talents sans que le facteur de l’éloignement rentre le moins du monde en compte. Il s’agit évidemment d’un privilège très appréciable, et que nos ancêtres mélomanes auraient sans doute rêvé de posséder, mais qui se double parfois de frustration.
En effet, si la musique se dématérialise très bien, n’en déplaise à tous les rigoristes du vinyle, qui préféreraient sans doute se crever les tympans avec le diamant de leur platine plutôt que de subir l’horrible son compressé des MP3, les artistes restent toujours, eux, soumis aux contingences de l’espace et du temps. Cela ne pose pas de problème si l’auditeur se satisfait des performances "surgelées" à sa disposition sur le web, mais si au contraire il éprouve le désir d’entendre de quoi il en retourne en live, l’équation se complique méchamment. On commence à parler de concerts, voire de tournées (peut-être même de tournées internationales, dans le pire des cas), entreprises bien plus coûteuses et compliquées à mettre sur pied qu’un simple enregistrement en studio. Au bout du compte, il faudra se rendre à l’évidence: il y a certains artistes que l’on ne verra probablement jamais sur scène, à moins d’y mettre les moyens** ou de prier quotidiennement pour un miracle (qui sait, peut-être que Richey Edwards donnera signe de vie un de ces jours?).
Et même s’il existe des exceptions, on constate empiriquement que plus la distance entre un fan et son idole est élevée, plus les chances du premier d’assister à un concert de la seconde sont faibles. D’autres facteurs doivent cependant être considérés afin d’établir la prévision la plus précise possible. C’est l’objet de cet article, qui recense quelques uns des paramètres les plus importants à prendre en considération au moment où se pose l’impérieuse question du: "verrais-je un jour X chanter Y sur scène?". Ce qui suit est donc un barème de probabilité, encore assez grossier, mais que j’espère raffiner et compléter au fil du temps. Toute aide ou suggestion de critère(s) omis est la bienvenue. Bonne lecture.
*: Aussi connu sous le nom du syndrome "hé mais c’est pas mal du tout ce truc".
**: Doctrine Lagardère: "si l’artiste ne vient pas à moi, c’est moi qui irait à l’artiste". Ça peut revenir très cher si l’artiste en question est un joueur d’Ocarina domicilié dans l’état brésilien de l’Amazonas.
.
Le premier critère à prendre en compte est aussi trivial que déterminant: l’artiste/le groupe en question est-il toujours vivant/d’actualité? Je ne veux pas jouer les rabats-joie, mais les nouveaux fans de Jimi Hendrix, Etta James ou Jeff Buckley ne devraient pas nourrir trop d’espoir quant à la possibilité d’assister à un show de ces derniers. Fallait se réveiller avant les gars. Côté groupe, une reformation d’Oasis, The Smiths ou Téléphone semble également improbable, même si tout reste possible du moment qu’aucun des membres du combo en question n’a encore passé l’arme à gauche. Pour les Beatles, Cream ou Pink Floyd, en revanche, ça risque d’être compliqué…
En bref: Il n’y a rien de plus rédhibitoire que la mort ou un conflit d’ego en ce qui concerne la tenue d’un concert. Et si les hologrammes peuvent ressusciter nos chers disparus, je ne suis pas sûr que de telles pratiques "nécrommerciales" doivent être cautionnées.
.
Si la cible n’est pas morte/dissoute, la prochaine étape est de se renseigner sur son activité musicale. Si vous avez de la chance, cette dernière justifiera une tournée prochaine, qu’il s’agisse de défendre un nouvel album, ou (dans le cas des vieilles gloires sur le déclin) de célébrer l’anniversaire d’un disque particulièrement marquant (35 ans pour Rumours? Tournée mondiale!) ou tout simplement la longévité d’une carrière (50 pour les Stones? Tournée mondiale!). Si rien n’est prévu pour le moment, ne désespérez pas: un album est peut-être en préparation, ou une date significative s’approche sûrement.
En bref: Les artistes sont des gens normaux, qui ont besoin de gagner leur croute. Seule une minorité d’entre eux peut se permettre de vivre de ses rentes, les autres devant travailler pour subvenir à leurs besoins. Cela signifie enregistrer des disques et en faire la promotion, ce qui passe normalement par des concerts. Si vous avez raté la dernière tournée, attendez la prochaine.
.
Une fois résolues ces questions générales, il est temps de se pencher sur le parcours de la cible. Même si le passé ne conditionne pas totalement l’avenir, et qu’il y a des débuts à tout, une rapide recherche sur quelques points ciblés permet généralement d’affiner le tableau, et de dégager des facteurs encourageants ou rédhibitoires quant à vos chances d’assister à un concert. Par exemple, il est intéressant de savoir combien d’albums a sorti la cible, car un artiste n’ayant qu’un EP de trois reprises à son actif n’aura simplement pas assez de matériel pour se produire sur scène, tandis qu’un autre avec cinq disques au compteur n’aura évidemment pas ce genre de problèmes.
Le nombre de tournées précédentes est également une information précieuse, particulièrement s’il est possible de connaître l’amplitude de ces dernières (locales, régionales, nationales, continentales, internationales). Plus un artiste a tourné, plus il a voyagé loin de sa base par le passé, et plus les chances sont grandes pour qu’il passe pas loin de chez vous la prochaine fois*.
Dernier point à éclaircir: la cible est-elle déjà venue dans votre pays (ici, la France) par le passé? Si oui, cela veut dire qu’elle ou son management est entré en relation avec des salles et des tourneurs, contacts qui faciliteront son éventuel retour. Vérifiez tout de même que rien de fâcheux ne lui soit arrivé la dernière fois qu’elle est venue par chez vous, certains artistes ayant la rancune tenace envers les publics les ayant mécontentés.
En bref: Les artistes expérimentés et baroudeurs sont ceux qui ont le plus de probabilité de venir jouer pas loin de chez vous. Les jeunes pousses préfèrent généralement (et c’est compréhensible), faire leurs premières armes près de chez eux. Si vous habitez près de chez eux, c’est le jackpot, sinon… attendez qu’ils grandissent.
*: Pas mal de groupes ou d’artistes américains ont la sale manie de se contenter de tournées nord-américaines, quand bien même ils disposent d’une notoriété suffisante pour sillonner l’Europe.
.
Autre critère déterminant: le soutien dont la cible bénéficie, ou pas, de la part de professionnels du monde de la musique. Planifier une tournée tout seul dans son coin est une entreprise ingrate, longue et harassante, et c’est bien pour ça qu’il existe des professionnels rémunérés pour s’occuper de cette corvée. Un artiste ou un groupe signé par un label bénéficiera généralement d’une aide de ce dernier pour organiser ses concerts, ce qui est évidemment bénéfique pour vous. Les indépendants devront faire sans, et les résultats en terme de tournée risquent de s’en ressentir.
En bref: Avoir un label, et mieux, un manager attitré, permet de tourner plus facilement. Certains artistes ont le courage et la patience de monter une tournée de manière indépendante (Austra, par exemple), mais le résultat sera presque toujours plus modeste que celui permis par l’aide d’un pro.
.
En matière de tournée, il n’y a pas de détails insignifiants ni de petits profits, en particulier pour les artistes débutants, pour qui partir sur les routes constitue toujours une aventure humaine et un pari financier. Cela nous force à nous pencher sur des points que l’on pourrait considérer comme triviaux, mais qui ne le sont pas du tout.
Par exemple: combien de personnes sont nécessaires à la bonne tenue d’un concert? On parle ici aussi bien des musiciens qui seront sur scène que des techniciens qui leur permettront de jouer, du chauffeur qui les amènera sur place, du manager qui règlera les questions pratiques inhérentes à ce genre d’évènement et fera l’interface avec les organisateurs, du cuisinier qui préparera le repas… et on peut continuer encore longtemps.
La règle ici est la suivante: moins ce chiffre est important, mieux c’est, car les coûts en seront réduits d’autant. Le must absolu en la matière étant le one-man band voyageant seul avec sa guitare et sa valise, et qui pourra donc partir en tournée internationale pendant huit mois pour le coût d’un seul concert de Lady Gaga. À l’inverse, n’espérez pas trop que ce prometteur (comprendre, quasi-inconnu) septuor repéré sur le net il y a quelques temps traverse l’océan qui vous sépare à très court terme. Ça leur reviendrait sans doute trop cher, pour des retombées financières et médiatiques plus qu’incertaines.
En bref: Voyager coûte cher. Voyager en groupe et avec des instruments coûte très cher. Prenez ça en compte.
.
On ne peut pas clore le chapitre du voyage sans prendre compte le facteur de la distance. La règle générale est bien sûr celle du "plus c’est loin, plus c’est cher", mais il est possible de raffiner un peu plus cet axiome. Le moyen de transport utilisé a ainsi une forte incidence, l’avion coûtant beaucoup plus cher que le train ou le bon vieux van, et cela explique pourquoi les tournées mondiales sont l’apanage des artistes les plus établis et/ou les plus à l’aise financièrement parlant.
Fort heureusement pour nous autres Européens, la qualité et la densité des infrastructures de transports du continent permettent de limiter les coûts de déplacement, ce qui autorise même de "petits" groupes ou artistes à s’embarquer dans des tournées continentales sans devoir braquer une banque au préalable. C’est déjà plus compliqué pour les musiciens nord-américains de se produire dans le Vieux Monde, même si beaucoup d’entre eux franchissent néanmoins le pas dès qu’ils en ont les moyens. Les Sud-Africains, Australiens et Néo-Zélandais sont confrontés au même problème (et ça leur coûte encore plus cher de venir), et prennent souvent la décision de se relocaliser aux USA ou en Europe dès qu’ils en ont les moyens pour réduire leurs frais. Restent l’Amérique du Sud, l’Afrique, le Moyen-Orient et l’Asie, dont les artistes tournent généralement au niveau national, régional s’ils sont assez connus, mais ne viennent pratiquement jamais par chez nous. Un jour, peut-être…
En bref: Qui veut voyager loin doit en avoir les moyens. Et les musiciens ne roulent généralement pas sur l’or…
.
Après avoir évoqué la question de la distance, passons à celle de la langue. On a beau vivre dans un monde de plus en plus mondialisé, la plupart des gens ont des goûts très locaux en matière de musique. Est-ce une question de sonorité, d’habitude, ou bien le besoin de comprendre (même partiellement) de quoi l’artiste parle dans ses textes? Toujours est-il que nous préférons en général écouter des chansons écrites dans la langue que nous parlons tous les jours, l’anglais, de part son statut particulier, étant également toléré. En clair, cela veut dire que les groupes francophones ne jouent (généralement) que dans des pays francophones, les hispanophones dans les pays hispanophones, les germanophones en Allemagne, Autriche et Suisse, etc… Il n’y a que les artistes anglophones qui s’exportent réellement partout, ou au moins dans l’aire d’influence du monde occidental. N’espérez donc pas trop que le combo finlandais chantant en langue Sami que vous avez découvert à la suite d’un trek en Scandinavie vienne un jour tourner en France, sauf invitation expresse de la salle Pleyel (on peut ranger cette possibilité dans la catégorie des miracles). Déjà que Kaizers Orchestra boude l’Hexagone*…
En bref: À part quelques rares exceptions (Ramstein, Sigur Rós, et c’est à peu près tout), les artistes qui font des tournées en France chantent en français (et toutes les langues régionales pratiquées dans notre beau pays) ou en anglais.
