STEINKJERFESTIVALEN 2014 – PART 1 (26/27/28.06.2014)

Retour au pays. Deux ans après avoir découvert le Nord-Trøndelag à la faveur d’une excursion dans la petite ville de Steinkjer, je repris le chemin du Nord de l’Europe (et donc de la Norvège, étymologiquement parlant) pour un nouveau week-end d’immersion dans la musique et la culture scandinave. Une fois parvenu sur place, après cinq heures d’avion, une heure et demie de train et quatre heures de retard sur l’horaire programmé, il était plus que temps de monter la tente et de se diriger, d’un pas un peu las mais léger, vers le centre-ville de cette paisible bourgade de 20.000 âmes, afin d’inaugurer la neuvième édition du (désormais culte) Steinkjerfestival.

Comme il y a deux ans, la soirée du jeudi vit se dérouler le "kick-off" du festival sur la plus petite des trois scènes (Klubben). Devant un public encore peu fourni, et constitué en bonne partie des volontaires en charge de la majorité de l’organisation de l’évènement (bravo et merci à eux au passage), la scène locale put donner pleine mesure de son talent. Les aléas de la météo m’ayant conduit à rater quelques transferts entre Roissy et Trondheim, je ne fus en mesure d’assister qu’à la fin de la prestation du dernier groupe programmé, CLARION CALL.

Clarion Call 1Avec 19 ans d’existence au compteur, les Clarion figuraient parmi les vétérans de cette édition déjà riche en "vieilles" gloires (voir la suite du report). Emmené par la paire Aarlott (Gisle, fondateur et guitariste, et Andreas, chanteur*), le groupe  déroula sa progpop avec maestria. Evoluant dans le sillage du Pink Floyd gilmourien (The Division Bell) et du Marillion post-Fish, Clarion Call distilla ses compositions aux atmosphères planantes et chaleureuses sans la moindre fausse note, Andreas Aarlott (d’abord connu comme frontman de Creaminal et manager au centre multimédia de l’université de Trondheim à la ville) se révélant parfaitement à l’aise dans son nouveau rôle et suppléant sans mal son homonyme au micro – jusqu’à cette année, Gisle Aarlott avait en effet la double casquette de chanteur-guitariste – . Venus avec deux choristes et quelques effets lumineux pour rehausser l’arrière de la scène, le groupe assuma sans frémir son statut de tête d’affiche de la soirée, et conclut ce premier jour de manière fort convaincante.

*: Aucun lien de parenté entre les deux compères apparemment.

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Le lendemain, après une matinée passée à tenter de récupérer du voyage (plus facile à dire qu’à faire au pays du soleil* de minuit quand on bivouaque dans une tente vert clair sur le territoire d’une bande de mouettes très démonstratives), et un début d’après-midi à flâner dans les faubourgs de Steinkjer (compter une demi-heure de marche pour épuiser le sujet) et à calculer le meilleur ratio apport calorifique/coût au Spar local, il fut enfin temps de se diriger vers l’église pour le premier concert de la journée. Première constatation une fois sur place: MODDI (car c’était lui) est une véritable star dans son pays natal, capable de remplir les 600 places du saint lieu en quelques minutes. Il faut dire qu’il s’agissait du premier concert de la chère tête blonde dans le Nord-Trøndelag, ce qui a forcément motivé les gens du cru à faire le déplacement. Pour ma part, relégué dans une contre-allée d’où l’on distinguait un peu la scène, jusqu’à ce qu’un couple de Norvégiens de taille standard (un petit mètre 85 de moyenne) encore plus en retard que moi ne décide d’investir le rang de devant, je ne pus que me jurer de m’y prendre plus tôt la prochaine fois, et remballer mes espoirs de prendre quelques images correctes en même temps que ma GoPro. Tant pis.

Thomas Jergel ©

Thomas Jergel ©

Beaucoup plus calme que lors de sa venue à la Flèche d’Or au printemps dernier, Moddi n’avait cependant rien perdu de sa bonne humeur communicative, et se fit un devoir d’abreuver les spectateurs de blagues tout au long de sa prestation (malheureusement, ma maîtrise imparfaite de la langue et le débit rapide du personnage se combinèrent pour me priver de la quasi-totalité de ce one man show drolatique, mais la gaieté est communicative, surtout avec un public aussi fourni). Venu avec sa fidèle choroncelliste (une choriste jouant du violoncelle, en abrégé), mais également un batteur, un bassiste et un pianiste, notre sympathique joker livra un set divisé pour moitié entre titres norvégiens et anglais. Parmi ces derniers, on put par exemple retrouver Poetry, Eli Geva et un conclusif – et incontournable – House by the Sea, tous déjà interprétés à Paris en Avril dernier. Cependant, nul besoin de préciser que le rendu à Steinkjer fut incomparablement supérieur, les instruments supplémentaires, l’acoustique du lieu et l’attention totale de l’audience se conjuguant pour accoucher d’une expérience proprement enchanteresse, même sans l’image. À la guitare ou à l’accordéon, seul ou accompagné, Moddi embarqua tout son monde dans son univers poétique, coloré et naïf avec une maîtrise consommée. À l’arrivée, les minutes filèrent une fois de plus trop vite (comme à chaque concert dans la Steinkjerkirke, une habitude définitivement douce-amère), et tout fut terminé beaucoup trop rapidement à mon goût. Ite, missa est.

*: Pour être exact, il faudrait plutôt parler d’une aube crépusculaire commençant tous les soirs à 23H et ne s’achevant qu’avec l’arrivée du soleil à 5H le lendemain.

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Arrivé à temps pour assister à la fin du set de FRIDA NATLAND, venue avec son groupe combler le vide entre Beth Hart et Ane Brun (entreprise louable, mais au final ni nécessaire, ni vraiment intéressante), je partis ensuite pour la grande scène (Rismelen), afin de découvrir les premières têtes d’affiche de l’édition, à savoir VIOLET ROAD. À 100 mètres, on aurait presque cru à une manifestation des Waterboys à leur grande époque, à condition toutefois de couper le son, car si l’exubérance vestimentaire de cette sympathique quintette quasi familiale évoquait fortement celle de Mike Scott et de ses ondins au début des années 80, les compositions du groupe n’approchaient en revanche pas, et loin s’en fallait, l’intensité et l’allant de la Big Music prêchée par leurs glorieux aînés. Amusante coïncidence, le dernier single des premiers, Face Of The Moon, n’allait pas sans évoquer le nom d’un des tubes des seconds, The Whole Of The Moon. Simple question d’échelle. Comme quoi, il ne suffit pas toujours d’un saxophoniste pour entrer dans la légende (même si ça peut aider).

De retour en avance sous le chapiteau de la NTE Scenen, je pus assister à l’installation du groupe au nom le plus long de cette édition, j’ai nommé CONOR PATRICK & THE SHOOTING TSAR ORCHESTRA. Le hasard faisant bien les choses, il s’agissait également de l’ensemble le plus populeux de ce cru 2014, laissant la concurrence loin derrière avec ses neuf membres réguliers, dont sept avaient fait le déplacement jusqu’à Steinkjer (et comme dans les films d’horreur, c’est toujours le joueur de bongo – noir – qui meurt le premier, mais je m’égare*). Dans une indifférence à peu près totale – comprendre que j’étais le seul péquenot sur place avec l’équipe technique – la troupe s’installa sur scène et procéda aux balances. Cette arrivée précoce fut apparemment remarquée et appréciée par le groupe, comme tu l’apprendras bientôt, ami lecteur, mais ne précipitons pas les choses.

*: Autre absent notable, le violoncelliste classique de l’ensemble.

CP&STO 1

Où sont les fans?

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À 20h30 précises, la joyeuse cohorte débuta son concert devant un parterre bien plus fourni qu’à mon arrivée, votre serviteur se trouvant logiquement au premier rang (à quoi bon arriver en avance si on ne peut pas choisir sa place?). La pop symphonique des Tsars Filants ne manquait certes pas d’allure ni de majesté, les huit comparses ne ménageant pas leur peine pour porter leurs morceaux jusqu’au point de fusion émotionnelle. Mention spéciale au joueur de glockenspiel (et oui, il y en avait un), qui réussit à rester à concentré et concerné d’un bout à l’autre du set. Oui je chambre, mais je ne suis pas méchant. Au centre de l’estrade, Conor Patrick, sa tignasse artistiquement négligée et son timbre de voix angélique laissèrent parler leur classe naturelle pour se poser en dignes successeurs des incontournables A-ha. Certes, parmi la petite dizaine de morceaux présentés en cette soirée du 27 Juin, aucun ne pouvait rivaliser avec les éternels Take On Me ou The Sun Always Shine On TV, mais tous se situaient bien au-dessus de tout ce que le trio Harket/Waaktaar-Savoy/Furuholmen a pu sortir au cours de leur dernière décennie d’activité en temps que groupe.

Arriva alors le moment de grâce. Rassuré par l’accueil favorable réservé par les festivaliers à ses créations, Patrick Conor descendit de la scène pour venir chanter au plus près du public, parqué comme de juste derrière les barrières de sécurité délimitant le no man’s land hanté par les vigiles et les photographes accrédités. Si, au regard du style du groupe, je ne fus pas surpris de voir son chanteur chercher à plonger son regard bleu pâle dans celui d’un(e) fan transi(e), je le fus en revanche bien davantage quand il s’avéra que j’avais été choisi pour être l’heureux élu de ce moment de communion. Oui, oui, vous lisez bien, Conor Patrick passa trente secondes de Calendar à me fixer droit dans les yeux, à cinquante centimètres de distance, et, ce qui est encore plus fort, ne regarda absolument personne d’autre jusqu’à son retour sur scène. Merci Steinkjerfestivalen pour cette parenthèse totalement improbable et absolument mémorable, qui restera comme un de mes moments forts de cette seconde excursion dans le Nord-Trøndelag.

CP&STO 3

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Retour ensuite à Rismelen, pour assister au show des CC COWBOYS, groupe apparemment culte à en juger par la récurrence des passages scandés par le public en même temps ou à la place du chanteur, sorte de sosie de Tom Barman avec des lunettes de soleil. En 2012, c’était D.D.E. qui occupait le créneau des anciennes gloires toujours chéries, comme si nos Téléphone nationaux se réunissaient pour une dernière tournée des festivals. Sans cette valeur ajoutée nostalgique, et faute de pouvoir comprendre les textes (tout était en norvégien), il me fallut bien reconnaître que le rendu n’avait rien d’exceptionnel. Je laissais donc les vieux vachers poursuivre sans moi, et me redirigeai vers la NTE Scenen, où je savais que m’attendais un trio plus à mon goût.

CC Cowboys 1

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À mon retour, les "three bitches from Sweden" (Greta, Stella et Sunniva Bondesson, les trois sœurs punkabilly de BASKERY) étaient déjà en train de s’installer sur scène. Présentes en 2012 à ce même festival et sur cette même estrade, le show qu’elles s’apprêtaient à donner avait donc une fort saveur de revenez-y. Sur place, je fis la connaissance d’un grand fan Norvégien, qui les suivait à la trace au hasard de ses déplacements en Scandinavie. Notre conversation, assez hachée, nous permit de passer le temps jusqu’au début du concert à proprement parlé, et je tiens à le remercier ici pour ces quelques minutes d’échanges conviviaux (ça m’étonnerait qu’il lise le français, mais on ne sait jamais).

Venues avec un nouvel album (Little Wild Life), les trois Grâces suédoises régalèrent le public avec une prestation maîtrisée de bout en bout. Contrairement à leur dernière visite, pendant laquelle Sunniva s’était exprimée uniquement en anglais, la triplette fit cette fois l’effort de communiquer avec son public dans sa langue, ce qui ne fit qu’accroître la sympathie de ce dernier envers les premières. Jouissant d’un statut à part à Steinkjer (il s’agit à ma connaissance du seul groupe rappelé par demande populaire d’une année sur l’autre), Baskery forgea un peu plus sa légende en effectuant un rappel – luxe rare en festival* – commencé par une chanson à boire suédoise a cappella (Bort allt vad oro gor) et terminé par une version dantesque de Out-Of-Towner. Signalons également la jolie reprise du Old Man de Neil Young, insérée dans la setlist, parmi les classique du calibre de The No No, Throw Me A Bone ou Here To Pay My Dues. En conclusion, un sacré bon moment, exactement comme espéré. À la prochaine les filles.

*: Et permis par l’absence de Blue Pills après elles sur la NTE Scenen.