*: Les textes de Janove Ottesen, le chanteur du groupe, sont écrits en dialecte Jæren (une variante régionale du norvégien), ce qui ne les a pas empêché de réaliser plusieurs tournées européennes et de jouer devant des publics qui n’ont sans doute pas compris un traître mot de la soirée. Le fait que les Kaizers aient donné des concerts en Allemagne, Autriche, Suisse et Belgique au cours des dernières semaines, sans rien prévoir pour la France, en dit long sur la réputation de snobisme que nous devons avoir à l’étranger.
.
Dernier critère à prendre en compte, mais non des moindres: la renommée de la cible dans le pays que vous espérez qu’elle visite. Certains artistes sont connus aux quatre coins de la planète, d’autres n’ont jamais joué en dehors de leur chambre, et entre la gloire internationale et l’anonymat le plus complet on dénombre une infinité de statuts, depuis la gloire locale jusqu’à l’idole des maisons de retraite, en passant par le vedettariat national ou encore la reconnaissance du "milieu".
La tournée étant, comme on l’a dit plus haut, une opération coûteuse, il n’est guère surprenant que les musiciens cherchent à minimiser les risques en jouant en priorité dans les zones où ils s’attendent à être bien reçus, autrement dit, celles où ils ont vendu le plus d’albums ou rempli le plus de salles lors de tournées précédentes. Bien souvent, il s’agit de leur région/pays d’origine, mais pas toujours*. Concurrence exacerbée et crise économique obligent, l’époque où les artistes pouvaient se permettre de partir en tournée afin de conquérir de nouveaux publics, jusque là restés insensibles à leurs charmes, est aujourd’hui révolue.
En clair, si vous pensez que vous êtes la seule personne à avoir reconnu l’immense talent de X à l’échelle de votre pays, vous devrez sans doute prendre votre mal de live en patience, et attendre que les médias locaux réalisent à quel point X est génial. Avec un peu de chance, le management de X aura vent de la nouvelle célébrité de son poulain, et l’enverra faire quelques concerts pour consolider sa réputation. Vous savez ce qu’il vous reste à faire…
En bref: Les artistes ne se déplacent que rarement en terrain inconnu (c’est moins vrai pour les artistes débutants, que personne ne connaît de toute façon).
*: Sixto Rodriguez est la preuve vivante (bien que plus très vaillante) que l’on peut rater misérablement sa carrière nationale et triompher à l’étranger. Dommage qu’il n’ait eu vent de son statut d’icône absolue en Afrique du Sud qu’une fois atteint l’âge de la retraite.
.
Comme le disent si bien les Directioners et Beliebers entre deux crises d’hystérie, tout le monde devrait avoir la chance de voir ses idoles sur scène. Malheureusement, les choses sont rarement aussi simples, et la patience des fans n’est pas toujours récompensée. Avec l’aide des critères listés ci-dessus, il est toutefois possible de déterminer avec une précision quasi-scientifique* les chances pour qu’un artiste donné passe à un endroit donné. Faîtes en bon usage, et souvenez-vous que les chances pour qu’une chorale de gamins des rues de Kampala se produise un jour dans la banlieue d’Angoulême sont pratiquement égales à celles de voir débarquer une troupe de mime Inuit dans la salle des fêtes d’Oulan-Bator. C’est dit.
*: les qualificatifs mensongers présents dans cet article n’engagent que les lecteurs assez crédules pour les prendre pour argent comptant.
OF MONSTERS AND MEN @ LE TRIANON (12.03.2013)
Qu’est-ce qui est blanc, qui tombe du ciel, et qui peut causer une pagaille sans nom: A. De la neige B. De la cendre volcanique C. Des ours polaires zombies D. Le Pape? Si vous étiez dans les alentours de Paris ce mardi 12 Mars 2013, c’était sans doute la question à un million d’emmerdes. L’impitoyable zèle du général hiver a plongé le Nord-Ouest de la France dans la consternation en même temps qu’il recouvrait l’ensemble d’une épaisse couche de puff. Sortez les peaux de phoque. Victimes collatérales de cette brève ère glaciaire, usagers du RER, chauffeurs de poids lourds et possesseurs de billets pour le concert des Killers au Zénith de Paris se retrouvèrent comme deux ronds de flan (à la noix de coco le flan, question de dress code). Bref, ce fut sans doute le plus blanc des mardis noirs qui nous fut infligé cette semaine, et par solidarité, je m’abstiendrai de faire la moindre blague quant à la frilosité du quatuor de Las Vegas, apparamment plus Battle Born que weatherproof *.
J’en rigole aujourd’hui, mais sache ami lecteur que je n’en menais pas large le jour même, en grande partie passé à actualiser les pages d’accueil du Trianon et du Transilien, en croisant les doigts pour que les nouvelles tant redoutées ne tombent pas. À quoi ça tient d’assister à un concert dans des moments pareils, hein? Et bien, à pas grand chose, mais ça a tout de même tenu, et je peux donc vous narrer par le menu le récit de la soirée islandaise qui se déroula boulevard de Rochechouart ce fameux mardi. Þriðjudagur en VO.
*: Une seule, c’est pas la mort tout de même.
Tout commence par une bonne heure d’attente devant le Trianon, coincé avec une poignée d’early-comers entre l’énorme bus de tournée des monstres de Reykjavík et les portes vitrées de la salle, fièrement ornées d’un programme trimestriel aussi généreux en têtes d’affiche qu’en fautes d’orthographe. Ce fut donc avec une gratitude non feinte que notre petite bande accueillit l’ouverture avancée des lieux, qui permit à tout le monde de patienter au chaud et au sec l’arrivée des artistes. Entre le mini-drapeau islandais surmontant la grosse caisse tricolore d’Arnar et la paire dragon-panda montant la garde sur l’ampli retour de Brynjar, la scène comportait son lot de décorum exotique et impénétrable à nous pauvres profanes, mais la palme du bizarre revint sans l’ombre d’un doute à l’étrange machine déployée aux avants-postes de l’estrade: depuis la fosse, ça ressemblait fort à une minuscule table de mixage surmontée de deux pupitres à iPad. Une bien piètre description de ce qui se révéla être, mais oui, l’infamous Muginstrument, ou, pour donner à la bête son nom savant, le Mirstumenti.
Quand MUGISON (barbe jauressienne et costume chocolat) entra en scène, on ne sut trop bien d’abord s’il s’agissait d’un roadie très bien habillé ou de la première partie du concert. Il fallut que le staff consente à baisser l’éclairage jusqu’au point où le public devient attentif pour que la foule penche définitivement pour la seconde proposition. Il faut dire qu’Örn Elías Guðmundsson (il a bien fait de raccourcir je trouve) n’est pas encore très connu hors d’Islande (où il ne peut pas apparemment pas accorder sa guitare dans son garage sans recevoir dans la foulée le trophée du meilleur album de l’année), ce qui constitue une des innombrables injustices de l’existence. Avec dix ans de carrière, cinq albums, trois bandes-originales et un festival* au compteur, Mugison est l’un de ces OVNIs musicaux que l’on pourrait rater pendant toute sa vie, faute d’une exposition médiatique suffisante, mais que l’on ne peut facilement oublier une fois rencontré.
Son set débuta par un petit masterclass de Mirstumenti, affectueusement surnommé "art school shit" par son co-créateur. Malgré un design encore un peu brut de décoffrage, la bête se montra capable d’étonnantes prouesses soniques, évoquant par moments les mannes d’un orchestre d’harmonie (Poke A Pal), et par d’autres l’esprit baroque d’un ost de synthétiseurs (Jesus Is A Good Name To Moan, The Deer). Une excentricité tout à fait fonctionnelle (et c’est déjà pas mal), qui fut pourtant abandonnée après trois morceaux, Mugison cédant alors aux attraits rustiques d’une bonne vieille guitare sèche afin de mieux hurler le blues qui encrassait déjà sa voix lors son ouverture artistico-conceptuelle. Beuaaaargh.
Peut-être rassuré par cette approche plus terre à terre, le jusque là très poli public du Trianon décida rapidement de seconder l’intrépide islandais dans son numéro de blues shouter. Cela commença par quelques timides claquements de mains sur I Want You, histoire de marquer la cadence, et se transforma en furieux "singing/swinging" hurlés à pleins poumons par un bon millier de Frenchies remontés comme des coucous. Mugison tint alors à nous décerner le titre de meilleur public de la planète, ce qui est toujours agréable. Un morceau de heavy metal acoustique (si si, avec du grunt et tout) et un furieux Murr Murr plus tard, et il fut déjà temps pour le fils Muggi de prendre congé. Une vraie belle découverte, et un artiste à ne pas rater la prochaine fois qu’il posera le trépied du Mistrumenti par chez nous.
*: Et pas n’importe quel festival: le festival le plus inaccessible d’Islande (ce qui le place en bonne position dans la catégorie des festivals les plus inaccessibles au monde). Comptez 7-9 heures de route depuis Reykjavík pour arriver sur place. Pas de balance ni de soundcheck une fois sur place: tu te branches et tu joues 25 minutes. Et comme il n’y a pas d’hôtel, il faut connaître quelqu’un sur place pour passer la nuit. Une pure merveille. Ça s’appelle l’Aldrei Music Festival, et cette année, ça tombe les 29 et 30 Mars.
Setlist Mugison:
1)Poke A Pal 2)Jesus Is A Good Name To Moan 3)The Deer 4)I Want You 5)The Pathetic Anthem 6)Sweetest Melody 7)Two Thumb Suck’n Son Of A Boyo 8)Murr Murr
.
Ce fut sur les chœurs de l’armée rouge, ou quelque chose dans le style, que les OF MONSTERS AND MEN firent leur entrée sur scène. Sept jeunes gens aux patronymes interminables, engagés dans une tournée mondiale pour défendre leur premier opus, My Head Is An Animal, et de retour en France après un passage au Nouveau Casino et à Rock en Seine l’année dernière. Quelques mois qui auront suffi à faire évoluer le statut du groupe de révélation indie à tête d’affiche internationale, grâce à une poignée de singles irrésistibles et une image de band next door judicieusement utilisée. L’ovation réservée par la foule à la troupe de Reykjavík confirma d’entrée de jeu à cette dernière qu’elle allait évoluer en terrain conquis, et ce fut donc en toute confiance que les guitares de Nanna et Raggi donnèrent le coup d’envoi du show, qui débuta comme l’album par la fable naïve Dirty Paws. Premiers "hey!", premiers "lalala" de la soirée, et premières communions avec le public, bien moins timide que lors du set de Mugison. Un bon début.
From Finner donna ensuite une première occasion à Arnar, frangé comme spin-off de Roger Daltrey, de s’illustre derrière ses fûts. Le Slow And Steady qui suivit permit à Nanna de vérifier la grande docilité des spectateurs, qui ne se firent pas prier pour soutenir la rythmique du morceau, et à mains levées s’il vous plaît. Après cela, la participation massive et enthousiaste de la foule au refrain de Mountain Sound était une affaire entendue, d’autant plus que le Trianon avait semble-t-il potassé les paroles avant de venir. Good guys. Première accélération à laquelle succéda un morceau plus posé, le mélancolique Your Bones. Vous ai-je déjà dit que Raggi a une des plus belles voix du monde? Si ce n’était pas le cas, c’est maintenant fait, dommage que son micro ait éprouvé quelques difficultés à couvrir l’accompagnement fourni par le reste du groupe. Arrivés à la moitié de leur set, les Monsters s’autorisèrent une petite digression, la seule de la soirée, en reprenant le Skeletons de Yeah Yeah Yeahs, autre ensemble peu avare en chorus aussi simples qu’entraînants.