Baskery 2

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Tout festival doit réserver des surprises à ses participants, et Steinkjer 2014 ne fit pas exception. Le petit livret détaillant le programme de l’année indiquait ainsi "??" à partir de 23h30 sur la scène Rismelen, et en l’absence d’alternative sur ce créneau, il eut été malpoli de ne pas aller voir ce qu’il en retournait. Imagine alors, lecteur, un concert des Bérurier Noir en norvégien, avec cosplays de catcheur mexicain et de faucheuse noire, combinaison lycra verte intégrale et cascadeurs déguisés en grands-mères, et tu auras une petite idée de ce à quoi ressemble un concert de HAT, groupe aussi culte que local. Comme pour les polonais de Behemot il y a deux ans, l’intensité du show pâtit quelque peu de l’étalement du public, dont une bonne partie se contenta de regarder à bonne distance les pogos éclater dans la "fosse". L’affaire aurait été bien plus bouillante dans le Klubben, mais se serait certainement terminée en jus de boudin, étant donné le goût prononcé du groupe pour les effets pyrotechniques. Bref, une curiosité locale, mémorable à défaut d’être compréhensible.

Hat 2

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Dernière étape de ce vendredi, la scène NTE accueillait les récurrents (trois participations au cours des trois dernières années) OSLO ESS (prononcer Ouchlou S). Pour avoir suivi de loin l’activité du groupe depuis deux ans, et être resté plus d’une fois ébahi par la capacité d’abattage d’Åsmund Lande et de ses potes – 200 concerts par an tout de même -, je me demandais dans quel état serait trouver le combo punk le plus populaire de Norvège à l’occasion de ces retrouvailles. Au final, le charismatique Lande m’a semblé plus gaillard que jamais, insufflant un rythme d’enfer au show et assumant sans sourciller son statut de frontman avec une énergique bonhommie qui a sans doute quelque chose à voir dans le succès persistant rencontré par Oslo Ess auprès du grand public. Le batteur de la soirée, dont je n’ai pas retenu le nom, était également en grande forme, constat assez logique eut égard à son statut de touring member (le groupe n’a pas de percussionniste attitré). À la basse, Knut-Oscar Nymo et son éternel bonnet semblaient se contenter de la routine heureuse que représentait ce nouveau concert. Peter Larsson (guitare), avait lui une tronche de déterré et avait fait sien le détachement mi-halluciné, mi-goguenard que Keith Richards affiche depuis une décennie quand il joue avec les Stones/pour Mick Jagger, ce qu’il ne l’a pas empêché de livrer une partition tout à fait satisfaisante. Enfin, Einar Stenseng (clavier/harmonica) était juste parfait de désinvolture et de dandysme rock, promenant sa silhouette filiforme d’un bout à l’autre de la scène avec un détachement si artistement compassé qu’il en devenait presque éthéré (et ça aussi, je pense que ça contribue fortement au succès du groupe).

Oslo Ess 1

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Au niveau musical, on put retrouver le son punk-garage rock avec lequel les Oslo Ess se firent un nom en 2011 (Caroline évidemment), mais également quelques incursions intéressantes vers le ska, témoignage d’une curiosité manifeste envers d’autres univers que celui dans lequel nos quatre garçons évoluent à présent. Et ce ne fut pas la participation du rappeur OnklP (avec lequel Lande et Nymo ont formé le super groupe OnklP & De Fjerne Slektningene, et qui était sur les planches du Klubben avec ses comparses quelques heures plus tôt), qui contredira ce ressenti personnel. Qu’on se le dise, ce groupe en a sous la semelle, et ne peut qu’agréablement surprendre ceux qui chercheraient à le cantonner dans la niche punk (j’en veux pour preuve leur disque de live acoustique publié l’année dernière). Au risque de surprendre et même de choquer certains, je pense qu’Oslo Ess a largement le potentiel pour devenir le The Clash norvégien : ne manque plus que des textes plus engagés pour sauter le pas.

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À 1h et des poussières, et après une soirée entière de concerts et d’aller retour entre la grande scène de Rismelen et le chapiteau de NTE (le Klubben, ce sera pour demain), il était grand temps de regagner la tente pour recharger les batteries. Les plus convaincus purent se diriger vers le DJ set pour quelques heures de bonus, ou même accompagner le duo de buskers qui s’était judicieusement positionné juste à la sortie du festival (il en faut du courage/de la bière pour faire l’homme-orchestre à cette heure là, mes respects les gars), mais pour ma part, j’ai préféré jouer la carte de la sécurité: il aurait été dommage d’arriver lessivé le samedi (håhåhå). C’est sur calembour franco-norvégien que je te laisse lecteur : à bientôt pour la suite et fin de ce live-report. Vi ses!

SOIREE LONGUEUR D’ONDES @ LE PAN PIPER (16.05.2014)

Ces derniers temps, on s’est beaucoup posé la question de l’utilité de l’Europe, élections obligent. Et si le résultat de ces dernières, au moins en France, ne laisse pas vraiment matière à espérer des lendemains qui chantent du côté de Strasbourg, j’en suis le premier désolé car, voyez-vous, je suis un authentique europhile, encore que mon affection pour cette grande construction un peu bancale se réduise, il est vrai, à quelques secteurs bien précis. Je suis ainsi particulièrement attaché à la libre circulation des hommes et des marchandises à travers l’espace Schengen, ne serait-ce que parce que ces principes ont un impact certain sur le prix et la vitesse d’acheminement des CDs que je commande au Danemark ou en Finlande. Pour la question humaine, les enjeux sont encore plus importants, car je n’ose imaginer le nombre d’artistes qui se contenteraient de tourner seulement dans leur pays d’origine au lieu de se lancer dans des tours d’Europe (plus ou moins complets)  s’ils devaient, comme au siècle dernier, présenter patte blanche à la douane à chaque franchissement de frontière*. Dernier exemple en date (pour ma part): la soirée Longueur d’Ondes du 16 Mai dernier, dont le line-up aurait sûrement été très différent si l’Europe avait été l’entité embryonnaire que les partis nationalistes appellent de leurs vœux: avec un groupe d’Outre-Meuse et un autre ultralémanesque (je crée les gentilés que je veux) au programme, l’évènement avait en effet une allure indéniable de manifeste pro-européen. On en redemande.

*: À ce propos, il faudrait que quelqu’un se dévoue pour expliquer à Jonas Alaska que la Norvège fait partie de l’espace Schengen, et qu’il peut tout à fait envisager de venir jouer dans le reste de l’Europe, au lieu de réaliser la boucle Oslo-Stavanger-Bergen-Trondheim pour la 58ème fois de sa carrière.

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Piano Club 1Le premier acte de la soirée fut liégeois, le quatuor PIANO CLUB étant venu présenter son nouvel album, Colore, au public parisien. Annoncés par Serge Beyer (rédacteur en chef de Longueur d’Ondes et animateur mercuriel de l’évènement) comme la nouvelle sensation wallonne en matière de pop-rock, les Belges, pour n’être encore que peu connus par chez nous (sans doute une conséquence du maelström Stromae, qui risque de résumer toute la production musicale du plat pays pour le français moyen pour quelques mois encore), nous firent l’amitié de se déplacer avec armes et bagages afin d’assurer le spectacle. Leur set fut ainsi rehaussé par deux tapisseries de DEL placées de part et d’autres de la batterie, s’animant durant certains morceaux et transformant de fait la performance du Club en véritable spectacle de sons et lumières. L’ensemble aurait sans doute mieux rendu sur une scène plus imposante, comme celle des Francofolies de Spa, que le groupe investira bientôt, mais ne dépareilla en rien le Pan Piper non plus.

J‘ai tendance à ne retenir des artistes que je découvre sur scène que la valeur ajoutée qu’ils apportent par rapport à la concurrence, ou encore les éléments originaux les distinguant (en bien, évidemment) de ce que font leurs confrères et sœurs. C’est particulièrement vrai pour les groupes pop-rock composés d’individus masculins dont les chansons sont écrites en anglais, car ça n’est rien de dire que ce segment est particulièrement fourni. Devant une offre aussi dense, il est normal que les exigences du public s’élèvent, ce qui condamne de fait les impétrants à un niveau d’excellence permanent, sous peine de ne jamais percer ou de retomber rapidement dans l’anonymat.

Piano Club 3Dans le cas des Piano Club, l’atout principal du groupe réside à mes yeux dans la présence de trois vocalistes compétents et complémentaires, capables d’harmoniser de façon très convaincante sur le moindre bout de chorus. Ajoutez à cela un penchant assumé pour les compositions grandioses (M83 like), et vous obtenez une combinaison potentiellement tubesque. Autre point positif: le sens du groove du bassiste à dreads du combo, qui constitue pour moi le vrai point fort instrumental de ce dernier et compense quelque peu la rythmique plate de la batterie. Verdict final: un potentiel certain, des chansons réussies mais pas (encore) de hit incontournable, une présence scénique à développer et un objectif prioritaire, celui de capitaliser sur les points forts exposés plus hauts afin de se démarquer une fois pour toute du reste du peloton. Car si la curiosité tue les chats, la fongibilité enterre les artistes. Piano Club est prévenu (par moi en tout cas, ce qui ne pèse pas lourd c’est vrai, mais c’est mon avis et je le partage).

Setlist Piano Club:

1)Today 2)Girl On TV 3)Ain’t Mountain High 4)Splash 5)Not Too Old 6)On The Wagon 7)Olivia 8)Take 9)A Long Time Ago 10)Me And Myself 11)Love Hurts 12)Your Sadness

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Le deuxième groupe de la soirée n’avait, lui, plus grand chose à prouver sur le chapitre de l’originalité. Quand on s’appelle MY HEART BELONGS TO CECILIA WINTER, que l’on vient de Suisse et que l’on a un faible pour les pulls boules en laine écrue et les épaulettes en plumes de faisan (à vérifier), on ne peut que laisser une impression durable sur son public, et ce sans même jouer un seul morceau. Heureusement pour nous, le trio zurichois ne s’arrêta pas à ses considérations et se fit un devoir de présenter son deuxième album, Midnight Midnight, micro-diffusé depuis quelques mois en France. Une question restait en suspens: comment diable Cecilia allait-elle s’y prendre pour transposer la fougue de ses nouveaux morceaux (Departure And Arrival, Battle Scar, Battle Cry, Objects…) avec ses seuls trois instrumentistes réguliers?

MHBTCW 2

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La réponse, assez évidente, s’imposa dès le deuxième morceau du set, un Battle Scar purgé de sa dimension hymnique par l’absence des claquements de mains et de la guitare présents sur la version studio, remplacés par les accords rêveurs de l’autoharpe de Thom Luz, tandis que la batterie de Kusi Gerber se chargeait de rappeler à tous l’effarant potentiel de cette composition. Le reste du concert de nos trois petits Suisses fut à l’avenant de cette ouverture réarrangée, la plupart des titres les plus énergiques du groupe se voyant adoucis, apaisés par les arrangements choisis par leurs interprètes. Cela n’empêcha cependant nullement les multiples pépites du répertoire du trio de faire mouche à chaque fois: même réduit à son instrumentation congrue, le final d’Objects In The Mirror Are Closer Than They Appear (si ce titre ne vous donne pas envie de découvrir MHBTCW, vous êtes un Dalek) conserva toute son urgente saveur, tout comme la conclusion, échevelée et smithienne en diable, de When The Devil Speaks My Name donna à plein après sa lente ouverture, parfaitement négociée par Betty Fischer.

En parlant de pépites, la plus brillante du lot fut sans aucun doute possible l’interprétation de l’incontournable Eighteen, moment de grâce de trois minutes, encore magnifié par le fait que le groupe interpréta son tube en français. Le résultat, d’une poésie naïve mais indéniable, constitua le moment le plus fort du set de My Heart Belongs To Cecilia Winter, et gagna assurément de nouveaux fans à la cause du trio, qui tira sa révérence après trois quarts d’heure sur scène, sacrifiant sur l’autel des contraintes horaires les deux derniers morceaux de sa setlist (You You You You You et le mystérieux Lions + Tigers, qui figurera peut-être sur le futur album des Suisses). Un vrai beau moment de musique et de complicité, d’autant plus délectable du fait de sa rareté, car si Longueur d’Ondes est un partisan déclaré de Cecilia Winter (dont ce fut la deuxième participation à une soirée organisée par le magazine), le groupe aurait bien besoin d’autres champions hexagonaux, prêts à le faire venir jouer en France sur une base plus régulière. D’ici là, il faudra sûrement se rendre en pays helvète pour retrouver le trio sur scène, ce qui n’est pas loin de justifier le coût d’une incursion de l’autre côté du Lac Léman…

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Setlist My Heart Belongs To Cecilia Winter:

1)My Heart My Heart 2)Battle Scar 3)The Wind That Moves The Clouds 4)Kingdom Oh Kingdom 5)Lover 6)Never Ever Mountain 7)Eighteen  8)When The Devil Speaks My Name 9)Battle Cry 10)Objects In The Mirror Are Closer Than They Appear

L‘apothéose et la conclusion de la soirée revint aux bretons de THE POPOPOPOPS, que je ne pus malheureusement pas revoir sur scène à cause d’incompatibilités horaires, la longueur des sets précédents et le quart d’heure de retard pris en ouverture se conjuguant pour un dépassement du planning prévisionnel (selon lequel la messe aurait due être dite à 23h) en bonne et due forme. Victor Solf brasse-t-il toujours autant l’air qu’avant la sortie de Swell? Le départ de Vincent Bessy et l’arrivée de Thomas Clairice ont-ils affecté le son du groupe? Seine St-Denis Style s’est-il glissé dans la setlist? Autant de questions dont je n’ai pas la réponse… pour le moment.