.
Le morceau qui suivit fut précédé d’un petit exercice de traduction à la simplicité trompeuse. Car s’il n’est pas nécessaire d’être grand clerc pour établir que "love" se dit "amour" en français, il est en revanche assez compliqué de corriger la prononciation légèrement défaillante d’une étrangère quand vos huit cents voisins essaient de faire de même au même moment. Mais tout finit par rentrer dans l’ordre, et Nanna put donc annoncer dans un français impeccable qu’elle s’apprêtait à interpréter la chanson Amour Amour Amour. Pour les lecteurs non familiers avec le répertoire d’OMAM, je précise qu’il s’agit du morceau le plus dépouillé de l’album, une ballade guitare-voix à peine rehaussée de quelques nappes d’accordéon et phrases de piano. L’ambiance aurait donc du être au recueillement et à l’introspection pendant les quelques minutes nécessaire à l’exécution de la pièce. Malheureusement, le dieu des télécoms (connu pour son douteux sens de l’humour) en décida autrement*. Dommage.
Passé ce moment de grâce acoustique mort-né, le set donna de plus belle dans les hymnes fédérateurs, domaine dans lequel Of Monsters And Men bénéficie d’une expertise certaine. King And Lionheart d’abord, puis une version allongée Lakehouse (sponsorisée par Guy Hoquet Immobilier), avant que ne retentissent sans crier gare les premiers accords de Little Talks, qui amenèrent naturellement la salle au point d’ébullition en cinq dixièmes de seconde. La trompette de Ragnhildur eut enfin l’occasion de briller, après trois quart d’heure de travail de fond, et son solo enjoué constitua sans doute l’apogée festive de la soirée. Il échut ensuite à Six Weeks, adaptation islandaise du Wake Up d’Arcade Fire, de refermer le concert proprement dit. La petite troupe quitta la scène sous les ovations du public, pour mieux revenir une minute plus tard afin de tirer ses deux dernières cartouches.
*: Il y a des jours où je me demande pourquoi on a pris la peine d’inventer le mode vibreur et le répondeur.
.
Ce fut Sloom, élégie pleine d’amour familiale ("mon père, ma mère, mes frèreszémésoeurs, woho…") qui ouvrit ce bal des terminantes. Puis, comme pour faire de nouveau écho à la tracklist de My Head Is An Animal, vint le tour de Yellow Light, conclusion d’un album et d’une soirée tous deux forts réussis. Derniers "lalalalalala" repris en chœur, derniers motifs de trompette, dernière communion avec le public… et c’en fut cette fois bien fini. Brynjar s’extirpa de la fosse après un ultime bain de foule et rejoignit le reste de la troupe pour saluer un Trianon tout simplement heureux. Sjáumst seinna!
De retour à l’air libre, chacun se débrouilla comme il put pour rentrer chez lui malgré la neige. Pour un peu, on aurait remercié la météo d’avoir joué la carte islandaise jusqu’au bout. Avant d’arriver à la gare, au moins. Hasard du calendrier, le prochain concert parisien des OMAM (à l’Olympia, le 25 Juin prochain) tombera encore un mardi. Faut-il y voir un signe, et se préparer à aller Boulevard des Capucines en traîneau à chiens, malgré la date estivale de l’évènement? Qui peut dire? Je serais vous, je garderai une petite laine en réserve, juste au cas où…
.
Setlist Of Monsters And Men:
1)Dirty Paws 2)From Finner 3)Slow And Steady 4)Mountain Sound 5)Your Bones 6)Skeletons (Yeah Yeah Yeahs’ cover) 7)Love Love Love 8)King And Lionheart 9)Lakehouse 10) Little Talks 11)Six Weeks
Rappel:
12)Sloom 13)Yellow Light
W.H.A.T.T. (N.O.W.): SETLISTS
J‘avoue volontiers être assez fétichiste en matière de concerts. À mes yeux, ces évènements sont bien plus que des occasions d’entendre jouer de la musique en live: au delà de cet aspect purement factuel (et déjà très plaisant, pour peu que l’on aime ce que l’on entend), le concert est une célébration festive, un creuset d’émotions et de tensions, tant pour le public que pour les artistes, un rituel aux règles tacites et au cérémoniel étudié, une expérience dont on ne peut jamais savoir comment elle va se dérouler et se finir. Une fois qu’on a eu la chance de vivre un très bon concert, un de ceux dont le souvenir vous restera jusqu’à la fin (ou jusqu’au stade avancé d’Alzheimer), il est difficile de se passer de cette sensation enivrante que procurent ces rencontres mystiques. Une forme d’addiction comme une autre, somme toute.

Ce qu’il y a de bien avec ce type de drogue, c’est que l’on n’a que l’embarras du choix question salle de shoot (bien sûr, il faut être Parisien).
Le fétichisme confessé ci-dessus s’exprime de différentes manières. Dans un premier temps, j’ai commencé par conserver tout ou partie des billets d’entrées des concerts et festivals auxquels j’avais participé, trophées de papiers soigneusement punaisés sur un mur de ma chambre (et dont je suis tellement fier qu’ils me servent en outre de fond d’écran pour ce blog). D’un coup d’œil, je peux ainsi embrasser la totalité des shows auxquels j’ai assisté depuis maintenant cinq ans, et même si les plus anciennes de ces reliques ont été complètement recouvertes par leurs consœurs plus récentes, je ne connais pas plus sûr moyen de chasser un coup de cafard passager.
Un peu plus tard, je me suis mis à prendre des photos des concerts, là encore pour le simple plaisir de "revivre" par procuration ces instants mémorables, mais que l’on oublie malheureusement trop vite (tu parles d’un paradoxe). À l’époque, je ne pensais pas le moins du monde rendre ces clichés (d’une qualité douteuse pour l’écrasante majorité d’entre eux) publics par le biais d’un blog. L’objet numérique sur lequel vous faîtes actuellement escale (merci à vous) doit lui aussi son existence à ma volonté de faire perdurer le souvenir de ces moments magiques. J’avais déjà des images, mais ce n’était pas, ce n’était plus suffisant. Il me fallait quelque chose qui me permette véritablement de me ré-immerger dans le passé, et ce quelque chose fut l’écriture de comptes-rendus et autre live-reports, si possibles agrémentés de vidéos et/ou d’enregistrements réalisés sur place. Qu’est-ce qu’on ne ferait pas pour être sûr de ne jamais oublier!
Et puis, à côté de tout ça, il y a un dernier type de souvenir que je collectionne, et auquel je tiens tout particulièrement: les setlists. Je suppose que je ne suis pas le seul à avoir développé cette lubie bien bénigne (je ne suis pas du genre à me battre pour en rajouter une à ma collection: l’occasion fait le larron), et que beaucoup d’entre vous ont déjà emporté avec eux un de ces bouts de papier, sans trop savoir quoi en faire après coup. Il faut bien se rendre à l’évidence: la valeur d’une setlist est purement sentimentale, à moins d’avoir un besoin urgent de papier pour écrire la liste des courses ou pour faire démarrer un barbecue. Les miennes sont rangées dans une pochette sur mon bureau, et plus encore que les restes de ticketnets et de bracelets de festivals, elles me relient au jour où je les ai ramassées (my prrrrrecioussss). Après tout, elles étaient là aussi, en plein cœur de l’action, et s’il y a bien quelque chose d’imprégné de l’essence du concert en question (si on croit à ces choses là), c’est la setlist du show.
Ce qui suit est donc une petite réflexion sur l’objet setlist, sur ce qu’il représente à mes yeux et pourquoi je le tiens en si haute estime. Continuez à lire, la suite est encore plus drôle.
.
Les différents types de setlists
Je ne peux commencer autrement que par la distinction entre les différents types de setlists. À ceux qui considèrent qu’elles se valent toutes, j’opposerai donc un déni catégorique accompagné d’un sourire en coin goguenard. Le collectionneur a en effet vite fait d’apprendre que certaines setlists ont (à ses yeux tout du moins) plus d’intérêt que d’autres. Pour faire simple, le monde des setlists se divise en deux catégories: les manuscrites (glop glop) et les imprimées (moins glop glop).
Comme leur nom l’indique, les setlists manuscrites ont été rédigées par l’artiste en personne avant de monter sur scène, tandis que leurs consœurs imprimées ont été finalisées via un ordinateur. Au delà de toute autre considération, on peut donc affirmer que les premières sont des objets véritablement uniques, tandis que les secondes peuvent être reproduites à l’identique à l’infini (et le seront sûrement en plus ou moins grandes quantités, voir plus bas). Il n’est donc pas interdit de faire le rapprochement entre setlists et autographes pour évaluer la valeur relative de l’objet collecté après le concert: c’est la singularité de l’artefact qui détermine sa cote. Partant, une setlist manuscrite constitue un must absolu pour l’aficionado (on peut même la considérer comme un super autographe), alors qu’une setlist imprimée voit son intérêt grandement minoré.
.
Ce que l’on peut apprendre d’une setlist (outre les titres joués durant le concert, bien sûr)
Comme exposé plus haut, cette démarche n’a de sens que si on attache une importance particulière à la musique live. Avoir une âme de collectionneur est également un prérequis important, car on parle bien ici de recueillir le plus de setlists possibles, et pas seulement celles utilisées par nos artistes préférés. Mais plus que tout, se lancer dans cette activité est révélateur d’une véritable curiosité envers la mécanique et la genèse d’un concert. Il n’y a en effet rien de plus révélateur à ce sujet qu’une setlist, pour qui veut bien prendre la peine de l’étudier à fond.
SETLISTS IMPRIMÉES
Sans doute les moins instructives, du fait de leur "perfection" formelle. Il est tout de même possible d’en tirer des informations intéressantes.
1) Caractéristiques générales: Imprimer une setlist indique une volonté de planification et de contrôle de la part de l’artiste, la preuve qu’il/elle s’est penché(e) sur cette question suffisamment à l’avance pour disposer d’un support réalisé à l’aide d’un ordinateur. Cela peut également supposer qu’il prévoit d’utiliser la même setlist pour plusieurs concerts d’affilée, auquel cas il est évidemment plus pratique de ne pas être obligé de réécrire la même liste chaque soir*.
2) Type et taille de police utilisés: Une setlist devant être aisément déchiffrable par les musiciens sur scène (un endroit souvent chichement éclairé et parfois enfumé, ce qui ne facilite pas la prise d’informations, surtout quand on est stressé et que la sueur vous dégouline sur le visage), il n’est pas étonnant que la plupart de ces derniers optent pour une police sans fioritures**, taille 32 ou supérieure. Les plus myopes poussent la sécurité jusqu’à tout écrire en majuscules et en gras, pour être sûrs. Toute "déviance" à ce chapitre est révélatrice d’un souci du détail inhabituel.
3) Mise en page: Là encore, c’est le caractère pratique qui l’emporte la plupart du temps, ce qui entraîne une disposition en colonne des plus classiques. Habituellement, les setlists sont alignées à gauche, comme c’est la norme pour les textes occidentaux. La setlist de First Aid Kit (voir ci-dessus), parce que centrée, constitue une exception intéressante, en cela que l’aspect esthétique semble avoir été pris en compte au moment de la conception.

Finalement, on ne fera pas ‘The Wrench’ et ‘What We Don’t Talk About’ (dommage!). Notez aussi que tous les titres ont été scrupuleusement retranscrits, à la virgule près (quitte à changer de police pour faire rentre ‘You Only Went Out…’ sur la feuille).
4) Détails et fioritures: La grande majorité des setlists imprimées comportent des ajouts que l’on pourrait qualifier de purement cosmétiques, car n’apportant pas d’informations utiles à la bon déroulé du concert. Dans le désordre, on peut ainsi trouver: le nom de l’artiste/groupe (au cas où il(s) l’oublierai(en)t?), celui de la salle dans laquelle il(s) joue(nt) (toujours pratique pour s’adresser au public sans commettre d’impairs), la date du concert (pour servir d’alibi, le cas échéant?)… Certains vont encore plus loin dans les détails, en signalant par exemple les tonalités et les éventuelles reprises. Personnellement, j’y vois la volonté d’exorciser une nervosité certaine, en parant d’avance aux problèmes les plus improbables (quel guitariste pourrait oublier le capo sur ses propres chansons, qu’il a certainement joué des dizaines de fois avant le concert?). Une sorte de mantra d’apaisement couché sur le papier en quelque sorte.
5) Rajouts de dernière minute: L’ennui avec les setlists imprimées, c’est que l’on ne peut pas les modifier une fois sorties. Toute modification de dernière minute (le plus souvent, un caviardage appuyé) se voit donc comme le nez au milieu de la figure. Comme impression = volonté de contrôle, ces éditions précipitées témoignent toujours d’un imprévu fâcheux et sûrement générateur de stress pour les musiciens.
*: Les Triggerfinger, lors de leur concert au 114 le 6 Mai 2012, avaient ainsi apporté avec eux une belle liasse de setlists. Un show ordinaire le jour de l’élection d’un président normal, les choses sont bien faites.
**: J’attends encore de tomber sur une setlist rédigée en Wingdings. Ça, ce serait un vrai collector.
.
SETLISTS MANUSCRITES
C’est le moment où le graphologue qui se cache en chacun de nous fait surface, pour tenter d’interpréter le moindre indice laissé sur le précieux bout de papier ramassé à la fin du concert. Les Sherlock Holmes en herbe s’intéresseront en outre à la provenance dudit bout de papier, qui apporte lui aussi son lot d’informations.
1) Caractéristiques générales: Si le recours à l’impression suppose rigueur et organisation, la rédaction manuscrite ne rime cependant pas obligatoirement avec désinvolture et précipitation… même si c’est parfois le cas, en ce qui concerne la forme tout du moins. En effet, j’ai du mal à m’imaginer qu’un artiste (sauf Pete Doherty, à la limite) puisse arriver sur le lieu du concert sans avoir la moindre idée de ce qu’il va interpréter à son public: il/elle a sûrement déjà une idée bien précise du déroulé du show, mais n’a pas juste pas jugé bon de la finaliser longtemps à l’avance. Peut-être qu’écrire la setlist fait partie intégrante de son rituel de préparation, et qu’il n’est donc pas concevable pour lui/elle de l’imprimer bien à l’avance.
2) Écriture: Même s’il n’est guère possible de pousser l’étude très loin sans posséder la formation adéquate, les amateurs éclairés que nous sommes peuvent toutefois produire quelques educated guesses. Il est ainsi possible d’affirmer si le rédacteur était calme (lettres bien nettes, mise en page régulière) ou nerveux (écriture peu régulière, traces de reprises), prévoyant (écriture bien lisible, même de loin) ou distrait (écriture "normale" cursive, pas très lisible dans les conditions du live), au moment de l’écriture.
3) Papier (et stylo) utilisé(s): Dans la majorité des cas, les setlists manuscrites présentent des traces de déchirures, qui témoignent du peu d’intérêt porté par leurs auteurs à la provenance du papier utilisé. Une page de cahier ou de carnet fait généralement l’affaire, et tant pis si le rendu visuel est franchement cheap. Ce n’est qu’une setlist après tout! Le papier n’est cependant pas toujours de qualité inférieur, ce qui indique souvent que l’artiste a apporté avec lui/elle de quoi réaliser sa setlist. Il est encore plus ardu de tirer quelque chose du type de stylo utilisé, sauf si ce dernier est vraiment caractéristique. Cependant, il est possible de voir si ce stylo a été emprunté à quelqu’un d’autre (dans ce cas, l’écriture sera moins fluide). Vous vous demandez sûrement à quoi tout cela peut servir. La réponse est: à rien.
4) Titre des morceaux: Ils sont bien plus souvent abréviés ou tronqués sur les setlists manuscrites que sur leurs contreparties imprimées. Utiles pour savoir comment l’artiste ou le groupe désigne ses compositions "dans l’intimité". Si vous êtes vraiment chanceux, vous aurez même en avant première le titre de chansons pas encore officiellement sorties.
.
To Have Setlists Or Not To Have Setlists?
Terminons notre propos par l’évocation de ces artistes à part, qui n’utilisent pas de setlists durant leurs concerts. Plusieurs raisons à cela, la première et la plus évidente étant qu’ils n’en ont pas besoin, puisqu’ils jouent toujours leurs chansons dans le même ordre. Autre explication possible: ils improvisent le déroulé du show morceau après morceau. Il va sans dire que ce parti pris exige des musiciens une adaptabilité et un niveau d’excellence supérieur à la moyenne (Frank Zappa avait l’habitude de procéder de la sorte, et demandait donc à son backing band de connaître une centaine de morceaux dans lesquels il piochait pendant les concerts). C’est évidemment plus facile dans le cas où l’artiste est seul en scène*.
*: On peut alors se demander pourquoi certains artistes seuls en scène ont malgré tout une setlist… Encore une fois, je pense que cela leur permet de se rassurer.

"Hé, les gars, si je vous disais que je vous vire tous parce que vous n’êtes pas assez bons pour jouer ma musique…"
.
Au fond, une setlist est bien peu de chose. Quelques mots sur une feuille de papier, qu’un roadie finira par jeter à la poubelle après la fin du concert la plupart du temps. Triste et misérable fin pour un objet qui était pourtant si important quelques minutes auparavant, au point que sa disparition pouvait tout bonnement interrompre le show. Les préserver de ce destin ignominieux est ma façon de dire aux musiciens dont je viens d’assister à la représentation que j’ai apprécié leur prestation, au point de vouloir garder un souvenir tangible de cette dernière. À mes yeux, la setlist est le reliquat matériel d’un évènement qui autrement ne laisserait aucune trace derrière lui. Posséder une setlist, c’est donc posséder (un peu) le concert auquel elle est rattachée. Qu’est-ce qu’un fétichiste pourrait demander de plus?
KID CANAVERAL & COSINES @ L’INTERNATIONAL (16.02.2013)
Résumons: douchés dès le début du tournoi par des Italiens qui pourraient bien sous peu faire concurrence à l’Argentine dans la catégorie des "bêtes noires latines du XV de France", puis fracassés à domicile par quinze dragons-poireaux (vachement rare comme espèce, et pas commode) qui n’avaient plus rien gagné depuis leur sacre européen de 2012, voilà nos "petits" Bleus qui pointent en queue de peloton des VI Nations, situation aussi inconfortable qu’inhabituelle pour la cinquième nation du classement IRB.
Certes, il reste encore trois matchs pour (tenter de) laver l’honneur bafoué et éviter de terminer l’exercice 2013 avec la cuillère de bois, mais avec deux déplacements périlleux à négocier à Twickenham et à l’Aviva Stadium, le futur s’annonce bien incertain pour les hommes du goret. C’est dans ce contexte européen tourmenté que prit place la 14ème Another Sunny Night , qui, par hasard ou par dessein, collait parfaitement à l’actualité rugby de cette mi-février*, avec la réception de deux groupes venus tout droit de la perfide Albion, venus défendre respectivement les couleurs de l’Angleterre et de l’Écosse face un public français déterminé à recevoir ces visiteurs comme ils le méritaient. Pas de quartier. No mercy.
*: Ami lecteur, si tu croyais honnêtement que je m’étais tapé tout cette digression introductive par simple amour de l’ovalie, ta confiance en l’humanité me sidère..

En cette époque troublée, il est bon d’avoir des traditions auxquelles se raccrocher. En l’occurrence, ce fut celle voulant que les Anglais aient le privilège de faire feu avant tout le monde qui fut scrupuleusement respectée, les COSINES* prenant d’assaut la (toute petite) scène de l’International à 21h précises. Bâti sur les cendres fumantes de feu The Loves et sur un évier bouché (d’après la légende), le combo britton était venu défendre ses premières compositions en terre étrangère avec ce mélange de retenue et d’excentricité que l’on ne retrouve qu’outre Manche. Jugez plutôt: pendant qu’au premier rang ces demoiselles, en robes de velours verte et rouge rehaussées de dentelles pianotaient studieusement leurs claviers avec un flegme admirable, leurs homologues masculins, tapis à l’arrière plan, se montraient volontiers plus démonstratifs, tant sur le plan vestimentaire (le bassiste était visiblement un padawan du capitaine Haddock) que chorégraphique (si tant est que l’on considère le headbanging comme une chorégraphie). Mais qu’importent les oppositions de style, les Cosines s’accordant parfaitement les uns aux autres et délivrant leur "pop mathématique" avec la fraîcheur et la rigueur nécessaires pour honorer leurs deux valeurs cardinales.

Ami lecteur, trois ninjas figurent sur cette image. Sauras-tu les trouver? (PS: Si tu trouves le ninja batteur, respect)
.
De la pop donc, mais pas n’importe quelle pop. Comme peut le laisser envisager le qualificatif de mathématique, la musique des Cosines est porteuse d’une certaine exigence, tant au niveau des mélodies (l’étonnant Commuter Love et sa structure rythmique syncopée semblable au Howlin’ For You des Black Keys) que des paroles. Même si la disposition des lieux et les aléas du live m’empêchèrent de comprendre l’intégralité des textes du groupe, on ne me fera pas croire que l’on écrit des chansons intitulées Lookout Mountain Drive ou Disclosed Stories pour raconter les mêmes platitudes que Mr ‘Baby³²’ Bieber. Quant à Hey Sailor Boy, récit des amours contrariées d’une pirate possessive (il en faut), il flottait sur ce morceau un petit air de 10.000 Maniacs des plus appréciables (ou bien fut-ce seulement le timbre d’Alice Hubley qui m’évoqua celui de Nathalie Merchant, allez savoir), que je fus peut-être le seul à percevoir mais qui suffit amplement à faire mon bonheur.
35 minutes après avoir ouvert les hostilités et sur une dernière nappe de Korg, les Cosines prirent congé du public parisien avec la tranquille assurance du devoir accompli**. Mi-temps.