MHBTCW 1

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Malgré cette conclusion tronquée, cette soirée Longueur d’Ondes se révéla être une très chouette expérience, que je renouvèlerais avec joie si l’occasion se présente. Merci et bravo aux organisateurs, techniciens et artistes ayant donné de leur personne pour assurer le succès de cette manifestation pan-européenne (de fait). À propos d’Europe, et pour boucler la boucle, les prochains billets de S.A.U.S.O.R.O. seront – sauf cataclysme  – consacrés à la couverture d’un festival qui m’est particulièrement cher, celui de Steinkjer, Norvège, qui propose cette année encore d’une programmation tout à fait alléchante… Vi sees! 

MODDI @ LA FLECHE D’OR (23.04.2014)

On ne chôme pas à la Flèche d’Or. Moins de 24 heures après avoir hébergé le concert d’une de ses plus belles prises de 2014 à date, les fameux Kaiser Chiefs, la salle accueillait une nouvelle fournée d’artistes, selon la formule du 3 en 1 ayant fait sa réputation. Pas de gueule de bois rue de Bagnolet, où les lendemains de fête peuvent également être des lendemains qui chantent, la preuve.

Sivu 1La soirée commença de la même manière qu’un open-mic dans un pub anglais, avec un court set de SIVU. Venu d’Albion avec sa guitare et quelques posters, le protégé de Charlie Andrew (le producteur du premier album d’Alt-J) prit la scène avec humilité, remerciant les spectateurs de la Flèche d’Or avant et après chacun de ses morceaux. Au programme, de la pop-folk consensuelle et assez peu remarquable sur le plan musical, bien servie en revanche par la voix haut-perchée et l’interprétation à fleur de peau de son créateur. Je conseille fortement de se pencher sur les vidéos officielles disponibles sur YouTube (Better Man Than He – rien à voir avec le You’re A Better Man Than I des Yardbirds* – ou Can’t Stop Now) pour se faire une idée des talents de notre homme, le dépouillement de sa prestation parisienne n’ayany pas vraiment joué en sa faveur. Et tant il est vrai qu’on ne travaille pas avec le producteur d’Alt-J sans porter une certaine attention (et je dirai même plus, une attention certaine) aux arrangements, il faudra sans doute attendre la sortie du premier album pour prononcer un jugement éclairé sur le cas Sivu. Le moins que l’on puisse dire, c’est que ce dernier sait s’entourer pour réaliser ses clips, et que le nombre important de visionnage de Better Man Than Me (579.000 tout de même) laisse présager de l’explosion prochaine du phénomène.

Ceci étant dit, les six chansons jouées par le brave lad à la Flèche d’Or n’avaient pas de quoi retenir particulièrement l’oreille du curieux. Sleep avait le malheur de reposer en grande partie sur un jeu de mots (volontaire ou pas) qui aurait valu à son auteur, eut-il été français, d’être cloué au pilori des chansonniers aux tournures horripilantes. Miracle et (le gimmick de) Dimmer Down auraient pu figurer sur l’album** de The La’s sans le moindre problème (ce qui est un compliment), tout comme Family Tree n’aurait pas dépareillé sur les derniers Oasis, dans la catégorie des balades acoustiques que le-gars-qui-a-trouvé-une-guitare-dans-un-coin trouve toujours opportun de jouer à la toute fin d’une soirée bien arrosée (ce qui n’est pas un compliment). Can’t Stop Now et Better Man Than He constituent toutes deux des tremplins solides sur lesquels lancer une carrière, et doivent être d’ores et déjà en train de remonter la supply chain musicale, prêtes à ouvrir les portes des radios grand public et studios de télévision à leur géniteur à la première occasion. Il ne reste qu’à espérer que ce dernier fasse le choix de venir faire sa promotion avec un ou deux musiciens en support, car son public risque fort sinon de se cantonner aux bloggeurs indépendants et à leurs rares lecteurs. Ce qui n’est pas un plan de carrière très pertinent, à moins de s’appeler Rodriguez ou Lee Mavers.

*: On peut pousser l’apologie du non parellelisme un cran plus loin: Sivu est en effet le terme finnois pour "page", en référence au véritable nom de l’artiste, James Page. Aucun lien connu avec Jimmy Page, guitariste des Yardbirds. Coïncidence? Je crois bien.

**: Si vous référez à ce renvoi pour savoir duquel je parle, honte à vous.

Setlist Sivu:

1)Sleep 2)Miracle 3)Dimmer Down 4)Family Tree 5)Can’t Stop Now 6)Better Man Than He

Moddi 3MODDI créa ensuite la surprise en investissant la scène quelques minutes après le départ de Sivu, alors que son statut de tête d’affiche le faisait davantage pressentir en dernière partie de soirée. Heureux coup du sort de mon point de vue, puisque ce décalage m’assurait d’assister à la totalité de la prestation de l’artiste dont la présence avait en premier lieu motivé ma venue à la Flèche d’Or, sans craindre de devoir m’éclipser avant l’heure pour attraper le dernier train.

Accompagné d’une charmante acolyte et de quelques instruments (violoncelle pour la demoiselle, guitare et accordéon pour lui-même), Moddi commença son set en cafouillant sur le premier vers de Magpie Eggs, mésaventure qui le fit plus rire qu’autre chose et lui donna l’occasion rêvée de se mettre le public dans la poche en se lançant dans une première incartade explicative (de nombreuses autres suivirent). On apprit donc qu’il était à la fois très nerveux et très content de jouer de nouveau à Paris, avant que son Train Tour ne l’entraîne vers l’Europe de l’Est dans les jours à venir. Avec son look de gentil Joker (version Heath Ledger) hippie, ses grands sourires récurrents et son débit aussi rapide que saccadé, impossible de résister à l’aura de sympathie exsudée par le Norvégien errant. Quant aux morceaux joués, ils permirent de constater (si besoin était) que la sensibilité nordique était décidément capable de miracles acoustiques répétés, parfois mis au service de textes résolument engagés, comme pour The Architect (faisons sans Dieu), Rubbles (faisons sans le pétrole norvégien*) ou encore Eli Geva (faisons sans la guerre au Proche Orient), introduit par une longue anecdote sur la tournée avortée de Moddi en Israël; et parfois consacrés à des sujets plus légers, comme sur Poetry (ah, l’amour!), Train Song (ah, le voyage!) ou le désormais presque célèbre House By The Sea (ah, la mer!).

Moddi 5Alternant entre guitare et accordéon, anglais et norvégien (Krokstav-Emne, adaptation d’un poème de Helge Stangnes), musique et narration, Moddi tint son auditoire parisien en haleine pendant près d’une heure sans jamais donner l’impression de se prendre réellement au sérieux, comme pouvait en témoigner la setlist improvisée sur une serviette en papier (collector!) deux minutes avant de monter sur scène par le sémillant scandinave, ainsi que le fait que les deux comparses n’avaient amené que des cartes postales pour garnir le stand merchandising. Cartes postales qui n’étaient même pas à vendre d’ailleurs, et furent laissés à la disposition du public après la fin du show. L’industrie musicale est peut-être (sans doute) un univers peuplé de requins, mais il est rassurant de constater les eaux de certains fjords nordiques sont encore interdites à ces squales aux dents longues. Béni soit Moddi pour sa sincérité désarmante et son optimisme triomphant, et puisse-t-il encore écumer nos routes pour un bon moment pour apporter de la beauté et du bonheur à chacune de ses escales.

*: L’introduction de cette chanson fut l’occasion pour Moddi de se livrer à son jeu scénique favori, à savoir demander aux spectateurs ce que leur inspirait la Norvège. Après avoir recueilli quelques réponses, tantôt classiques (fjord, neige…), tantôt surprenantes (bière?), un bon samaritain ayant potassé le dessous des cartes proféra la réponse attendu par l’artiste: pétrole! Et Moddi de révéler, sans feindre la surprise mais en ne cachant pas son désarroi, que le terme était revenu devant tous les publics qu’il avait fait participé à ce petit jeu durant la tournée. Quel dommage que mon accent anglais incertain et mon esprit d’escalier ne m’eussent pas permis de participer à cette séance de brainstorming, car me sont venus après coup quelques suggestions savoureuses…

Moddi 1

Why so serious?

Setlist Moddi:

1)Magpie Eggs 2)Poetry 3)Run To The Water 4)Train Song (Vashti Bunyan Cover) 5)Krokstav-Emne 6)Eli Geva 7)The Architect 8)Rubbles 9)House By The Sea

Ce fut enfin au tour de THE MISPERS de faire montre de leurs talents de musiciens, devant un public d’une bienveillante curiosité envers la quintette londonienne, guère connue dans l’Hexagone au moment de ce premier concert parisien. Le nom du groupe fait référence au terme employé pour désigner les personnes disparues (missing persons) dans le jargon des policiers britanniques, tandis que sa biographie évoque plutôt une version mondialisée de L’Auberge Espagnole (Australie, Brésil, Angleterre… et même la bonne ville de Tours apparemment, où le guitariste rythmique de l’ensemble, Joey Arnold, a semble-t-il parfait son français jusqu’à un niveau tout bonnement impressionnant). La musique de cette joyeuse troupe, quant à elle, emprunte autant aux Waterboys qu’à Arcade Fire et aux autres groupes-orchestres de ces dernières années où chacun semble libre de faire ce qu’il veut et de jouer comme il le sent. Ajoutez au cocktail une bonne mesure de ce rock aussi tubesque que sans concessions dont l’Angleterre s’est fait une spécialité depuis 20 ans, et vous obtiendrez une représentation assez fidèle de l’univers de The Mispers.

The Mispers 4

Entre les envolées de violon, la voix chevrotante de leur chanteur et les nombreux gimmicks égrenés par le lead guitarist au long de la dizaine de morceaux qui constituèrent leur set, les Mispers avaient largement de quoi marquer durablement leurs spectateurs, et peuvent déjà se targuer d’avoir développé un son propre (bel accomplissement pour un groupe qui fêtera ses deux ans à la fin de l’année). Le tout dégageait une énergie échevelée de fort bon aloi, même si cette dernière avait la fâcheuse tendance à retomber aussi sec à chaque fin de chanson. Le profil singulier des Mispers risque de provoquer aussi bien des coups de foudre absolus que des réjections épidermiques auprès du grand public, mais il y a de fortes chances pour que les premiers surclassent les seconds de beaucoup, surtout avec l’appui des médias britanniques, dont l’amour pour les extravagances soniques n’a jamais été démenti au cours des cinquante dernières années, pourvu que lesdites extravagances restent affiliées à l’esprit rock qui secoue ses chaînes au-dessus de la livide Albion depuis (au moins) aussi longtemps. Autant dire que The Mispers ont largement la tête de l’emploi, et devraient se faire "trouver" par une major ou un producteur aguerri sous peu. En attendant le premier album, on peut déjà savourer un EP 4 titres (éponyme) tout ce qu’il y a de plus pimpant et racé, à l’image du Brother que vous pouvez découvrir ci-dessous.

Setlist The Mispers:

1)Emilie 2)Stone Roses 3)Dark Bits 4)The Fear And The Calm 5)You Hold 6)Postman 7)Brother 8)Gold Dust 9)Reach 10)Trading Cards

The Mispers 6Rappel:

11)"Just Another Day"

Les jours se suivent et ne se ressemblent pas à la Flèche d’Or, et c’est tant mieux. On ne saura peut-être jamais si les visiteurs du 23 Avril 2014 étaient conscients de fouler la même scène que les Kaiser Chiefs, à une journée d’intervalle, mais il restait en tout cas suffisamment de bonnes ondes de la veille pour que les nouveaux venus fassent honneur à leurs glorieux aînés et prodiguent aux spectateurs la dose de béatitude qu’ils étaient venus chercher. Qu’importe le flacon et le sommelier, pourvu qu’on ait l’ivresse…

THUS OWLS @ LA LOGE (08.03.2014)

En matière de cadre intimiste, la Loge constitue l’un des fleurons de la capitale. Nichée au fond d’une cour de la rue de Charonne, cette salle de concerts et de théâtre a clairement fait le choix du qualitatif sur le quantitatif. Mini (mais vraiment mini) bar dans un coin de l’entrée/billetterie, bancs d’écoliers sur les gradins, abondance de coussins pour éviter les courbatures après un début de soirée assis sur ces derniers: si le moelleux des fauteuils de l’Olympia et les cocktails du Trianon constituent votre ordinaire de spectateur, il y a de fortes chances que vous ne trouviez un tantinet roots le mobilier et la carte de la Loge. Vous auriez pourtant tort de bouder l’endroit à cause de ce genre de détails, car ce dernier peut se flatter d’accueillir, de recueillir même, des artistes qu’aucune autre scène parisienne ne propose. Démonstration en fut faite ce soir du 8 Mars 2013, avec la venue d’un parlement d’oiseaux rares en nos contrées: THUS OWLS.

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Rencontre des marches nordiques orientales (Suède) et occidentales (Canada), Thus Owls poursuit son impeccable, si discrète, carrière depuis cinq ans maintenant. Mené par les époux Angell, ce projet littéralement international brasse de multiples influences, tant rock que pop, classique ou jazz, déclinées en trois albums dont le dernier, Turning Rocks, n’était pas encore sorti lorsque nos cinq hiboux atterrirent sur les planches de la Loge, en conclusion d’un mini tour d’Europe (une date à Londres le 4 Mars, et une à Amsterdam le jour suivant). Fortement influencé par l’enfance d’Erika dans la maison familiale située sur l’île d’Orust, sur la côte Ouest de la Suède, ce troisième opus s’annonce d’une profondeur narrative et artistique comparable à ses prédécesseurs, tous deux habités d’un sincère et constant souci de cohérence.

2Engagé par la chanson titre de l’album à venir, le set d’une bonne heure offert par Thus Owls à ses fidèles Parisiens se déroula dans une ambiance amicale et détendue* qui permit à tous les participants de profiter pleinement de leur soirée. Entre les morceaux, Simon se fit un plaisir de traduire les interventions de sa moitié, les assortissant souvent d’une petite saillie drolatique dans le plus pur style du one man show, que l’on aurait pu pour l’occasion qualifier de one couple show. Cette atmosphère bon enfant ne vint cependant pas polluer l’exécution des morceaux de la quintette, dont chaque membre joua sa partition avec une justesse impeccable et un appréciable sens du groove.

Parfois proche de l’univers d’Anna Calvi (How In My Bones, I Weed The Garden), parfois totalement incomparable, la musique de Thus Owls est une invitation au voyage permanente, aussi bien au niveau des compositions que des paroles posées par Erika sur ces dernières, et jusqu’aux amples atours orientaux arborés avec une grâce naturelle par l’aède scandinave pour ce tour de chant parisien. Ce fut avec une reluctance non feinte que les occupants de la Loge laissèrent finalement partir leurs hôtes, non sans avoir obtenus d’eux une paire de morceaux supplémentaires en guise de rappel, dont le délicat Could I But Dream That Dream Once More, inspiré par les vers écrits par une princesse japonaise de l’époque Heian, quelques mille ans plus tôt, et interprété par les seuls époux Angell. À la croisée des mondes et des époques, se pouvait-il conclusion plus appropriée pour un concert de Thus Owls?

*: Familiale même, puisque l’ingénieur son n’était autre que le frère du clavier de Thus Owls, Parker Shper.

Setlist Thus Owls:

1)Turning Rocks 2)How, In My Bones 3)A Windful Of Screams 4)White Flags Down 5)I Weed The Garden 6)Smoke Like Birds 7)Bloody War 8)Ropes 9)As Long As We Try A Little

Rappel:

10)Could I But Dream That Dream Once More 11)The Tree

SATELLITE STORIES @ LA FLECHE D’OR (17.02.2014)

Malgré sa reconversion en salle de concerts, l’ancienne gare qu’est la Flèche d’Or n’en a  pas fini avec les grands voyageurs, particulièrement ceux venus du Nord de l’Europe. La saison 2013/2014 semble faire la part belle à la Finlande, pourvoyeuse des deux tiers du contingent musical de cette soirée du 17 Février, quelques semaines à peine après la tenue de la deuxième édition de Helsinki Mon Amour, où étaient venus en visite Black Lizard, Phantom et Siinai. Ce discret pays nordique ayant jusqu’ici exporté ses artistes avec une parcimonie tatillonne, on ne pouvait que se réjouir de l’aubaine de découvrir sur scène ces nouveaux représentants de l’école finnoise.

À 20h tapantes, le longiligne JAAKKO EINO KELAVI surgit des coulisses, accompagné d’un comparse affublé d’une magnifique paire de lunettes de soleil. Pendant que son acolyte prenait place derrière les pads de sa batterie électronique (pour pratique que soit ce genre d’engin, je trouve tout de même qu’il manque de superbe par rapport à son homologue classique), le grand Jaakko, présenté sur le site de la Flèche d’Or comme une sorte de Ty Segall finlandais – comprendre, une figure mythique de la scène indie de Helsinki – mit en marche son Moog et tourna quelques boutons sur l’imposante console reliée à ce dernier, sans doute afin de réveiller en douceur l’esprit de la machine. D’un élégant minimalisme (batterie + synthétiseur), le set de l’imposant chauffeur de tram, dont la stature et la coiffure de viking contrastaient fortement avec la retenue rêveuse dont il ne se départit pas un instant d’un bout à l’autre de sa prestation, panacha groove, new wave et alternative pour un résultat ma foi fort plaisant. Avec ses lignes de basse que l’on eut dit toutes droites sorties des sessions studio de Thriller, sa filiation évidente et assumée avec la proto-electro des années 80 (Flexible Heart sonne terriblement comme de l’Orchestral Manœuvres In The Dark sous LSD) et ses récurrentes fulgurances au clavier, parfois entachées d’un fugace sentiment de ratage rattrapé in extremis – mais difficile de se prononcer de manière catégorique quand votre sujet d’étude joue d’un instrument aussi baroque que le Moog consolé -, l’univers de Jaakko Eino Kelavi a des contours bien indistincts, ce qui devrait permettre à tout un chacun de venir y trouver son bonheur. Et quand bien même on peinerait à se satisfaire de la musique produite par l’individu, son faux air de Jake Gillenhal/Matthew Lewis et sa prestance toute Jeff Buckley-enne suffisent amplement à rattraper ce manque, n’est-ce pas mesdames*?

*: Dédicace spéciale à la spectatrice qui décocha un magnifique "Jaakko, à poil!" au milieu du set, assez fort pour que l’intéressé gratifie le public parisien d’un sourire timide et se fende d’un "Thank You", dont on ne saura jamais s’il était approprié ou pas. La légende est en marche.

Jaakko 1

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Divine Paiste 3Vint ensuite le tour de l’interlude français de la soirée, délivré de grand cœur par les quatre de DIVINE PAISTE, fiers et dignes représentants de l’école hexagonale en matière de rock pêchu, catchy et ambitieux. Et s’il fallait décrire le travail du quatuor (le terme de musique semblant par trop réducteur*) d’un seul mot, ambitieux serait sans doute celui que je retiendrais. L’ambition de remporter l’adhésion générale à chaque morceau proposé. L’ambition de tout donner à son public d’un bout à l’autre du set, voire de continuer en heures supplémentaires après la conclusion de ce dernier (c’est à quoi servent les bars, non?). L’ambition de s’imposer comme l’un des tous meilleurs groupes du moment, sûrement en France, sans doute au delà. Ambitions élevées il est vrai, mais tout à fait légitimes en fin de compte, les Divine Paiste étant le genre de gaillards à prouver tout ce qu’ils avancent et à entraîner dans leur sillage aussi bien le fan averti que le curieux se trouvant, une fois n’est pas coutume, au bon endroit au mon moment. Alignés sur l’étroite bande de scène leur ayant été dévolue par l’organisation (le backstage étant occupé par le matériel de leurs successeurs finlandais), les quatre Paistes s’offrirent le luxe de faire oublier ces derniers pendant trois quarts d’heure, même s’ils prirent soin de leur adresser un salut confraternel à la fin de leur performance. En récompense de ces bons et loyaux services, le public parisien, réputé si timoré de l’avis général, s’échauffa si bien le sang qu’il permit au chanteur Pierre Yves d’aller claquer une bise à l’ingé son sans poser le pied par terre. Oui oui, vous avez bien compris: un slam aller-retour à la Dionysos, d’autant plus remarquable qu’il ne s’appuya (au propre comme au figuré) que sur les trois cents personnes présentes à la Flèche d’Or, quand le bon Mr Malzieux put compter sur le support de vingt mille fans pour effectuer semblable trajet. Si je devais décrire le concert donné par les Divine Paiste ce soir du 17 Février 2014 d’un seul mot, triomphe est sans doute celui que je retiendrais.

*: Nous parlons ici d’un groupe qui s’est arrangé pour tourner un clip pour tous les 12 morceaux de son premier album, Crystal Waves On A Frozen Lake, chacun se révélant un épisode de la mini série formée par l’ensemble. Qui dit mieux?

Divine Paiste 1

Setlist Divine Paiste:

1)Native Echoes 2)Strobe Love 3)Carnival 4)Boreal 5)Cold City 6)Dust In The Wild 7)Savage Moon Venom 8)Vandal 9)Nasty Hornets

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Têtes d’affiche au succès encore confidentiel dans notre beau pays, les SATELLITE STORIES montèrent sur scène animés d’une volonté farouche, celle de démontrer à leurs 300 spectateurs (dont à peu près 12.000 Finlandais, à en juger par le flot continu d’apostrophes incompréhensibles à votre serviteur que le – fraîchement – moustachu Esa Mankinen essuya sans broncher pendant l’heure qu’il passa avec ses camarades sous les spots de la Flèche d’Or) que la flatteuse réputation leur ayant été faite par la blogosphère musicale n’était en rien usurpée. Poulains de la major BMG (les Stones, Bruno Mars ou encore les Kings Of Leon, tout de même!) depuis quelques mois, habitués des festivals européens et venus défendre un second album, Pine Trails, qui, n’eut été le statut d’outsiders de ses auteurs (la mondialisation a eu beau transformer la planète en village, la Finlande reste malgré tout à bonne distance de la grand place de ce bourg global), se serait sans doute frayé un chemin dans les charts pop-rock les plus influents, nos quatre têtes blondes débarquèrent avec des moyens sans commune mesure avec leur niveau de reconnaissance dans l’Hexagone. Bannière de fond de scène, merchandising développé, racks de guitares bien garnis et trio de roadies à leur solde*: les gamins d’Oulu disposaient de moyens conséquents pour cette tournée européenne, dont l’unique date française constitua sans doute l’un des creux. Pensez: jouer devant 2000 fans déchaînés à Madrid, faire salle comble à Berlin… et ne pas remplir la Flèche d’Or! On ne fait décidément rien comme les autres.

*: Heureusement qu’Esa Mankinen eut la gentillesse de péter sa sangle de guitare au début du set, sans quoi le préposé scène aurait vraiment eu l’impression d’être la cinquième roue du carrosse.

Satellite Stories 1

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Malgré l’affluence modérée, les Satellite Stories n’épargnèrent aucun effort pour contenter leur comité de réception parisien. Appuyé par la prestation sobre et sans défaut de ses trois partenaires, le flamboyant Mankinen se fendit de quelques mots en français dès l’entame du set (rien de plus logique pour le frontman d’un groupe dont le premier effort s’intitulait Phrase To Break The Ice) et prit bien soin de conserver l’élan insufflé en début de set (Blame The Fireworks + Mexico + Lights Go Low, excusez du peu) tout au long de l’heure que les Satellite Stories passèrent sur scène. Le répertoire explosif dont le quatuor finlandais peut s’enorgueillir, collection de morceaux d’obédience pop rock tous plus entraînants et attachants les uns que les autres, permit à ce dernier de quitter la Flèche d’Or sous des ovations sincères et prolongées, à défaut d’être assourdissantes. Charge aux 300 présents ce soir de faire passer le mot, afin que la prochaine date parisienne des kids d’Oulu se déroule devant une assistance plus fournie. Ce ne serait que justice, Satellite Stories faisant indubitablement partie des tous meilleurs groupes européens du genre. Fine Finn Music.