*: Cosinus dans la langue de Molière. Un nom tout à fait approprié pour un groupe venant d’Angleterre. Relisez lentement les deux phrases précédentes si vous n’avez pas compris où je voulais en venir.
**: À propos de devoir, je ne peux vous laisser partir sans vous donner l’adresse du bandcamp de Cosines, où l’on peut télécharger gratuitement un titre du groupe. De rien.
Setlist Cosines:
1)Out Of The Fire 2)Lookout Mountain Drive 3)Commuter Love 4)Runaway 5)Walking Away 6)Disclosed Stories 7)Hey Sailor Boy 8)Misguide Me 9)The Answer
.
À la sortie des vestiaires/au retour du bar après le quart d’heure de pause réglementaire, ce fut au tour de KID CANAVERAL, quatuor écossais originaire de St Andrews, de dégoupiller. En venant présenter en avant-première leur second album, Now That You Are A Dancer, successeur très attendu du célébré Shouting At Wildlife, les kids firent au public de l’International un cadeau dont ce dernier ne réalisa peut-être pas la valeur, mise à part la petite bande de fans convaincus du premier rang. On en reparlera dans deux ans, quand il faudra payer trente euros pour venir les voir à la Cigale ou au Trianon.
Mais ne précipitons pas l’histoire. En ce samedi soir de Février, ce fut donc dans le sous-sol d’un bar du XIème arrondissement, sur une scène de quatre m² sonorisée à l’apache et dangereusement colonisée par les manteaux des spectateurs que les jeunes vassaux de King Creosote se produisirent, des conditions pas vraiment idéales pour qui n’a pas prévu de donner dans le punk ou le pub-rock. Cet environnement particulier donna au set de Kid Canaveral une coloration garage et lo-fi que l’on était en droit de trouver ou rafraîchissante ou horripilante, au choix. Les avis convergeront cependant sur le fait qu’il y avait un monde, voire deux, entre le rendu live des titres joués à l’International et leurs versions studio. Et si la basse de Rose McConnachie (imperturbable malgré le recouvrement progressif de son ampli retour par les effets personnels du public) et la batterie de Scott McMaster réussirent sans mal à tirer leur épingle d’une sonorisation brute de décoffrage, les guitares et samples de David McGregor et Kate Lazda ne purent pas en dire autant. Quand au micro de cette dernière, son réglage malheureux fit tout simplement passer Left And Right et Without A Backing Track pour des plages instrumentales, à quelques pré-chorus près.
.
Ces quelques désagréments mis à part, le rock indie délivré par Kid Canaveral confirma amplement tout ce qui avait été écrit de bien sur eux depuis leurs débuts. Mélodies accrocheuses, jeu à deux guitares ultra efficace, section rythmique bondissante, chant maîtrisé (mais chœurs bousillés par les problèmes de micro évoqués au dessus)… ce groupe a vraiment tout pour lui, à commencer par un répertoire solide comme le mur d’Hadrien (Good Morning, You Only Went Out To Get Drunk Last Night, And Another Thing!!, Smash Hits, Low Winter Sun, Without A Backing Track, The Wrench…) et un nouvel album surpassant de loin son pourtant fort honorable prédécesseur*. Ajoutez à cela un line-up sexy en diable (My Bloody Valentine-like, le côté emo dépressif en moins) et si vous n’obtenez pas une rapide reconnaissance internationale, au moins dans les milieux initiés, vous pourrez légitimement crier à l’injustice. Bref, le futur de ces kids semble s’annoncer sous des auspices très favorables, et on ne peut que remercier l’équipe d’Another Sunny Night de les avoir fait venir à Paris à ce moment clé de leur carrière. Les absents souhaitant s’amender pour leur faute se réjouiront d’apprendre qu’ils prévoient de revenir par chez nous à l’automne, possiblement en Septembre. Soyez là.
*: Et je parle en connaissance de cause, puisqu’il était possible d’acheter Now That You Are A Dancer après le concert, soit plus de deux semaines avant sa sortie officielle le 4 Mars prochain. J’aime ma vie.
Setlist Kid Canaveral:
1)Breaking Up Is The New Getting Married 2)Who Would Want To Be Loved? 3)Good Morning 4)Left And Right 5)Who’s Looking At You, Anyway? 6)Her Hair Hangs Down (non joué) 7)Without A Backing Track 8)Couldn’t Dance 9)The Wrench (rayé de la setlist) 10)You Only Went Out To Get Drunk Last Night 11)What We Don’t Talk About (rayé de la setlist) 12)And Another Thing!! 13)Low Winter Sun 14)A Compromise (non joué)
.
À la fin du temps réglementaire, le constat était sans appel: la fin de la domination anglo-saxonne sur le pop-rock n’est pas encore pour tout de suite. Oh, nous autres petits français avons bien quelques atouts à abattre, quelques artistes prometteurs à faire valoir, mais la concurrence est simplement trop rude et trop nombreuse pour espérer équilibrer le rapport des forces. Nous continuerons donc, année après année à être envahis par des hordes de bons groupes venus d’outre Manche, et, au fond, on ne va pas s’en plaindre.
INDIANS @ LE POINT ÉPHÉMÈRE (13.02.2013)
F comme Février. F comme Festival. F comme Fireworks. F comme FMR. Et F comme Froid. Le canal Saint Martin s’était paré d’une certaine mystique (glaciale, la mystique) lors de la soirée d’inauguration de la seconde édition du Fireworks! Festival (du 13 au 24 Février). Un évènement bien sympathique, et déjà incontournable malgré son jeune âge, tant il est vrai que le besoin de bons concerts en hiver est inversement proportionnel à l’ensoleillement durant cette période de l’année (autrement dit, plutôt élevé). Bon, c’est pas encore by:Larm* cette affaire, et ce ne le sera sans doute jamais, mais on ne peut que se féliciter des efforts de l’agence Super! pour attirer à Paname "l’avant-garde musicale internationale", avec d’ores et déjà quelques jolies prises. Et comme la tête d’affiche du soir était inscrite dans le double cursus (accéléré, voir plus bas) Paris/Oslo, il aurait été malvenu de passer à côté de cette heureuse concordance. En piste.
*: Tu vois le MIDEM de Cannes (si tu ne vois pas, c’est une sorte de festival où se rassemble l’industrie musicale pour faire son marché)? By:Larm fonctionne sur le même principe, mais dure plus longtemps et invite plus d’artistes. Bref, c’est mieux.
.
Pas grand monde à la porte du Point Éphémère pour l’ouverture à 20h. Il faut dire que la programmation du jour était réservée aux initiés et aux curieux, deux catégories de spectateurs guère réputées pour leurs effectifs pléthoriques. L’absence des uns faisant le bonheur des autres, il fut en conséquence ridiculement facile pour votre serviteur de se placer au premier rang, prêt à dégainer son vénérable appareil photo numérique pour immortaliser grossièrement les meilleurs moments de la soirée, et surtout, pour tester dans des conditions optimales du nouveau matos, en l’occurrence le fameux Zoom H2N, enregistreur de poche à la réputation flatteuse (et au prix assez raisonnable, ce qui ne gâche rien).
Malgré une interface et une ergonomie visiblement pensée pour permettre sa bonne utilisation même par un bonobo alcoolisé et mentalement déficient (comprendre que la bête a peu de boutons et qu’ils sont tous d’assez bonne taille), j’étais assez pessimiste quant à mes chances de revenir au bercail avec un résultat satisfaisant, mon processus d’apprentissage pour tout bidule électronique un tant soit peu avancé relevant en général de l’empirisme le plus laborieux (comprendre que je me dois de faire toutes les erreurs de manipulation imaginables au moins une fois pour être sûr de ne pas les réitérer dans le futur). Bref, malgré une étude studieuse du manuel d’utilisation et des tests préalables concluants, j’avais peu d’espoir de repartir du Point Éphémère avec un souvenir impérissable de la soirée. En cela, j’avais tort. Enfin, seulement à moitié tort..
.
Sur scène, les instruments de GLASS ANIMALS, quatuor anglais, possiblement londonien (les informations sur le groupe sont rares), attendaient patiemment que leurs propriétaires donnent le coup d’envoi du festival. Les patchworks aux motifs orientaux qui recouvraient les deux synthétiseurs disposés sur l’estrade laissaient planer sur la salle une ambiance mystérieuse, à l’image de l’artwork de Leaflings, objet musical intrigant et premier EP (et seul à date) du combo. Amateurs de gros son, passez votre chemin, car c’est sur les terres brumeuses du trip hop que ces animaux de verre ont choisi de s’ébattre. Vous êtes prévenus.
Menés par un chanteur guitariste à la dégaine franchement bonoesque (bonoïenne? whatever) et à la voix de velours, le groupe déroula un set proprement habité, au point que les spectateurs du Point Éphémère n’osèrent applaudir qu’après qu’ils aient été explicitement encouragé à le faire par le dit frontman. D’un minimalisme étudié et élégant, les compositions de Glass Animals sont le genre de morceaux que l’on aime entendre dans le taxi qui vous ramène d’une soirée mémorable aux petites heures de la nuit (c’est précis comme description, hein?). Si j’étais mauvaise langue, je dirais qu’elles sont ce que les XX auraient voulu réussir à faire s’ils en avaient eu les capacités. Ah bah tiens, je l’ai dit*. Bref, la classe au dessus, quelque part à la confluence de Portishead, Tricky et du Nightcall de Kavinsky. D’ailleurs, si le Driver de Nicolas Winding Refn a survécu à ses blessures, ça ne m’étonnerait pas qu’il écoute Leaflings dans sa tire en rentrant du turbin.

Notez le magnifique coing (factice) en bas à gauche. Pas utilisé une seule fois durant le concert. Sans doute un porte bonheur.
Très concentrés sur leur affaire, les quatre compères s’attachèrent à rendre le plus fidèlement possible la presque intégralité de leur première galette (soit trois titres sur quatre) dans les conditions du live, chose qu’ils réussirent plutôt bien, même si le trip hop n’est pas vraiment le genre le plus "gig-friendly" du spectre musical, surtout lorsque le public bavarde. Difficile en effet de s’immerger totalement dans les ambiances diaphanes et complexes distillées au quart de décibel près par le groupe sur scène lorsque vos voisin(e)s discutent de leur projet de Saint Valentin avec une discrétion toute relative. En plus des Golden Antlers, Dust In Your Pocket et Cocoa Hooves déjà bien connus du public (nan je déconne), nous eûmes de plus droit à une visite guidée du futur catalogue de Glass Animals, et je peux d’ores et déjà vous affirmer que leur prochain single répondra au doux nom de Black Mambo. Ça c’est de l’exclu mon petit père. Par contre, en ce qui concerne les quatre autre morceaux du set, les titres donnés dans la setlist ci-dessous sont à prendre avec des pincettes, puisqu’il s’agit à chaque fois d’une savante supputation de ma part (les titres incriminés sont suivis d’un (?) du plus bel effet). Remerciez d’abord mon (désormais) indispensable et (je l’espère) fidèle H2N, qui, s’il n’a pas enregistré un bootleg d’une qualité légendaire pour son galop initial (et la faute m’en revient entièrement), m’a au moins permis de réécouter le concert dans des conditions suffisamment bonnes pour que je puisse hasarder quelques propositions. Cheers.
*: Et je le pense.
.