Setlist Satellite Stories:

1)Blame The Fireworks 2)Mexico 3)Lights Go Low 4)Australia (Don’t Ever Let Her Go) 5)Pinewood Parktrails 6)Campfire 7)The Tune Of Letting Go 8)Sirens 9)Kids Aren’t Safe In The Metro 10)Season Of B-Sides 11)Family

Rappel:

12)New Song 13)Helsinki Art Scene

Satellite Stories 2

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Si vous n’étiez pas convaincus au début de la lecture de ce billet de l’énorme potentiel de la scène musicale finlandaise, j’espère que c’est à présent chose faite. Après une soirée un peu décevante en Octobre 2013, la piqure de rappel du 17 Février 2014 dissipa définitivement les quelques doutes que j’avais pu nourrir quand à la qualité des artistes du plus méconnu des pays nordiques. En attendant que les sirènes parisiennes attirent de nouveaux noms de ma to attend liste dans une des salles de la ville lumière, je tâcherai de tromper mon attente en creusant le sujet par blogs interposés. Et quand on sait que même le groupe qui représentera le pays à l’Eurovision en Mai prochain semble tout à fait digne d’intérêt (en témoigne ce Something Better que le quintet Softengine jouera sûrement sur la scène du B&W Hallerne de Copenhague dans deux mois), on ne peut décemment plus douter de la richesse du filon finlandais…

FESTIVAL AIR D’ISLANDE @ LE POINT EPHEMERE (01.02.2014)

La question a fini par se poser. Après un n-ième petit soupir mi-amusé, mi-désabusé, de la part de mon interlocuteur après que je lui ai répondu que mon concert de ce soir avait pour thème cette île du grand nord Européen, grande comme l’Irlande et la Belgique réunies* et pourtant moins peuplée que Nice, patrie de commissaires dépressifs, de volcans vindicatifs et de banquiers en liberté conditionnelle, et où le moindre patronyme comporte obligatoirement 28 caractères (dont au moins trois appartenant à un autre alphabet) et finit invariablement par -dur/-dotir, et communément désignée par les profanes comme l’Islande, difficile de ne pas se la poser. Avant de partir pour le Point Ephémère et la deuxième soirée du festival Air d’Islande hébergée céans, je me suis planté devant une glace et ai longuement fixé mon reflet à la recherche d’une réponse à la terrible question dont je vous livre ci-dessous l’énoncé : suis-je un hipster? 
Passe encore le fait que je m’intéresse plus que de raison à la musique nordique, dont la popularité dans nos contrées méridionales m’est apparue jusqu’ici assez limitée (non, The Fox de Ylvis n’est pas un contre-exemple crédible), mais franchement, se passionner pour le single d’un chanteur indonésien (prénommé Marcel, pour ne rien arranger)? Traîner sur Douban et copier-coller le titre des chansons sur Google Translate pour retrouver celle dont parle Woozy dans son billet mensuel pour le Music Alliance Pact? S’improviser promoteur français d’un artiste écossais dont l’album a du se vendre à 35 exemplaires et qui n’aime pas faire des concerts? Qui d’autre qu’un hipster pourrait faire preuve d’une telle radicalité dans son approche? L’introspection ne s’étant pas prolongée assez longtemps pour me permettre de trancher avant l’heure du départ, je me suis donc rendu sur place et ai assisté à la soirée avec un poids terrible sur la conscience. Heureusement pour moi, à la sortie du Point Ephémère, je tenais ma réponse, et celle-ci était négative (à mon grand soulagement, car ça m’aurais ennuyé de devoir me laisser pousser la barbe fournie qui semble être la norme pour le hipster de genre masculin, sans compter les dépenses induites par le renouvellement de ma garde-robe). Démonstration.

*: Pas facile de trouver des exemples parlants. C’était ça où le Kentucky. Personnellement, je n’ai que la plus vague idée de la superficie du Kentucky. Dans le doute, j’ai supposé que c’était aussi le cas pour vous, estimés lecteurs.

La queue importante qui s’enroulait autour des barrières délimitant la terrasse couverte du Point Ephémère à mon arrivée au 200 quai de Valmy fut un premier élément à décharge dans mon dossier en hipsteritude. Il ne fallut en effet que quelques minutes au service d’ordre pour placarder un petit écriteau marqué "COMPLET" sur la porte de la salle, entraînant en conséquence le départ des quelques optimistes qui s’étaient déplacés sans avoir pris le soin de réserver leurs places. Etant de notoriété publique que les hipsters ont fait leur la devise du "moins il y a de fous, plus on rit", le succès (inattendu, au moins de mon point de vue) de la soirée ne pouvait que m’encourager dans la croyance que je n’appartenais pas à ce monde si particulier. Assister à un concert sold out, c’est vrai que ça a tendance à suggérer qu’on a les mêmes goûts que beaucoup de ses semblables, ce qui n’est jamais bon signe quand on se veut hipster.

Therese Aune 1

Billowing shadows: check

Debout sur la scène, souriante derrière la forme baroque de son harmonium indien, THERESE AUNE semblait attendre que les derniers participants passent le seuil du Point Ephémère pour se mettre à jouer. Pour son premier concert parisien, l’acolyte de Moddi avait fait le choix de la sobriété, et laissé le reste de son groupe en Norvège. Oui, vous avez bien lu, en Norvège, car Therese Aune n’est absolument pas islandaise, n’en déplaise aux organisateurs du festival, pour qui la participation au fameux Icelandic Airwaves et la présence de Sturla Mio Þórisson dans le fauteuil de producteur du premier album de la demoiselle, Billowing Shadows, Flickering Lights valaient semble-t-il bien une nationalisation temporaire. Et puis, ces nordiques, ce sont un peu tous les mêmes, comme dirait un expert (puisque Belge) en la matière, Mr Paul van Haver. Y en a marre.

Hautement cinématographiques, les compositions présentées par Therese Aune à son nouveau public furent toutes frappées du sceau du dépouillement, même si son talent de pianiste lui permit de donner à sa prestation un volume appréciable. En l’absence de ses habituels complices et de leurs instruments, Miss Aune dut se contenter de ses doigts agiles et de sa voix puissante pour captiver la salle, ce qu’elle fit de bonne grâce. Toutefois, difficile de nier que l’immersion dans l’univers artistique de la native d’Oslo aurait été facilitée par un accompagnement plus conséquent que le classique piano/harmonium-voix, qui resta la norme tout au long des 35 minutes du set. Impossible de ne pas faire le parallèle avec la venue d’une autre artiste norvégienne au Point Ephémère, il y a un peu plus d’un an, pour un show lui aussi placé sous le signe de la simplicité. Et si, à l’époque, je n’avais rien trouvé à redire à la performance de Susanne Sundfør (et que je n’ai pas changé d’avis depuis, mais ce cas est aussi spécial que désespéré), je dois reconnaître qu’un concert aux arrangements aussi épurés a effectivement de quoi déconcerter le néophyte et le "jeune" fan ne connaissant que les versions abouties figurant sur l’album, et s’attendant – peut-être naïvement – à retrouver la même complexité en live. Ce ne fut pas le cas ce soir (tant pis) mais pour une première, ce fut néanmoins une réussite, qui je l’espère entraînera un rapide retour de Therese Aune dans l’Hexagone, cette fois ci avec son quatuor de choc au fond de la valise.

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Setliste Therese Aune: 1)I Am The One Who 2)Grey Ghost 3)The Lonely Ocean Roar 4)Chameleon 5)Sometimes 6)Silent Song 7)Broken Bird

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Samaris 1Après ce début prometteur, l’inquiétude quant à mon éventuelle appartenance à la caste des hipsters monta en flèche, en même temps que le trio SAMARIS sur les planches de la scène. Le side project de la tête pensante de Pascal Pinon (calembour glacé et sophistiqué) présentait en effet de nombreuses caractéristiques ne pouvant que provoquer l’intérêt des mélomanes les plus pointus: outre sa "glorieuse" genèse évoquée plus haut, citons également sa relative jeunesse (le groupe s’étant formé au début de l’année 2011, et son premier album, éponyme, n’a été publié qu’à la fin du mois d’Août 2013), son line up exotique (chant, ordinateur, clarinette), sa ligne artistique (adapter de la poésie islandaise de la fin du XIXème siècle sur base electro), ou encore son look plutôt décalé (grande utilisation de guirlandes de Noël et de chasubles ou très épaisses ou très légères dans la garde-robe de scène de ces dames). Un cocktail détonnant donc, dégusté avec gourmandise par une grande partie du public du Point Ephémère si je dois en juger par  l’accueil enthousiaste reçu par le trio, dont c’était également la première date parisienne.

Samaris 2

Góða tungl um loft þú líður/ ljúft við skýja silfur skaut… Médite là dessus.

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Mené par une Jófríður Ákadóttir habitée, au sens björkien du terme (susurrements théâtraux, danse chamanique autour du micro, yeux perdus dans le lointain), Samaris livra un set d’une quarantaine de minutes au cours duquel furent joués de nombreux morceaux de leur prochain album, Silkidrangar, ainsi que les titres incontournables du premier opus, dont le désormais "célèbre" Góða Tungl, ode à l’astre nocturne dont je ne désespère pas de comprendre un jour le message (ils ont sorti une méthode Assimil pour l’islandais?).

Samaris 3Contrastant avec l’exubérance de leur chanteuse, les deux autres membres du groupe optèrent pour une approche bien plus modérée, voire monolithique, se contentant de jouer leurs parties avec une retenue toute scandinave. Engoncée dans une sorte de toge blanche que l’on eut dit taillée dans une sous-nappe en bulgomme, la clarinettiste Áslaug Rún Magnúsdóttir avait la digne gravité d’un clown blanc, tandis que son comparse Þórður Kári Steinþórsson semblait trop absorbé par ses machines pour s’occuper de quoi que ce soit d’autre. En bonne maîtresse de cérémonie, Jófríður prit toutefois soin de communiquer régulièrement avec le public, et souvent dans un français remarquablement bien maîtrisé. Une attention bienvenue, qui permit de limiter le décrochage des éléments les moins sensibles aux litanies hypnotiques du trio (et je sais de quoi je parle). À la fin de ce deuxième set, j’avais la tenace et troublante impression d’avoir ingéré un space cake sonique, sans arriver à déterminer si le résultat me semblait plaisant ou pas, et c’est donc l’esprit un peu brumeux que j’abordai le dernier acte de la soirée.

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Setlist Samaris: Bien au delà de mes faibles compétences en islandais, je regrette.

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Une des choses qui continue de me fasciner à propos de l’Islande est la proportion incroyable de  talentueux musiciens que ce petit bout de terre semble capable d’engendrer par rapport à sa population totale, ainsi que la capacité de ces derniers à obtenir une reconnaissance internationale. Depuis l’avènement des Sugarcubes à la fin des années 90, la tendance n’a fait que se poursuivre et se renforcer, Of Monsters And Men et Ásgeir étant les dernières incarnations en date de cette success story à l’islandaise. La terre des glaces n’a rien à envier aux autres nations sur le plan de la vitalité de la scène musicale, qu’on se le tienne pour dit. La venue des MONO TOWN à Paris ne fit que confirmer l’absurde concentration de talents à Reykjavik, véritable El Dorado du quatrième art rivalisant sans peine avec l’effervescence britannique, new-yorkaise ou californienne malgré une taille bien plus modeste.