Setlist Glass Animals:
1)Golden Antlers 2)Dust In Your Pocket 3)I Follow Soon (?) 4)I Smile Because I Want To (?) 5)Hatchet (?) 6)Cocoa Hooves 7)Black Mambo 8) (You Can’t Run So) You Must Die (?)
.
La deuxième partie de la soirée revint à l’un des artistes les plus intraçables de notre époque, un certain Søren Løkke Juul, plus connu (encore que) sous le nom de scène d’INDIANS. Un pseudonyme des plus fun dès lors qu’on en vient à la question du "comment je trouve ce type sur internet", vous en conviendrez. Pour avoir sué sang et eau pour parvenir jusqu’à son site officiel*, après avoir découvert le bonhomme en première partie de Perfume Genius il y a quelques mois, j’espère que vous apprécierez à sa juste valeur le cadeau que je vous en fait en vous déposant le lien approprié tout cuit dans le bec. En plus, il marche (je suis trop bon).

"Indians is looking forward to meeting you" (site officiel). Oui, il en meurt d’envie, ça saute aux yeux
Mais que voulez vous, une fois que l’on a goûté à la musique d’Indians, impossible de lui tenir rigueur d’être si dur à trouver sur le wide wild web. Cocktail heureux de nu-folk et d’electro, petite merveille mélancolique placée sous l’étoile du DIY, l’œuvre de Mr Juul provoque à l’écoute une poussée de spleen positif immédiate et prolongée. Bien sûr, il faut aimer ces épisodes contemplatifs pendant lesquels l’âme semble aller faire un tour dans un monde plus romantique (au sens littéraire du terme hein) que le nôtre le temps d’un morceau, d’un album ou d’un concert, et qui laisseront septiques plus d’un adepte de punk ou de rap, mais pour les amateurs de ces petits voyages immobiles, les morceaux d’Indians sont de la came de premier choix,. Il suffit d’ailleurs d’un simple coup d’oeil à la tracklist de son premier album, Somewhere Else**, pour se convaincre de la forte teneur en onirisme et restlessness (indeed n’est-ce pas) de l’objet: I’m Haunted, Magic Kids, Reality Sublime… sans oublier la chanson titre, bien sûr.
Venu seul à Paris (son groupe étant resté à Oslo dans l’attente de sa participation à by:Larm le lendemain du concert au Point Éphémère), ce fut donc seul en scène qu’Indians accomplit son office, accompagné d’un attirail de synthétiseurs et de pédales loops qui aurait fait la fierté de Bernhoft (autre talentueux homme-orchestre venu du Nord), et d’une guitare empruntée pour l’occasion à une connaissance parisienne. Parfaitement à l’aise dans cet exercice solitaire, peaufiné au cours d’une longue tournée américaine effectuée en compagnie des excellents Other Lives, Indians entraîna en un tour de main son public dans une déambulation au pays de l’aube éternelle/du crépuscule suspendu (selon l’humeur).
Débuté par un brelan de claviers (New, Bird, Magic Kids), le set se poursuivit ensuite par une paire de guitare (I’m Haunted, Cakelakers), pour se terminer comme il avait commencé, dans de l’electro rêveuse grand cru (Reality Sublime, Lips Lips Lips). Et c’en fut fini (enfin, presque). Déjà? Et oui.
Car s’il fallait mettre un bémol à la performance de notre Danois évanescent, ce dernier soulignerait sans doute l’absolue brièveté de sa prestation, qui ne comprit en tout et pour tout que huit morceaux, étalés sur quarante minutes. Certes, il s’agissait là du concert solo d’un artiste au catalogue encore limité, mais un petit supplément (au hasard, La Femme ou Somewhere Else. Ou les deux, soyons fous) n’aurait pas fait de mal. Mon impression à la sortie fut celle d’un show tronqué afin de permettre à son interprète d’attraper un avion pour Oslo à temps pour participer à by:Larm lendemain. Une bonne opération pour tout le monde sauf pour le public, qui était en droit d’espérer une soirée un peu plus longue vu le prix des places (entre 13 et 15 euros). Un constat d’autant plus rageant que tout aurait pu rentrer dans l’ordre avec des horaires de passage légèrement avancés. Pouce rouge.
Mais cette conclusion précipitée fut rendue plus douce par un "rappel" ("il me reste une chanson, je peux sortir de scène, attendre un peu et revenir vous la jouer, ou faire ça tout de suite… Ok on fait ça") au cours duquel Indians joua un nouveau morceau, This Moment, bien plus énergique (toute proportion gardée, le headbanging frénétique étant encore à des années lumières) que ceux présents sur Somewhere Else. Une bien belle manière de clôturer les festivités, même si je ne considérerai l’ardoise de Mr Juul comme définitivement effacée que le jour où il donnera un concert d’au moins une heure dans une salle parisienne de son choix. Et sache mon petit Søren que j’ai la mémoire longue et la rancune tenace. À bon entendeur…
*: Site officiel dont l’url joviale et subtilement narquoise (www.heyimindians.com) me laisse à penser que notre gaillard a volontairement choisi son alias pour ses évidentes qualités anti moteurs de recherche. Une démarche aussi intéressante artistiquement parlant que casse-gueule sur le plan commercial.
**: Album dont il informa le public de sa récente parution (fin Janvier 2013)… mais ne donna pas le nom. Avouez que ça aurait été trop facile de remonter jusque lui s’il l’avait fait.
.
Setlist Indians:
1)New 2)Bird 3)Magic Kids 4)I’m Haunted 5)Cakelakers 6)Reality Sublime 7)Lips Lips Lips 8)This Moment
.
Ce fut donc ainsi que se termina le premier acte du Fireworks! Festival 2013, à l’heure fort civile de 22h20. Pas très rock’n'roll ça. Restait la satisfaction d’avoir passé une fort belle soirée en compagnie d’artistes prometteurs, et la certitude d’arriver à temps à Montparnasse pour attraper un train pour la banlieue. Et, cerise sur le gâteau, je me suis aperçu après coup que mon enregistrement de la prestation d’Indians était tout à fait honorable, comme en témoigne le petit montage vidéo réalisé pour illustrer ‘This Moment’. Mes critères de satisfaction baissent peut-être avec le temps, mais j’avoue que sur le coup, ça a suffi à faire mon bonheur. Cheers.
W.H.A.T.T. (N.O.W.): Le Palmarès Des Victoires De La Musique 2013
Ça y est, c’est fait. Nous sommes officiellement débarrassés des Victoires de la Musique pour cette année. Actualité internationale chargée*, j’ai l’impression que les résultats dévoilés lors de l’interminable soirée de remise des palmes d’avant-hier soir sont un peu passés à la trappe. Et je trouve ça assez dommage, car pour une fois, je trouve que nous, Français, n’avons pas à avoir (trop) honte des choix du jury. Certes, le palmarès final n’est pas à se rouler par terre, mais oh, n’oublions pas qui nous sommes non plus. On parle bien de l’industrie musicale française ici, nation plus réputée à l’étranger pour ses fromages et son pinard que pour la qualité de ses chanteurs. Bon, il fort est probable que la qualité de l’œuvre de la Grande Sophie et de Dominique A ne soit pas immédiatement reconnue et célébrée à sa juste valeur de l’autre côté de l’Atlantique, et que seuls les doctorants en musicologie anthropologique aient été enthousiasmés par la victoire de Camille dans la catégorie de chanson originale de l’année. Mais au vu du champ des possibles que nous réservait la grille des nominés, je crois que l’on a échappé au pire. Cocorico.
*: Merde, Findus nous a fait manger de la viande de cheval dans ses lasagnes au bœuf. C’est grave. En fait, pas tellement, mais ça révolte les Anglais, peuple aussi résolument jellyphage (surtout si la gelée en question est à l’orange et à la menthe [Monstres! ]) que non-hippophage. Allez comprendre, c’est pourtant pas mal le cheval. Rien que pour ça, ça mérite que l’on en parle.
.
Les Victoires de la Musique 2013, ce furent donc 12 trophées lourds, brillants et (soyons honnêtes) assez disgracieux remis aux artistes français/francophones/francophiles jugés les plus méritants par un jury composé de quelques 550 professionnels du monde de la musique pour 10 d’entre eux, et par le grand public, pour peu qu’il ait pris la peine de voter par réseaux sociaux ou SMS interposés avant l’expiration du délai imparti, pour les deux derniers. Ce fut également une cérémonie présentée par un duo d’animateurs sympathiques mais pas transcendants (Virginie Guilhaume et Laurent Ruquier), peu aidés il faut dire par une organisation brouillonne, des problèmes de son récurrents durant les performances live et de vieux artistes incroyablement bavards et tellement ravis que l’on se soit enfin souvenu de leur existence qu’ils ont tout fait pour prolonger leur passage sur scène. Les ingrats.
Comme chaque année, beaucoup des commentateurs de la grand-messe musicale hexagonale ont basé leur revue de l’évènement sur les inévitables omissions "scandaleuses" du palmarès, déclinables à l’infini selon les goûts et les affinités de chacun. Cet angle d’attaque, qui permet au critique d’exhiber sa culture et son bon goût tout en titillant agréablement la corde sensible du râleur qui se cache en chaque Français, pêche à mes yeux par un manque de vision globale. Car oui, mes amis, n’ayons pas peur de le dire, les Victoires de la Musique sont avant tout politiques! En récompensant X à la place de Y (même si tout le monde sait que X est un fils à papa monté sur pistons, alors que Y n’a que son immense talent pour elle*) , le jury fait passer un message au reste du monde (mais ce dernier écoute-t-il?). Il n’y a guère que le grand public, cette brave bête décérébrée par la seule force du nombre, pour décerner ses palmes sans arrières-pensées. On y reviendra. Avant d’aller plus loin, il me semble donc utile de rappeler les résultats d’hier soir, afin que chacun les ait bien en tête pour la suite:
PALMARÈS:
Artiste Interprète Masculin (Jury): Dominique A
Artiste Interprète Féminine (J): Lou Doillon
Groupe ou Artiste Révélation du Public (Public): C2C
Groupe ou Artiste Révélation Scène (J): C2C
Album de Chansons (J): La Grande Sophie (La Place du Fantôme)
Album Rock (J): Skip The Use (Can Be Late)
Album de Musiques Urbaines (J): Oxmo Puccino (Roi Sans Carrosse)
Album de Musiques du Monde (J): Amadou & Mariam (Folila)
Album de Musiques Électroniques ou Dance (J): C2C (Tetra)
Chanson Originale (P): Camille (Allez Allez Allez)
Spectacle Musical/Tournée/Concert (J): Shaka Ponk (The Geek Tour)
Vidéo-Clip (J): C2C (Fuya)
Victoires d’Honneur (J): Véronique Sanson, Sheila, Enrico Macias
*: Toute similitude avec un palmarès plus ou moins récent serait purement fortuite, ou pas. À vous de voir si vous avez envie d’éplucher 28 ans de Victoires à la recherche de la concordance ultime. Un indice pour les motivés: X a une tache de naissance sur la fesse gauche, et Y collectionne les dés à coudre.
.