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Mono Town 3Repéré par les informateurs du Music Alliance Pact dès Septembre 2012, la quintette avait mis a profit l’année écoulée pour terminer l’enregistrement de son premier album, In The Eye Of The Storm (ne le dîtes pas à Roger Hodgson), participer à quelques festivals notables (Icelandic Airwaves, KEXP) ou encore tourner avec les Pixies, excusez du peu. Après avoir enregistré une session Deezer dans l’après-midi, le groupe était fin prêt pour terminer la sixième édition d’Air d’Islande avec panache. Dès les premières notes de Place The Sound, la sensation d’avoir en face de soi un groupe affûté et complétement maître de son sujet se fit jour. La cohérence et l’aisance avec laquelle les cinq musiciens jouaient ensemble, le subtil équilibre des forces entre la voix de Bjarki Sigurdsson (frère cadet caché de Roberto Alagna, en plus sympathique), la guitare "western" de Daði Birgisson, les claviers de son frère Börkur (les deux frangins ayant auparavant officié dans le groupe Jagúar au début des années 2000) et la section rythmique, la construction soignée de tous les morceaux et les arrangements élégants ornant ces derniers: le moindre aspect de la prestation du groupe respirait la classe et le professionnalisme. Combinant l’accessibilité du rock et de la pop avec une savoureuse dynamique funk – c’est toujours plus agréable d’entendre un joueur de basse broder le tempo plutôt que de répéter la même séquence trente fois de suite, non? -, les compositions de Mono Town s’avérèrent aussi impeccables que leurs interprètes, à l’image de l’ultime Can Deny et de sa magnifique cassure de rythme au deux tiers du morceau:  cette capacité à surprendre l’auditeur en variant les ambiances, les sonorités et les progressions aussi bien entre qu’à l’intérieur même des chansons, voilà bien la meilleure arme de l’arsenal de ce nouveau groupe très prometteur, et qui devrait selon toute logique obtenir la reconnaissance qu’il mérite au cours des prochains mois.

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Setlist Mono Town: 1)Place The Sound 2)Jackie O 3)In The Eye Of The Storm 4)Deed Is Done 5)Yesterday’s Feeling 6)Peacemaker 7)Two Bullets 8)Can Deny

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À la sortie du Point Ephémère, j’avais acquis la certitude de ne pas être un hipster, malgré tous les signes tendant à prouver le contraire que j’avais pu lister auparavant. J’ai en effet des goûts musicaux bien trop simples pour pouvoir prétendre rejoindre ce cénacle, même si, la technologie aidant, il m’est tout à fait possible (comme il est possible à chacun) de découvrir et d’apprécier des artistes dont l’éloignement géographique et le peu de notoriété m’auraient fait manquer quelques années plus tôt. Si on y réfléchit bien d’ailleurs, l’Islande est devenue une sorte de grande banlieue européenne (compter 3h30 d’avion entre Paris et Reykjavik, une paille), ce qui l’a logiquement déclassée dans le palmarès des pays-où-chercher-des-groupes-inconnus, activité réputée comme étant un des passe-temps favoris du hipster moyen. Et puis l’Islande, tout le monde en parle maintenant, c’est devenu mainstream au point que Ben Stiller y est allé tourner son dernier blockbuster! De plus, je ne considère pas que le succès commercial d’un album, d’un groupe ou d’un chanteur soit inversement proportionnel à sa qualité, ce qui semble être le point de vue d’un paquet de hipsters, prêts à brûler ce qu’ils avaient adorés dès lors que la barre fatidique des 50/500/5000/5.000.000 likes (selon l’extrémisme du sujet, la limite haute varie) a été franchie. Au contraire, je suis toujours heureux de voir des artistes méritants récolter le fruit de leur travail et réussir à vivre de leur musique, et ai plutôt tendance à favoriser cette reconnaissance à mon petit niveau plutôt qu’à abandonner le navire dès qu’il arrive en vue des côtes de la gloire (c’est beau). Bref, le souffle d’Air d’Islande m’a laissé apaisé et rasséréné, prêt à assumer mes coups de cœur musicaux sans craindre ou sans me soucier (quand bien même, je suis sûr qu’il y a des gens très sympas chez les hipsters) d’être étiqueté en retour. Pour fêter ça, j’ai dès mon retour réservé ma place pour la grande soirée finlandaise du 17 Février prochain à la Flèche d’Or. On ne se refait pas… 

THE HIDDEN CAMERAS + LANTERNS ON THE LAKE @ LA FLECHE D’OR (28.01.2014)

Cette nouvelle année part sur de très bonnes bases, au moins sur le plan musical. Il suffit pour s’en convaincre de jeter un œil sur les dernières sorties d’albums (conseil personnel: The Urge Drums de Bow To Each Other, une merveille electro pop qui accompagnera superbement votre hiver), les nominations et palmarès des diverses cérémonies de remise de prix (triomphe des Daft Punk  outre-Atlantique – c’est Arnaud Montebourg qui doit être content -, rafle prévisible et méritée de Stromae aux prochaines Victoires de la Musique – ça va faire plaisir à Elio Di Rupo -), ou encore l’agenda des concerts et les premières affiches des festivals français: tout ça a définitivement de la gueule. En ces temps de morosité économique, politique et météorologique, la musique reste une valeur refuge, un sas de décompression où évacuer tous les tracas du quotidien. Et comme le remède est encore plus efficace administré pur, c’est à dire live, c’est à la Flèche d’Or qu’il fallait être en cette soirée du 28 Janvier, pour une séance de thérapie sonique en trois actes, administrée par trois groupes maîtres en la matière. Détendez-vous…

Vedett 2Venu tout droit d’Angers, le quatuor VEDETT ouvrit les festivités avec un set léché et une maîtrise remarquable (mention spéciale au chanteur/bassiste Nerlov Mékouyenski, que ses lunettes noires et son sourire perpétuel qualifient d’office pour la finale du concours des sosies de Ray Charles). Trois ans après la sortie de leur premier EP, les sujets du bon roi René sont définitivement prêts à passer à l’étape suivante de leur carrière, le premier album (prévu dans le courant de l’année), et peut-être mériter leur nom en s’imposant comme une des nouvelles références de la scène française, décidément plus active et foisonnante que jamais. Tout au long de leur prestation, déclinée en une dizaine de morceaux d’obédience pop planante, les Vedett démontrèrent leur parfaite compréhension des codes du genre, gimmicks addictifs de guitare et de synthétiseur, basse veloutée, batterie précise et chant rêveur à l’appui. Si le Swell de The Popopopops vous a conquis, il y a de bonnes chances que les deux EP de Vedett vous emballent également, en attendant la commercialisation du premier long format que l’on espère être d’aussi bonne facture que celui des cousins Rennais. La barre est certes placée haute, mais Vedett a assurément le potentiel nécessaire pour faire aussi bien que les Pops.

Setlist Vedett:

1)République 2)Combo 3)Friday Morning 4)Marry Me 5)Learn And Love 6)Violence 7)The Band 8)L’Etang 9)Comme Je Suis 10)Nothing Else 11)Black Emperor

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Lanterns On The Lake 3Voir LANTERNS ON THE LAKE succéder directement à Vedett sur la scène de la Flèche d’Or pouvait à première vue surprendre, compte tenu du statut de tête d’affiche du groupe anglais. Comme on le verra plus tard, ce choix se révéla être des plus judicieux, et permit à la soirée de se dérouler avec une cohérence qui n’aurait pas été garantie si la quintette de Newcastle-upon-Tyne avait clôt les débats. Venus défendre leur deuxième album, Until The Colours Run, les Lanterns installèrent leur matériel avec la diligence et la rapidité d’un groupe encore peu habitué à son statut de révélation indie, cocarde pouvant s’avérer diablement lourde à porter de l’autre côté de la Manche, mais ne pesant pas encore grand chose au niveau international (comprendre que la salle n’était pas totalement remplie pour ce deuxième passage à Paris). Emmené par une Hazel Wilde à la fois discrète et impliquée dans son rôle de maîtresse de cérémonie (je lui mets une note de 3 sur l’échelle des frontwomen, 1 correspondant à Beth Gibbons susurrant du Portishead dos au public sur la grande scène des Vieilles Charrues et 10 à Beth Ditto continuant le concert de Gossip depuis les coulisses de la grande scène des Vieilles Charrues), le combo britannique déploya avec maestria son univers néo-romantique, tantôt épique (ElodieA Kingdom, The Buffalo Days), tantôt intimiste (Ships In The Rain, Green And Gold), mais toujours superbement mélancolique. Le groupe se permit même de convoquer les manes du Cocteau Twins* de la grande époque (Heaven Or Las Vegas) durant l’interprétation de Another Tale From Another English Town, confirmant ainsi sa filiation évidente avec les acteurs du mouvement dream pop dans les années 80.

*: Le patron du label (Bella Union) distribuant Lanterns On The Lake n’étant autre que Simon Raymonde, bassiste de Cocteau Twins, on se dit que la vie est bien faite.

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Lanterns On The Lake 1Mélangeant nouveautés et pépites tirées de travaux plus anciens (Ships In The Rain, Sapsorrow, Tricks, I Love You Sleepyhead), le set d’une heure livré par Lanterns On The Lake se conclut de manière aussi modeste qu’il avait débuté, Hazel annonçant à la fin de Not Going Back To The Harbour que le groupe enchaînerait directement sur les trois morceaux du "rappel", et donc sans quitter la scène pour mieux revenir sous les vivats du public, comme c’est souvent l’usage. Jacques Brel trouvait la pratique démagogique (il ne fit qu’un seul rappel au cours de sa carrière, pour éviter de froisser l’intelligentsia soviétique qui était venue l’applaudir à Moscou en 1965 – pas folle la guêpe – ), les Lanterns On The Lake la qualifièrent pudiquement de silly, avant d’enchaîner sur le lacrymal Green And Gold*, piano-voix cristallisant toute la beauté douce-amère de l’univers des anglais avec une sobriété exquise. Penchée sur son clavier, Hazel Wilde égrenait les accords avec la sérénité du ressac de la mer du Nord sur les plages de Sunderland tandis que le reste du groupe, assis sur la scène, contemplait le spectacle avec la même attention recueillie que le public parisien. Le calme avant la "tempête" de Until The Colours Run, morceau de bravoure à la générosité toute Arcade Fire-ienne s’achevant par un long fade out atmosphérique sur le disque, ici écourté et remplacé par un I Love You, Sleepyhead final. Je crois que nous avons gagné au change.

*: Morceau téléchargeable gratuitement grâce au Music Alliance Pact.

Setlist Lanterns On The Lake:

1)Picture Show 2)Elodie 3)A Kingdom 4)Ships In The Rain 5)Another Tale From Another English Town 6)The Ghost That Sleeps In Me 7)The Buffalo Days 8)Sapsorrow 9)Tricks 10)Not Going Back To The Harbour 11)Green And Gold 12)Until The Colours Run 13)I Love You, Sleepyhead

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The Hidden Cameras 1Cela faisait longtemps qu’on attendait des nouvelles de la part de THE HIDDEN CAMERAS, depuis 2009 précisément, année de la sortie de l’album Origin:Orphan, auquel les fans du groupe de Joel Gibb (aucun lien de parenté connu avec les Bee Gees) attendaient patiemment un successeur. C’est désormais chose faite, un nouveau jalon dans la discographie du "gay church folk band" répondant au nom de AGE étant sur le point d’être commercialisé au moment où la joyeuse troupe débutait sa tournée européenne. N’ayant découvert le groupe que quelques jours la tenue du concert à la Flèche d’Or, et compte tenu de sa confidentialité au niveau hexagonal, je m’attendais à ce qu’il passe en deuxième partie, laissant aux Lanterns le soin et l’honneur de terminer la soirée. Messieurs les Anglais, jouez en dernier. Comme dit plus haut, il n’en fut rien, et tant mieux. Deux raisons à cela (l’une débile et l’autre pas, je vous laisse seuls juges pour décider du degré d’intelligence des deux propositions suivantes): la première, le droit d’aînesse, The Hidden Cameras existant depuis 2001, contre 2007 pour Lanterns; la seconde, l’énergie déployée au cours du set, bien supérieure chez les Canadiens. Etant un partisan convaincu de la théorie de la montée en puissance (qui stipule qu’il faut toujours commencer par le plus calme et finir par le plus énervé, afin d’obtenir un climax digne de ce nom), je ne peux que me féliciter de la décision du staff de s’être rangé à l’un ou l’autre des arguments listés ci-dessus, et d’avoir laissé aux Caméras Cachées la dernière tranche horaire. J’aurais également apprécié que la soirée se termine plus tôt, ce qui m’aurait permis de rester jusqu’au bout de la prestation de The Hidden Cameras, au lieu de devoir m’éclipser à la moitié du set pour pouvoir attraper le dernier train. En ce sens, la Flèche d’Or reste la plus parisienne des salles parisiennes, puisqu’il faut être Parisien pour pouvoir profiter pleinement des évènements qu’elle organise (ou être prêt à randonner dans les champs à 1H30 du matin, mais c’est une autre histoire…).

Journée de la jupe et jeu du foulard, façon The Hidden Cameras

Journée de la jupe et jeu du foulard, façon The Hidden Cameras

Ce départ précipité était d’autant plus regrettable que The Hidden Cameras est un groupe de scène comme on en fait peu: énergique, communicatif et très, très rigolo (voir trois solides gaillards interpréter un morceau entier en jupe et avec un bandeau rouge sur les yeux restera un de mes moments forts de l’année 2014). L’intensité avec laquelle Joel Gibb interprète ses chansons est également notable, notre ami allant chercher chaque note avec une telle ardeur que son visage s’en trouve déformé (la seule comparaison qui me vienne à l’esprit est l’interprétation de Man Of Constant Sorrow par John Turturro et Tim Blake Nelson dans O Brother). Enfin et surtout, les morceaux du sextuor marient avec réussite l’esprit garage rock à une exubérance pop, mélange détonnant à l’origine de délires joyeusement graves (In The NA, Smells Like Happiness, AWOO) ou d’hymnes engagés et imparables (Gay Goth Scene et son motif de violon…). Certains des morceaux de AGE lorgnent même du côté de l’electro et de la cold wave, et ce de manière très convaincante, comme le Carpe Jugular qui marqua la fin de ma soirée à la Flèche d’Or. Un éclectisme maîtrisé donc, qui mérite amplement que l’on se penche sur le cas de The Hidden Cameras et qu’on aille les découvrir sur scène si l’occasion se présente. Soyez bien sûr que je ne laisserai pas passer ma chance si Joe Gibbs et sa bande décident de faire une nouvelle escale parisienne dans le futur: après tout nous n’en sommes techniquement qu’au milieu du premier set…

Setlist The Hidden Cameras:

1)Skin & Leather 2)Bread For Brat 3)Doom 4)In The NA 5)AWOO 6)Smells Like Happiness 7)Gay Goth Scene 8)Carpe Jugular 9)

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Cette première sortie de 2014 se termina donc par une déception, mais une déception positive: celle d’avoir du partir trop tôt pour des raisons bassement terre à terre. Pour le reste, ce fut une soirée parfaite, sans doute la meilleure de l’année de mon point de vue. J’espère cependant que les onze mois à venir feront de l’exceptionnel d’aujourd’hui l’ordinaire de demain, vœu pieux dont il me tarde de constater la réalisation, inch’allah. Rendez-vous le premier Février au Point Ephémère pour la seconde étape de cette année musicale, en compagnie d’une belle troupe d’artistes scandinaves. C’est de saison.

FRIGHTENED RABBIT @ LE POINT ÉPHÉMÈRE (20.11.2013)

Winter is coming. Rien de tel qu’une soirée pluvieuse de Novembre sur les bords du canal St Martin pour s’en convaincre. Sur les pavés luisants d’humidité, à peine protégée par l’auvent de la terrasse-bar, une petite queue de mélomanes attendait avec résignation que sonnent vingt heures pour pouvoir enfin échapper au glauque ambiant. À l’intérieur, lumière, chaleur et musique live, soit le cocktail idéal pour repousser la bouffée de sinistrose menaçant d’engloutir ce dernier jour de Brumaire*, étaient proposées en généreuses quantités. Juste ce qu’il fallait pour prolonger d’une nuit l’euphorie collective consécutive à l’obtention d’un permis d’aller se faire humilier au Brésil en Juin prochain. Un bonheur par jour, ça c’est du régime.

*: À un mois près, j’aurais pu me fendre d’une belle assonnace républicaine en -ose (Nivôse débutant, comme chacun sait, le 21 Décembre). Ah, destin cruel…

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Touch My Soul/Taste My Solo

En guise d’apéritif, THE BURNIN’ JACKS prouvèrent à nouveau que l’on pouvait compter sur eux pour mettre une salle en condition en première partie d’un groupe écossais (série en cours). Après une prestation sauvage à l’International en Septembre en ouverture des Three Blind Wolves, la quintette hard/glam/blues rock parisienne revenait faire résonner ses hymnes païens dans les chastes oreilles de Marie-Adélaïde et ses coreligionnaires ayant fait le mur. La disposition des lieux conduisit la joyeuse bande à livrer un set moins brut que celui asséné rue Moret quelques semaines plus tôt, le longiligne frontman Syd Alexander Polania ne quittant cette fois pas l’estrade pour plonger dans la foule en délire comme il l’avait fait en sa folle jeunesse d’il y a deux mois (il faut le comprendre: risquer un faceplant sur un sol en béton depuis une hauteur de trois mètres cinquante suite à une tentative de slam mal négociée, ça inciterait n’importe qui à la prudence*). Cette légère retenue fut toutefois amplement compensée par un son bien meilleur que celui de l’International (comprendre: les choeurs étaient audibles), ce qui permit de vérifier de manière irréfutable que les gars en avaient dans les doigts et sous le capot. Capables de composer aussi bien des chevauchées stoners (Touch My Soul, Cheap Blonde) que des pépites pub rock (Bad Reputation, Molly) ou du R’n’B sixties que n’auraient pas renié les Stones – comparaison d’autant plus évidente qu’Alexandre  Richter, guitariste rythmique de son état, avait décidé de se la jouer comme Richards tout le long du set – quand ils roulaient encore correctement (My Baby’s Straight et surtout The Reason Why). Pour un peu, ils seraient capables de faire de la country, et de reprendre le Folsom Prison Blues de Johnny Cash. Oh wait.

*: Sauf peut-être Ozzie. Mais tout le monde sait qu’Ozzie est un toon déguisé (comme le juge de Qui Veut La Peau De Roger Rabbit – spoiler! -), et qu’il ne peut pas vraiment se faire mal.

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En une demi-heure énergique pour huits titres envoyés en salle (on peut saluer la cadence d’abattage), les Burnin’ Jacks confortèrent avec brio leur statut de futures figures de proue de la scène rock hexagonale. Laissons encore quelques semaines aux médias spécialisés pour prendre la mesure de ces gaillards, dont vous entendrez forcément parler ailleurs que sur ce modeste blog dans un futur proche. Il n’y a plus qu’à espérer que le groupe négocie ce passage programmé et mérité sous les feux de la rampe de manière plus probante que la majorité de leurs confrères et soeurs de la nouvelle scène française. De grâce, épargnez-nous la mauvaise ironie que constituerait, avec un nom comme le vôtre, une trajectoire de chandelle romaine. Ne pas faire long feu quand on s’appelle The Burnin’ Jacks, voilà qui serait pour le moins fâcheux.

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Setlist The Burnin’ Jacks:

1)Touch My Soul 2)Don’t Stop Till You Go Insane 3)Can’t Find My Way 4)My Baby’s Straight 5)The Reason Why 6)Molly 7)Bad Reputation 8)Cheap Blonde 

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Si tant est que l’on croyait aux coïncidences, alors il n’y avait pas à chercher bien loin pour marquer la suite de la soirée du sceau des évènements spéciaux. Qu’on en juge: non seulement l’intégralité des goodies proposés aux curieux sur le petit stand monté à droite de la scène étaient estampillés FR (sans doute un signe de l’amour porté par le groupe à ses fans français – dont c’était la seule occasion d’assister à un concert de leurs idoles dans l’Hexagone dans le cadre de cette tournée – plutôt qu’une simple évocation des initiales de ce dernier, comme les esprits chagrins ne manqueront pas de le faire remarquer), mais en plus la date du concert coïncidait avec l’anniversaire du leader de FRIGHTENED RABBIT, Scott Hutchison. Son pantalon s’en souvient encore*.

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On pouvait certes regretter le manque de reconnaissance du groupe de Mr Hutchison dans notre beau pays, désintérêt général contrastant fortement avec la belle notoriété indie de la quintette de l’autre côté de la Manche, et particulièrement dans leur Ecosse natale (le dernier album en date de la formation, Pedestrian Verse, vient juste d’être élu album de l’année par l’influent blog The Pop Cop – comme quoi, il y a des avantages à publier des live reports un moins après le concert qu’ils chroniquent – ), mais le plaisir égoïste d’assister à la prestation intimiste d’un groupe désormais plus habitué à tourner dans des grandes salles (juste avant de remplir péniblement le Point Ephémère – 300 personnes -, Frightened Rabbit avait joué deux soirs de suite dans l’O2 Arena de Glasgow – 2500 personnes, soit l’équivalent de notre Grand Rex – ) compensa largement cette triste injustice.

FR 1

Question existentielle: pourquoi Grant Hutchison s’est-il fait tatouer la formule du dichlorométhane sur le bras gauche? Ahaaaa…

Après une interminable balance, qui vit les roadies vérifier chaque micro avec un zèle admirable, même si fortement chronophage, les cinq Calédoniens prirent possession de la scène pour  un show de une heure et demi parfaitement rôdé, passant en revue en une vingtaine de morceaux la discographie du groupe. On put heureusement compter sur un Scott Hutchison enjoué et volubile** pour donner du relief à une prestation autrement assez impersonnelle (il faudra que j’arrête d’aller sur setlist.fm avant chaque concert, je me fais du mal), mais du reste tout à fait satisfaisante, en particulier pour une première expérience live (mon cas, précisément). Efficaces mais guère bavards, les quatre acolytes du frontman de Frightened Rabbit contribuèrent sensiblement à cette impression de pilotage automatique, peu aidés il faut le dire par l’étroitesse de la scène du Pont Ephémère, qui contraignit le pauvre Andy Monaghan à accomplir son office caché derrière une colonne de béton pendant les trois quart du show. Big rabbit, small stage.

*: Ou pourquoi il faut faire attention à ne pas se tacher n’importe où quand on mange son gâteau d’anniversaire, surtout si les traces laissées par ce dernier sont blanchâtres.

**: Difficile de croire que ce grand bonhomme au charisme tranquille et à la blague facile était il y a quelques années le timide quasi-pathologique d’après lequel le groupe gagna son nom (Mme Hutchinson qualifiant son rejeton de "Lapin Effrayé"). C’était l’indispensable minute anecdote de notre chronique.

Setlist Frightened Rabbit:

1)Holy 2)Modern Leper 3)Nothing Like You 4)Dead Now 5)Old Old Fashioned 6)December’s Traditions 7)Music Now 8)The Wrestle 9)Fast Blood 10)State Hospital 11)Head Rolls Off 12)Nitrous Gas 13)Poke 14)My Backwards Walk 15)The Oil Slick 16)Acts Of Man

Rappel:

17)The Woodpile 18)Keep Yourself Warm 19)The Loneliness And The Scream

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Voilà qui termine (pour ma part) cette année 2013 en matière de concerts. Je m’excuse d’avoir mis si longtemps à terminer cette chronique (le froid ralentit l’organisme, c’est bien connu), et espère que chacun a trouvé son compte d’artistes à suivre et de morceaux à écouter en boucle au cours de ces douze derniers mois. Rendez-vous en 2014 pour de nouvelles aventures soniques, et d’ici là, bonnes fêtes à tous!

TRIXIE WHITLEY @ STUDIO RTL2 (11.11.2013)

Cela semble devenir une tradition. Deux ans presque jour pour jour après le concert privé donné par Susanne Sundfør dans le grand studio RTL, Francis Zégut, sculpteur de menhirs à la ville et animateur radio à ses heures perdues (Pop-rock station by Zégut, l’émission qui vous réconciliera  – peut-être – avec la bande FM) conviait à nouveau une centaine d’auditeurs chanceux au 22 de la rue Bayard pour l’enregistrement d’une émission en public. Cette fois-ci, il s’agissait de célébrer comme il se doit la sortie du deuxième coffret/compilation de tonton Z, longbox de quatre CDs renfermant la quintessence de l’émission* en 55 titres amoureusement sélectionnés par le bon barbu.

C‘est avec une certaine émotion que j’ai franchi à nouveau le seuil de la salle où, en 2011, j’avais assisté à mon premier concert Sundfør-ien. Plus de corbeaux de bois pour nous accueillir cette fois ci, l’invitée du soir, TRIXIE WHITLEY, ayant opté pour une sobre performance solo à la guitare et au clavier. Fille du musicien Chris Whitley, disparu en 2005, la demoiselle a gentiment accepté de rogner sur son day-off parisien (un concert au Divan du Monde était prévu le lendemain de l’émission) pour nous interpréter quelques morceaux. Et au vu de l’importance de la dynastie Whitley dans la tracklist du coffret (le Big Sky Country du papa sur le disque "Classiques", les Hotel No Name et Pieces de la fille sur le disque "Live"), nul artiste invité n’aurait pu être plus légitime que Miss Whitley pour cette soirée de lancement.