LE TRIOMPHE C2C
S‘il y a une chose à retenir de cette 28ème cérémonie, c’est bien sûr l’incroyable moisson réalisée par le quatuor nantais. Avec quatre Victoires dans leur escarcelle, les turn-tablers sont repartis du Zénith avec un tiers des palmes décernées lors de la cérémonie. Il faut remonter à 2005, l’année M (quatre trophées pour le fiston Chédid), pour trouver semblable plébiscite. Cependant, les quatre DJs ont fait mieux que l’ex Mister Mystère en son temps (qui au passage, est revenu bredouille au bercail), puisqu’ils se sont tout simplement imposés dans 100% des catégories dans lesquels ils étaient alignés. Trois de ces dernières étaient placées sous l’arbitrage du jury, dont l’obsession pour les C2C envoie un message fort: il faut suivre ces gars.
Il ne faut pas oublier que les Victoires de la Musique sont, entre autres, une vitrine pour les artistes nationaux. Et même si les observateurs étrangers ne doivent pas être très nombreux à suivre les résultats de cette vénérable institution, il n’en demeure pas moins que cette dernière est incontestablement l’une des principales portes d’entrées dont le tout venant international dispose pour découvrir ce que nous, petits Frenchies, sommes capables de faire avec nos doigts boudinés. Et quand un groupe remporte autant de trophées en une seule fois, forcément ça intrigue. On a envie d’en savoir plus, de comprendre ce que ces petits gars ont de si extraordinaire pour mériter une telle consécration. Avec un peu de chance, on est soi-même convaincu après écoute, et on fait passer l’info dans son propre pays. Le fait est que la reconnaissance nationale est dans l’écrasante majorité des cas la condition sine qua non à une éventuelle reconnaissance internationale (les exceptions sont tellement rares que les réalisateurs suédois en font des films*). Et remporter une Victoire de la Musique (ou son équivalent: Grammy, Brit Award, Grammi, Spellemannpris, Aria, Sama…), ou à plus forte raison, quatre, c’est accéder à une reconnaissance nationale. La machine semble donc bel et bien lancée pour les C2C, qui pourront en outre bénéficier de la flatteuse réputation de l’electro française au niveau mondial (c’est bien le seul courant musical dans lequel nous sommes indiscutablement dans le peloton de tête) pour partir à la conquête du globe. Alors, merci qui? Merci le jury des Victoires de la Musique.
*: Si vous avez besoin de lire cette astérisque, c’est sans doute par ce que vous n’avez pas immédiatement compris où la subtile indication de l’auteur de ces lignes menait. La réponse est: au Searching For Surgar Man de Malik Bendjelloul. Allez-le voir. Maintenant.
.
LES PETITS, LES OBSCURS, LES SANS GRADES…
Autre tendance forte de cette édition, le souci du jury de récompenser des artistes peu connus du grand public, malgré une carrière déjà conséquente. Cette année, ce furent Dominique A (20 ans de bons et loyaux services, autant de passages en radio sur la période) et la Grande Sophie (15 ans d’activité et un seul "tube" au compteur) qui eurent droit à la médaille du mérite. En cela, on peut déceler une perpétuation d’une tendance "commémorative" déjà à l’œuvre depuis deux ans, et dont les bénéficiaires furent quelques uns des grands oubliés, plutôt célèbres ceux-là, de longue date des Victoires de la Musique: Bernard Lavilliers (première palme à 65 ans, pour son vingtième album studio, Causes Perdues Et Musiques Tropicales, en 2011), Thiéfaine (coup double en 2012, quarante ans après ses débuts) ou encore Catherine Ringer (qui reçut sa troisième Victoire l’année dernière, 25 ans après les deux premières). Aux vétérans de la musique, l’industrie reconnaissante…
Toutefois, en choisissant de distinguer des chanteurs aussi "confidentiels" que Dominique A et la Grande Sophie, qui étaient sans aucun doute possible les nominés les plus obscurs de leurs catégories respectives, le jury a fait plus que récompenser l’ancienneté, critère déterminant lors des années précédentes: il s’est donné une vocation de guide du grand public, en attirant l’attention de ce dernier sur des noms qu’il n’aurait jamais remarqué sinon. Attitude que l’on peut trouver admirable ou pédante, selon son humeur, mais qui a au moins le mérite de battre en brèche l’idée reçue selon laquelle les Victoires de la Musique ne seraient remises qu’à des gros vendeurs d’albums. À chacun de décider si le palmarès 2013 se base ou non uniquement sur des critères qualitatifs, mais force est de constater que le critère quantitatif n’a quant à lui pas prévalu dans (toutes) les délibérations. Et ça, c’est plutôt pas mal.

Ces gens sont des stars de la chanson française maintenant. Essayez de retenir leur visage (au cas où).
.
LE RETOUR DU ROCK
Mais était-il seulement parti? À voir les nominés pour la Victoire d’album rock de l’année, le doute était permis. Sans vouloir présumer de la qualité artistique de Lou Doillon, Raphael et des BB Brunes, je n’aurais pas instinctivement tendance à qualifier leur musique de rock, ou alors un rock pris au sens très large, incluant la pop, le folk, le blues, l’indie et l’alternative. Il faut dire qu’avec seulement cinq genres reconnus par le jury des Victoires, il n’est guère étonnant de retrouver une forte hétérogénéité de style entre les nominés d’une même catégorie.
À mes yeux, il n’y avait donc que les Skip The Use qui pouvaient incontestablement prétendre à la palme de meilleur album rock pour leur nerveux Can Be Late. Et au vu des prestations offertes par chacun des quatre concurrents lors de la cérémonie, il aurait été assez grotesque que le prix échappe à la quintette de Ronchin, qui fut la seule à livrer une performance digne d’être qualifiée de rock. Face à des BB Brunes gentillets et plus pop que jamais pendant Coups Et Blessures, une Lou Doillon impeccable mais hors sujet sur ICU et un Raphael en mode full synthé expérimental (Peut-Être), la bande de Mat Bastard a déroulé un Cup Of Coffee du feu de Dieu qui a enterré avec autorité les maigres arguments de la concurrence. Bref, tout est bien qui finit bien, mais on est passé tout près de (re)devenir la risée du monde en couronnant un album non rock. J’espère sincèrement que le jury sélectionnera ses nominés avec plus de soin en 2014.
Deuxième preuve de la bonne santé du rock, la victoire de Shaka Ponk dans la catégorie de Spectacle Musical/Tournée/Concert. La concurrence n’était pas vraiment féroce non plus, mais on n’était pas à l’abri d’une mauvaise surprise. Une preuve supplémentaire de la reconnaissance de l’industrie du nouveau rock français, débridé, séduisant, souvent mâtiné d’electro, et, surtout, chanté en anglais. Tant pis pour les défenseurs acharnés de la francophonie, mais depuis la mort de Bashung et la dissolution de Noir Désir, on cherche encore ceux ou celles qui seraient capables de plier la langue française aux exigences du rock. En attendant la relève, let’s do it in English, right?
.
LA FRACTURE URBAINE
Le rock rit, le rap pleure. Oxmo Puccino s’en est reparti avec la Victoire d’album de musiques urbaines, dans l’indifférence quasi générale des amateurs de ce(s) genre(s). Il faut dire que le Black Jack Brel n’est pas vraiment l’artiste le plus écouté par les aficionados de rap, hip-hop ou R’N'B. Mais les véritables stars de ces courants musicaux ne sont pas assez politiquement correctes pour pouvoir prétendre à un trophée qu’elles regardent de toute façon avec une goguenardise non déguisée. C’est sûr que gagner la reconnaissance de l’industrie musicale quand on est résolument anti-système, du moins en apparence, ce n’est pas vraiment une priorité. De toute façon, il paraît peu probable que Booba, La Fouine, Rohff ou Kery James gagnent jamais quelque chose tant qu’Abd Al Malik, Oxmo Puccino, Grand Corps Malade ou MC Solaar continueront à sortir des albums. Je suis le premier à me féliciter de ce parti pris, consistant à sevrer les thugs du rap game de récompenses, au profit de plumes plus complexes et plus intellectuelles (et, oserai-je le dire, plus intelligentes), même si ces dernières ne touchent qu’une audience bien plus limitée, mais comme je n’écoute pratiquement jamais de "musiques urbaines", mon avis est fortement biaisé.
En boudant systématiquement les stars françaises du genre, le jury des Victoires de la Musique s’est durablement décrédibilisé aux yeux des amateurs de musiques urbaines, et ce n’est pas le palmarès de cette année qui précipitera une éventuelle réconciliation: Tal est repartie bredouille, tout comme la Sexion d’Assaut et Orelsan. Aucun des artistes "urbains" (décidément, j’adore cette formule) un tant soit peu populaires nominés cette année n’a gagné quelque chose, enterrant ainsi le mouvement d’ouverture esquissé l’année dernière avec le deux trophées d’Orelsan. D’ailleurs, la victoire de Camille dans la catégorie de chanson originale de l’année, dont le vainqueur est choisi par vote du public pendant la cérémonie, prouve bien que les jeunes "urbains" ne s’intéressent pas/plus aux Victoires de la Musique. Comment expliquer autrement le camouflet infligé à la Sexion d’Assaut (plus de quatre millions de fans sur les réseaux sociaux) par une artiste au public bien plus restreint (75.000 likes sur Facebook)? Les Victoires de la Musique, une institution qui se "ruralise" d’année en année.

Comme quoi, il ne suffit pas (toujours) d’avoir une jolie robe, un peignoir en soie ou de savoir compter sur ses doigts être récompensé.
.
LE CAS DOILLON

Victoire de l’artiste interprète féminine qu’on soupçonnera toujours d’avoir été pistonnée! Si je m’attendais… (en fait, oui)
En s’imposant dans la catégorie artiste interprète féminine de l’année face à des concurrentes bien plus aguerries qu’elle, Lou Doillon a indubitablement fait un gros coup médiatique. Mais a-t-elle vraiment fait une bonne opération? En attribuant à une chanteuse de cinq mois la récompense suprême de son genre, le jury a obligeamment collé une étiquette "fille de … au triomphe népotique" sur la tête de Lou, qui n’en demandait certainement pas tant. L’album est sans doute bon, mais la trajectoire est trop parfaite, l’ascension trop rapide, la reconnaissance trop fulgurante pour qu’on puisse la contempler sans aucune suspicion. Et même si Mlle Doillon est malgré tout une self-made singer, chose dont on peut raisonnablement douter au vu de son pedigree et de son réseau (bizarrement, quand je chante dans ma cuisine, Étienne Daho n’est pas là pour m’encourager à persévérer), pourquoi diantre l’avoir dispensée de participation dans les catégories révélations (scène et/ou public), dans lesquelles elle aurait été bien plus légitime? Les voies du jury sont décidément impénétrables. Bref, la victoire de Lou me semble être la seule fausse note d’un palmarès autrement plutôt défendable et consistant. Difficile de ne pas y voir l’illustration concrète d’une industrie à deux vitesses, où il vaut mieux avoir des relations que du talent (même si rien n’interdit d’avoir les deux, of course).
.