Interview 1

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Divisé en deux parties de trois morceaux chacun, le set de Trixie Whitley constitua bien sûr le cœur et l’âme de la soirée, autrement consacrée à quelques rapides interviews des collaborateurs de Zégut pour la réalisation de la longbox (le responsable clearance de Warner, le photographe et la barbière – si si – de l’intéressé) ainsi qu’à la diffusion d’extraits des différents disques de cette dernière. Tout de noir vêtue et très élégante dans sa robe fendue en velours, Trixie débuta par quinze minutes sur une guitare acoustique à l’aspect aussi improbable que la sonorité. L’interview qui conclut cette première intervention aurait selon moi gagné à être menée en anglais (quitte à traduire les questions et les réponses au passage), plutôt qu’en français, langue dans laquelle la belgo-américaine Whitley accepta de s’aventurer de bonne grâce, pour un résultat tout à fait compréhensible mais assez peu dynamique.

Trixie Whitley 1Une heure plus tard, ce fut au clavier (et en manteau, car il faisait sacrément froid dans le studio) que Trixie Whitley revint enchanter les oreilles des spectateurs et auditeurs, s’excusant entre deux morceaux, faute de backing band, de ne jouer que des ballades. Il aurait fallu avoir la sensibilité d’un bloc de béton pour regretter ce choix de la douceur et de l’émotion, surtout exprimées avec autant de maestria par la simple et merveilleuse association d’une voix et de quelques notes de piano, aussi pardonna-t-on sans sourciller cette faute qui n’en était pas une (Pièces et Breathe You In My Dream, tout de même!). Meubler les vingt dernières minutes de l’émission après cette apothéose live ne fut pas chose facile, ce qui me fait penser qu’il aurait été plus judicieux de demander à Trixie Whitley de conclure la soirée (comme ça avait été le cas pour le concert de Susanne Sundfør, qui avait occupé la plage 23h-00h – et laissé tout le monde, moi le premier, sur les genoux) plutôt que de lui octroyer deux fois quinze minutes en milieu de programme. Quoiqu’il en soit, je ne peux que remercier Francis Zégut et l’équipe de RTL2 de m’avoir permis d’assister à cette session privée, dont on peut retrouver les meilleurs moments sur le site web de la radio.

*: Promotion oblige, le coffret est actuellement mis en jeu en quantité astronomique dans une foultitude de jeux concours, et donc potentiellement acquérable sans bourse délier. Les lecteurs intéressés devraient commencer par tenter leur chance sur le blog de Francis Zégut.

Jamais deux sans trois, dit on. Et bien, si la loi des séries doit être prise au sérieux, et j’espère qu’elle le sera, je reviendrai au grand studio RTL en Novembre 2015, pour une nouvelle claque musicale comme seul le sieur Zégut sait les asséner. Même pas mal, même pas peur.

Interview Trixie Whitley 3

Setlist Trixie Whitley:

1)Fourth Corner 2)Gradual Return 3)Oh The Joy
4)Undress Your Name 5)Pieces 6)Breathe You In My Dream

FISH @ LE DIVAN DU MONDE (04.11.2013)

La découverte de nouveaux talents musicaux a beau être une activité incroyablement gratifiante, il faut bien avouer que même le plus radical des hipsters peut de temps à autre se prendre à soupirer vers les concert de têtes d’affiche, quitte à se morigéner durement après avoir cédé à ses coupables envies. Que celui qui n’a jamais senti un frisson d’émotion à l’écoute d’un Olympia, un Zénith ou un Parc de Prince (hérésie!) reprenant comme un seul fan les paroles d’un tube planétaire lui jette la première platine vinyle*. Même les plus purs et les plus nobles principes ne suffisent parfois pas à contenir les pulsions animales et grégaires tapies en chacun de nous, et lorsque les digues finissent par se rompre, on assiste souvent à des comportements que l’on n’aurait pas cru possible. Dans le cas qui nous occupe – la musique live, pour ceux qui ne suivent que d’un œil – la situation ressemble souvent à ça: après avoir bravement démontré son intransigeance à de multiples reprises, en allant applaudir des artistes à peu près inconnus dans des salles à peu près désertes, notre afficionado se dit qu’il a bien mérité de faire une pause dans son chemin de croix, et achète un billet pour un concert "grand public". Ca lui fait mal et il a un peu honte, mais il se dit que ça lui permettra peut-être d’élargir son cercle de connaissance au delà de la poignée d’intégristes qu’il retrouve régulièrement au cours de ses sorties habituelles. Directioners, si vous entendez quelqu’un comparer vos idoles à un groupe de psyché-pop hongrois les 20 et 21 Juin prochains, montrez-vous compréhensifs** : il s’agira sans doute d’une de ces âmes en peine dont je viens de dresser le portrait, tâchant tant bien que mal de conserver sa santé mentale au milieu de l’hystérie collective.
Heureusement, il n’est pas toujours nécessaire d’en arriver à de telles extrémités pour étancher sa soif de communion de masse. Il existe des artistes qui fédèrent autour d’eux un public passionné, mais à échelle humaine, ce qui leur permet de se produire dans des salles de taille moyenne avec une ambiance digne des plus grandes scènes. Inutile de dire qu’il est plus que recommandé d’assister à leurs concerts quand on en a l’occasion, car le résultat est toujours, toujours, spectaculaire.

*: Le hipster ne se laisse pas lapider avec n’importe quoi, c’est bien connu.

**: Oui, je pars du principe qu’il y aura au moins un mec au Stade de France, et comme le masculin l’emporte dans la grammaire française…

Il y a tellement à dire sur le cas de FISH que je laisse à la discrétion des lecteurs ne connaissant ni d’Eve ni d’Adam le prodigue écossais le soin de combler cette impardonnable lacune par eux-mêmes. Dix jours avant que Marillion ne vienne jouer au Bataclan, l’iconique ex frontman de la formation se produisait donc sur les planches du Divan du Monde dans le cadre de la tournée The Moveable Feast Tour. La critique dithyrambique d’un fan anglais ayant assisté à un concert quelques mois auparavant finit de balayer les quelques réserves que je nourrissais quant à la capacité de Fish à défendre ses titres en live (un penchant assumé pour la boisson et une opération des cordes vocales en 2009 n’étant pas des facteurs très encourageants): comme j’avais attendu une journée entière que Bob Dylan vienne confirmer tout le mal qu’on disait de lui, et en connaissance de cause s’il vous plaît, je pouvais bien donner sa chance à une autre icône des temps jadis.

Bien avant l’ouverture des portes, prévues à 19h30, une foule compacte de trentenaires, quarantenaires et cinquantenaires patientait sur le trottoir gauche de la rue des Martyrs. Deux ans après son dernier passage par la capitale, la venue de Fish au Divan du Monde valait bien que l’on brave le crépuscule de Montmartre pour s’assurer d’une bonne place. Pour ma part, ayant découvert dans la file d’attente que ma GoPro avait trouvé le moyen de s’allumer malencontreusement au cours de la journée, épuisant de fait sa faible autonomie, je décidai de privilégier le confort à la proximité de la scène, et me rabattis sur un canapé au balcon (trop jeune pour jouer au groupie). En l’espace de quelques minutes, le peu que l’on pouvait distinguer de l’estrade à travers la rambarde en fer forgé disparut derrière une triple rangée de fans, ce qui réduisit le concert à une expérience purement auditive (rappel excepté). Quitte à adapter The Wall à la prestation de Fish, autant le faire confortablement engourdi sur les coussins d’un sofa plutôt que coincé entre une colonne en béton et une demi-douzaine d’adeptes vociférants*, non?

Même sans l’image, impossible de rater l’entrée en scène des protagonistes de la soirée, dont la longueur du set (plus de 2h20) les amena sur scène sur les coups de 20h. Pas de première partie donc, mais une immense clameur, première d’une longue série, au moment où le glorieux vétéran surgit des coulisses à la suite de ses musiciens. Le flot tranquille et les nappes de brumes autant que de claviers que de Perfume River eurent vite fait d’emporter le Divan du Monde en orbite autour de Piscum. Satisfaction: Fish avait toujours son bel organe, certes plus aussi leste que dans les années 80, mais encore capable d’incarner avec la justesse et l’émotion requises les textes ciselés du barde calédonien. À commencer par les classiques de l’ère Marillion, évidemment plébiscités par le public dès leurs premières notes. Le légendaire Script For A Jester’s Tear d’abord, entonné, partagé, propagé (siffloté même) par 500 fans en communion tout au long de ses dix minutes d’existence. Le tout aussi mythique He Knows You Know ensuite, judicieuse parenthèse insérée entre une longue séquence de morceaux du parcours solo de Fish et la présentation d’une partie de la suite musicale The High Wood (A Feast Of Consequences), inspirée par un séjour mémorable sur l’ancien champ de bataille de la Somme, sur les traces de ses deux grands-pères. Un roboratif medley regroupant Assassing, Fugazi et White Feather (entre autres) enfin, afin de terminer le set avec panache – blanc le panache, évidemment – et rendre un bref hommage à ce qui demeure encore aujourd’hui, et restera sûrement dans les mémoires, comme l’album le plus emblématique de Marillion, et donc de Fish: Misplaced Childhood. Hommage qui se poursuivit d’ailleurs lors du premier rappel avec l’interprétation de la pépite Freaks, merveille de  "face-B" telle que la quintette se plaisait à égrainer durant ses fastes années. Avec au bout du compte, ce verdict sans appel: vingt-cinq ans après avoir claqué la porte de son ancien groupe, Fish doit encore écrire un morceau de taille à éclipser, ou au moins à rivaliser avec, l’imposant héritage Marillion-esque. De la difficulté d’être à nouveau quand on a été…

Au delà de cette considération personnelle, certainement pas partagée par tous les Fisheads autour du globe, ce concert fut également l’occasion d’admirer le talent de showman d’un maître en la matière**. Même s’il est aujourd’hui beaucoup plus sage en matière cosmétique et capillaire, Fish demeure un frontman d’exception, capable d’hypnotiser son auditoire d’un bout à l’autre de sa performance. Toujours aussi prolixe qu’à ses débuts, il prit le temps de soumettre au public du Divan du Monde quelques longues anecdotes en introduction des morceaux majeurs de son set: tristesse devant la déchéance racoleuse de MTV lors d’une nuit de tournée dans un hôtel allemand***, inquiétude face à la multiplication des problèmes environnementaux et climatiques, récit de l’incroyable genèse de High Wood en 2011… Si un quart de siècle plus tôt, à Wembley, à l’Hammersmith Odeon et bien sûr à Lorelei (ainsi qu’à Lyon, s’il n’avait pas plu des cordes ce 16 Juillet 1987), Fish introduisait The Web, Forgotten Sons, White Russians et Garden Party à des dizaines de milliers de fans, ce furent cette fois All Loved Up, Blind To The Beautiful et Crucifix Corner qui bénéficièrent d’une entrée en matière particulièrement développée pour un auditoire certes plus réduit, mais tout aussi enthousiaste et réceptif.

Rappelé deux fois des coulisses après la fin de son set, Fish conclut la soirée par l’incontournable version acoustique de The Company, et promit à la salle de revenir à Paris l’année prochaine. Pas besoin d’être médium pour savoir que ce nouveau rendez-vous, s’il se tient réellement, rassemblera à nouveau des centaines de fans dans un esprit de fête, de communion et de commémoration de ces bonnes vieilles années 80, à l’époque où Marillion remplissait les stades et couronnait les charts avec son neo-prog rock poétique. Cette époque est révolue mais la page n’est toujours pas tournée, et ne le sera sans doute jamais, au moins pour les Fisheads dont je fais partie. There is no childhood end.

*: Auxquels je suis très reconnaissant d’avoir mis une ambiance de folie durant tout le concert d’ailleurs.

**: À noter que Fish arborait un T-Shirt à l’effigie de Jim Morrison, virtuose du crowd control devant l’éternel. Clin d’œil assumé ou coïncidence fortuite, à vous de voir.

***: Sachant que la magnifique Sugar Mice a été inspiré d’un épisode tout à fait semblable (dépression terminale dans un Holiday Inn), j’espère que cette soirée allemande bénéficiera également d’une adaptation musicale.

Setlist Fish:

1)Perfume River 2)Feast Of Consequences 3)Script For A Jester’s Tear (Marillion Cover) 4)Dark Star 5)All Loved Up 6)What Colour Is God? 7)Blind To The Beautiful 8)Mr 1470 9)He Knows You Know (M. C.) 10)Crucifix Corner 11)The Gathering 12)Thistle Alley 13)Assassing (M. C.)/Credo/Tongues/Assassing (M. C.)/Fugazi (M.C.)/A View From The Hill/White Feather (M.C.)

Rappel 1:

14)Freaks (M. C.) 15)Lucky

Rappel 2:

16)The Company

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