APPELEZ LE PLOMBIER, ÇA DÉGOULINE
Une cérémonie des Victoires de la Musique sans séquence(s) émotion, ça n’est pas audiovisuellement concevable. Quoi de mieux en effet que quelques larmes pour faire passer l’envie aux téléspectateurs (de moins en moins nombreux d’année en année) d’utiliser la zapette? Mais moi qui suis un être cynique au cœur froid, ces intermèdes mielleux et dégoulinants de bons sentiments me gonflent plus qu’autre chose, surtout lorsqu’ils s’étirent en longueur. Cette année, on a donc eu droit à dix bonnes minutes de "soyons solidaires avec nos amis Maliens", expédiées à grand renfort d’enfant des cités ondulant (même pas en rythme en plus) devant Amadou et Mariam lors de leur prestation, de drapeau malien géant représenté par un public bien brave de se plier à cette mascarade, et de discours tellement politiquement correct qu’on se serait cru à l’élection de Miss Prestige National.
Un peu plus tard, ce fut au tour de Véronique Sanson de se transformer en mamie gâteau sur scène, pendant que ses amis chanteurs et chanteuses lui rendaient un hommage préthume insupportable. Et était-ce nécessaire de faire monter le fiston Stills sur scène pour lui remettre sa Victoire d’Honneur? À la fin de ce numéro très pathétique, j’ai soudainement réalisé que la dernière fois qu’on avait assisté à une telle débauche de "je t’aime moi aussi", c’était en 2009, pour la dernière sortie médiatique d’Alain Bashung. Du coup, je me suis mis à flipper pour Véronique, que j’aime bien tout de même, et espère sincèrement qu’elle ne connaîtra pas le même funeste destin que son défunt collègue.
Enfin, et un peu plus supportable car légèrement plus court, la remise des Victoires d’Honneur à Sheila (plus siliconée que sa marionnette des Guignols) et Enrico Macias fut l’occasion d’un autre tsunami de bons sentiments. La musique est une grande famille où tout le monde se réconcilie une fois par an. Malheureusement pour nous, c’est diffusé en prime time chaque année. Ça aurait été tellement plus fun de demander à Johnny de remettre une Victoire d’Honneur à Michel Sardou. L’année prochaine peut-être.
.
Que retenir de cette 28ème édition? Sur le long terme, il y a fort à parier que seule la moisson miraculeuse de C2C subsistera dans les mémoires. Espérons que les quatre DJs sauront capitaliser sur ce coup d’éclat pour devenir encore plus énormes qu’ils le sont déjà. Pour le reste, tout aura été oublié dans les trois mois, comme c’est à chaque fois le cas. À dans un an, et d’ici là, très bonne année musicale 2013.
FESTIVAL EUROPAVOX @ LA MAROQUINERIE (22.01.2013)
Alors comme ça, Cameron menacerait de mettre sur la table la question de l’appartenance de son pays à l’UE, dût son parti (j’aime bien utiliser des tournures compliquées lorsque je suis à la bourre dans l’écriture de live reports, ça permet de faire passer l’expiration de la deadline sur le dos d’un souci stylistique imaginaire) remporter les prochaines élections? David, David, are you f*cking kidding me? L’Europe, c’est génial my lad, et même si ça te coûte plus cher que ce que tu es prêt à payer pour et que tu peux théoriquement de faire souffleter diplomatiquement par une alliance estonio-bulgaro-maltaise alors que tu possède l’arme nucléaire et une place au conseil de sécurité de l’ONU, ce n’est pas grand chose au regard de tous les inestimables avantages dont bénéficient les heureux pays membres de cette magnifique entité régionale. Tiens, parlons musique: si l’Europe n’existait pas, le festival Europavox aurait-il une raison d’être? I don’t think so dude. Et, crois-moi Dave, rien que pour ça, tu devrais y réfléchir à deux fois avant d’agiter le chiffon rouge de la sécession sous les yeux bovins et récemment nobelisés de la Commission. Toujours pas convaincu? Donne-moi cinq minutes et je te garantis que tu sortiras de cet article plus europhile que jamais. Raedhy. Steddie. Gå.
Le 22 Janvier 2013, la Maroquinerie était donc prise d’assaut par une horde d’estrangers, venus convertir la rue Boyer aux charmes du cosmopolitisme musical. Malgré une affiche très intéressante, la salle n’affichait pas complet ce soir, et c’est devant un parterre à moitié rempli que le premier acte de la soirée fut donné. Pas de quoi décourager MIKHAEL PASKALEV et ses comparses, venus défendre un premier album (What’s Life Without Losers?) même pas encore sorti*. Merci aux organisateurs d’Europavox d’avoir fait venir cette petite troupe pour la date parisienne du festival, car ce fut un sacré privilège d’assister au premier concert hexagonal de Paskalev & friends dans le cadre idéal de la Maroquinerie. Retiens bien ce nom, cette voix et cette moustache, ami lecteur, car ce type va bientôt devenir une référence de la scène indie. J’ai dit.
Il faut dire que je ne partais pas aussi novice en paskaleverie que la majorité des sociétaires de la Maro réunis ce soir au sous-sol de la rue Boyer. Il y avait eu le Steinkjerfestival six mois auparavant, au cours duquel Mik avait déjà enflammé la Klubbscene en compagnie de toute une équipe de joyeux musicos, dont le hiératique blondinet Jonas Alaska (bien avant que ce dernier se mette à la boxe**), prestation qui m’avait convaincu du potentiel du garçon. Je ne m’attendais certes pas à le voir se produire en France de sitôt, étant donné son statut de rookie dans sa Norvège natale, mais puisqu’Europavox a accéléré les choses de manière inespérée, il aurait été grossier de ne pas saisir cette chance inespéree. Cerise sur le gâteau, l’espion en slip n’avait pas fait le déplacement seul, la quasi-totalité du groupe l’ayant accompagné sur les planches de Steinkjer étant de nouveau présent à ses côtés sur la scène de la Maroquinerie. Joe Wills (chœurs, lead guitare et producteur de l’album), Billie Van (chœurs, tambourin, pedal steel et premier album après l’été), Jørgen Svela (choeurs et basse) et Fabian Prynn (batterie), la bande du LIPA (Liverpool Institute for Performing Arts) était presque là au grand complet, excusez du peu. Les conditions étaient donc optimales pour une performance mémorable, et c’est exactement ce qui s’est passé (j’aime quand un plan se déroule sans accrocs).
Le ton fut donné par un Hey Joseph introductif effectué seul à la guitare sèche par un Paskalev totalement maître de son sujet, et qui ne mit que deux minutes à éveiller l’intérêt d’un public certainement pas venu pour lui. Le reste du groupe entre en scène à la faveur de Jailhouse Talk conclu par un solo de trompette, et l’intérêt se change en enthousiasme. La suite du set permit de découvrir en avant-première mondiale, n’ayons pas peur de le dire, quelques uns des titres de What’s Life… (I Remember You, Come On, Sayonara Saigon) même si la chanson titre ne fut pas donnée ce soir. On se consola avec un final proprement épique, qui vit s’enchaîner les deux meilleures pièces de Paskalev: I Spy et le rollercoaster Jive Babe, véritable masterclass de breaks et de pre-chorus catchy en diable, qui fit souffler un vent de folie dans la Maroquinerie. Beau joueur, Mikhael termina les hostilités avec le plus calme Dust, histoire de ne pas fixer la barre trop haute pour ses successeurs. Gode gut.
*: Date de sortie: 8 Février 2013. Gleder meg. Gleder deg. Everyone gleder.
**: I Saw You Kid est le premier extrait de son second album, qui devrait sortir courant Mars.
Setlist Mikhael Paskalev:
1)Hey Joseph 2)Jailhouse Talk 3)I Remember You 4)Come On 5)Sayonara Saigon 6)I Spy 7)Jive Babe 8)Dust
.
Car les successeurs en question, qui se trouvèrent être les Irlandais de FUNERAL SUITS, n’avaient vraiment pas besoin qu’on leur complique la tâche, les lads de Dublin se révélant tout à fait auto-suffisants en matière de galère. Some kind of jinx, comme aurait pu dire leur éminent et regretté compatriote Rory Gallagher. Jugez plutôt: une prune pour stationnement interdit plus tôt dans la journée, et un ampli guitare qui lâche en plein milieu du set, et ne sera remplacé/réparé qu’après dix bonnes minutes de tripatouillages désespérés, pendant lesquelles il a bien fallu jouer (résultant en un We Only Attack Ourselves interprété de manière quasi acoustique), puis meubler en attendant que tout rentre dans l’ordre. Il y aurait matière à tirer une chanson de ces péripéties à répétition, si ce n’était pas déjà le cas (Adventures Misadventures).
Abstraction faite de ces avanies finalement solutionnées à grand renfort d’huile de coude, le set de Funeral Suits fit la part belle à un post-rock brassant de multiples influences (shoegaze, garage, new wave, pop…), bien servi par des riffs saignants (All Those Friendly People, Stars Are Spaceships) et les harmonies vocales employées à très bon escient sur quelques titres (Colour Fade, Hands Down By Your Side). Sur scène, les rôles et les instruments s’échangèrent avec constance d’un bout à l’autre du show*, seul Greg McCarthy restant fidèle à ses futs jusqu’au clap de fin. Généreux dans l’effort, le groupe tint à allonger son passage de deux morceaux, contrepartie plus que suffisante pour faire oublier à un public de toute façon solidaire les quelques errements techniques de début de set. Une bien belle manière de terminer en beauté une prestation habitée et engagée, dont la substantifique moelle peut être retrouvée sur le premier album du quatuor, Lily Of The Valley, distribué physiquement en France depuis quelques jours. Et si vous avez le temps, jetez donc un coup d’œil aux clips du groupe, en particulier la trilogie Health – All Those Friendly People – Hands Down By Your Side, librement inspirée du terrible chef d’œuvre de William Golding, Sa Majesté Des Mouches.
*: À tel point que j’ai fini le set avec la guitare de Brian James autour du cou. Véridique.
.
Ce fut enfin au tour des GREAT MOUNTAIN FIRE de monter sur scène, toutes chemises hawaïennes dehors, afin de terminer la soirée sur une note un peu plus légère. Pas de doute, c’est bien pour applaudir la quintette wallonne que la majorité des spectateurs s’était déplacée, ce qui permit au set de démarrer sur les chapeaux de roues. D’obédience électro-pop, mais une electro-pop agréablement mâtinée de lignes de basse funky en diable, la musique du combo belge évoque tantôt le Phoenix de It’s Never Been Like That, tantôt les Hoosiers période The Trick To Life, en tout cas sur les quatre titres auquel j’ai assisté avant de devoir partir, horaires SNCF incertains oblige. Dommage, car les groupes utilisant un ocarina/"flûte ancestrale" sont suffisamment rares pour qu’on ait envie de rester jusqu’au bout de leur prestation. Espérons que les GMF reviendront tantôt mettre le feu à une autre salle parisienne, pas trop tard si possible.
.
Alors David, convaincu? Tu vois que l’Europe n’a pas que des mauvais côtés, en tout cas question musique, on ne craint personne. Tiens, bouge pas, je vais t’envoyer une petite playlist pan-européenne de derrière les fagots, tu m’en diras des nouvelles. Le rock progressif grec est très bon en ce moment, comme le folk suédois, l’indie-rock écossais ou l’electro portugais. Ah, et si tu pouvais faire avancer le dossier de la candidature de l’Islande auprès de tes petits camarades, ce serait vraiment sympa. Imagine Tilbury et Pétur Ben à la Maroquinerie l’année prochaine… Dément!




























